Les islamistes et le pouvoir en Egypte (5e partie)

Publié le par Mahi Ahmed

Le chemin de croix des Frères 

 Par Hamida Ayachi

Ce fut donc cette étape ou époque très sombre dans la vie des Frères musulmans dans la mise à l’épreuve de leurs capacités de lutte et de résistance qui allait impulser au sein de leur mouvement politique l’émergence de nouvelles idées et orientations futuristes.

Dans son combat contre les frères musulmans, le régime de Djamel Abdenasser a eu à logiquement susciter chez ses adversaires du jour ce besoin tout légitime de la revanche et des représailles. Ce besoin-là de se faire soi-même justice était également synonyme, à la fois, d’aller chercher après cet instant de ce droit à l’existence et ce devoir de la mort. Puisque la défense de leur cause commune en dépendait. Ainsi, Djamel Abdenasser et le groupe acquis à sa cause parmi les officiers libres au sein de la direction de la révolution s’étaient retrouvés face à face avec le président Mohamed Naguib, lequel n’était jamais suffisamment tranquillisé au sujet des orientations de ses officiers et de leur parfaite dissolution dans le groupe politique formé à l’occasion. Ce dernier refusait catégoriquement que ces officiers libres, tous formés sous sa coupe et autorité, soient l’objet d’une quelconque instrumentalisation, ou que ceux-ci utilisent en revanche son image et aura afin de s’accaparer du pouvoir.

Il refusera donc de compter juste pour un président symbolique qui garnit la vitrine ou la devanture de la république. Tout comme il refusera avec fermeté que la révolution, celle de juillet 1952, dérape vers ces sentiers tortueux et dangereux de la dictature et de la domination des peuples ; raison pour laquelle il préconisera le retour rapide à la vie civile, parlementaire et politique, après sa suspension suite au coup d’état réalisé avec grand succès. En dépit du peu d’intérêt que suscitait le pluralisme politique chez la famille des Frères musulmans qu’ils considéraient d’ailleurs comme le produit de la corruption politique, ils firent donc bloc unique et équipe commune avec Mohamed Naguib contre Djamel Abdenasser et ses alliés. Abdelkader Aouda était considéré comme très proche du président Mohamed Naguib, ce rival de Djamel abdenasser. Alors que les Frères musulmans évacuèrent d’un revers de la main le spectre de Djamel Abdenasser ; chose qui les poussera à ne considérer dans leurs analyses au sujet de son régime que le volet ou l’aspect relatif à son égo, produit d’un égoïsme démesuré de son imbue personnalité.

Ce qui, par conséquent, justifiera leur recul sur le plan de l’idéologie et de la politique afin de se confiner dans une position défensive, avec pour seule arme l’usage de la technique de la contre-attaque. Dans l’imaginaire des Frères musulmans, Djamel Abdenasser était devenu ce mal absolu qu’il fallait par tous les moyens le combattre ou l’abattre, complètement le détruire ou définitivement l’éradiquer et à jamais l’extirper de ses racines. Certains observateurs ou commentateurs de la vie politique de la cité iront jusqu’à affirmer que ces derniers se comportaient vis-à-vis de ce malheur qui les frappait de plein fouet avec une certaine restriction de vue, prémonitoire de leur ambition absolument ou strictement revancharde. Ce qui ne manquera pas d’ailleurs de négativement se répercuter sur la dynamique qui leur impulsait leur activité idéologique intense durant la première étape de l’histoire de leur existence réelle. Depuis, ce ne fut que ce terrain propice à l’immobilisme et à la léthargie conjugué à leur isolement volontaire et cloisonnement sur eux-mêmes, sans un quelconque probable engagement dans leur activisme, qui caractérisait leur idéologie et présence sur le terrain politique national.

Djamel Abdenasser avait alors pris conscience qu’il avait coupé les ailes aux Frères musulmans et que leur illusion de le déchoir de son perchoir n’était plus qu’une vue d’esprit ou un mauvais souvenir du passé. Ce fut donc des raisons suffisantes qui le décidèrent à finalement élargir le guide suprême des Frères musulmans, en l’occurrence Hassan El Hadhibi, tenant compte de son état de santé qui s’était détérioré au vu de son âge avancé. Toutefois, une pareille initiative de la part de Nacer ne pouvait être de nature à complètement éteindre ou dissiper les flammes de cette braise qui brûlait encore dans le cœur et l’esprit des Frères musulmans, ajoutant du malheur à leurs souffrances, eux, qui à aucun moment ne pouvaient se rendre à l’évidence qu’ils avaient bel et bien perdu cette bataille qui les a vus se retirer de l’arène des combats la tête basse et le moral bien à plat. Dieu n’était-il pas finalement de leur côté ?! Passée cette misère des temps durs, ils considéraient que les brûlures de ces hautes flammes de la géhenne qui avaient longtemps rongé leurs corps ne pouvaient que les conduire à l’intérieur de ce gué synonyme de leur situation catastrophique du moment qu’ils endurent encore. La véritable cause de leur malheur résidait, en fait, dans le comportement inconséquent de ce vieillard, au verbe acerbe, qui ne rallia le groupe des Frères musulmans que très tardivement afin d’apporter son secours et contribution à Sayed Kotb. Le bonhomme était cultivé, proche, depuis le début de son parcours, des militaires, et très considéré par le cercle des libéraux, des nationalistes et des laïcs.

Cependant, Sayed Kotb ne pouvait un seul instant -même au plus fort moment de son latent conflit avec les officiers libres- encore imaginer que l’Egypte se transformât, un jour ou l’autre, en cette mécanique de la violence sauvage et destructrice de toute âme humaine, dans le seul but de conserver ou de s’emparer des reines du pouvoir. Sayed Kotb devait donc faire la connaissance avec cette vie au parcours parsemé de nombreuses arrestations et de la captivité, pour avoir eu à témoigner et à découvrir par ses propres yeux ces choses horribles qui se déroulaient à l’intérieur de ces murs qui privaient les gens de leur liberté pour finalement les enfoncer à l’intérieur de ces labyrinthes trop sombres des ténèbres de la détention carcérale. Tout ce paysage de l’horreur fut terrible et surtout impossible à pouvoir être imaginé durant cette dure épreuve de leur malheur pour rapidement ou intempestivement se transposer dans l’esprit d’un penseur égyptien d’obédience islamiste moderne dans ce climat politique, idéologique, et spirituel si radicalisé.

Phénomène qui ne manquera pas de susciter chez l’analyste politique Mohamed Khalefellah le besoin de qualifier cette période considérée, truffée de ces nombreuses arrestations, dont aura été l’objet Sayed Kotb, eu égard aux conséquences négatives sur son mental, de véritable période de son malheur carcéral qui aura créé un chamboulement direct dans le monde politique et ses orientations. Il dira en substance :” l’homme avait un caractère tenu et tenace, de pensée plutôt très soluble dans la nouvelle pensée islamique de l’Inde et du Pakistan, symbolisé respectivement à travers le discours de Abou El Aala El Moudoudi et Abou El Hassen El Nadoui. Sayed Kotb incarnait donc cette orientation politique et ce courant religieux, notamment au travers de son fameux triplé, considéré comme arrière-pensée de sa croyance politique nouvelle ainsi adoptée pour être destinée aux activistes au sein des rangs des Frères musulmans.  En particulier à tous ceux qui auraient fait l’objet de tortures, de sévices corporels, d’humiliations et de traitements inhumains au point de les dépouiller de toute âme et honneur.

Ce triplé était constitué de trois textes-cadres, plutôt proches des communiqués portant sur l’idéologie. Il s’agit, en effet, du livre ”………………….”, et de ”l’avenir de la religion” ainsi que ”Repères de la voie du salut”.  Au travers de ces trois textes fondateurs de son triplé, Sayed Kotb devait lever le voile sur les spécificités de la méthodologie de l’Islam comparé aux méthodes occidentalistes, mettant surtout l’accent sur tout ce qui est divin et incomptable avec le droit positif. Il insistera en particulier sur l’aspect infructueux des tentatives tendant à combattre ”l’avant-garde de la recherche en Islam” avant de désigner du doigt ceux qui, de toute évidence, sont derrière cette action. Ce sont tout naturellement les institutions. Ce n’était autre que l’ignorance, même au travers de la diversité de ses moyens, de ses aspects, de sa composition et de ses crises ; dans la mesure où à travers le texte relatif aux ”Repères”n Sayed Kotb aura essayé de faire prendre conscience à l’élite avant-gardiste l’importance de son rôle et de son histoire au regard du message à transmettre et de l’espoir à réaliser ce salut parfait dont elle est investie et qu’elle doit fructifier dans le cadre de ses idéaux.
Toit comme elle  doit également prendre bonne conscience, en même temps, de la nature de son point de vue à l’égard de l’ignorance qui s’est profondément répandue dans le monde.

Cette nouvelle formule dans la croyance combattante et de lutte des Frères musulmans travaillait à dépasser les conditions de cette ignorance afin de parvenir à la créativité et à l’inspiration de la prophétie modèle de Mohammed (Qsssl) à travers la conception d’un discours idéologique dénué de tous les autres clivages non conformes à ligne de culte et qui comprendrait, ancrée en elle, et de façon assez profonde, cette particularité ”Salafiste ”, telle que la définit Tarek El Bachri ; à savoir que le volet ”Salafiste radical” de l’appel de Sayed Kotb ne veut nullement dire -dans le sens stricto sensu de sa logique- un appel réactionnaire dans son interprétation politique et économique actuelle. Néanmoins, celui-ci renvoie -selon leur esprit- à cette attitude réactionnaire, au renoncement, au refus manifesté à l’égard des origines de la civilisation et de la croyance qui existait alors et qui s’est taillée une telle réputation. Dans ces conditions, le mot réactionnaire désigne tout simplement le combat. Celui  de l’invasion et de la conquête des gens perdus dans l’errance.

On rapporte que dans son livre ”Repères de la voie du salut”, Sayeb Kotb avait frôlé le sommet de la qualité de réactionnaire tant il avait jugé que notre société était complètement atteinte  de cette totale ignorance.  Cependant l’interprétation de ce titre dans le seul cadre de la logique de l’invocation à l’Islam révèle que Sayed Kotb ne faisait nullement dans le personnage de type réactionnaire, mais plutôt dans la résistance. Dans « il n’y a d’autre Dieu qu’Allah » (il n’y a qu’un seul Dieu), il explique et dévoile le sens donné à la désarticulation au sein de la société actuelle avec tout ce que le terme véhicule comme valeur, symbole et institutions. Et si l’ignorance figurait comme ce système antérieur à l’Islam, Sayed Kotb en caricaturant la société actuelle dans son état d’ignorance, n’aura fait que transposer dans le futur l’appel à l’invocation de l’Islam.

Il aura été tenté par cette réflexion juste pour élever le niveau de conscience des fidèles dans son appel, dévoilant au passage quelques détails de ce qui pourrait se produire.  Cependant, nous sommes dans le devoir de comprendre la logique de son organisation interne et son principe, à côté de la façon dont sera construite la mentalité du prédicateur, de la façon de manipuler ses leviers, ainsi que la philosophie de celui qui prône ”l’Islam Salafiste”, réactionnaire et résistant. Toutes ces projections étaient donc d’espèces futuristes. Cette résistance dont avait divulgué Sayed Kotb sa consistance était de nature à générer un autre espoir du Salut et de la délivrance.

Ce Salut dans l’au-delà qui reste cependant fermement attaché aux choses de cette vie ici-bas, basé essentiellement sur la ténacité, l’opiniâtreté et le sacrifice sous ce ”patronage moderne”, comme nouvelle invention du djihad. Toutefois, le djihad ne repose fondamentalement pas sur la mobilisation citoyenne et l’activité politique ainsi que sur l’appel à l’invocation en public. Il est, par contre, le produit de la vocation personnelle, strictement individuelle, et de l’impact de son activité à un haut niveau. Cette nouvelle avant-garde à laquelle fait référence Sayed Kotb dans son « Repères de la voie du Salut »ne peut finalement déboucher que sur cette vocation de putschiste, dans la mesure où le travail qui y est entrepris y est clandestinement réalisé, avec comme corolaire la violence sacrée ou consacrée comme seul moyen d’y parvenir et, bien évidemment, ces actes terroristes ciblant des personnalités symboles de la société égyptienne.

Pareilles réflexions  avaient été ébauchées au sein des prisons et autres lieux d’incarcération et de torture, lieux à partir desquels Sayed Kotb voyait la Grande Egypte scindée en deux sociétés très distinctes : l’une pataugeant dans le bourbier du sombre tunnel de l’ignorance, et l’autre, avant-gardiste, avançant résolument en direction du meilleur choix divin, lequel choix parait dans l’esprit des mécréants si étranger à notre société. Alors qu’il ne devrait y avoir comme Souveraineté que celle de Dieu. Tout comme aucun autre pouvoir, hormis celui divin. Ni même de prosternation sauf au profit du Tout-Puissant Grand Seigneur de ce monde et de celui de l’au-delà. Le guide suprême des Frères musulmans, Hassan El Hadhibi, devait donc prendre conscience de ce réel danger qui prit forme et du poids au sein de son mouvement pour finalement le noyauter de l’intérieur même de ses bases et porter atteinte à ses membres actifs.

Il fut ce cheikh que le mouvement des Frères avait adopté pour affronter les gouvernants et leur mouvement politique. Il en résultera, bien évidemment, des critiques et des polémiques au sujet de pareilles problématiques, lesquelles devaient plus tard  dévoiler que l’esprit de revanche, le scepticisme et la résistance étaient tout proches de conduire à l’inéluctable suicide politique. C’est dans ce climat délétère que paraîtra son livre intitulé « Les avocats ne sont pas des juges ». Cependant, pareils discours politiques et religieux, appelant à l’usage de la sagesse en s’accommodant de la bonne réflexion afin d’éviter de tomber dans le piège des représailles et des règlements de comptes ne pouvaient malheureusement trouver une oreille attentive chez ceux-là mêmes qui devaient connaitre les affres de la géhenne du fait même de leur clientélisme. Un groupe de ces militants prit alors l’initiative de reconstituer une organisation clandestine armée, avec comme but principal de renverser le pouvoir en place afin de déposer ou et d’exterminer ”les mécréants”. Ceci, au moment où Sayed Kotb moisissait encore à l’intérieur des geôles du pouvoir.

Ce fut durant cette année 1959. Ce groupe qui avait décidé de passer finalement à l’action tenait ses réunions clandestines au sein du domicile de son frère Mohammed Al Ghazali, cet ancien membre des Frères musulmans, l’homme qui assurait le contrôle de tous les écrits et réflexion au sujet de la religion musulmane, œuvres de Sayed Kotb lors de sa période de détention. Dans son ouvrage ” Le pharaon et le Prophète”, Djil Kibil dit avoir été tenté par son écriture à l’effet de connaitre les réelles causes qui avaient conduit au malheur de 1957. De nombreuses cellules du mouvement devaient tenter de s’organiser de 1954 à 1959, sans grand succès. L’année 1959 aura été, cependant, celle qui tracera les véritables contours du mouvement en question, avant que sa réelle forme  ne soit enfin finalisée en 1962. Les cellules du nouveau groupe s’étaient donc rapidement formées et répandues au sein de plusieurs villes du pays comme Le Caire, D’umiat, Alexandrie et El Bouhaira. Le quartier général de ces groupes devait travailler à la composition d’une institution de l’orientation et de l’instruction regroupant en son sein quatre membres. En dépit de l’éloignement de Sayed Kotb de cette atmosphère purement clandestine où évoluait ce groupe, ses membres décidèrent de lui confier la responsabilité symbolique de parrainer et de coiffer la direction de leur mouvement.

La raison à cela tenait surtout à sa carrure et à sa grande envergure, mais aussi tenant compte des affres et grandes souffrances qu’il aura endurées lors de sa détention.  Mais également et surtout eu égard à cette grande résistance dont il aura fait preuve dans ses écrits et de leur réel et grand impact sur la conscience des jeunes éléments du groupe des Frères musulmans. Au mois de mai 1964, Sayed Kotb fut gracié par le président, et libéré pour raison de santé. C’est l’ancien président irakien, Salam Aâref qui avait joué le rôle de l’intermédiaire en vue de sa libération. Il y eut donc, selon Zineb Al Ghazali, cette précipitation du groupe qui avait planifié son action contre le système de Djamel Abdenasser. Avant qu’elle ne se ravise et revienne sur le sujet pour affirmer que le groupe clandestin des Frères musulmans qui avait proposé que Sayed kotb soit son Emir était dans l’obligation de continuer à planifier ses actions dans le domaine de l’éducation, de la formation et de la préparation, de manière à ce que son programme de formation s’étale sur treize années complètes. Libéré, Sayed Kotb était donc revenu à l’invocation selon ses désirs. Néanmoins après sa nouvelle arrestation et sa traduction devant les tribunaux pour être jugé des chefs d’inculpation retenus à son encontre en 1965, il devait déclarer à ses bourreaux l’existence d’une organisation clandestine en ces termes :”j’ai eu à longuement discuter avec les membres de la direction du groupe.

Ces derniers m’avaient confirmé qu’ils n’étaient pas seuls. Un groupe de jeunes gens était également à leurs côtés.  Ils m’informèrent également de certaines dates-clefs de leur mouvement ; puisque de 1959 jusqu’a 1963, ils ne se composaient que de certains groupes épars et déconnectés, avant de devenir une organisation clandestine bien structurée durant plusieurs années, suite à de nombreuses réunions de préparation et d’organisation. Leur organisation était conçue dans la forme d’un mouvement de fidayîn (commando) mu par cette revanche à prendre sur les tenants du pouvoir. Ma réponse était que ce but était insignifiant et sans grande valeur et que ses inconvénients seraient beaucoup plus importants que les avantage à en tirer”. Sa réponse était : ”Pourquoi avant que je ne sois à la tête de cette organisation clandestine,  cela ne s’était pas produit afin que les jeunes ne tombent dans l’errance de ce voyage vers l’inconnu, rassurés qu’ils le seront par leur direction  dont le rôle était justement de contrôler leurs comportements et de convenablement les encadrer ?”.

En date du 26 aout 1966, la condamnation à mort de Sayed Kobt fut exécutée. De nombreux autres activistes du mouvement clandestin furent à leur tour incarcérés. La torture devient donc de nouveau ce remède utilisé pour l’occasion par la mécanique de la” violence nacérienne”, comme solution politique profonde contre ce mal de société. Les communistes, les opposants, les libéraux et les islamistes, eux aussi, ne seront pas également épargnés. A leur sortie de l’enfer des prisons de Nacer, où ils avaient longtemps vécu le supplice et souffert des conditions de la terrible torture et de leur détention, ces derniers devaient se calfeutrer dans leur silence mystérieux, abandonnant ainsi la cause autrefois défendue, partis tous à la recherche  de cette bouée de sauvetage dans leur exil intérieur ou à l’étranger. Parmi les pays ayant accepté d’accueillir ces élément persécutés, il y eut le royaume de l’Arabie Saoudite, durant les années cinquante.

Ce refuge sera transformé en un véritable cercle de la délivrance pour se propager durant les décennies soixante et soixante-dix que la monarchie utilisera plus tard comme moyen de pression contre le régime de Djamel Abdenasser. Le refuge leur était accordé en contrepartie, d’une part, du retour prochain à leur pays d’origine ainsi que dans la perspective de continuer l’usage de leur propagande contre le régime de Djamel Abdenasser, d’autre part, considéré à l’époque comme le rival le plus farouche et le plus sérieux de tous pour l’Arabie Saoudite. Ce fut aussi dans le but de détruire par ce même groupe tous les autres régimes plus connus sous le vocable de pays réactionnaires et alliés à l’impérialisme et à la colonisation, ceux-là  que les « nacériens» et autres affidés à ses idées revigorés par leur étiquette de nationalistes et de gauchistes, que cette monarchie avait agi de la sorte. Ce malheur-là, conjugué ou associé à d’autres corolaires, devait constituer une étape très importante dans le parcours des Frères musulmans. Elle leur impulsera cette nécessité de se remettre en cause afin de profondément revoir leur stratégie. Cet impératif était de nature à les pousser à revoir de fond en comble les fondements mêmes de leur pensée et idéologie, eu égard surtout à tout ce qui a rapport avec la disparation de Djamel Abdenasser de la scène politique égyptienne, et autres défis nouveaux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ?

A suivre…

Hamida Ayachi
(*) Texte traduit de l’arabe par Slemnia Bendaoud

 

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