Monde arabe : L'obscurantisme rampant et ses victimes désignées

Publié le par Mahi Ahmed

Monde arabe : L'obscurantisme rampant et ses victimes désignées

17

 

mars

 

2013

 

à 10:30

Les Arabes restent enfermés dans un cercle d'ignorance, victimes de l'obscurantisme, dominés par l'absolutisme de l'esprit dogmatique fondamentaliste dans sa lutte permanente contre le mode libérateur de l'esprit critique.

Par Dallâa Moufti*

«Nous ne reprochons pas aux religieux leurs croyances. Nous leur reprochons plutôt leur irrespect de la recherche scientifique dont ils sont incapables» disait, à juste titre, Dr. Ali Al-Wardi.

Musulmans – et Arabes en particulier – se montrent fiers de figures éminentes telles qu'Ibnou Sinâ (Avicenne), Al-Kindi, Al-Farabi, Ibnou Al-Haythem, Ibn Annafiss, Al-Razi qui sont de véritables monuments historiques de la science et de la pensée humaine.

 

Ibn Roshd dans "Le Destin" de Youssef Chahine ou la solitude du penseur...

Ces penseurs accusés d'apostasie et d'athéisme

A la fois, ce brin de fierté risque de nous faire oublier le fait que de telles personnalités et d'autres encore furent l'objet de toutes sortes de persécution, de négligence et de marginalisation. Pire, ils furent abusivement accusés à l'époque d'apostasie et d'athéisme.

Le conflit entre l'esprit rigoureux de la recherche scientifique et celui empreint de dogmatisme clos remonte à l'origine des croyances religieuses. Chrétiens, musulmans et autres ont subi de tels conflits. Malheureusement l'esprit dogmatique l'a emporté sur l'esprit scientifique. Et c'est ainsi que des peuples entiers furent plongés dans un sommeil abyssal, à mille lieux de toute connaissance et esprit libre. Ils se sont abandonnés à leur clergé tout puissant qui les a dédouanés de tout péché en leur accordant le pardon et les clés du paradis.

Notre histoire tant celle des musulmans que celle limitée aux arabes est remplie d'épisodes d'oppression à l'encontre de nos écrivains et nos savants qui furent attaqués et dont les œuvres ont même subi l'autodafé. Ibn Roshd (Averroes), Aboul Ala Al-Maârri, Ibnou Sinâ (Avicenne), Al-Farabi et Al-Kindi sont des exemples parmi tant d'autres qui ont incarné (à leur dépens) ce conflit entre esprit dogmatique et esprit scientifique.

Cette lutte atroce entre ces deux tendances antagoniques avait servi aux uns pour exacerber une peur diffuse sous couvert de religion en danger afin de pousser les masses aveuglées d'accourir à son secours. Les récalcitrants étaient menacés par le sabre, le feu ou l'exil.

Finalement, la plupart des ouvrages précieux furent mis à l'abri en Occident ce qui favorisa la renaissance de l'Europe. Et du même coup nous relégua dans l'ignorance crasse, livrés entre les mains de prêcheurs despotes qui s'en prennent en apparence à la connaissance et la pensée libre dans le seul but réel d'accéder au pouvoir et consolider leurs privilèges.

 

Statue de Aboul Ala Al-Maari décapitée par des extrémistes rreligieux à Maârat Al-Nômane, en Syrie.

Nous avons cru un temps que cette ère était révolue grâce au progrès de l'humanité et l'ouverture sur le monde quand en fait nous avons encore affaire à cette même ignorance et à l'oppression sous diverses formes. En voici quelques exemples : un écrivain fut accusé d'apostasie obligeant sa femme à le divorcer; un autre fut assassiné; un autre encore fut emprisonné; d'autres ont subi l'insulte et le mépris public sur la toile.

L'argument religieux n'est qu'un prétexte. Le fait est que nous demeurons enfermés dans un cercle d'ignorance, victimes de l'obscurantisme, dominés par l'absolutisme de l'esprit dogmatique fondamentaliste dans sa lutte permanente contre le mode libérateur de l'esprit critique.

Les futures têtes à couper

Les obscurantistes ont ainsi été jusqu'à «habiller» la statue de la chanteuse Oum Koulthoum dans sa ville natale par un niqâb. Ailleurs, en Allemagne, le buste de l'éminent écrivain Taha Hussein, doyen de la littérature arabe, fut dérobé. En Syrie, dans sa ville natale, le buste d'Aboul Ala Al-Maârri fut carrément décapité en signe de représailles posthume contre ce penseur génial, et comme mise en garde symbolique vis-à-vis de futures têtes à couper, flambeau de l'esprit critique libérateur.

Nous avons manifesté notre rejet et notre colère contre ces faits scandaleux, ce qui nous valut l'accusation primaire de préférer la pierre aux humains.

En fait, la symbolique de statues en pierre détruites sont un clair présage qui annonce la décapitation de nouvelles têtes par crainte du message qu'elles contiennent. Celui qui a décapité le buste d'Al-Maâri est prêt à décapiter la tête de celui qu'il juge dissident sur le plan religieux.

Soyons clairs, la question n'est pas de décapiter le buste d'Al-Maâri, d'atteinte à ceux de Taha Hussein et Oum Koulthoum, mais bien d'annoncer de manière à peine voilée notre tour pour nos têtes à égorger.

* Ecrivaine koweitienne.

* Texte original en arabe, traduction libre par A. Cherif (ancien diplomate).

Source: Blog Shaahidun.

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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