Les Algériens, les Arméniens et les autres

Publié le par Mahi Ahmed

Les Algériens, les Arméniens et les autres

Le chef de l'AKP, ce modèle de pouvoir que la «communauté internationale» veut voir fleurir chez les Arabes et assimilés, n'a pas raté l'occasion de rappeler le génocide perpétré par le colonialisme français en Algérie. La France officielle n'a pas cessé de demander à la Turquie de reconnaître le massacre des Arméniens par son armée. Son sénat va examiner, à la fin du mois de janvier, la pénalisation de la négation des génocides, dont celui des Arméniens par l'armée turque en 1915. Notre chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia n'est pas content que le premier ministre turc rappelle à la France officielle qu'elle devrait commencer par reconnaître ce que la colonisation a infligé comme souffrances au peuple algérien. Presque pathétique, il s'adresse aux Turcs : «Nous disons à nos amis, nous leur demandons de cesser de faire de la colonisation de l'Algérie un fonds de commerce». Il a peut-être raison, dans le fond. Mais au vu du contexte on ne peut s'empêcher de s'interroger sur ce qui a pu gêner Ouyahia, dans le fait que soit rappelé le crime non assumé à ceux qui veulent que d'autres assument leur crime. On peut, aussi, se mettre à chercher dans les voies impénétrables de la diplomatie les raisons de voler au secours des donneurs de leçons. L'argument avancé est que la Turquie a soutenu l'armée coloniale dans sa répression contre le peuple algérien, entre 1954 et 1962. Un argument de taille qui devrait rendre plus pudique Erdogan, en tant que représentant d'un pays complice de tueries. Cependant, il ne suffit pas, parce qu'un fait historique tout le monde a le droit d'en parler. En tout cas, une chose est sûre, la sortie de Ouyahia a dû faire se trémousser de plaisir de l'autre côté de la Méditerranée. C'est ce qu'il faut retenir et qui doit guider l'analyse de la tentative de mise au pas du Turc. Il s'agirait, en fait, d'un message d'apaisement, en cette cinquantième année d'indépendance. Le problème est que c'est un prix trop cher à payer, que de permettre à ceux qui persistent à parler de «bienfaits» et de «rôle positif» de la colonisation, et qui mettent sur le même plan les Algériens en lutte pour la libération de leur pays et les hordes de la répression coloniale, de ne pas se voir désignés devant l'Histoire, fut-ce par un régime peu recommandable. Un régime qui massacre les Kurdes et qui développe des velléités de puissance et un jeu malsain à l'égard des anciennes possessions de l'Empire Ottoman. Reste cette propension à l'impunité des donneurs de leçons et leur cynisme devant les tragédies qu'ils ont eux-mêmes, le plus souvent, mis en œuvre. En même temps qu'ils font un sort funeste ou se préparent à en faire contre des peuples désarmés, ils développent un zèle étonnant à se poser en défenseurs des opprimés et des victimes, bien choisis bien sûrs. La mise en scène des Arméniens ne relève que d'un simulacre morbide, qui en fait un «fonds de commerce», qui fera passer toutes les ignominies passées, en cours et à venir. Preuve en est qu'aucune loi n'a à ce jour connu la moindre évocation en ce qui concerne le dépeuplement systématique de l'Amérique, la déportation et la réduction en esclavage de millions d'Africains, la mort de dizaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, sous l'oppression colonialiste en Afrique et en Asie.

Par Ahmed Halfaoui

 

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