Mali :suite2

Publié le par Mahi Ahmed

MALI : INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ?
Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident (13e partie)

 

Par Ali El Hadj Tahar
elhadjtaharali@gmail.com
Certains parlent du «caractère transnational du terrorisme». Le terrorisme n’a pas de caractère globalement transnational. Il a un caractère transnational limité aux pays musulmans. Il n’y a pas eu d’attentat en Occident ou contre des intérêts occidentaux depuis plus d’une décennie. Le terrorisme dit «islamiste» ne touche jamais les intérêts américains ou occidentaux, et tous les attentats qui ont eu lieu en terre d’Occident sont, selon les analystes les plus crédibles, des «inside jobs», des opérations internes, ou intimement liées à des filières d’agents «islamistes» liés aux services secrets occidentaux.

Nul ne croit que le troglodyte Ben Laden soit capable d’exécuter l’opération-attentat extrêmement sophistiquée du 9 septembre 2001. En tout cas, sans les attentats du 9 septembre 2001 et ceux «perpétrés» contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi (Kenya) et à Dar es-Salam (Tanzanie), contre le navire USS Cole (octobre 2000, Amen, Yémen), contre le bâtiment des soldats US à Djedda, contre le RER de Madrid (2004) ou celui de Londres (2005), le terrorisme ne serait jamais devenu une affaire aussi juteuse pour l’économie de guerre américaine et occidentale. Les entreprises américaines ont touché près de 5 000 milliards de dollars en 8 ans grâce aux guerres en Irak et en Afghanistan. Les ventes d’armes occidentales n’auraient pas doublé par rapport à celles des Russes et des Chinois, les bases américaines dans le monde n’auraient pas été multipliées par deux ou presque… Même Coca, Pepsi et Marlboro gagnent avec les GI’s et les marines en campagne en Afghanistan, Irak, Yémen ou ailleurs… La Russie est désormais entourée de bases américaines comme elle ne l’a jamais été lors de la guerre froide. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les EAU et le Qatar dépensent des milliards en armement : du bonheur pour le complexe militaro-industriel des six grands fabricants d’armes. Le Qatar achète des gadgets de mort qu’il n’emploie pas : il les offre aux terroristes, avec la garantie qu’ils ne viseront jamais un appareil ou un citoyen israélien, américain ou français, et si cela advient, comme pour trois Etats-Uniens dont un ambassadeur en Libye, cela s’appelle pertes collatérales avec en récompense aux familles une médaille de mérite… au nom de Lockheed, Boeing ou Carlyle où la famille Ben Laden est toujours actionnaire… Au Mali, on ne trouvera jamais un Qatari parmi les terroristes, mais le «généreux» donateur y a envoyé des associations caritatives ; 90% des ONG humanitaires qataries ou saoudiennes cachent un service de renseignement, qui fait semblant de donner du lait mais qui recrute des mercenaires. Le Croissant-Rouge qatari, les structures telles que Qatar Charity ou la Mou’assassat Eid ont fait des pays du Sahel (et donc du Nord-Mali) l’un de leurs terrains d’intervention privilégiés. Avant l’intervention française, ces ONG humanitaires qataries n’étaient présentes que dans les villes où Ansar Dine était présent, soit le Nord-Mali, alors que la misère est partout aussi au Sud : elles soignent et nourrissent les terroristes, et donnent des miettes aux pauvres. Le Qatar détient 4% de la dette malienne (3,5 milliards de dollars) : ces ONG maliennes ne peuvent-elles pas l’effacer ? Ces ONG permettent de ceinturer le Sahel d’agents de renseignements comme l’était le Pakistan dans les années 1980. C’est grâce à ces «associations caritatives» que les terroristes saoudiens et du Golfe étaient présents en Afghanistan, durant la première guerre, de 1979 à 1986 : le livre House of Bush, House of Saud de Craig Unger montre le fonctionnement de ce réseau «humaniste» créé par Abdoullah Youcef Azzam et Ben Laden et qui a permis d’acheminer des fonds et des armes aux Afghans et aux Afghans arabes, puis aux terroristes islamistes en Bosnie, en Tchétchénie... Dans le cadre de cette «mission», Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri, alors amis, sont même allés acheter des Stinger aux Etats-Unis, ce que Reagan autorisera à donner aux «moudjahidine» afghans (opération Cyclone). Ces structures «caritatives» sont toujours existantes et se renforcent au fur et à mesure que se développe «l’autoroute du terrorisme». Sur l’intervention atlantique en Libye en 2011, il y a une vidéo disponible sur YouTube qui montre des missiles qui tombent d’une caisse frappée du Croissant-Rouge qatari pendant sa manipulation par les «rebelles» anti-Kadhafi. S’agissant de la Syrie, des terroristes libyens avouent (dans un documentaire du journaliste libanais Khoudr Aouarka) avoir acheminé sous la couverture humanitaire plusieurs bateaux d’armements aux terroristes qui ont massacré des dizaines de milliers de militaires et de civils syriens. Dans un entretien téléphonique de 9 minutes, le député libanais Okab Sakr (courant proche de Rafik Hariri et des phalangistes) parle avec un chef terroriste en Syrie lui demandant un approvisionnement en armes. Tout le monde s’est mis dans le commerce de la mort, officiels, banquiers, directeurs d’agences de renseignement, députés, organismes humanitaires… qui, eux, sont les véritables patrons d’Al- Qaïda, pas cet Ayman Al-Zawahiri qui ne sert que de leurre, tout comme Ben Laden dont l’holographie a été effacé pour donner un nouveau souffle à la nébuleuse.
Le rôle trouble du Qatar : pourquoi en avoir peur ?
Dans la crise du Sahel, ce n’est pas uniquement le Mali qui est visé mais tous les pays de la région : l’attentat d’In Amenas est lourd de menaces nouvelles… L’assassinat de deux gardiens d’oléoduc à Bouira vient montrer que les cibles sont ce pétrole et ce gaz qui nous donnent à manger. Les infrastructures pétrolières irakiennes font l’objet de sabotages permanents par Al-Qaïda et d’autres mercenaires agissant pour le compte des commanditaires de l’ombre. Le gazoduc iranien a explosé en territoire turc… Il n’y a pas que la production de pétrole et de gaz qui compte, parfois sa non-production est plus avantageuse pour l’Amérique (l’Irak ne pouvait produire qu’un quota donné des années durant ; aujourd’hui, le pétrole iranien est boycotté). Les puissances impérialistes ne cherchent pas que le pétrole. D’ailleurs il y a trop de pétrole et de gaz aujourd’hui. Le gaz russe et le gaz iranien gênent le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui veulent réduire la production des autres pays pour imposer leur marchandise, d’autant qu’ils ont investi des sommes énormes dans des raffineries. Le pétrole découvert en zone syrienne, libanaise et chypriote fait à la fois rager et rêver : la crise syrienne est aussi liée à cette volonté de lui prendre sa richesse ou de retarder sa production, tout comme elle vise à saboter le gazoduc russe pour permettre le passage d’un gazoduc qatari vers l’Europe à condition qu’un nouveau gouvernement prenne Damas, selon le journal libanais Al-Akhbar. In Amenas produit du gaz et le Qatar peine à trouver des clients pour sa ressource… Le Qatar est aussi actionnaire dans Total qui veut avoir des concessions dans le pétrole récemment découvert au Mali, aux frontières de la wilaya d’Adrar. Total a retardé la production de gaz iranien (dans ses concessions iraniennes) pour permettre l’extraction du gaz qatari, et l’affaire est entre les mains de la justice… Les coups fourrés du Qatar à l’encontre de l’Iran, et récemment de l’Égypte méritent d’être médités : Hamad a raflé à son ami Morsi le marché de gaz israélien ! Le gazoduc égyptien vers Israël est souvent saboté depuis les «Printemps arabes», alors le Qatar signe un contrat avec Israël (2012) pour lui assurer un approvisionnement sans sabotages… Un Sahelistan causera des morts, des déplacements et un ralentissement économique insupportables qui ne feront qu’aggraver la crise, outre le développement de la drogue, et aucune fermeture des frontières ne permettra de l’éviter comme l’a montré l’attentat d’In Amenas. Le but du terrorisme n’est pas de tuer des gens mais de détruire des économies, des nations, des Etats et en faire des Etats faillis, des pays qui ne concurrencent pas les grandes puissances qui peuvent alors en piller les richesses sans contrôle. Le terrorisme produit du terrorisme en créant les conditions de son développement, et c’est ce mécanisme qui semble aussi être enclenché en Irak qui, malgré son immense production pétrolière, patine en place à cause du terrorisme et des divisions internes. Si la crise malienne transformait la région en Sahelistan, un scénario apocalyptique se profile à l’horizon. Au Mali comme en Afghanistan, en Syrie et en Irak, ce sont essentiellement des groupes terroristes qui sont responsables du drame. Si les groupes appartiennent à la même nébuleuse (Al-Qaïda), ce sont aussi les mêmes cercles qui désignent leur agenda, dans un centre de commande qui n’a rien à voir avec la grotte troglodytique d’Ayman Al-Zawahiri mais plutôt avec un bureau hypersophistiqué avec des décideurs et des stratèges entourés de think-tanks liés à des multinationales qui brassent des centaines de milliards de dollars. La multinationale terroriste est un outil du libéralisme prédateur de ce siècle où le budget de défense de l’Amérique est de deux fois supérieur à celui de ce pays durant ses deux années de sa participation à la guerre mondiale ! Oui, pour combattre le gueux Ben Laden, le Department of Defence (DoD) se donne un budget deux fois supérieur à celui qu’il avait dans sa guerre contre Hitler, Mussolini et Hiro-Hito ! Vous avez compris que ce budget (750 milliards de dollars en 2010 et 676,7 en 2012) ne peut s’expliquer que par une corruption d’une dimension inouïe qui rend l’Etat américain otage du complexe militaro-industriel et des autres entreprises contractuelles du Pentagone. La pire dictature se trouve camouflée sous le système politique qui apparaît comme le plus démocratique du monde.
Manipulateurs de l’ombre, commanditaires actifs Des intérêts variés, parfois contradictoires, sont cachés derrière ces conflits impérialistes qui se concrétisent par l’entremise de supplétifs, tandis que les maîtres d’ouvrage se contentent de nourrir les facteurs crisogènes, notamment par les médias, surtout lorsque des chaînes autochtones et «crédibles» comme Al Jazeera ou Al Arabia sont de la partie. D’ailleurs, il est écrit dans le rapport Horizons stratégiques 2012 du ministère français de la Défense : «Dans un contexte multipolaire, l’affrontement entre puissances pourra également se mener par procuration, au travers de pays tiers appartenant à leurs sphères d’influences respectives.» Ce rapport reconnaît que «la criminalité transnationale pourrait aussi, a contrario, être suscitée ou soutenue par certains États ou organisations trans-étatiques, dans le cadre d’une stratégie indirecte ». Or, la France est un de ces pays manipulateurs de groupes terroristes depuis plusieurs décennies, à l’instar des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne notamment. Les maîtres d’ouvrage sont en action au Mali, parmi eux la France et le Qatar, en attendant que d’autres se révèlent ou que se révèle pour qui courent ces deux premiers ou l’un des deux. Le terrorisme dit «islamiste» ne vise pas les Occidentaux ni l’Occident mais les musulmans et les pays musulmans. Il continue à jouer pleinement ce rôle tel que l’a voulu Zbigniew Brzezinski, l’inventeur de cette arme qu’on appelle terrorisme «islamiste» et qui consiste à utiliser des musulmans contre des musulmans, une arme expérimentée d’abord en Afghanistan (sous Jimmy Carter et Ronald Reagan). Dans le pays de Djamal Eddine El Afghani, des dizaines de milliers de mercenaires de pratiquement tous les pays musulmans ont combattu aux côtés des Américains. Puis en Algérie, ils voulurent instaurer une «république islamique», pareil en Tchétchénie et même en Bosnie où ils ont été transportés dans des avions de l’OTAN et bénéficié de l’aide occidentale pour déstabiliser la Russie comme ils l’ont fait auparavant pour embourber l’URSS dans une guerre coûteuse. «Les islamistes dits radicaux ne sont radicaux qu’en paroles contre l’impérialisme», écrit Bill Van Auken, un candidat à l’élection présidentielle américaine en 2004 et membre du Parti égalité socialiste, qui sait que l’islamisme est un outil utilisé par les républicains et les démocrates pour renflouer les caisses des marchands d’armes et celles d’autres firmes. Il ajoute : «Partout dans le monde, le terrorisme est apparu suite aux interventions américaines ou même avec leur aide ! L’Irak n’a connu le terrorisme qu’après les guerres des Etats-Unis. Le terrorisme de Ben Laden est directement une création de l’impérialisme américain. Le terrorisme s’est grandement développé après l’intervention américaine en Somalie, etc., etc.» Mais ni lui ni Ron Paul, qui demandait à réduire drastiquement le budget inutile, criminel et corrupteur de la défense, ne pourront un jour être élus à cause d’un système électoral qui exige un immense budget de campagne (2,6 milliards de dollars pour Obama et Romney, selon le Washington Post) pour arriver en bout de course, et ce budget ce sont les super donateurs, soit les entreprises bénéficiaires des contrats de la Maison-Blanche, qui l’offrent aux… candidats.
A. E. T.
(A suivre)

MALI : INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ?
La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés (14e partie)

Par Ali El Hadj Tahar
elhadjtaharali@gmail.com
L’opération Serval peut aussi s’expliquer par la nécessité militaire de donner du service à des éléments qui ont fait l’Afghanistan. Un service que les Etats-Unis rendent en faisant avancer le pion français au Mali, d’autant que les marines et autres GI’s ont encore quelques affaires à régler en Afghanistan. De plus, cela passe mal pour les Etatsuniens de s’ingérer dans un pays d’Afrique après la Libye, la Syrie et le Yémen où ils n’ont pas laissé une bonne impression au sein de l’opinion musulmane.
Entreront-ils au Mali en 2014, lorsque leur retrait d’Afghanistan sera total, et surtout lorsque les conditions militaires et/ou politiques auront été réunies ? Le pourrissement de la situation au Mali servira probablement de prétexte d’une entrée des Etats-Unis, et l’histoire montre que les Américains apprécient les conflits ouverts par les Français, le Vietnam étant le meilleur exemple. La France s’est donné le mandat de s'immiscer au Mali à coups de mensonges et subterfuges. Hollande a dit qu’il laissait la doctrine néocolonialiste Françafrique derrière lui, mais elle colle à la politique extérieure française, surtout dans le lourd héritage d’un parti socialiste marqué de forts relents mitterrandiens. Sarkozy l’a prouvé en Côte d’Ivoire, en se donnant ainsi un véritable pouvoir politique dans ce pays après avoir dégommé Gbagbo et placé Ouattara, comme Chirac l’a fait en 1999, en fomentant un coup d’Etat militaire contre le président Henri Konan Bédié, ouvrant ainsi pour ce pays plus d’une décennie de guerre, de massacres et de violences ethnico-religieuses. Laurent Gbagbo avait fermé la base française d’Abidjan, alors la France imposera Ouattara qui prétendait avoir gagné les élections face à son prédécesseur : il permettra le maintien de la base française. Au Tchad, la France maintient un millier d’hommes appelés dans le cadre du dispositif Epervier mis en place pour sauver un certain criminel, Hissène Habré, le président tchadien putschiste installé par la France et qui a appelé Paris à l’aide lorsque le président déchu, Goukouni Oudeï, a essayé de reprendre le pouvoir avec l’aide de Kadhafi, en 1986. Responsable de la mort de presque 40 000 personnes et de nombreux assassinats politiques, Habré sera d’ailleurs arrêté, mais, à ce jour, la France ne permet pas son jugement par la cour internationale de justice. La fin de la mission de l’opération Epervier au Tchad est proche et elle risque d’être fermée d’autant, qu’en 2010, le président Idriss Deby avait reproché à la France de ne rien payer pour sa présence militaire. Une opération coup-de- poing au Mali va donner à réfléchir à ces présidents qui osent chasser les troupes françaises et suivre les conseils de l’artiste Alpha Blondy qui chantait : «Armée française allez-vous en ! Allez-vous en de chez nous... Nous ne voulons plus d'indépendance sous haute surveillance.» En 1960, l'armée française comptait 30 000 hommes en Afrique ; en 1980, 15 000 ; aujourd'hui, ils sont à peine plus de 5 000, répartis sur trois bases : au Gabon (980), au Cap-Vert (1 200) et le plus gros contingent est à Djibouti (2 900). Rien qu'en 2011, près de 2 500 soldats ont quitté Djibouti (république de Djibouti), Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d'Ivoire) où la force Licorne n’est plus que de 450 hommes. Avec un budget de 800 millions d'euros par an en 2008, pour la présence française en Afrique (sur un budget militaire français de 31,4 milliards d'euros en 2013), la France ne peut pas avoir les mêmes objectifs géostratégiques que les Etats-Unis qui octroient à la Défense près de 50% du budget étatique alors qu’en France, il n’est que le deuxième après l’éducation. En début d'année, la fermeture de la base française au Sénégal avait confirmé le désir de plusieurs chefs d'Etat africains de voir ces symboles de la Françafrique disparaître. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a récemment déclaré que le Sénégal ne sera «pas le dernier pays à maintenir une base (militaire) française en Afrique. Il ne peut pas y avoir d'agressions extérieures, j'ai beau réfléchir, je ne vois pas qui peut agresser le Sénégal».
L’ingérence au nom du droit de défendre…
Cette fermeture des bases françaises en Afrique n’explique-t-elle pas l’acharnement de François Hollande à intervenir au Mali pour l’aider à se débarrasser des méchants «islamistes» ? Le drame n’a-t-il pas été scénarisé depuis le début, avec des armes qui se perdent en Libye, des partis fantoches qui se créent comme des champignons sous la pluie ? Beaucoup de peuples arabes n’ont pas pris conscience de la supercherie de cet hiver appelé «Printemps arabe» qui a amené des wahhabites au pouvoir et dans leur suite, et des crises à la chaîne, dont celle du Mali pourrait ouvrir la boîte de Pandore d’un terrorisme pour des décennies. L’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste, mais cet alibi a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces, les cas afghan et irakien étant des classiques des nouvelles ruses de l’impérialisme camouflé en ingérence humanitaire. En effet, le vœu du sioniste français Bernard Kouchner finira par se concrétiser, et l’ONU par adopter une résolution en 2009 autorisant la responsabilité de protéger, la R2P (Responsibility To Protect) qui permet à la «communauté internationale» de s’ingérer pour pallier les «défaillances» d'Etats incapables de prendre en charge leur propre population. C’est pour sauver des populations civiles de prétendus massacres que l’ONU a adopté la résolution 1973 qui a permis à l’OTAN d’intervenir en Libye. Au nom de cette ingérence humanitaire, la France est pressée d’intervenir pour s’incruster dans un Mali convoité dont le président déchu, Amadou Toumani Touré, lui aurait refusé l’installation d’une base militaire. En forçant la main aux nouvelles autorités, putsch-invasion-libération aidant, Paris finirait par avoir sa base. Les Etats-Unis, eux aussi, cherchent un pays où installer la base de l’Africom, et ils l’a trouveront probablement dans le pays qui s’avérera le plus faible ou le plus choyé par de futurs libérateurs : le Niger où, selon le New York Times, ils viennent de décider de la création d’une base pour le lancement de drones, ce qui augure de beaux jours pour Al-Qaïda, Ansar Dine, Mujao et autres mercenaires pseudo-djihadistes dans la région. Le fait que les Américains participent à l’intervention française n’annule pas tout ce qui vient d’être dit plus haut sur la différence de point de vue entre la Maison- Blanche et l’Elysée, car il n’y a pas de différend entre puissances amies mais néanmoins rivales. Tout n’a été que mensonges et camouflage pour préparer les conditions d’une intervention au mépris des milliers de réfugiés, des morts et des mains coupées ? L’impérialisme français ou américain n’a jamais fait cas de la vie humaine, et ce qui se passe en Syrie, en Irak et au Pakistan montre l’insensibilité implacable des atlantistes. Le raid israélien contre la Syrie pendant que les pays de l’OTAN y envoient leurs mercenaires atteste que notre analyse est juste. Maintenant, on comprend aussi pourquoi ni la France ni les autres pays, qui ont accouru avec leurs avions au Mali, ont préféré cette option à mettre la main à la poche pour offrir la modique somme de 375 millions de dollars nécessaire aux forces de la Misma. On comprend aussi pourquoi l’ONU n’a pas demandé une aide internationale pour les réunir ni pour l’envoi des troupes africaines : l’intervention française était déjà dans les plans entre Obama, Hollande et Cameron. Les Russes, préoccupés à sauver la Syrie, ne se sont pas ingérés dans la question : ils ont été éjectés de l’Afrique, y compris par cette ancien ami algérien qui a participé aux exercices de l’OTAN en même temps qu’Israël en 2010… Plusieurs auteurs partagent la thèse du complot impérialiste au Mali, la France, l’ancien maître colonial est naturellement choisi «parmi les puissances occidentales pour diriger une aventure néo-impérialiste dans cette région stratégiquement importante», écrit Finian Cunningham, un journaliste irlandais.(1) Les sommes dépensées par l’armée française dans le cadre de l’opération Serval (pour rendre servile ?) ont dépassé 30 millions d’euros en une semaine sur un budget de 630 millions d’euros destiné aux Opex (opérations extérieures) par le ministère de la Défense français, ce qui signifie d’ailleurs que ce budget ne pourrait pas tenir plus de deux mois. Cela signifie-t-il, par conséquent, que la France va se désengager du conflit malien au-delà de mars-avril, ou bien, va-t-elle s’engager pour une durée imprévisible malgré sa récession économique ? On ignore si les pays du Golfe vont payer la facture comme en Libye et en Syrie, car il n’a rien filtré de la visite de Hollande aux EAU. Le 13 janvier, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que la France n'a «pas vocation à rester éternellement dans ce pays», ce qui contredit ses propres déclarations quinze jours plus tard et celles d’autres officiels français…
Les associations «caritatives» qataries
Quelle va être la durée du conflit ? Militairement, il aurait été très facile pour l’armée malienne à elle seule de se débarrasser de ces bandes criminelles, à condition que le fonds de commerce de l’Azawad ne soit pas utilisé. Les Maliens ont subi un traumatisme qui les place dans le camp de l’opposition totale aux islamistes qu’ils aideront à éradiquer et à combattre. Sages, les Touareg ont compris que leur credo a été sali par le MNLA. Ils ont conscience qu’un démembrement du Mali sera dramatique pour eux et pour la région, comme ils le voient dans un Soudan divisé mais instable. La deuxième condition est le départ rapide des forces occidentales, et la non-implantation de bases américaines ou françaises. Or, malheureusement, comme nous l’avons écrit plus haut, une base américaine va bientôt être créée au Niger. Les Français auront-ils la leur au Mali ? Dès lors que le ver sera dans le fruit à cause de ces bases, il sera impossible de prévoir une fin heureuse pour le conflit dans la région. Et tant que les associations «caritatives» qataries qui financent le terrorisme et le soutiennent, y compris sur le plan médical et chirurgical, l’issue n’est pas optimiste, de surcroît si la Maison-Blanche fait toujours semblant d’oublier les accusations graves portées par l'amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d'état-major des pays de l'OTAN, qui disait que «plus de 10 000 missiles sol-air» ont été perdus par l’OTAN en Libye et celles portées par Mahmoud Jibril, le chef du parti au pouvoir dans ce pays, disant que le Qatar refuse de récupérer les armes «oubliées» chez les groupes islamistes libyens, entendez par-là, celles du GICL (lire 2e partie). Le pays, qui accepte de servir de tremplin pour les forces atlantiques, permet la propagation du terrorisme. En Irak, dix années durant, Al-Qaïda – dont le but supposé était de nuire aux forces coalisées – a tué des centaines de milliers d’Irakiens à travers des attentats à la bombe dont la plupart n’étaient même pas placés à proximité des unités coalisées. Ce sont les forces révolutionnaires chiites et sunnites et quelques supporters de Saddam qui ont ciblé les 5 000 Américains et les quelques dizaines de Français ou d’Allemands, tués en Irak, et non pas les djihadistes financés, formés et soutenus par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe pour créer le chaos dans ce pays et lui faire le plus de mal possible. Depuis le fameux «Printemps arabe», plusieurs pays servent de bases arrière aux groupes terroristes ou leurs assurent une formation : la Jordanie, la Turquie et le Liban abritent des milliers de terroristes qui sont en train de détruire la Syrie. 100 000 terroristes sont entrés en Syrie, dont 90% par le territoire turc. La Tunisie, la Libye et l’Egypte ont des agences et des agences de voyages servant au recrutement de terroristes destinés à la Syrie. Selon les déclarations d’un jeune Tunisien revenu de Syrie, après son recrutement dans une agence de voyages ayant pignon sur rue à Tunis, il aurait suivi une formation d’une semaine avant d’être transféré en Libye, puis vers la Turquie. Les terroristes d’aujourd’hui sont des mercenaires sans conviction, intéressés par l’argent qatari ou saoudien, les principaux payeurs des nouvelles guerres impérialistes par l’entremise du terrorisme. Le terrorisme «islamiste» est transnational, mais il ne frappe que les pays musulmans et africains. Il est international mais les victimes sont musulmanes. Voilà pourquoi il y a dans les paroles de Hollande et de Cameron une indécence et un cynisme qui font honte. Le terrorisme est une création occidentale et il n’a jamais menacé ni touché les intérêts occidentaux : de nombreux ouvrages, les nombreuses preuves, les innombrables zones d’ombre attestent que tous les attentats où il y a eu des victimes occidentales ont un lien (de complicité avérée ou de négligence volontaire) avec la CIA ou les autres services de renseignements occidentaux. Les affaires libyennes, syriennes et maliennes attestent que l’Occident ne cache même pas son alliance avec le terrorisme.
A. E. T.
(A suivre)
1. http://www.silviacattori.net/article4154.html

: MALI : INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ?
Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières (15e partie)

 

Par Ali El Hadj Tahar
elhadjtaharali@gmail.com
Pierre Khalaf (chercheur au Centre d'études stratégiques arabes et internationales de Beyrouth) écrit : «Dans le front complexe et varié mis en place par les Etats-Unis, Al-Qaïda et ses ramifications semblent s’être transformées en outil de division et de terrorisme soutenu par l’Occident. Son but est de détruire le tissu social des peuples arabes en répandant la violence et la terreur, couplées d’une culture de discorde confessionnelle, en transformant une contradiction virtuelle et illusoire en contradiction principale.»
Aujourd’hui, «l’islamisme» bénéficie de la mansuétude occidentale et la «question touareg», du capital sympathie lié à l’exotisme des hommes bleus. Voire, le terrorisme est devenu ouvertement un outil de politique étrangère pour de nombreux pays, comme l’a clairement montré la crise libyenne et comme le montrent surtout les crises syrienne et malienne : la Turquie, les Emirats, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Angleterres, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne disent officiellement fournir des armes aux groupes armés d’une «armée syrienne libre» que tout le monde sait composée essentiellement de mercenaires étrangers dont certains affiliés à Al-Qaïda et An-Nousra. La préméditation existe dans la crise malienne, sa transformation en Sahelistan l’est moins bien que de nombreuses déclarations d’officiels incitent à le penser, tout comme la création future d’une base de lancement de drones au Niger. Espérons que ce qui s’y passe n’est qu’un scénario américano-franco-qatari pour contraindre Bamako à leur donner des concessions dans les nouveaux gisements de pétrole et que les bases pour leurs soldats ne servent pas à la propagation du terrorisme, mais qui dit action dit réaction. Espérons que ce scénario ne soit pas apocalyptique et qu’il ne s’agit que d’une course aux puits de pétrole maliens par terroristes interposés et que les contrats permettraient de les assagir. Et que les doubles menaces (division ethnique et islamiste par MNLA et djihadistes interposés) exercées sur les pays de la région ne soient que passagers. En tout cas, c’est ce que laisserait penser l’absence de réaction des terroristes d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine face à l’avancée des troupes françaises engagées au Mali, ce qui soulève toujours des interrogations. La «menace contre la civilisation occidentale», le risque de terrorisme en Occident à cause de la proximité malienne sont un mensonge honteux brandi pour fustiger des mercenaires créés de toutes pièces avec l’ami qatari, et qui sont en fait une «légion étrangère» au service des intérêts stratégiques et économiques de l’Occident. Il est indéniable maintenant que l’intervention armée était inscrite dans un agenda, pour utiliser le terme de M. Medelci. Il est à espérer que les velléités occidentales de sécurisation de leur profondeur stratégique ainsi que de protection et d’extension de leurs intérêts dans la région ne visent pas à créer une régression féconde ou un «chaos constructeur», comme en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Nigeria. Le «chaos constructeur» est un concept de politique étrangère américaine qui préconise la création du désordre dans une région riche et instable pour y imposer un ordre nouveau. «Pour les théoriciens du chaos constructeur, c'est après la violence et le chaos que les Américains peuvent créer des États à souveraineté négative afin d'exploiter leur sol et sous-sol sans grande résistance,» écrit Mahatma Julien Tazi K. Tiena-be de l’université de Kinshasa dans son diplôme d'études supérieures en relations internationales 2009 intitulé «La politique étrangère des Etats-Unis d'Amérique vis-à-vis de la République démocratique du Congo : de 1990 à 2006». Il ajoute : «L'objectif américain dans le Moyen-Orient était donc simple : le contrôle des zones appelées “l'arc de crise”. Cette région est riche en hydrocarbures. Elle porte sur l'arc rejoignant le golfe de Guinée à la mer Caspienne, en passant par le golfe Persique. Pour y arriver, l'impératif américain est d'imposer une redéfinition des frontières, des Etats et des régimes politiques. Il s'agit bien d'un remodelage du Grand Moyen-Orient (…) L'idée est simple : substituer aux Etats hérités de l'effondrement de l'Empire ottoman des entités plus petites à caractère mono-ethniques, et neutraliser ces mini-Etats en les dressant en permanence les uns contre les autres. En d'autres termes, il s'agit de revenir sur les accords conclus secrètement, en 1916, par les empires français et britannique, dit Accords Sykes-Picot et de consacrer la domination désormais totale des Anglo-Saxons sur la région». Sur la question malienne, Pékin et Moscou ont observé un grand silence qui donne l’impression que cette partie de l’Afrique n’existe plus pour eux. Cela fait-il partie du deal entre Russes et Américains sur la Syrie ? Chacun son territoire ? Russes et Américains traversent encore une grave crise sur la question syrienne qui vise directement les intérêts russes. Les Russes ont déjà tout perdu en Afrique… Les «printemps arabes» sont venus jeter dans les bras de l’Amériques les régimes que l’ex-bloc soviétique a pourtant sauvés de maintes recolonisation ces trente dernières années et qui semblent ignorer qu’ils se sont jetés dans la gueule du loup. Le Mali était sur la bonne voie démocratique car le président ATT a donné l’exemple de bonne gouvernance, malgré les pressions du FMI qui ont mis son pays à plat, davantage appauvri et fragilisé économiquement, socialement avant qu’une invasion terroriste suivie d’un putsch téléguidé ne viennent créer une situation de non-droit autorisant l’intervention. Les Occidentaux sont venus souiller l’image de ce pays qui n’a jamais connu les extrémismes et qui était en train de donner l’exemple de l’alternance au pouvoir. Le coup d’Etat contre le président malien ATT est lié à l’intervention française et entre dans le même plan des putschs des «printemps arabes» contre des présidents élus (Kadhafi, Ben Ali, Moubarak, Al-Assad) et qui engendrent les mêmes chaos, et le même développement de la violence terroriste, les mêmes divisions tribales et ethniques ou religieuses ainsi que d’autres conditions du développement de la misère et de la violence. Le but, au Mali, en Syrie ou ailleurs n’est pas obligatoirement de créer un «califat» dit «islamiste» mais un Etat faible et fragile, instable et violent, que l’on jettera par la suite sous prétexte de terrorisme. Washington ne prend-elle pas ses distances avec la Libye ? Beaucoup de médias occidentaux malintentionnés ou mal informés mettent en exergue la «marginalisation» des Touareg maliens qui, pourtant, vivent dans les mêmes conditions que les autres communautés au Mali, en Algérie, au Niger, en Libye ou au Burkina Faso, avec des différences liées à la santé économique de chacun de ces pays. Ils pourraient le faire pour l’Algérie où leur situation économique et sociale est catastrophique. Si l’Etat ne fait rien pour eux dans un plan d’extrême urgence, les manipulateurs pourront trouver quelques cibles faciles pour en faire des mercenaires. D’ailleurs, toutes les populations du Sud algérien ont dénoncé la politique de l’emploi qui ne privilégie pas les autochtones, ouvrant ainsi le champ à tous les scénarios possibles. Ce qui est incroyable, c’est que des médias algériens continuent à parler de l’Azawad comme si cela existait, non conscients des dangers sur la communauté touareg tout entière que le MNLA veut débaucher non seulement à l’échelle locale mais à l’échelle régionale (lire 3e et 4e parties). La décision de fermer les frontières est-elle une solution face au péril terroriste et aux menaces qu’une intervention risque d’induire ? Quid des atteintes aux droits humains chez nos voisins ? Une attitude de conciliation et/ou de neutralité face au conflit malien serait inefficace sans une nouvelle stratégie de politique étrangère dans tout le Sahel, pour contrecarrer celle des pays occidentaux et des pays du Golfe qui tirent les ficelles. L’urgence n’est pas strictement militaire ou sécuritaire mais également politique, économique et culturelle, en commençant à renforcer la profondeur stratégique du pays (aide, solidarité, coopération et échange économique, partenariat…). Se bunkériser sans agir sur le mal et ses causes, là où elles se trouvent, équivaut à une attitude de l’autruche. Un minuscule Qatar active pour déstabiliser notre pays et les pays voisins à des milliers de kilomètres de ses frontières ; et l’Algérie se replie dans sa coquille, sans se défendre ! L’attitude défensive adoptée par Alger n’a pas éloigné les risques et a donné l’impression de faiblesse d’un Etat qui ne va pas au-devant des menaces qui le visent. En laissant se rapprocher ces menaces, on paie aujourd’hui le prix fort de devoir fermer les frontières, en espérant que n’advienne pire que l’attentat d’In Amenas. M. Medelci a dit que la crise malienne obéissait à un agenda : il signifiait donc qu’il s’agissait d’un acte de guerre. A un acte de guerre, l’Algérie a répondu par les salamalecs et la stratégie de l’autruche. Il faut oser traiter le terrorisme comme un acte de guerre dirigé par des pays, et non pas de groupes ! L’Algérie a traité le terrorisme des années 1990 comme un acte de guerre venant de l’étranger et pas seulement comme un fléau local, et c’est ce qui lui a permis de s’en débarrasser, contrairement à l’Irak et la Syrie qui traitent aujourd’hui le terrorisme in situ, au lieu de le frapper à la racine.
L’Algérie au cœur du problème malien
L’Algérie a une frontière instable de 1 400 km avec le Mali et de 1 000 km avec une Libye encore très instable avec comme trublions Aqmi, Ansar Eddine, Mujao et MNLA. Elle a de centaines de kilomètres fragiles avec le Sahara occidental et la Mauritanie. Ce qui est beaucoup à sécuriser même s’il n’y avait pas ce diable qatari qui attise le feu islamiste et séparatiste. L’Algérie a les mêmes ingrédients islamistes et ethniques que le Mali. Si certains manipulateurs ont exploité ces poches pour recruter des mercenaires pour attaquer le Mali, ils pourraient le faire pour viser l’Algérie, plus directement, selon un même scenario que celui concocté contre notre voisin. L’influence algérienne, dans les années 1960-1970, s’étendait dans toute l’Afrique, dans le monde arabe et musulman et sa voix était entendue dans le monde entier grâce à l’organisation des Non-Alignés. Après la mort de Boumediène, l’Algérie semble abandonner le champ africain et sa profondeur stratégique pour se tourner vers une hypothétique nation arabe aux Etats désolidarisés les uns des autres. Cette nation arabe est plus fragile que jamais aujourd’hui et les Maghrébins se retrouvent seuls face à leurs problèmes et à des complots déstabilisateurs venant parfois de cette même nation arabe. Désormais entourée de pays fortement instables, l’Algérie fait face à des risques majeurs avec un Mali brusquement devenu une poudrière sinon une bombe à retardement pour lui-même et ses voisins, dont notre pays qui, il faut la rappeler, a lutté tout seul contre le terrorisme islamiste soutenu par les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ainsi que par les pays du Golfe. Si les conditions objectives (crise économique et plus d’une décennie de terrorisme) ont fait perdre à l’Algérie son rôle de leader arabe et musulman, il n’y avait pas de raison de perdre le rôle de leader africain et, plus grave, de laisser le Qatar parader dans les parages. Mais la nature ayant horreur du vide, les nains nous prennent notre place dans notre voisinage immédiat et voilà des terroristes non seulement implantés au Sahel mais sur le point de faire exploser une plateforme gazière à In Amenas. Tout en négociant avec Ansar Eddine et le MNLA, l’Algérie n’a pas su leur tendre à eux et à leurs maîtres une main d’acier dans un gant de velours. Elle a tendu l’autre joue, donnant l’impression de faiblesse : l’Algérie est donc le mauvais camp, à ne pas suivre ni écouter. Rien à offrir que des leçons de nationalisme à des mercenaires sans foi ni loi, ni patrie. C’est cette faiblesse politique que les maîtres de l’agenda ont exploitée. Il ne suffit pas d’avoir une armée puissante si la politique détruit cet atout et les autres… Au Mali, ce n’est pas l’armée qui a failli, c’est l’argent qui a fait défaut à Bamako, à cause du FMI qui l’a sucé, pour préparer le terrain aux mercenaires. Le but caché de cette intervention comme dans toutes les autres interventions depuis 2011 est de faire barrage à la tentative d’émancipation économique, énergétique, technologique, politique et militaire des Arabes et des Africains. Avant l’attentat contre In Amenas, l’auteur français indépendant, David S. J. Borrelli, écrivait de manière lucide et surtout prémonitoire : «La scission, la partition et la déstabilisation du Mali ainsi que l’islamisation du conflit, ont été planifiées et organisées par des puissances étrangères (notamment française et les Qataris), tout comme l'éviction d'ATT et la division du peuple malien, tout cela dans le but de pouvoir faire entrer les forces de l'OTAN (sous mandat de l’ONU) sur le sol malien afin de cibler directement le Sud libyen et les forces loyalistes du guide de la Jamahiriya (Maâmmar Kadhafi) via le Niger voisin et de faire indirectement pression sur l'Algérie (qui sera sûrement ciblée à son tour très prochainement, probablement tout d’abord par ces mêmes islamistes qui balkanisent le Nord-Mali).»(1) Mais bien avant cela, en mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), disait que des membres d’Al-Qaïda tentaient de s’établir «dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres(2)».
A. E. T.
(A suivre)
1. http://www.mathaba.net/news/?x=632417
2. Le Monde diplomatique, février 2005.

MALI : INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ?
Fermer les frontières quand le feu est dans la maison ! (16e partie et fin)

Par Ali El Hadj Tahar
elhadjtaharali@gmail.com
L’Algérie a refusé de participer à l’intervention au Mali même dans le cadre d’une force africaine : elle donnait l’impression d’être sûre qu’il s’agissant d’un plan inscrit dans un agenda, comme l’a laissé entendre M. Medelci. Et probablement convaincue qu’une intervention avec des agents troubles dans les parages, comme le Qatar, serait un Sahelistan, soit un bourbier pour toutes les armées de la région, Algérie incluse. Un Sahelistan est fait pour durer, et il ne peut durer sans le soutien des pays qui instrumentalisent le terrorisme. Sans la Turquie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Qatar y aurait-il eu autant de destruction, de morts et d’actes terroristes en Syrie ?

Le MNLA, trublion des Français, et Ansar Dine, trublion qatari, ne sont en fait qu’un seul et même groupe d’opportunistes manipulés que l’Algérie aurait pu facilement récupérer si sa diplomatie avec les pays manipulateurs était aussi stricte que son sérieux dans sa mission de bons offices avec les deux groupes qu’elle a appelés au dialogue à Alger. Mais à cause de sa mollesse avec les Etats responsables de la situation, Alger perdra son temps avec le menu fretin en donnant l’impression d’un Etat faible. Par contre, en plus de l’impression qu’il donne de force et de vigueur, le Qatar distribue du fric… Le choix était facile à faire pour le MNLA et Ansar Dine qui n’avaient pas été créés sur la base de principes moraux ou politiques pour avoir des repentirs à suivre le plus offrant. Pour comprendre que le terrorisme n’est aucunement indépendant et qu’il dépend intrinsèquement de l’Occident – le Qatar n’étant que son outil –, il nous fallait revenir à ses premières alliances durant la première guerre d’Afghanistan qui l’a généré et en a fait un phénomène international. Car sans cette guerre, il n’y aurait pas de terrorisme international ; et si le monde était encore divisé en deux grands blocs, l’un communiste et l’autre capitaliste, il n’existerait pas non plus. On ne peut pas comprendre les causes véritables de l’attentat contre le site gazier de Tiguentourine le mercredi 16 janvier si on n’a pas été au fond des choses pour déduire qu’il est lié à la crise malienne et que l’Algérie fait partie de la crise malienne, qu’elle le veuille ou non. Mais dès le début, au lieu d’agir dans le cadre idoine du Comité d’état-major opérationnel conjoint entre les pays du champ (Algérie, Mauritanie, Niger et Mali), l’Algérie a fait dans l’attentisme, par mollesse, jusqu’à ce que le pourrissement de la situation rendît leur rôle caduc, offrant ainsi sur un plateau l’initiative aux manipulateurs de l’ombre et autres acteurs exogènes. Cela a permis d’engendrer une crise humanitaire qui a touché des centaines de milliers de Maliens et failli engendrer la destruction du complexe gazier d’In Aménas, voire la mort de centaines ou de dizaines de milliers de personnes. Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur de l’ANP en retraite, politologue et analyste en relations internationales et questions stratégiques, disait dans une interview publiée avant l’attaque d’In Aménas que l’Algérie «est en train de prendre pied dans un système de sécurité régionale où elle risque malheureusement de s’enferrer avec, subséquemment, une incapacité à exercer sa souveraineté nationale. Ce qui se déroule au Nord-Mali résulte, directement, de cette volonté d’intégrer l’Algérie, de force au besoin, dans un mécanisme dont elle ne pourra plus se libérer». Pour ce spécialiste, il est donc clair que le Mali est en passe de devenir un nouvel Afghanistan. L’offre de survol de l’espace aérien algérien est-il une preuve de l’engagement algérien dans ce «système de sécurité régionale» ? Il est clair que par l’euphémisme de «système de sécurité régionale», Mohamed Mesbah entend une afghanistanisation du Sahel. L’Algérie est-elle allée au-delà de cette offre ? L’ANP est-elle d’accord ? L’hebdomadaire Jeune Afrique, en joignant des cartes, dément que l’aviation française ait survolé le ciel algérien. L’armée s’est-elle opposée à ce survol en dernière minute ? Quand a eu l’accord de survol du territoire algérien ? Lorsque Hollande était à Alger ou lorsque Hamad a visité notre pays ? Pareil accord se prend-il par simple coup de fil ? Mohamed Mesbah croit savoir que «le président Abdelaziz Bouteflika ne semble pas avoir pu susciter l’adhésion de l’institution militaire à une démarche qui ne semble pas, encore, consensuelle».
Un Zia Ul-Haq pour compléter la trahison
Ce point de vue semble rejoindre celui des observateurs qui disent que le Mali serait une sorte d’Afghanistan, et l’Algérie son Pakistan comme base arrière. La lutte contre les Russes en Afghanistan a induit la transformation de ce pays en terre du terrorisme et de désolation, et le Pakistan, idem. Mais sans la complicité des autorités pakistanaises, rien ne se serait passé. Autrefois, l’ISI (Inter-Services Intelligence) pakistanais, et les Renseignements généraux d’Arabie Saoudite travaillaient pour la CIA pour soutenir les mercenaires afghans et afghans-arabes afin de déstabiliser le régime socialiste de Kaboul, alors aidé par les Russes et qui permettait aux femmes de travailler, d’étudier… Zia Ul-Haq, un président traître inconscient, a mené son pays, le Pakistan, et un pays voisin à une catastrophe dont le monde entier paie aujourd’hui le prix, ce terrorisme dit «islamiste» qui a été inventé pour détruire les Etats musulmans et discréditer l’Islam. Pour afghaniser le Sahel, il faut un Zia Ul-Haq. Si les Américains ne trouvent pas ce Zia Ul-Haq au Mali ou au Niger, ils le trouveront ailleurs, peut-être… L’argent saoudien et qatari fera le reste, comme d’habitude. Mohamed Mesbah écrit : «Il existe une corrélation directe entre la position algérienne vis-à-vis de la crise au Nord-Mali et l’état de déliquescence du système de gouvernance en Algérie.» Pendant que la diplomatie et la défense algériennes essayaient d’isoler les groupes Ansar Dine et du MNLA des autres groupes terroristes, El Mouradia recevait émirs et ministres qataris. Quelle efficacité lorsque la diplomatie et la défense travaillent dans un sens et la présidence donne un autre son de cloche, du moins un autre ton ? Sous le fallacieux prétexte d’offrir de mirobolants protocoles d’accords, les Qataris allaient et venaient à El Mouradia pour cacher leur jeu à nos frontières. D’ailleurs, l’Algérie avait-elle besoin d’argent qatari ou bien de projets à caractère vraiment national qui rendent leur dignité au peuple ? Les Etats-Unis en arrière-plan veillaient au grain, en avançant un pion tantôt l’autre dans une nouvelle guerre de la ruse. La guerre cognitive est une guerre de stratégie et de mensonges. Aujourd’hui, les guerres d’Occident nécessitent moins d’armées et de généraux que d’idiots, de traîtres et de lâches dans l’autre camp. Ils les trouvent à la pelle, a dit Obama, en parlant de «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», signifiant une immense chaîne de traîtres parmi les musulmans. L’autorisation du survol du ciel national, qui est non seulement une atteinte à la souveraineté nationale mais en contradiction avec le refus d’ingérence du pays à l’étranger, est un dérapage qui n’a pas tardé à se transformer en drame le lendemain même [évidemment il se préparait depuis deux mois] et qui a failli faire exploser une base n’était l’intervention de l’armée qui, encore une fois, vient de sauver la baraque Algérie. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Il est impossible qu’une armée tienne seule lorsque la politique fait le contraire sur le terrain. L’Algérie est un hard power régional ; défiée à ses frontières, elle se devait de le prouver sur le terrain en défendant son espace vital. L’Algérie n’a pas les moyens de devenir un soft power ni sur le court terme ni sur le moyen-terme : sa seule force aujourd’hui réside dans ses hydrocarbures – cette Sonatrach qui se contente d’être un pis nourricier – et dans son armée, l’ANP. Or, ce sont ces deux forces que l’ennemi veut frapper. A Alger, le système continue à monopoliser El Mouradia et les autres institutions et à marginaliser les forces vives, en fragilisant davantage le pays. La chance du pays est que notre jeunesse ne s’engage plus dans le terrorisme, comme l’a montré l’attentat d’In Amenas où seulement trois de nos ressortissants étaient impliqués ; attentat qui prouve le caractère mercenaire des groupes terroristes et leur filiation avec les forces de l’ombre au premier rang desquels le Qatar, le recruteur en chef de la nouvelle secte des assassins. Le sursaut algérien viendra de l’armée ou ne viendra jamais. La crise malienne et l’attentat d’In Amenas vont indiquer le positionnement de l’armée, et dire si elle est capable de donner à l’Algérie une assise plus rassurante non seulement par rapport à ce qui se profile au Sahel mais par rapport à l’avenir du pays, un avenir gravement hypothéqué comme l’a révélé l’affaire malienne doublée d’un attentat au cœur même du champ de gaz national. En plus de la grave déclaration d’Ould Kablia… «Parallèlement aux critères de puissance traditionnels (autonomie stratégique, économie, puissance militaire), ceux fondés sur la capacité à rassembler (crédibilité et légitimité internationales) et le soft power (culture, technologie) devraient compter de plus en plus», écrit le rapport 2012 de la défense français pour la perspective 2060. L’attaque d’In Amenas vient mettre à nu les contradictions politiques, diplomatiques et militaires du pouvoir algérien, tout comme la fragilité de nos «richesses». Révèlera-t-elle la faiblesse ou la force de la défense algérienne, à tout le moins sa position vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde et dans la région ? Bientôt, le ministère des Finances devra payer la facture de la crise malienne qu’on n’a pas su anticiper sur le plan politique en marginalisant le côté défense et profondeur stratégique du pays, et en ne donnant 50 millions d’euros aux Maliens que lorsque le mal était fait. Seule une position forte sur ce qui se passe dans le monde pourrait sauver le pays, pas la mollesse. Si l’Algérie peut faire face aux dépenses exigées par la crise malienne pour défendre son territoire, les autres pays ne le pourront pas (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad…). Or, les frontières sont perméables. Lorsque le bâtiment est en feu, on ne se contente pas de protéger son appartement. Fermer les frontières avec le Mali jusqu’à quand ? Le feu rentre par les interstices… Les centres de recrutement de Tunisie et de Libye sont encore actifs, et ils n’envoient pas des mercenaires uniquement vers la Syrie.
A. E. T.

 Source: Le Soir d'Algérie 2013

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