LES «FRERES» EMPETRES

Publié le par Mahi Ahmed

LES «FRERES» EMPETRES

par M.Saadoune

Pour les Frères musulmans arrivés au pouvoir après la vague de contestation des régimes en place, la transition n'a rien d'une sinécure. Et même si ces mouvements ont confirmé, en Tunisie et en Egypte, qu'ils sont la force politique la plus importante, les événements montrent qu'ils n'étaient pas plus préparés que les autres à l'exercice du pouvoir. Les deux pays connaissent de grandes difficultés politiques et pas seulement parce qu'une partie de l'opposition «laïque» semble décidée à tout faire pour les empêcher de gouverner.

En Egypte, sans doute davantage qu'en Tunisie, les nouveaux dirigeants se sont créé des difficultés en faisant un usage immodéré du pouvoir alors que la transition commandait de rechercher les formules les plus consensuelles possibles. En Tunisie, le mouvement Ennahda sous pression semble l'avoir compris et cherche - la réussite n'est pas garantie - à former un gouvernement de large union nationale qui pourrait être un lieu de négociation des solutions pour éviter les conflits. L'exercice n'est pas facile. En Tunisie, il y a des courants hostiles par principe qui ne veulent pas entendre parler d'un gouvernement dirigé par Ennahda même s'il est bien le parti qui a recueilli le plus de suffrages. C'est une posture difficilement tenable même si elle semble avoir le vent en poupe.

Il est difficile d'imaginer un parti disposant du plus grand nombre de sièges à l'Assemblée accepter de se mettre «hors jeu» et de laisser la transition se faire sans lui. Mais il lui revient de convaincre ceux qui dans les autres courants de gauche ou laïcs ne sont pas dans une posture de rejet «par principe» de participer à la transition. La désignation de Ali Laarayedh au poste de chef de gouvernement avec pour mission de rechercher une large union est une démarche plus sérieuse que l'idée d'un gouvernement technocratique de Hamadi Jebali sur lequel la gauche et les organisations nationales ont fait une «fixation». Ennahda sait qu'il est sous observation et qu'il doit lever définitivement tout soupçon de complaisance à l'égard des salafistes qui font usage de la violence. Cela ne relève d'ailleurs plus de la manœuvre politique mais de la sécurité publique. Les apprentis djihadistes tunisiens qui vont en Syrie et ailleurs ne vont pas se contenter des théâtres extérieurs et l'Etat se doit de les traiter sérieusement, avec les moyens du droit.

Les difficultés de la Tunisie paraissent moins lourdes que celles de l'Egypte où le président Mohamed Morsi a eu l'imprudence - ou l'impatience - de jouer le passage en force afin de créer une situation de fait. Il n'a fait qu'accentuer les craintes exprimées par les opposants politiques (libéraux et gauche) et également de la forte minorité copte. Dans l'histoire de l'Egypte, c'est la première fois que les Coptes se retrouvent dans une posture de défiance ouverte vis-à-vis du pouvoir et le fait que celui-ci soit entre les mains des Frères musulmans y est pour beaucoup. Les Frères musulmans égyptiens, principale force politique du pays, découvrent, au fil des contestations et de la montée des violences, que l'Egypte, libérée de la clique de Moubarak, ne se laisse pas gouverner de manière autoritaire.

L'adoption de la Constitution par voie référendaire n'a pas résolu le blocage. Au contraire, les appels à la désobéissance civile se multiplient. Mohamed ElBaradei, une des figures de l'opposition, a fait un pas dans cette direction en appelant au boycott des élections législatives. Les autres figures de l'opposition n'ont pas encore tranché s'il faut boycotter ou aller en front uni aux élections pour donner une représentation politique à la contestation. Les difficultés de Morsi montrent à quel point une transition peut déraper si le détenteur du pouvoir, sans accepter la paralysie, ne fait pas preuve d'un grand sens politique en faisant un usage modéré du pouvoir.

Source : Le Quotidien d’Oran du 24.02.13

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