Repenser l’Etat

Publié le par Mahi Ahmed

Repenser l’Etat

Mounir JOMNI - S’il y a un élément fédérateur en Tunisie, accepté par tous les Tunisiens dans leur conscience profonde comme garant de la cohésion sociale et de la convivialité, c’est bien l’Etat. Cet attachement « invisible » à l’institution étatique et cette « peur » ressentie aujourd’hui, de la voir disparaître justifie l’ancrage chez le peuple tunisien de l’idée de la cité au sens d’Aristote.

 

 

D’ailleurs, l’histoire de la Tunisie, plusieurs fois millénaire, s’est forgée dans le cadre de l’organisation étatique de la société, depuis Carthage, jusqu’aux Beys en passant par les diverses dynasties, nées après les conquêtes islamiques. Un fait historique éminemment révélateur fût que la plupart des gouvernements qui se sont succédé en Tunisie, étaient des gouvernements civils..

En ce qui concerne l’histoire récente, l’institution étatique fut rénovée après l’indépendance pour être dotée d’instruments modernes (Constitution, Parlement…) qui  ont permis de renforcer davantage la cohésion sociale dans la Tunisie post-indépendante.

Mais, si cet Etat moderne a permis aux Tunisiens de réaliser des acquis économiques et sociaux indéniables, il n’a malheureusement pas été le cadre d’une  vie démocratique évoluée. Les causes en sont multiples et la situation s’est aggravée sous  Ben Ali. Et l’Etat de s’ériger, finalement,  en un rempart contre la société civile et ses diverses formes de représentation.

On était devant un Etat représenté par une administration publique tentaculaire flanquée  de diverses institutions (conseils consultatifs, supérieurs et régionaux…) qui ont fini par tout contrôler et étouffer les initiatives et la marge de manœuvre des autres composantes de la société. On se rappelle aussi que le contrôle administratif est devenu,  sous l’ex-régime,  un redoutable outil pour museler l’opposition par le biais de moyens répressifs présentés en apparence sous forme d’interventions légales et réglementaires. En ce qui concerne le plan économique, l’initiative privée, moteur de toute croissance, fut étouffée sous le poids de contrôles de tous genres (autorisations préalables, contrôles fiscaux, paperasses…) qui prenaient la forme d’interventions de l’autorité publique « pour faire appliquer la loi ».

Autant d’exemples qui doivent pousser, aujourd’hui, le nouveau gouvernement et toutes les forces vives du pays à repenser le rôle de l’Etat pour qu’il retrouve ses fonctions naturelles, à savoir l’exercice de l’autorité publique dans le respect des libertés et le rôle d’arbitre neutre dans les secteurs économique et social. Ce qui permettra de rendre ses lettres de noblesse à l’Etat, de redorer  son blason  auprès de l’opinion publique et d’éviter les dérives autoritaires et les excès commis au nom de l’intérêt général, de la sauvegarde de la sécurité et autres leurres érigés par le président déchu en slogans démagogiques justificatifs d’un système qui était tout sauf démocratique.

 

 

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

 

 

 

 
 

 

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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