RAPPORT DE LA CNUCED SUR L’INVESTISSEMENT DANS LE MONDE EN 2010

Publié le par Mahi Ahmed

RAPPORT DE LA CNUCED SUR L’INVESTISSEMENT DANS LE MONDE EN 2010
Quels enseignements pour l’Algérie?
26 Juillet 2010 -

Le Rapport de la Cnuced sur l’investissement dans le monde vient d’être publié et on peut le consulter en ligne. La livraison 2010 met en évidence l’impact des changements climatiques sur la nature des investissements que tous les pays, sans exception, sont invités à promouvoir en recherchant, notamment le concours des entreprises multinationales qui disposent des ressources humaines, financières et technologiques permettant au monde de passer graduellement à une économie à faible intensité de carbone. Le Rapport préconise «un partenariat mondial pour galvaniser les investissements dans les activités à faible intensité de carbone» et «des initiatives concrètes comme un nouveau centre d’assistance technique pour appuyer la formulation et la mise en oeuvre des politiques dans les pays en développement».
Pour la Cnuced, les apports mondiaux d’IDe dépasseront 1200 milliards de dollars en 2010, 1500 milliards en 2011 et 2000 milliards en 2012. Les pays en développement et les pays en transition capteront quelque 600 milliards de dollars pour 2010. Au regard de ces chiffres, notre pays ne peut avoir la prétention de se développer sans apport d’IDE tandis que la mondialisation dans laquelle il doit réussir une insertion vertueuse, le contraint à remiser au magasin des accessoires, les stratégies de développement du type «industries industrialisantes», «industrialisation par substitution aux importations», «industrialisation par valorisation des exportations» ou encore «stratégie de développement endogène». Il nous faudra désormais, forger de nouveaux outils conceptuels pour appréhender les bouleversements économiques et socioculturels qui se produisent à l’échelle de la planète. Du reste, le Rapport 2010 cite trois facteurs-clés qui vont modifier les politiques d’investissement: les changements structurels dans l’agriculture, la réforme des systèmes financiers et les mutations climatiques. Le gouvernement algérien devra intégrer ces trois constantes dans l’élaboration de sa politique économique à moyen et long terme.
Ceci dit, le Rapport de la Cnuced ne considère pas du tout que les plans de relance économiques et les aides publiques produisent des conséquences négatives sur l’investissement, ni qu’ils participeraient d’une quelconque tentation protectionniste. Le gouvernement algérien est donc conforté sur ce point. A cet égard, la LFC 2010 ne vise qu’à adapter le régime de l’investissement au développement économique, social et environnemental global. Il faut redire, ici, que ce résultat ne peut pas être atteint par une juxtaposition indéfinie de projets d’investissement, se réalisant au gré du vent, et soumis à l’impératif de la rentabilité immédiate par ses promoteurs.

Conformité des IDE aux normes environnementales
Parce qu’elle est signataire de l’ensemble des accords multilatéraux relatifs à la protection de l’environnement, l’Algérie doit désormais investir dans une économie à faible intensité de carbone (Cf. les analyses lumineuses du Pr Chitour, en forme de recommandations pour les pouvoirs publics algériens, in L’Expression du 22 juillet 2010). En suivant les recommandations du Rapport de la Cnuced, l’Algérie, qui dispose d’immenses potentialités pour développer les investissements à faible intensité de carbone, pourrait s’atteler d’ores et déjà à mener certaines actions en s’appuyant sur l’expertise des institutions algériennes compétentes. Ces actions seraient les suivantes:
1. Mise en oeuvre d’une stratégie de promotion des investissements propres dont l’efficacité serait d’autant plus éprouvée qu’elle se ferait en étroite concertation avec les pays voisins frères (Maroc, Mauritanie, Niger, Mali, Tunisie, Libye et Sénégal); ce sont de tels investissements, de la part d’Entreprises multinationales (EMN) triées sur le volet, qui bénéficieraient, en priorité, des avantages et des garanties prévues par un code des investissements rénové.
2. Diffusion de technologies propres, ce qui suppose que les EMN, appelées à intervenir en Algérie, soient étroitement associées avec les entreprises locales (publiques, privées et à capitaux mixtes), ce qui permettra à notre pays d’acquérir assez rapidement une capacité d’absorption des technologies propres. Cet objectif sera atteint de façon optimale si les pays voisins parvenaient à mutualiser leurs efforts, d’autant plus, du reste, que le Rapport de la Cnuced recommande fortement la coopération transfrontière.
3. Insérer dans les accords de développement économique, autrement dit les conventions bilatérales de protection des investissements (sans aucunement les réviser), des clauses impulsives et déterminantes, en matière de protection de l’environnement et ce, dans l’attente d’un accord multilatéral global qui se voudra seulement la synthèse cohérente de tous les accords spéciaux conclus bilatéralement ou à l’échelle d’une région.
4. Confier aux autorités de régulation dont relèvent les entreprises qui émettent des gaz à effet de serre (GES), la codification, fût-elle provisoire, des pratiques de notification des émissions de GES, aux fins d’établir un état des lieux exhaustif sur la question.
5. Enfin, pour un pays comme l’Algérie, qui a été le pionnier du Nouvel ordre économique international dans les années 1970, élaborer un projet de cahier des charges qui serait confié au ministre de l’Environnement et qui définirait les prérogatives du Centre international d’assistance technique pour une faible intensité de carbone. Ce centre a en effet, vocation à assister les Etats qui privilégient les investissements à basse intensité de carbone et qui sont désireux d’acquérir les technologies correspondantes. Cet ensemble de mesures est inséparable de la mobilisation et de l’implication de la migration très hautement qualifiée algérienne qui travaille sur les énergies propres (création d’une mission qui pourrait être confiée au Dr Elias Zerhouni qui semble de plus en plus impatient de servir son pays) et d’une transformation profonde des filières d’enseignement et de recherche dédiées aux énergies propres appelées à devenir des pôles d’excellence.

(*) Professeur d’université
alimebroukine@yahoo.com

Ali MEBROUKINE (*)

 

Publié dans Economie et société

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