« Le seul regret reste l’absence du long métrage à Alger »

Publié le par Mahi Ahmed

Salim Aggar. Réalisateur et initiateur des Journées cinématographiques d’Alger

« Le seul regret reste l’absence du long métrage à Alger »

A la fois cinéaste et journaliste, Salim Aggar est une figure de proue du cinéma algérien. Président de l’association A nous les écrans depuis 2002 , il active pour la promotion du cinéma algérien et de toutes les productions originales. Dans cet entretien, il revient sur le bilan des Journées cinématographiques d’Alger qui se sont déroulées la semaine dernière.

 

  A l’instar des autres pays étrangers, Alger s’est à présent dotée de ses propres journées cinématographiques institutionnalisées. Avez-vous atteint vos objectifs ?

L’objectif principal de ses Journées cinématographiques d’Alger organisées par l’association A nous les écrans est d’abord d’animer la scène culturelle de la capitale, relancer la culture des salles obscures et surtout redonner à Alger sa vocation de carrefour des cultures du monde. Vous savez qu’Alger est la seule ville du Maghreb qui ne possède pas son rendez-vous cinéma. Contrairement à d’autres capitales régionales comme Tunis ou Rabat, Alger a besoin d’un ou de plusieurs rendez-vous annuels qui lui donneront la possibilité de faire connaître la cinématographie algérienne et faire découvrir le cinéma des autres. Nous ne pouvons pas concevoir qu’un pays, qui a décroché la seule et unique Palme d’or du monde arabe et africain, qui a obtenu des Oscars, des prix à Cannes, à Venise et Milan, ne possède que deux ou trois festivals dans l’année, alors que le Maroc possède 15 festivals du cinéma par an et la Tunisie 7. L’Algérie, qui organise déjà le festival du film arabe d’Oran, le festival du film amazigh de Tizi ouzou, le festival du court métrage de Taghit et bientôt l’ouverture du Festival international d’Alger, institutionnalisé par la ministère de la Culture, a besoin d’autres rendez-vous. Les journées cinématographiques d’Alger (JCA) s’inscrivent dans la même optique que les rencontres cinématographiques de Béjaïa qui ont plus de cinq ans d’existence. Comme les rencontres de Béjaïa, les JCA sont organisées par une association qui a pour objectif de soutenir et d’appuyer l’action culturelle du ministère. Avec mon expérience de réalisateur et de festivalier à travers le monde, nous avons pu organiser un événement à la hauteur des attentes du ministère de la Culture et nous souhaitons continuer sur cette lancée. Avec les JCA, on voudrait s’associer aux autres festivals et rencontres cinématographiques algériens pour animer la scène culturelle et surtout faire de l’Algérie une destination du cinéma international comme Cannes, Los Angeles, Le Caire, Marrakech ou Dubaï.

  Certains réalisateurs étrangers étaient présents en force lors cette édition à Alger...

Effectivement, plus de huit cinéastes et producteurs étrangers étaient présents à ces journées, dont l’objectif était de faire découvrir le cinéma algérien à nos invités étrangers, mais aussi de faire découvrir des films étrangers pour nos cinéastes. 18 productions dont quatre longs métrages, quatre courts métrages et huit documentaires, venus d’Algérie, de France, de Grande-Bretagne, d’Afghanistan, du Liban, de Palestine, d’Egypte, du Maroc et du Qatar ont été projetés durant cinq jours dans la capitale.

  Durant ces JCA, plusieurs documentaires ont été projetés pour la première fois en Algérie...

Effectivement, durant ces JCA, plusieurs documentaires ont été projetés pour la première fois à Alger ; parmi eux, Hayda Lubnan d’Eliane Raheb (Liban), Janoub (Sud) de Nizar Hassan (Palestine), Via via, circulez, qui raconte l’univers des parkingueurs à Milan de Dorine Brun (France) ; L’Invitation au mariage, relatant la problématique du mariage en Inde réalisé par Hélène Chauvin (France), ou encore Les Sénégalaises et la Sénégauloise, un documentaire sur le choc des cultures chez les femmes africaines, réalisé par la sénégalaise Alice Diop. Les JCA ont également rendu hommage à deux personnalités du monde arabe, Mahmoud Darwich à travers la présentation du documentaire de Simone Bitton et Elias Sanbar (une production franco-libanaise) et le grand réalisateur syrien, Mustapha Akkad, à travers la présentation du meilleur documentaire qui lui est consacré, De Alep à Hollywood, réalisé par Mohamed Belhaj. Mais la plus grande attraction de ces JCA était les longs métrages et l’association A nous les écrans qui va toujours à l’affût de l’actualité cinématographique et qui a programmé en soirée quatre longs métrages inédits : Les démons de la ville (El Ghaba) d’Ahmed Atef (Egypte), L’enfant de Kaboul de Barmak Akram (Afghanistan), mais surtout Le temps qui reste, le film du réalisateur Elia Suleiman et Looking For Eric, film de Ken Loach, avec Eric Cantona. Deux films présentés lors de la dernière édition du Festival de Cannes 2009 et qui ont été présentés en exclusivité en Algérie durant ces JCA. Les JCA ont organisé également plusieurs conférences sur des thèmes aussi importants que le scénario, le documentaire et le court métrage, avec des intervenants de grande qualité. Parmi eux, Slimane Benaïssa, Mohamed Bensalah pour l’Algérie ; Ahmed Atef d’Egypte ; Mohamed Nadif du Maroc, Montasser Marai du Qatar ; Nizar Hassan, producteur de documentaire en Palestine. Un atelier sur le montage sera présenté à l’occasion des ces JCA, sous la direction de Rachid Benallal (l’un des plus anciens chefs monteurs en Algérie). Une conférence pour les jeunes cinéastes était également organisée avec pour thème « L’importance du court métrage pour l’avenir du cinéma algérien » et la projection des courts métrages algériens : Symphonie des dieux de Saïdani Zakaria, Bab de Yasmine Chouikh et les étrangers de Fateh Rabia. Le seul regret reste l’absence du long métrage algérien. Je pense que certains réalisateurs algériens ont sous-estimé cette manifestation. ils ont eu tort puisque l’impact médiatique et populaire a dépassé toutes mes estimations et augure un avenir certain pour les rendez-vous cinématographiques en Algérie.

  Quel a été le montant alloué à ces journées cinématographiques ?

L’association A nous les écrans a bénéficié d’une subvention de plus 3 millions de dinars du ministère de Culture pour ses activités de 2008/2009. Nous avons consacré 90% de cette subvention au JCA, le reste nous l’avons consacré au concours du scénario. Mais ce budget est insuffisant pour les JCA qui ont nécessité l’invitation et la prise en charge de plus de 12 invités, dont 8 venus de l’étranger. L’hébergement et la restauration sont très chers à Alger par rapport à d’autres wilayas du pays. On ne peut pas donner le même budget à des manifestations organisées à Blida ou Béjaïa à une manifestation à Alger. Nous avons même dépassé notre budget de quelques millions. Mais pour la réussite de ce rendez-vous, la venue de stars importantes, il faudrait un budget plus conséquent. Si Elia Souleiman et Cantona étaient venus pour présenter leurs films, ce qui était prévu jusqu’à la dernière minute, on aurait eu des difficultés pour assurer les coûts, mais bon, ça s’est très bien passé et c’est l’essentiel.

  La tenue des journées cinématographiques d’Alger réussiront-elles à booster un secteur en léthargie depuis plus de deux décennies ?

La tenue de ses JCA ou toute autre manifestation de ce genre a pour objectif de booster le cinéma algérien, malheureusement, certains cinéastes algériens sous-estiment nos festivals nationaux. Ils préfèrent programmer leurs films dans une petite salle en Europe plutôt que de programmer leurs films dans une grande salle à Alger devant leur public et leurs journalistes. Le festival d’Oran a déjà souffert de cette absence de films algériens en 2008 et a failli ne pas obtenir la programmation de Benboulaïd en 2009. les JCA ont aussi fait l’objet de cette discrimination de certains producteurs algériens. L’association A nous les écrans ne conçoit pas l’organisation des JCA sans des films algériens. Nous sommes les défenseurs du cinéma algérien et nous l’avons montré lors de l’ouverture en programmant un panorama de 40 ans du cinéma algérien. Un festival ou une rencontre cinéma sont faits pour encourager le cinéma local, c’est ce que font les Festivals de Cannes, du Caire, de Damas ou de Carthage ; malheureusement, certains de nos producteurs ne comprennent pas cette nécessité.

  Quel bilan faites-vous de cette première édition et êtes-vous prêt pour la prochaine édition ?

Le bilan est positif à tous les niveaux. Nous avons pu relancer la tradition des salles obscures, relancer les débats et les conférences sur le cinéma à Alger. L’impact médiatique était immense, la presse écrite, la télévision et la radio ne parlaient que des JCA durant 5 jours. Je ne m’attendais pas à un tel impact médiatique. Mais le plus satisfaisant pour moi est de voir le public venir en force pour des séances du soir à partir de 20 h. Les dernières projections en 35 mm, notamment le film d’Elia Souleiman, l’enfant de Kaboul, ou encore le film de la clôture, Looking for Eric, a attiré un public important et surtout très connaisseur. Et c’était là notre objectif. Je tiens, au nom de l’association, à remercier à cet effet le ministère de la Culture pour sa confiance, l’Oref, la salle Cosmos, nos partenaires Mobilis et le service culturel de l’ambassade de France et tous les médias pour leur soutien sans faille durant les JCA, qui ont illuminé la capitale durant 5 jours.

 

Par Nacima Chabani

http://www.elwatan.com/Le-seul-regret-reste-l-absence-du

 

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