Quelle transition énergétique en Algérie face à la concurrence internationale

Publié le par Mahi Ahmed

Quelle transition énergétique en Algérie face à la concurrence internationale

 

Par Le Matin | 31/10/2013

Mesdames, messieurs, honorables invités. Permettez-moi d’abord de remercier le FFS de cette invitation à laquelle, j’ai été très sensible sur un sujet qui me tient à cœur depuis 1974, étant non partisan, mon seul souci étant les intérêts supérieurs du pays. Gloire en ce 1er novembre 2013 à nos chouhadas qui nous ont permis l’indépendance de l’Algérie éternelle.

L'enjeu primordial est de faire de la rente pétrolière un moyen pour une vraie transition économique.

Comment ne pas rappeler que jeune docteur d’Etat en gestion, l’honneur qui m’a été fait à l’âge de 26 ans par le mnistre de l’Industrie et de l’Energie de l’époque de diriger la première audit sur Sonatrach où j’ai pu côtoyer tant à Sonatrach qu’au ministère d’éminents cadres dont mon ami Mohand Cherifi qui font honneur à l’Algérie, de jeunes ingénieurs formés par Polytechnique d’El Harrach, l’IAP, l’Université d’Alger qui n’avaient rien à envier aux plus grandes écoles occidentales, certains par le passé jeunes cadres devenus aujourd’hui responsables à Sonatrach tout en déplorant aujourd’hui tant la baisse alarmante du niveau que la fuite des cerveaux. Par la même occasion permettez d’affirmer qu’ayant côtoyé tous les ministres de l’Energie et les responsables de Sonatrach de 1974 à 2013, que malgré les scandales financiers que relatent quotidiennement la presse internationale et nationale, pratiques qu’il convient de condamner avec force car facteur de démobilisation et de l’accroissement du divorce Etat-citoyens, devant combattre ce fléau étranger à toute moralité sur laquelle doit se fonder un Etat de Droit, non par des institutions administratives bureaucratiques qui souvent se télescopent mais en approfondissant la démocratisation de la société, que la majorité de nos cadres à quelque niveau sont honnêtes. Par ailleurs, comment ne pas mettre en relief, qu’en ce XXIème siècle où nous assistons à d’importantes mutations géostratégiques, il n’ y a pas de place pour les Nations faibles, supposant un minimum de consensus politique, social, et économique sur les grands chantiers à venir ce qui ne saurait signifier en aucune manière unanimisme signe de la décadence de toute société, en vue d’approfondir la réforme globale, les deux fondamentaux du développement étant la maitrise du savoir par une innovation continue et la bonne gouvernance tenant compte de notre anthropologie culturelle, une société sans son élite, et sans savoir est comme un corps vidé de son sang. C’est que les dynamiques économiques modifient les rapports de force à l’échelle mondiale et affectent également les recompositions politiques à l’intérieur des Etats comme à l’échelle des espaces régionaux. L’énergie, particulièrement, est au cœur de la souveraineté des Etats et de leurs politiques de sécurité. Cette présente contribution approfondira la communication que j’ai faite en présence de nombreux responsables de firmes étrangères, d’experts de renom et de nombreux cadres algériens à l’Assemblée nationale française le 31 mai 2013 portant sur le thème « l’Algérie face au nouvel ordre énergétique mondial » portant sur le thème "quelle transition énergétique pour l’Algérie face à la concurrence internationale et la forte consommation intérieure", en cinq parties.

1.- Cerner le concept de la transition énergétique

La transition pouvant être définie comme le passage d’une civilisation humaine construite sur une énergie essentiellement fossile, polluante, abondante, et peu chère, à une civilisation où l’énergie est renouvelable, rare, chère, et moins polluante ayant pour objectif le remplacement à terme des énergies de stock (pétrole, charbon, gaz, uranium) par les énergies de flux (éolien, solaire, biomasse). Le pic pourrait selon l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, se situer vers 2015-2025 pour le pétrole, 2025-2045 pour le gaz et 2100 pour le charbon. Le développement actuel de l’extraction d’énergies fossiles dites "non conventionnelles", telles que les gaz de schistes ou le pétrole off-shore profond, peuvent repousser le pic, sans pour autant modifier le caractère épuisable de ces ressources. D’une manière générale, l’énergie est au cœur de la souveraineté des Etats et de leurs politiques de sécurité allant parfois à provoquer des guerres. Les avancées techniques (GNL-gaz naturel liquéfié, gaz de schiste, amélioration des performances d’exploitation de gisements d’hydrocarbures) couplées aux dynamiques économiques modifient les rapports de force à l’échelle mondiale et affectent également les recompositions politiques à l’intérieur des Etats comme à l’échelle des espaces régionaux. Aussi s’agit-il de cerner le concept de transition énergétique impliquant de bien répondre à quatre questions essentielles.

Premièrement. Si l’humanité généralisait le mode de consommation énergétique des pays riches, il nous faudrait les ressources de 4 ou 5 planètes d’où l’urgence d’une adaptation pour un nouveau modèle de consommation.

Deuxièmement. Il faut être réaliste et d’éviter une vision unilatérale car les fossiles classiques demeureront encore pour longtemps la principale source d’énergie. Aussi, la transition énergétique doit être fondée sur deux principes : premièrement, sur la sobriété énergique (efficacité énergétique), impliquant la maîtrise de la demande, la sensibilisation, mais aussi la formation pour forger de nouveaux comportements et donc un changement de culture. C’est-à-dire qu’il faut agir sur la réduction des besoins énergétiques en amont en augmentant l’efficacité des équipements et de leurs usages (par exemple nouveaux procédés pour le BTPH pour des économies en énergie, rénovation des bâtiments existants, idem pour l’ensemble du transport un des plus gros consommateurs de fossiles classiques. Deuxièmement, cela renvoie au MIX énergétique qui nécessitera d’adapter le réseau électrique aux nouveaux usages, supposant un nouveau réseau de distribution adapté aux nouvelles productions et de consommations pour garantir la continuité de fourniture et au meilleur prix.

Troisièmement la transition énergétique renvoie à d'autres sujets que techniques, posant la problématique sociétale, autant que la fiscalité énergétique influant sur le choix des allocations des ressources et ayant un impact sur la répartition du revenu par catégories socio professionnelles). Il ne suffit pas de faire une loi car le déterminant c’est le socle social Cela pose la problématique d’un nouveau modèle de croissance : tous les secteurs économiques, tous les ménages sont concernés : transport, BTPH ; industries, agriculture. Les choix techniques d’aujourd’hui engagent la société sur le long terme. Il ne faut pas être pessimiste devant faire confiance au génie humain. Le passage de l’ère du charbon à l’ère des hydrocarbures ce n’est pas parce qu’il n’y avait plus de charbon, et demain d’autres sources d’énergie. Cela est due aux nouveau procédés technologiques qui produit à grande échelle ont permis de réduire les coûts ce que les économistes appellent les économies d’échelle influant d’ailleurs sur la recomposition du pouvoir économique mondial et sur les gouvernances locales. Dès lors la transition énergétique suppose un consensus social car la question fondamentale est la suivante : cette transition énergétique, combien ça coûte, combien ça rapporte et qui en seront les bénéficiaires ?

2. Situation de l’économie algérienne

Il est utile de rappeler que 98 % des exportations du pays sont issues des seuls hydrocarbures et important environ 70/75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées et que selon l’enquête de 2012 de l’ONS le commerce et les servies (microunités à 95%) sont dominants représentant 83% du tissu économique. Nous assistons au dépérissement du tissu productif dont l’industrie représente à peine 5% du produit intérieur brut. Sonatrach a généré quelque 600 milliards de dollars de recettes en devises entre 2000 et 2012,allant vers 660 fin 2000/2013 selon ses bilans. Cette manne a permis à l'Algérie d'éteindre sa dette extérieure et de diminuer artificiellement sa dette intérieure, et de disposer de réserves de change considérables, 200 milliards de dollars selon le FMI, fin 2013, les intérêts rapportés en 2011 ayant été de 4,7 milliards de dollars selon le gouverneur de la Banque d’Algérie donnant mathématiquement 86% placées à l’étranger en majorité en bons de trésor américains et en obligations européennes à un taux fixe de 3% pour 2010/2012, ce taux étant de 2 à 2,25% pour 2013, réserves auquel il faut ajouter les 173 tonnes d'or. Egalement une dépense publique colossale (parts dinars et devises) d’environ 500 milliards de dollars programmée entre 2004/2013 (mais faute de capacité d’absorption, le montant n’a pas été intégralement dépensé »), tout au plus l’on sait officiellement que 130 milliards de dollars sont des restes à réaliser du programme 2004/2009, avec ce paradoxe, un PIB algérien reste modeste à 188,6 milliards de dollars en 2012 selon le FMI, un taux de croissance moyen de 3% alors qu’il aurait du dépasser les 10%. Selon les statistiques officielles 40-45 % du PIB sont générés par les hydrocarbures et en réalité, tenant compte des effets indirects de la dépense publique via toujours les hydrocarbures, restant que moins de 20% pour les véritables producteurs de richesses et ce pour de 37,9 millions d'habitants au 1er janvier 2013, selon l'estimation de l'Office national des statistiques (ONS).

Autre caractéristique de l’économie algérienne le poids croissant de la sphère informelle. Les plus grosses fortunes en Algérie ne sont pas forcément dans la sphère réelle mais au niveau de la sphère informelle notamment marchande avec une concentration des revenus informels et une intermédiation informelle à des taux d’usure, Selon Deborah Harold, enseignante américaine de sciences politiques à l’université de Philadelphie et spécialiste de l’Algérie se basant sur des données de la banque d’Algérie, l’économie informelle brasserait 50 % de la masse monétaire en circulation soit 62,5 milliards de dollars. Ces données sont corroborées par la Banque d’Algérie où prenant en compte les données de sa note « Amélioration de la circulation de la monnaie fiduciaire en 2012 et 2013 », la masse monétaire M2 (monnaie fiduciaire et dépôts bancaires) étant passée de 25% en 2010 à 25,9% en 2011 pour atteindre 26,7% à fin 2012 et un document du Ministère du commerce algérien pour qui existeraient 12.000 sociétés écrans, nous aurons une transaction qui avoisinerait 51 milliards d’euros soit 66 milliards de dollars, plus de quatre fois le chiffre d’affaires de toutes les grandes entreprises du FCE réunies qui regroupe environ 499 entreprises. Tout se traite en cash expliquant en garde partie la corruption qui freine la mise en œuvre d’affaires saines. Les subventions généralisées sans ciblage favorise un des segments florissant de la sphère informelle la contrebande. A cela s'ajoutent les assainissements répétés aux entreprises publiques qui ont coûté au trésor public plus de 60 milliards de dollars entre 1971 et 2012. Pour les carburants, dont une fraction de la consommation (dont le gasoil) est importée au prix international, je déplore que l’audit que j’ai dirigé pour le gouvernement sur ce dossier stratégique, avec l’assistance du bureau américain Ernest Young et tous les cadres dirigeants de Sonatrach, entre 2007/2008 et dont j’avais soumis aux députés des recommandations concrètes qui n’ont pas été appliquées. Selon le ministre de l’Energie, 1,5 milliard de litres de carburants sortent chaque année illégalement d’Algérie, pour, l’ex ministre de l’intérieur, 25% de la production « est gaspillée et exportée illégalement » aux frontières et pour l’association des commerçants algériens dans une déclaration faite le 23 juillet 2013, 30% des produits subventionnés sont détournées par la contrebande, s’agissant des carburants, du lait, du pain et autres produits de large consommation où 80% transiterait par la sphère informelle. Ainsi l’Algérie subventionne indirectement tous les pays au frontières un grand nombre de produits de première nécessité, comme les céréales, l'eau et le lait, l'électricité et le carburant sinon le taux d’inflation officiel dépasserait les 10/15%. Mais avec une très profonde injustice sociale, celui qui gagne le SNMG au chef d'entreprise national ou étranger, bénéficient des prix subventionnés, n’existant pas de système ciblé de subventions. Outre cette disparité dans l’octroi du soutien de l’Etat, il faut remarquer l’opacité dans la gestion des transferts sociaux qui sont passés de 245 millions de dinars en 1999, à 1200 milliards de dinars en 2011, à 1400 milliards de dollars selon les lois de finances 2012/2013 et 1 603,2 milliards de dinars en 2014, soit 8,8% du PIB (source loi de finances 2014) environ 20 milliards de dollars’ au cours de 81 dinars un dollar). Si l’on applique le cours du début de janvier 2013, un dollar 76/77 dinar, nous aurons 22 milliards de dollars. La dévaluation rampante du dinar algérien étant coté à 5 dinars un dollar en 1973 à plus de 81 dollars en octobre 2013 (112 dinars un euro) par des artifices comptables gonfle la fiscalité hydrocarbures, les taxes à l’importation, artificiellement le fonds de régulation des recettes, voilant l’importance du déficit budgétaire, contribue à l’inflation par une épargne forcée accélérant la détérioration du pouvoir d’achat des revenus fixes au profit des rentes spéculatives et la détérioration de fait du dinar algérien dont l’écart entre le cours officiel et le cours sur le marché parallèle fluctue entre 40/50% selon l’offre et la demande. Face à cette situation où la majorité de la dépense et du pouvoir d’achat des Algériens restent tributaires à plus de 80% des hydrocarbures quelles sont les réserves et les capacités de production ? 

Pour calculer la durée de vie des réserves en Algérie, il s’agit de prendre en compte l’évolution des coûts et des prix internationaux, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables.

L'Algérie se doit de passer rapidement au solaire.

3.- Problématique des réserves énergétiques

La durée de vie des réserves est également influencée par le volume tant les exportations que de la forte consommation intérieure du fait du bas prix du gaz, un des plus bas au niveau du monde, bloqués par la décision du 30 mai 2005. Pour 2012 selon les statistiques internationales l’Algérie aurait 12,2 milliards de réserves prouvées représentant 0,8% du mondial sur un total mondial de 1478,2 contre par exemple 297,7 pour le Venezuela et 265,8 pour l’Arabie Saoudite. Les réserves estimé du gisement de Hassi Messaoud qui étaient de l'ordre de 9 milliards de barils avec sur un taux de récupération d'environ 20 %. Cependant, selon les statistiques internationales entre 4 et 5 milliards de barils ont déjà été extraits, restant donc entre 4 et 5 de réserve à Hassi Messaoud qui produit actuellement environ 400.000 barils/jour représenterait donc à lui seul près du tiers de la dotation initiale du pays. La production à ce jour serait de l'ordre de 16%. Sur la base d'un taux de récupération de 30%, il devrait rester 15% encore récupérable soit au rythme de 400 000 bbl/jour (146 millions bbls/an) pour une dizaine d'années encore. Les normes actuelles n'envisagent en fait que 25% de taux de récupération. 

Qu’en est-il de la récente découverte de 1,2 milliards de barils ? Pour le nouveau gisement mis en production à El Merk, il faut éviter toute euphorie. La profondeur du puits est de 3.700 mètres avec une accumulation de 1,3 milliards de barils, soit 1,84 million de mètres cubes et l’entreprise étatique devra recourir à la fracturation hydraulique devant utiliser des techniques non conventionnelles pour l’exploration. Selon le ministre de l’énergie, si nous utilisons des techniques conventionnelles, nous ne pouvons exploiter ce puits que dans une proportion de 10% à 15% du pétrole qui se trouve à l’intérieur alors que les techniques non conventionnelles devraient permettre d’extraire 40% à 50% de la réserve de pétrole contenue dans ce puits, taux qui laissent sceptiques bon nombre d’observateurs. Selon, William Byrd, expert américain du pétrole, le taux moyen de la récupération primaire est de 15%, une récupération secondaire pouvant obtenir 15% supplémentaire. Au-delà il faut des investissements additionnels couteux et surtout le savoir faire, le ministre l’énergie ayant reconnu récemment que l’Algérie n’a pas encore acquis le savoir ni dans le gaz de schiste, ni dans le pétrole de schiste dit, « pétrole Tight ». Le taux de récupération de 50% est surestimé selon la majorité des experts que j’ai consultés et en plus il ya consensus sur le fait que le recours à la fracturation hydraulique aura un impact sur le coût d’exploitation. En effet, selon le Vice président de l’amont de Sonatrach il y aura une hausse d’environ 10% du coût. Sachant que si l'information donnée par ce responsable à savoir que si un pole gazier conventionnel comme Gassi-touil et Rhourd Nouss nécessiterait 90 puits pour son développement, pour un gisement de gaz de schiste il faudrait 900 puits soit 10 fois plus, le gisement d'El Merk nécessiterait donc 10 fois plus de puits qu'un gisement de pétrole conventionnel alourdissant donc les couts .Et se pose un problème de cout et donc de rentabilité qui pose moins de problèmes au partenaire étranger puisque les amendements à la Loi sur les hydrocarbures basés sur la rentabilité ( assiette fiscale, incluant tous les surcouts ) garantirait donc, une rentabilité au partenaire. Qu’en sera-t-il profits pour Sonatrach ? Et se pose également cette question qui selon un ancien PDG de Sonatrach, les techniques les plus modernes d’amélioration des taux de récupération n’ont pas été appliquées sur le champ d’Hassi Messaoud et si ce taux est amélioré de 0,1%, O,2% à 1% par an, on pourrait récupérer 5 milliards de barils , soit autant que toutes les réserves récupérables de pétrole découvertes en Algérie depuis la loi 86-14 . Comme on le constate c’est tout un large débat. Qu’en es t-il de la production de pétrole ? Selon le Ministre de l’Energie lors d'une conférence de presse, en marge du 25ème congrès mondial du gaz, l’Algérie produirait 1,2 million de barils/jour, mais avec des capacités de 1,4 million, pouvant atteindre à 1,5 mbj avec la production des nouveaux gisements qui devraient entrer en production entre fin 2013 courant 2014. Quant au gaz, sur un total mondial de 190.163 milliards de mètres cubes gazeux, de gaz conventionnel, les réserves de la Russie représentent 44.800 - Iran- 29610-Qatar 25370- USA 7716 et selon le PDG de Sonatrach en date du 24 février 2013 les réserves algériennes en gaz conventionnel seraient de 2000 milliards de mètres cubes gaz, loin des données euphoriques de 4500,( données internationales de 2004 qui n’ont pas été réactualisées) soit 1,3% des réserves mondiales. Qui croire ? Actuellement, l’Algérie est le troisième fournisseur de gaz de l’Europe (13/15%) après la Russie et la Norvège. L’Algérie peine toujours à maintenir le niveau des volumes exportés au-dessus de 60 milliards de mètres cubes, un seuil qui était bien conservé entre 2001 et 2008 et les prix élevés cachent une baisse du volume encore que le Ministère de l’Energie rassure avec la mise en exploitation courant 2O14 des nouveaux gisements mais tout reste une question non d’offre mais de demande fac à la crise mondiale de longue durée. . Pour l’Algérie, le constat en 2012 est que 96% de l’électricité est produite en Algérie à partir du gaz naturel, 3% à partir du diesel (pour les régions isolées du sud), 1% à partir de l'eau et que face aux contraintes. La consommation intérieure en 2012, selon le Creg est de 25/30 milliards de mètres cubes gazeux et avait extrapolé environ 50 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2017/2020. Mais ce montant a été calculé avant l’annonce des nouveaux projets consommateurs d’une grande quantité de pétrole et de gaz. Mais, le prix de cession du gaz sur le marché intérieur étant d’environ un dixième du prix international occasionnant un gaspille des ressources, la consommation résidentielle (riches et pauvres payent le même tarif ; idem pour les carburants et l’eau) représente 60% contre 30% en Europe et la consommation du secteur industriel 10% contre 45% en Europe. Devant comparer le comparable, en Algérie le tarif varie entre 2 DA et 3,20 DA/kwh selon le niveau de consommation, alors que ce prix est entre 3,45 DA et 4,94 DA/kwh en Tunisie, et entre 5,27 DA et 6,40 DA/kwh au Maroc. Pour les clients industriels en Algérie, le prix oscille entre 1,48 DA et 2,15 DA/kwh selon le niveau de consommation, en Tunisie entre 2,35 DA et 3,54 DA/kwh, et au Maroc entre 4,21 DA et 5,53 DA/kwh. Aussi, la consommation intérieure risque d’être fortement augmentée (pour rappel le prix de l’électricité est plafonné depuis le décret de 2005 expliquant en partie le déficit structurel de Sonelgaz qui est passé de 41 milliards de dinars en 2011 à 44 en 2012, devant s’accentuer en 2013/2015 du fait de la lourdeur des investissements réalisés ) après les décisions courant 2012 d’installer d’importantes capacités d’électricité fonctionnant au gaz. En effet, suite aux coupures récurrentes d’électricité, il a été décidé de doubler la capacité d’électricité à partir des turbines de gaz. Sonelgaz dans son programme 2012/2017 vise à investir, avec l’appui du gouvernement pour lui permettre d’augmenter sa production de 8.000 Mégawatts supplémentaires, portant le total à 12.000 Mégawatts. Dès lors, avec cette augmentation de la consommation intérieure, du fait de la décision de ne pas modifier les prix intérieurs, il y a risque d’aller vers 70 milliards mètres cubes gazeux horizon 2017-2020 de consommation intérieure, dépassant le volume des exportations de 2012 et rendant problématique les extrapolations d’exportation de 85 milliards de mètres cubes gazeux prévus dès 2014. Soyons optimiste et en prenant l’hypothèse d’exportation de 85 milliards mètres cubes gazeux et 70 milliards de mètres cubes gazeux de consommation intérieures, il faudrait produire dès 2017 155 milliards de mètres cubes gazeux. Le 24 octobre le PDG de Sonatrach annonce un investissement en amont de 100 milliards de dollars ce qui limitera financement des secteurs hors hydrocarbures. Et se posera toujours le problème de la rentabilité, l’Etat algérien à travers la règle des 49/51%( cela s’applique à tous les autres secteurs y compris l’aval ce qui est contraire aux règles de l’OMC ainsi que la dualité des prix à l’amont du pétrole et du gaz les produits issus de la pétrochimie étant considérés comme une marchandise, et le nouveau système fiscal supportant pratiquement tous les surcoûts, ce qui m’amène à traiter des enjeux en énergétiques récent sen Méditerranée.

4.- Enjeux énergétiques en Méditerranée

Cette partie que je vais analyser doit beaucoup mon ami Jean Pierre Hauet de polytechnique de Paris qui dirige KB Intelligence qui a mis en relief récemment lors d’une rencontre internationale au Moyen et proche Orient , sur les possibilités de conflits énergétiques , à laquelle j’ai participé que la couche de sel messinienne, qui s’est formée il y a quelques cinq millions d’années alors que la Méditerranée était devenue un gigantesque marais salant, est répartie sur trois grandes plaines abyssales : le bassin du Levant à l’est, le bassin ionien au centre et le bassin algéro-provençal à l’Ouest. Le gaz a été trouvé à l’Est ; l’Italie a annoncé de nouvelles découvertes de pétrole en Basilicate, à la pointe Sud. A quand des découvertes à l’Ouest ? N’oublions pas que la Méditerranée était jusqu’à présent une mer profonde peu accessible à l’exploration pétrolière. Les temps ont changé et la technique permet d’explorer à plus de 6 000 mètres sous 2 000 mètres d’eau. La Méditerranée sera-t-elle un nouveau golfe du Mexique ? A quel prix pour l’environnement ? Les découvertes de gaz et peut-être de pétrole seront-elles un le catalyseur d’un développement concerté et de la renaissance des pays riverains ou au contraire le détonateur de nouveaux conflits ? C’est que depuis à peine 10 ans, la scène énergétique s’anime à nouveau en Méditerranée avec au moins trois grands champs de manœuvre dont il est intéressant d’essayer de comprendre les tenants et d’anticiper les aboutissants. Le premier théâtre d’opérations est celui des énergies renouvelables (éolien, solaire à concentration, photovoltaïque) qui s’est caractérisé par le lancement de grandes initiatives du type Désertec, fondées sur l’idée que le progrès technique dans les lignes de transport à courant continu permettrait de tirer parti de la complémentarité entre les besoins en électricité des pays du Nord et les disponibilités en espace et en soleil des pays du Sud. On parlait alors de 400 M€ d’investissements et de la satisfaction de 15 % des besoins européens en électricité. Aujourd’hui le projet Desertec est plutôt en berne, du fait notamment du retrait début 2013 de grands acteurs industriels, Siemens et Bosch, et du désaccord consommé en juillet 2013 entre la fondation Desertec et son bras armé industriel la Desertec Industrial Initiatitive (Dii). La Dii poursuit ses ambitions d’intégration des réseaux européens, nord-africains et moyen-orientaux, cependant que la Fondation Desertec semble à présent privilégier les initiatives bilatérales au Cameroun, au Sénégal et en Arabie Saoudite. Le deuxième théâtre d’opérations est plus récent : il a trait à la découverte à partir de 2009, de ressources pétrolières et gazières en off shore profond, dans le bassin levantin en Méditerranée Est. Israël est le premier à avoir fait état de découvertes importantes sur les gisements de Dalit, Tamar et plus récemment de Léviathan, ce dernier gisement, localisé sous la couche de sels messinienne, semble très important et entrera en production en 2016. Des forages sont en cours afin d’aller explorer les couches encore plus profondes qui pourraient contenir du pétrole. Chypre (Aphrodite – 2011) et la Grèce ont également trouvé des réserves apparemment considérables de gaz, toujours dans le même thème géologique qui était resté largement inexploré jusqu’à présent. Un « triangle de l’énergie » s’est formé, dont Chypre est le hub et dont les ressources, selon la compagnie américaine opératrice Noble, pourraient alimenter l’Europe en gaz pendant 20 ans, en attendant le pétrole. Chypre, la Grèce et Israel ont reconnu leurs zones économiques exclusives en Méditerranée et le 8 août 2013 ont signé un mémorandum sur l’énergie qualifié d’historique, incluant notamment la construction d’une usine de GNL à Limassol et réalisation d’un câble de 2 000 MW entre Chypre et Israel. Mais si d’un côté l’heure est à la coopération, de l’autre les nations voisines s’émeuvent et protestent. L’Egypte, le Liban, la Turquie protestent contre la spoliation dont elles seraient victimes et n’oublions pas la Syrie qui peut également revendiquer des droits sur une partie du bassin, expliquant en partie la situation en Syrie où la Russie et surtout préoccupé par ses intérêts économiques à travers le géant russe Gazprom, et pas seulement sur le sort du régime syrien, une entente entre les USA et la Russie étant envisageable, sous tendant les négociations de Genève. Le troisième théâtre d’opérations est encore plus récent et a trait à la prospection et à la mise en valeur éventuelle des gaz de schiste. La Turquie a donné le signal du départ en commençant tout récemment les opérations de fracture hydraulique dans les zones les plus prometteuses de Thrace et d’Anatolie. L’Association turque des géologues du pétrole estime les réserves possibles à 1 800 Md m3 soit 40 ans de consommation domestique. L’Ukraine, dont un œil regarde vers l’Europe et l’autre vers la Russie, est aussi en première ligne. Son gouvernement vient de donner son aval à un accord de partage de production, en cas de découverte avérée, avec la compagnie américaine Chevron. D’autres pays commencent également à miser sur le gaz de schiste : comme l’Espagne. Concernant le Maghreb , selon un rapport récent de la banque africaine de développement (BAD) tous les pays du Maghreb présentent un grand potentiel en gaz de schiste Le Maroc aurait 6800 milliards de pieds cube, soit des réserves exploitables totales de 1100 milliards exploitables ; la Tunisie à 6100 milliards de pieds cubes, et les réserves techniquement exploitables à 1800 milliards ; la Mauritanie, à 2 00 milliards dont 40 milliards seraient techniquement exploitables, la Libye disposait quant à elle de 114700 tandis que les réserves exploitables s’élevaient à 29.000 et enfin l’Algérie disposerait de 32 000 milliards dont 20.000 de réserves de gaz de schiste exploitables. Cependant contrairement à la BAD pour un rapport américain, l’Algérie serait le troisième dans le monde, les réserves algériennes de gaz de schiste récupérables ayant été réévaluées par le département américain de l’Énergie qui les a situé à quelques 19 800 milliards de m3 en mai 2013 contre 6 440 milliards en 2011 et pour le pétrole de schiste : 200 milliards de barils, dont 10% récupérables, soit 20 milliards de barils : près de deux fois les réserves actuelles de pétrole estimées à 12 milliards de barils, toujours selon ce rapport. Ce qui m’amène à traiter de la concurrence internationale.

5- Sonatrach face à la concurrence internationale

La croissance de l’économie mondiale est un élément déterminant de la demande des hydrocarbures. Mais comme je le soulignai déjà en 2010, dans une contribution en 2012 au quotidien économique les Echos.fr et l’hebdomadaire Jeune Afrique la plupart des pays émergents ont été en surchauffe en 2010 et 2011, avec une croissance réelle supérieure à leur croissance potentielle, une inflation en hausse dépassant la cible prévue. Beaucoup d'entre eux ont resserré leur politique monétaire en 2011, ce qui a plombé leur croissance en 2012 et cette année et l’idée largement répandue que les pays émergents puissent tirer à eux seuls l’économie mondiale est une utopie. La crise mondiale est toujours là avec un endettement prévu par le FMI en 2014 de 110% du PIB mondial soit dépassant les 78.000 milliards de dollars. Du fait des liens commerciaux et financiers et de la baisse de confiance des investisseurs, la récession dans la zone euro et la faible croissance aux USA auront pour impact d’ affaiblir les économies des pays émergents fort consommateurs d’énergie, Comme doit être pris en compte les coûts, les concurrents ayant déjà amorti leurs installations, des énergies substituables du fait des importantes mutations énergétiques mondiales. Rappelons que la Russie possède 1/3 des réserves mondiales de gaz conventionnel en plus du savoir-faire technologique et managérial contre 15% pour l’Iran et 10% pour le Qatar, ces trois pays totalisant plus de près de 50% des réserves mondiales. Ainsi se pose tout le problème de savoir si face à la concurrence notamment russe, Sonatrach a une stratégie gazière devant prendre avec sérieux Gazprom principal conçurent de l’Algérie. Concertant le gaz conventionnel, il y aura lieu de tenir compte de la concurrence du Qatar, de la donne libyenne qui avec des réserves de 1500 milliards de mètres cubes gazeux non exploitées et des nouvelles découvertes en Afrique. La stratégie de Gazprom, grande société internationale dynamique cotée en bourse, ce qui n’est pas le cas de Sonatrach, à travers le North Stream et le South Stream est offensive. Le Nord Stream, permet l’acheminement de gaz russe en Europe d’une capacité dépassant 55 milliards de mètres cubes gazeux.. Quant au projet de South Stream, concurrent direct de l’Algérie, il doit alimenter en gaz russe l'Europe occidentale dont l’Italie , d'une capacité de 63 milliards de m3 de gaz, L’ensemble de ces projets ont remis en cause le projet algéro-italien Galsi d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux dont le cout ramené aux capacités et à l’investissement par rapport au South Stream serait supérieur de près de 15% et est posé le problème de sa rentabilité, pour un investissement de 2,5 milliards de dollars initialement, mais dont le coût en 2013,dépasse actuellement les 4 milliards de dollars alors que la mise en service était prévue pour 2014. Il semblerait que la majorité des élus de la Sardaigne s’opposent pour l’instant à la réalisation de ce projet du moins dans le tracé traditionnel pour des raisons écologiques et autres ( voir mon interview novembre 2011 à la télévision française France 3 en présence des élus de la Corse) et du fait de l’autonomie de cette région, le gouvernement central italien ne pouvant rien faire sans l’aval des élus locaux. Le gaz de schiste américain par le recours massif à la fracturation hydraulique est un autre facteur concurrentiel de Sonatrach. Les USA pourraient devenir le premier producteur mondial de pétrole de schiste ainsi que de gaz de schiste à la fin de la décennie, selon le directeur adjoint de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) Certes , il faudrait vérifier concrètement ces prévisions, mais ne devant pas les ignorer , que lorsque certains experts invoquaient des extrapolations hasardeuses des réserves en Mer Caspienne. Cet essor a fait chuter les cours du gaz naturel sur le marché américain, désormais inférieurs à 3/5 dollars par million de BTU contre 9-10 dollars en Europe et entre 12-15 en Asie, où la catastrophe de Fukushima a fait bondir la demande japonaise en gaz. Donc, des enjeux stratégiques pour l’Algérie et comment fera Sonatach dont 25% de ses recettes en devises provient des USA ? L’Algérie ne va-t-elle pas donc perdre des parts de marché avec l’arrivée de ce nouvel exportateur? Par ailleurs, l’Italie a fait savoir en mai 2O13 qu’elle réduisait ses achats de gaz à Sonatrach avec un impact négatif sur les capacités du grand gazoduc Transmed. Autre contrainte pour Sonatrach, le projet Medgaz via l’Espagne Sonatrach étant le principal actionnaire avec 26% des parts, d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux où selon l’agence Reuters en date du 25 décembre 2012 deux partenaires du groupe Sonatrach Endesa et Iberdrola étaient en négociations pour leur retrait dans le capital de Medgaz. Dernier rebondissement, même pour Suez l’agence Reuters dans une dépêche en date du 28 mai 2013, le groupe énergétique français mène actuellement des négociations avec les groupes espagnols Gas Natural et Cepsa, en vue de vendre sa participation de 12%. Dans la foulée, GDF Suez a annoncé le 28 mai 2O13 la conclusion d'un accord avec le groupe énergétique autrichien OMV Gas and Power sur l'achat d'une participation d'environ 9% dans le projet de gazoduc Nabucco West, reliant la Turquie à l'Autriche. Ce projet a pour objectif de sécuriser et de diversifier l'approvisionnement en gaz des marchés européens sur le long terme. Nabucco West, dont la mise en service est prévue à l'horizon 2020, permettra l'acheminement d'une dizaine de milliards de mètres cubes de gaz par an, en provenance d'Azerbaïdjan. A terme, sa capacité pourrait être augmentée de 13 milliards de mètres cubes supplémentaires afin de permettre l'importation de la production de nouveaux champs gaziers de la région de la mer Caspienne. Autre contrainte qui limite la manœuvre de Sonatrach où d’ailleurs aucune information sur la rentabilité de ses investissements à l’étranger notamment au Pérou, le gel du projet NIGAL (Gazoduc reliant la région de le Nigéria) à l’Algérie et l’ Europe, soit 2500 km sur le territoire Algérien, 750 km sur le territoire du Niger, 1300 km sur le territoire Nigérian, prévu pour le transport de 20 à 30 milliards de m3 par an, en majorité vers le marché européen pourra-t-il permettre d’ accroître les capacités d’exportation? Avec un coût prévu initialement à 7 milliards de dollars, son cout dépasserait 20 milliards de dollar selon une étude du 28 avril 2O11 de l’institut français des relations internationales IFRI. Ce projet financé pour partie par l’Europe avec la crise d’endettement est-il réalisable d’autant plus que comparé aux canalisations russes, son coût est trop élevé.

Enfin concernant le GNL, l’Algérie pourra-t-elle du fait des faibles capacités et de la déperdition de ses cadres, avoir été par le passé leader dans ce domaine, concurrencer le Qatar, l’Iran proche de l’Asie ,la Russie , et surtout tenant compte du cout de transport devant contourner toute la corniche d’Afrique pour arriver en Asie , liant forcément son marché naturel à l’Europe ? Et c’est là que rentre la concurrence et les décisions du Conseil européen qui vient d'approuver l'accord énergétique stratégique entre l'Algérie et les 27 pays de l'Union européenne le 15 avril 2O13, accord qui sera ensuite ratifié par le parlement européen, et qui a été signé à Alger à l'occasion de la visite du commissaire européen à l'Énergie début juillet 2013. Comme je l’ai montré ( voir ma contribution parue le 02 juillet 2013 du grand quotidien financier les Echos Fr), les négociations sur ce contrat sont intervenues donc dans un contexte particulier, marqué par des bouleversements profonds de la carte énergétique mondiale comme analysé précédemment et le nouveau mémorandum insistera sur la déconnexion des prix du gaz et du pétrole qui n’est plus en vigueur depuis au moins trois années et qu’adviendra-t-il des prix du gaz algérien aussitôt les contrats à moyen et long terme arrivés à expiration, l’Europe faisant pression pour une baisse des prix ? Rappelons que dans le cadre de la renégociation de contrats de gaz à long terme par le groupe italien Edison qui a été repris par le groupe français EDF, Sonatrach a perdu en mars 2013, une affaire d'arbitrage où le groupe italien a obtenu la révision à la baisse des prix d'un contrat de fourniture de gaz naturel et ce sur décision, rendue par la Cour d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale avec un impact estimé à environ 300 millions d'euros (390 millions de dollars) sur l'Ebitda (excédent brut d'exploitation) du groupe Sonatrach en 2013.

6.- Quelles actions face à la transition énergétique ?

Pour l’Algérie, le constat en 2013 est que 96% de l’électricité est produite en Algérie à partir du gaz naturel, 3% à partir du diesel (pour les régions isolées du sud), 1% à partir de l'eau et que face aux contraintes, il y a une prise de conscience qui fait le gouvernement axe sa stratégie pour une transition énergétique maîtrisable autour de cinq axes privilégiant un bouquet énergétique , ayant les moyens de son financement mais privilégiant le transfert de savoir-faire managérial et technologique , où un partenariat gagnant/gagnant pourrait se réaliser dans le cadre du co-développement.

a.- Le premier axe est d’améliorer l’efficacité énergétique car comment peut –on programmer 2 millions de logements selon les anciennes normes de construction exigeant de fortes consommation d’énergie alors que les techniques moderne économisent 40 à 50% de la consommation ? Par ailleurs s’impose une nouvelle politique des prix (prix de cession du gaz sur le marché intérieur environ un dixième du prix international occasionnant un gaspille des ressources qui sont gelés transitoirement pour des raisons sociales. A cet effet, une réflexion doit être engagé par le gouvernement algérien pour la création d’une chambre nationale de compensation, que toute subventions devra avoir l’aval du parlement pour plus de transparence, chambre devant réaliser un système de péréquation, segmentant les activités afin d’encourager les secteurs structurants et tenant compte du revenu par couches sociales, impliquant une nouvelle politique salariale.

b- Le second axe, l’Algérie a décidé d’investir massivement à l’amont pour de nouvelles découvertes. L’Algérie sera le troisième plus gros investisseur dans le secteur de l’énergie de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) au cours des cinq prochaines années avec un montant de de 100 milliards de dolalrs selon la déclaration du PDG de Sonatranc en date du 25 octobre 2013.

c- Le troisième axe est le développement des énergies renouvelables. L’Algérie a réceptionné en mi-juillet 2011 la centrale électrique hybride à Hassi R’mel, d’une capacité globale de 150 MW, dont 30 MW provenant de la combinaison du gaz et du solaire. Cette expérience est intéressante. La combinaison de 20% de gaz conventionnel et 80% de solaire me semble être un axe essentiel pour réduire les coûts et maîtriser la technologie. À cet effet, le CREG (l’agence de régulation) a annoncé le 28 mai 2013 que deux projets de décrets destinés à accompagner la mise en œuvre du programme algérien de développement des énergies renouvelables, qui sont en cours de finalisation, seront prochainement promulgués. Des mesures incitatives sont prévues par une politique volontariste à travers l’octroi de subventions pour couvrir les surcoûts qu’il induit sur le système électrique national et la mise .en place d’un fonds national de maîtrise de l’énergie (FNME) pour assurer le financement de ces projets et octroyer des prêts non rémunérés et des garanties pour les emprunts effectués auprès des banques et des établissements financiers. Le programme algérien consiste à installer une puissance d’origine renouvelable de près de 22 000 MW entre 2011 et 2030, dont 12 000 MW seront dédiés à couvrir la demande nationale de l’électricité et 10 000 MW à l’exportation. D’ici 2030, environ, 40% de la production d’électricité destinée à la consommation nationale sera d’origine renouvelable. L'objectif de l'Algérie de produire, dans les 20 ans à venir, 30 à 40% de ses besoins en électricité à partir des énergies renouvelables. Le montant de l’investissement public consacré par l’Algérie à la réalisation de son programme de développement des énergies renouvelables, à l’échéance 2030,qui était au départ fixé à 60 milliards de dollars s’élèvera, selon le Ministère de l’énergie, à 100 milliards de dollars environ 70 milliards d’euros. Le problème l’Algérie aura-t-elle les capacités d’absorption, la maitrise technologique pour éviter les surtouts, la maitrise du marché mondial et ne sera-t-il pas préférable de réaliser ce projet grandiose dans le cadre de l’intégration du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique, marché naturel du Maghreb et de l’Europe, continent à enjeux multiples qui horizon 2030, tirera la croissance de l’économie mondiale.

d- Quatrième axe, l'Algérie compte construire sa première centrale nucléaire en 2025 pour faire face à une demande d'électricité galopante, a affirmé le 19 mai 2013 le ministre de l'Énergie et des Mines, l'institut de génie nucléaire, créé récemment, devant former les ingénieurs et les techniciens en partenariat, qui seront chargés de faire fonctionner cette centrale. Les réserves prouvées de l'Algérie en uranium avoisinent les 29.000 tonnes, de quoi faire fonctionner seulement deux centrales nucléaires d'une capacité de 1.000 Mégawatts chacune pour une durée de 60 ans, selon les données du Ministère de l'Énergie. La ressource humaine étant la clef à l’instar de la production de toutes les formes d’énergie et afin d’éviter cet exode de cerveaux massif que connait l'Algérie, le poste services avec la sortie de devises étant passé de 2 milliards de dollars en 2002 à plus de 12 milliards fin 2012, dont une grande partie destinée au secteur hydrocarbures, Sonatrach se vidant de sa substance, il convient de résoudre le problème récurrent des chercheurs qui depuis des années demandent l’éclaircissement de leur statut, la revalorisation de leur rémunération et surtout un environnement propice par la levée des obstacles bureaucratiques qui freinent la recherche.

e- Enfin cinquième axe l’option du gaz de schiste introduite dans la nouvelle loi des hydrocarbures de 2013. En Algérie, devant éviter des positions tranchées pour ou contre, un large débat national s’impose, car on ne saurait minimiser les risques de pollution des nappes phréatiques au Sud du pays. L’Algérie étant un pays semi-aride, le problème de l’eau étant un enjeu stratégique au niveau méditerranéen et africain, doit être opéré un arbitrage pour la consommation d’eau douce, (les nouvelles techniques peu consommatrices d’eau n’étant pas encore mises au point, malgré le recyclage, quel sera le coût, fonction de l’achat du savoir-faire), un milliard de mètres cubes gazeux nécessitant 1 million de mètres cubes d’eau douce et être pris en compte les coûts (en plus de l’achat des brevets) devant forer plusieurs centaines de puits moyens pour un milliard de mètres cubes gazeux. Sans compter la durée courte de la vie de ces gisements et la nécessaire entente avec des pays riverains se partageant ces nappes non renouvelables dont le Maroc, la Libye et la Tunisie.

7.-En conclusion la sécurité énergétique en Algérie, pose la problématique de la réforme globale

Au préalable comme j’ai eu à l’affirmer dans bon nombre d’interviews internationaux, dont un grand quotidien japonais après l’attentat terroriste d’In Amenas qui représente 18% des exportations totales gazières de l’Algérie, aucune société étrangère ne s’est retirée. D’ailleurs la sécurité est posée pour l’ensemble des gisements mondiaux, le terrorisme étant une menace planétaire supposant des actions de coordination sécuritaires des pays de la région notamment avec les tensions au Sahel. Cependant il faut entrevoir d’autres perspectives et éviter cette mentalité rentière de vouloir tout reposer l’avenir d’un pays sur une rente éphémère. En effet, le directeur conseiller de la Banque d’Algérie, a mis en garde contre l’apparition d’un déséquilibre budgétaire liée à la chute du prix du baril de pétrole. “L’équilibre budgétaire requiert des niveaux de prix des hydrocarbures supérieurs à 112 dollars le baril pendant que les recettes budgétaires totales restent fortement dépendantes de celles, très volatiles, des hydrocarbures”, a-t-il prévenu dans un compte rendu sur l’évolution économique et monétaire en Algérie, présenté le 1er juillet 2012. L’Algérie peut-elle continuer à fonctionner à ce cours 125 dollars selon le rapport de l’OPEP de juillet 2013 ? Et ce comme le montre récemment l’explosion des importations de biens durant le premier semestre 2013 allant vers 60 milliards d’importation de biens auquel il faudra ajouter 12 milliards de dollars de services plus les transfert des capitaux légaux des compagnies installées en Algérie. Paradoxe pour un pays doté en hydrocarbures la facture d’importation de carburants a dépassé les 2 milliards de dollars en 2012. L’Algérie ne risque t- elle pas, en continuant dans cette voie suicidaire de dépenser sans compter d’éponger le fonds de régulation des recettes au bout de trois années et de puiser dans ses réserves de change, en cas d’un cours tournant autour de 90 dollars à prix constants. La situation serait intenable avec d’inévitables remous sociaux et politiques comme l’a montré l’expérience des impacts de la chute des cours des hydrocarbures en 1986 avec des ondes de chocs entre 1989/2000? En bref, l’Algérie a besoin d’institutions durables et modernes et d’une vision sur son avenir qui est comme je viens de le démonter il y a de cela un mois à Bruxelles à l’invitation du parlement européen dans l’intégration du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique. Au Maghreb, ne serait-ce que dans le domaine de l’eau et de l’énergie, il y a la place pour des chantiers fantastiques. Mais chacun des pays concernés doit cesser de se considérer uniquement comme un fournisseur ou un consommateur d’énergie. Le codéveloppement et le copartenariat avec des partenaires étrangers peuvent être le champ de mise en œuvre de toutes les idées innovantes , l’avenir étant au sein des espaces euro-méditerranéens et euro-africains, l’Afrique continent d’avenir ,à enjeux multiples, avec 25% de la population mondiale, des ressources tant matérielles qu’humaines considérables, sous réserve de sous régionalisations homogènes et d’une meilleure gouvernance sera la locomotive de l’économie mondiale horizon 2030/2040.

Mesdames et Messieurs, espérons que les débats contradictoires productifs permettront de dépasser la crise multidimensionnelle à laquelle est confrontée l’Algérie, crise qui peut être surmontée grâce et je l’affirme sans chauvinisme, sous réserve d’un profond réaménagement des structures du pouvoir loin des aléas de la rente, et ce grâce aux importantes potentialités énormes que recèlent notre pays. Nous devons apprendre à nous écouter, les uns les autres, à dialoguer pour convaincre, à respecter notre différence, le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir. Nous devons dépasser le chauvinisme étroit, personne n’ayant le monopole du nationalisme, nous aimons tous l’Algérie , en tenant compte des nouvelles mutations tant internes que mondiales par des stratégies d’adaptation conciliant l’efficacité économique et une très profonde justice sociale. Je vous remercie, Mesdames et Messieurs de votre attention et remercie encore une fois le FFS pour son aimable invitation.

Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international

(1) Intervention du professeur des universités, expert international- Docteur d’Etat en gestion 1974) en management stratégique Abderrahmane Mebtoul, lors de la convention sur l’énergie organisée par le Front des Forces Socialistes – FFS-Alger 31 octobre- 01 novembre 2013-

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