Le succès industriel turc : pourquoi pas l’Algérie ?

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Abdelmadjid Bouzidi

On peut dater le décollage de l’économie turque au milieu des années 70, période au cours de laquelle les investissements directs étrangers ont modernisé cette économie. Profitant du faible coût de la main-d’œuvre, les investisseurs étrangers développent en Turquie une série d’activités industrielles d’assemblage. L’exemple le plus probant est celui de l’industrie automobile où tous les grands majors sont présents : Ford, Renault, Fiat, Toyota.
Il faut d’ailleurs souligner que la production de ces groupes est destinée à l’exportation, principalement vers les marchés européens. Il s’agit de très grandes usines très productives, l’usine de Bursa de Renault a atteint des niveaux de productivité parmi les plus élevés de toutes les implantations de cette entreprise dans les pays émergents.

L’industrie turque

L’industrie turque est une industrie exportatrice : la part de la production exportée sur la production industrielle totale est passée de 19% en 1963 à 86% en 2007. Ces exportations industrielles sont le fait d’une douzaine de grandes entreprises très productives et performantes dont le capital est détenu principalement par des investisseurs étrangers, le partenariat avec des investisseurs turcs existe mais n’est pas dominant. L’industrie turque est aussi composée de milliers de petites et moyennes entreprises dont la production est principalement tournée vers le marché intérieur. La PMI représente en Turquie 30% de la valeur ajoutée industrielle manufacturière et 60% de l’emploi du secteur. La taille de ces PME augmente. Elles contrôlent des parts significatives du marché intérieur sur certains segments : agroalimentaire, textiles et confection, électroménager. Ces PME sont familiales. Elles sont très anciennes, encouragées par Mustafa Kemal après la crise de 1929. Elles prennent leur essor dans les années 60. Elles ont permis l’émergence d’une forte classe moyenne : 45% de la population contre 22% pour les classes supérieures (cf «Eclairages émergents » apériodique n°10 - Avril 2011 - Crédit agricole). Il faut souligner ici que de plus en plus de PMI sont devenues innovantes et dynamiques. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui des conglomérats qui rassemblent des activités allant du ciment à la téléphonie en passant par l’agroalimentaire ou l’électroménager. Ces conglomérats exportent de plus en plus vers les marchés d’Asie centrale et d’Afrique du Nord. Ces groupes industriels turcs rappellent la nouvelle dynamique de l’industrie privée algérienne, encore à ses débuts bien sûr, qu’illustrent parfaitement le groupe Cevital, le groupe Benamor ou encore le groupe SIM, pour ne citer que ceux-là. Les exportations industrielles turques sont à fort contenu d’importations. Selon le FMI, la part des produits importés dans les biens intermédiaires utilisés par l’industrie, notamment exportatrice, a augmenté de dix points entre 2002 et 2007 et s’élève aujourd’hui à 62%. Les grandes entreprises industrielles exportatrices majoritairement pilotées par les investisseurs étrangers se fournissent de moins en moins sur le marché local : celui-ci n’est pas capable de leur proposer des biens intermédiaires de qualité suffisante. La montée en gamme n’a pas été assez rapide dans la sous-traitance. De plus, les décisions sont prises dans les sièges centraux des maisons-mères en fonction d’une politique internationale intégrée qui est décidée par les sièges sociaux. Mais même les PME turques à forte intensité de main-d’œuvre et à faible valeur ajoutée préfèrent, elles aussi, importer leurs produits intermédiaires qu’elles trouvent à des prix plus attractifs dans d’autres pays émergents et à plus faible coût salarial. On voit bien ici que les recours aux importations de biens intermédiaires et de demi-produits n’est pas un drame en soi, l’essentiel étant de créer de la valeur ajoutée sur le territoire national et surtout d’être compétitif pour réexporter en quelque sorte ces biens intermédiaires importés sous forme de produits finis, plus rémunérateurs. (Il y a des leçons à tirer pour nos décideurs économiques qui s’échinent à vouloir tout produire en Algérie même).

Le rôle des investissements directs étrangers
La Turquie est passée au modèle industriel exportateur grâce aux investissements directs étrangers (IDE). C’est à partir du début des années 2000 que les IDE se développement : 44% du stock investi sont allés aux secteurs des services, 23% à la logistique et distribution, 6% à l’énergie et 5% à l’agroalimentaire. Bien évidemment, l’industrie mécanique, électrique et électronique a reçu plus de 25% du stock d’IDE. Grâce à ces flux d’IDE, l’industrie turque a enregistré entre 2000 et 2008 une hausse de la compétitivité hors prix (surtout après 2005). La productivité du travail a augmenté passant de 35% de la moyenne Union européenne en 1995 à 62% en 2009. D’autre part, le contenu des exportations en haute technologie a augmenté. L’industrie turque a progressé vers des activités à plus forte valeur ajoutée et est devenue le premier fabricant européen de téléviseurs, de bus, le troisième d’acier. Depuis 2004, le secteur des biens d’équipements supplante celui des textiles. La zone euro absorbe 32% des exportations de la Turquie (dont 15% pour la seule Allemagne), textiles, acier et surtout automobiles (63% de la production de ce secteur sont absorbés par l’UE). Belle réussite que cette dynamique industrielle de la Turquie, qui, faut-il le rappeler, importe 95% de ses besoins en gaz et en pétrole ! Malgré ce lourd handicap et cette importante facture, la Turquie affiche une bonne situation financière : des réserves de change de 80,7 milliards de dollars, une dette extérieure soutenable de 43% du PIB. Un mot pour conclure cette petite fiche sur la Turquie : imaginons l’Algérie avec l’industrie turque et le pétrole et le gaz en plus !!
A. B.

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Publié dans Economie et société

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