Le secteur touristique algérien en 2013

Publié le par Mahi Ahmed

Le secteur touristique algérien en 2013

Une vision claire mais des progrès insuffisants

Par : Mustapha MEKIDECHE

Pour cette dernière chronique d’avant les vacances, je traiterai du sujet le plus directement concerné par cette période celui du tourisme. Le cabinet londonien Oxford business group nous apprend dans sa dernière livraison de juillet 2013 que “le tourisme algérien est en retard”. Ce n’est pas un scoop. Tout le monde sait, qu’en l’état actuel de l’économie nationale, le secteur du tourisme ne pèse pas beaucoup ; il ne participe qu’à hauteur de 2% du PIB soit la moitié de la contribution de l’industrie qui nécessite elle même une redynamisation historiquement inédite. Mais en termes d’emplois il représente le double de celui des hydrocarbures qui pourtant génère plus de 40% du PIB. D’où le double intérêt dans la perspective d’établissement d’un nouveau régime de croissance,  à développer ce secteur à la fois pour l’emploi et l’apport en devises hors hydrocarbures. Pour ce faire, une fois n’est pas coutume, le cap et la vision ont été déjà clarifiés et même formalisés  depuis quelques années déjà. Le secteur algérien du tourisme dispose ainsi d’un schéma d’aménagement touristique (SDAT) à l’horizon 2025, lui-même, déclinaison sectorielle du schéma national d’aménagement du territoire (SNAT 2025). Mieux encore les objectifs sont  bien segmentés dans le champ temporel : court terme pour 2009(période consommée sans résultats significatifs), moyen terme pour 2015(rythme de croisière trop lent) et 2025 pour le long terme. Au plan spatial sept pôles territoriaux d’excellence touristiques ont été prévus et intégrés dans le SNAT 2025.
Alors pourquoi les choses n’avancent pas en tout cas au rythme programmé ? Pour le moment on sait que  ce n’est pas une question d’insuffisances de dotations budgétaires publiques ou même de  manque de ressources privées ou bancaires. Principal obstacle récurrent  avancé par les investisseurs celui du foncier touristique bloqué pendant des décennies pour des raisons apparemment bureaucratiques, notamment, celles des lenteurs dans les arbitrages à prononcer. Pourtant la démarche de rattrapage en matière d’infrastructures hôtelières avait prévu, depuis quelques années déjà, la mise en place de 405 zones d’expansion touristique (ZET) couvrant 53 000 ha. Alors si 85% des investissements touristiques se font hors ZET c’est qu’il y a en vérité deux raisons profondes. La première est qu’une partie de ces ZET ne sont pas attractives parce que les localisations et/ou les équipements sont inadéquats ; la seconde est qu’effectivement  les procédures d’acquisition sont  trop lentes. À ce sujet, il me semble que le profil du premier responsable du secteur, qui avait été directeur général des Domaines,  est de nature à régler rapidement cette question foncière dans et hors des ZET existantes. En attendant, compte tenu des déficits, on ajuste la stratégie en revoyant à la baisse les objectifs initiaux. Ainsi on segmente la demande touristique en plaçant la priorité sur la demande domestique et on essaye de promouvoir des formules d’hébergement chez l’habitant (maisons d’hôtes et gîtes). Cette formule, encadrée pour le moment par une simple circulaire  interministérielle du ministre du Tourisme et celui de l’Intérieur, a un début d’application dans le site balnéaire de Jijel qui est particulièrement sous équipé - avec seulement 28 établissements hôteliers -  pour faire face à la forte demande estivale. Cette formule de location  chez l’habitant est appelée à se généraliser sur les sites balnéaires du Nord, mais également aux régions touristiques du Sud car les déficits en la matière mettront du temps à être résorbés. Rappelez-vous que cette  approche avait été initiée - devant la forte pression de la demande en logements- pour faciliter la location des biens immobiliers des propriétaires qui le désiraient. La démarche, qui avait mis du temps à gagner la confiance des loueurs redoutant de ne pouvoir récupérer leurs biens,  s’est finalement généralisée élargissant ainsi un marché locatif qui était étroit et donc peu concurrentiel.
En conclusion, beaucoup reste à faire dans le secteur du tourisme  longtemps marginalisé ; mais la bonne nouvelle c’est qu’on sait ce qu’il faut faire. Mais il faudra faire vite car la concurrence internationale, notamment, celle de nos voisins immédiats, n’attend pas. Déjà toutes les compagnies aériennes affichent complet pour le lendemain de l’Aïd, et les jours d’après, captant une grande partie de la clientèle algérienne. En attendant, chers lecteurs, bonnes vacances que vous les preniez ici ou ailleurs.


M. M.

 

Source: Liberté du 31.07.13

Publié dans Economie et société

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