MAROC : Une industrie en crise

Publié le par Mahi Ahmed

MAROC : Une industrie en crise

 

Par Abdelmadjid Bouzidi

Lorsqu’on veut connaître la place qu’occupent l’industrie et les autres secteurs dans une économie, on examine généralement la structure de son produit intérieur brut. Le PIB marocain se répartit, par secteur, de la manière suivante :

Industrie

16

Agriculture

16,4

Energie et mines

6,1

Construction

3,5

Services

57

Comparée à l’Algérie, l’industrie marocaine a un poids dans le PIB trois fois supérieur. Est-ce à dire que le Maroc est une économie industrialisée sinon industrielle ? Il faudrait commencer par préciser que les industries manufacturières ne comptent que pour 12 % du PIB. Mais là n'est pas l’essentiel. Examinons d’abord la carte des entreprises industrielles marocaines selon le secteur et la taille.
Les entreprises industrielles du Maroc par secteur et par taille (en %)

Secteurs

Taille

Petites et moyennes

Grandes 

Industries agroalimentaires

89%

11%

Textiles et cuir

71%

29%

Chimiques et parachimiques

89,6%

10,4%

Electriques, électroniques

82,5%

17,5%

Mecaniques, métallurgiques

89,5%

10,5%

Ensemble

91%

09%

Comme le révèlent ces statistiques contenues dans une étude du ministère des Finances (Direction des études et des prévisions financières : «Étude comparative de la petite et moyenne industrie et de la grande industrie au Maroc»), l’industrie marocaine est constituée principalement de petites (15 salariés en moyenne) et moyennes entreprises (100 salariés). 72 % de ces entreprises industrielles de transformation sont des petites entreprises. Par secteur d’activité, les PMI marocaines se répartissent comme suit :
Les PMI au Maroc

Industries chimiques et parachimiques

32 %

Industries agroalimentaires

27%

Industries textiles et confection

23%

Industries mécaniques et métalliques

16%

Industries électriques, électroniques

02%

• Par PMI dans les industries chimiques et parachimiques il faut entendre des petits établissements de fabrication de matériaux de construction, de charpente, d’articles d’ameublement en bois, d’articles en papier et carton, des petits ateliers de menuiserie.
• Les PMI du secteur agroalimentaire sont en bonne partie constituées d’unités de conditionnement de fruits et légumes, de congélation et surgélation de poissons, de conserveries, de biscuiteries modernes.
• Les PMI du secteur textile et cuir sont des petites unités de confection qui font de la sous-traitance, des petits ateliers qui produisent des articles de maroquinerie ou des chaussures en cuir.
• Les PMI du secteur des industries mécaniques, métallurgiques, électriques et électroniques sont des ateliers de chaudronnerie, de confection de pièces mécaniques, des unités de menuiserie métallique, des unités de production d’articles d’électricité.
• Les entreprises industrielles de taille moyenne opèrent dans le secteur textile (44 % des établissements). Ces entreprises de textile et confection assurent 55 % des exportations des entreprises de taille moyenne et emploient 46 % des salariés. Dans le secteur agroalimentaire, les entreprises de taille moyenne assurent 36 % de la production industrielle des PMU.
• Les grandes entreprises industrielles activent principalement dans les branches textiles et confection (51 %), chimie, parachimie, pharmacie (19 %), agroalimentaire (17 %), mécanique, métallurgique (10 %).
Une industrie en crise
Une étude de la Banque mondiale avait déjà révélé en 2007 que l’industrie manufacturière marocaine était en crise. On peut lire dans cette étude que «le secteur manufacturier marocain est l’un des moins dynamiques des pays émergents». Ainsi, sur la période 2000-2007, la croissance du PIB industriel marocain a été la plus faible de 30 pays émergents couverts par l’enquête.
Croissance du PIB industriel (2000-2007)

Moyenne de 30 pays émergents

6,2%

Jordanie

11

Turquie

7

Indonésie

5

Egypte

4

Tunisie

4

Maroc

3,6

Indice de production (Industries de transformation)

2006

2007

2008

2009

3,7%

4,5%

1,8%

0,9%

Enfin, la part des industries de transformation dans le PIB marocain a elle aussi fortement diminué comme l’indique le tableau suivant :
Part de l’industrie manufacturière dans le PIB

1998

2009

15,3%

12,%

Durant la période couverte par l’étude de la Banque mondiale, 95 % des emplois créés en milieu urbain l’ont été dans le BTP et les services et seulement 5 % dans l’industrie manufacturière. L’essentiel des investissements privés marocains va aux secteurs BTP et services. L’industrie manufacturière reçoit 12,5 % seulement de l’investissement privé total : «Le secteur privé marocain investit de plus en plus dans le bâtiment, la construction, la promotion immobilière et les services en délaissant l’industrie» (in «Industrie : le rapport inquiétant de la Banque mondiale» repris dans La Vie économique, du 24/07/2009). Il faut souligner d’autre part qu’en matière de productivité, le Maroc est classé 21e sur 30 pays émergents. «L’ouvrier marocain produit en moyenne deux fois moins et reste très peu qualifié.» La productivité moyenne d’un ouvrier marocain dans le secteur manufacturier est de 8 000 USD par an alors que la moyenne observée dans les pays émergents est de 15 000 USD. En Corée du Sud, elle est de 45 000 USD, de 31 000 USD à Taïwan, de 22 000 en Afrique du Sud, de 17 000 au Mexique. L’étude de la Banque mondiale révèle aussi que la croissance moyenne des exportations manufacturières du Maroc (sur la période) occupe le 27e rang sur un échantillon de 30 pays émergents.
Taux de croissance de l’industrie manufacturière

Chine

30 %

Vietnam

22 %

Brésil

16 %

Egypte

14,8 %

Turquie

11,5 %

Tunisie

10 %

Maroc

8%

Les exportations industrielles
Les exportations industrielles du Maroc restent le fait des grandes entreprises : 75 % des grandes entreprises produisent pour l’exportation contre 17,5 % des moyennes entreprises et 7,5 % seulement des petites entreprises.
Par secteur, les exportations se répartissent ainsi

Agroalimentaire

20 %

Textiles et confection

39%

Chimie et parachimie

30%

Métallique, mécanique,électrique, électronique

11%

Les exportations marocaines souffrent de différentes faiblesses. Des études ont mis en relief quatre fragilités.
1/ D’abord une insuffisante diversification en termes de produits et qui plus est, sur les marchés fortement concurrentiels : textiles, agroalimentaire et plus récemment matériel électrique constituent les principaux produits du Maroc à l’exportation. «Le principal produit d’exportation qui est le vêtement de confection subit depuis une dizaine d’années la concurrence d’autres pays émergents tels que la Turquie, l’Inde ou la Chine» (cf. Flash économic. n° 29 Natixis - Groupe BPCE).
2/ Les exportations marocaines souffrent aussi d’une faible diversification géographique. Les deux anciennes puissances coloniales sont restées les principales destinations des exportations : l’Espagne qui est le principal client (24 %) et la France (20 %). Ces deux économies sont en crise et les exportations marocaines s’effondrent (c’est d’ailleurs aujourd'hui le cas de l’Espagne).
3/ Le Maroc exporte aussi des biens agroalimentaires. Et nous connaissons la fragilité de ce secteur très fortement soumis aux aléas climatiques.
4/ Dès que l’euro s’apprécie, la compétitivité du Maroc sur les marchés extérieurs se détériore.
Selon la Bank al Maghrib, la compétitivité coût du Maroc s’est affaiblie comparativement à plusieurs pays émergents en raison d’un niveau de productivité plus faible et d’une accélération des coûts unitaires du travail entre 2001 et 2008 (Cf. Natixis. Etude citée). Si on veut résumer brièvement les principales caractéristiques de l’industrie marocaine, on retiendrait les points suivants :
1) Le secteur manufacturier est principalement dominé, jusqu’à présent, par les industries du vêtement, du textile et du cuir.
2) Les entreprises industrielles sont principalement des petites et moyennes entreprises familiales.
3) Les entreprises engagées dans des programmes de recherche et d’innovation sont très rares.
4) Le niveau de formation des ouvriers est faible.
5) L’informel dans le tissu industriel du pays est estimé entre 20 et 30 % de la valeur ajoutée du secteur.
6) L’industrie est essentiellement une industrie de transformation de ressources naturelles (phosphate et agriculture surtout) et d’assemblage (mécanique, électronique et même confection, textile). Pour faire face à toutes ces difficultés et sortir l’industrie manufacturière de la crise, le gouvernement marocain a élaboré une nouvelle stratégie industrielle qu’il a intitulée du nom évocateur de «Émergence».
Le contenu de la nouvelle stratégie industrielle
Toute la stratégie est consacrée à faire de l’économie marocaine une économie émergente qui participe activement et positivement à la mondialisation. Le modèle est un modèle exportateur (de biens et de services et repose sur quatre piliers :
1 -Le développement de nouveaux métiers liés à la délocalisation (par les firmes internationales) de services. La filière à mettre en place est celle de «l’offshoring ». Cet offshoring consistera à «fournir des services et des processus administratifs sur la base des avantages comparatifs de maîtrise de la langue (français et espagnol) et de coût avantageux de la main-d’œuvre qualifiée (que le Maroc ambitionne de former à grande échelle)».
• Le Maroc développera aussi la filière de «l’exshoring » qui consiste à exporter de la main-d’œuvre marocaine en Europe par des sociétés de services structurées (dans les domaines agricole, BTP, etc.).
2 - Le second axe de la stratégie industrielle du Maroc consiste en la mise en place de zones de sous-traitance industrielle orientées sur l’exportation vers l’Europe. Il s’agit d’offrir à des investisseurs/industriels une zone permettant d’opérer dans des conditions économiques et techniques optimales (avantages spécifiques, infrastructures, administration simplifiée, fiscalité avantageuse...). Les Marocains parlent ici de «zones industrielles de deuxième génération». Les branches industrielles concernées par la sous-traitance internationale sont celles des composants électroniques notamment pour l’aéronautique, les composants automobiles.
3 - Le troisième pilier de la stratégie est la modernisation et la relance de 3 secteurs industriels qui ont été des moteurs de la croissance industrielle marocaine : l’agroalimentaire, la transformation des produits de la mer et le textile. La stratégie ajoute à ces trois secteurs, l’artisanat.
4 - Le quatrième axe du programme industriel marocain est l’accélération de la modernisation compétitive du tissu industriel existant. Amélioration du climat des affaires, professionnalisation du management des entreprises et restructuration «du tissu en difficulté» sont les principales actions à mener.
Pour résumer, les choix stratégiques que font les Marocains sont au nombre de quatre :
a - offshoring ;
b - sous-traitance internationale ;
c - renforcement des industries exportatrices traditionnelles.
5 - Améliorer la compétitivité Comme on peut le constater, c’est bien le modèle industriel d’exportation que le Maroc a choisi de consolider s’inscrivant résolument dans la bataille de la mondialisation de l’économie. Les exportations devront représenter 70 % de la croissance industrielle marocaine en 2015. Il s’agit de construire les «métiers mondiaux du Maroc». Dure bataille et sérieux pari !
A. B.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/08/25/article.php?sid=105035&cid=8

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