Le secteur algérien des hydrocarbures et le formidable challenge du 24 février 1971. « Projeter dans le futur la symbolique novembriste en l’inscrivant dans une perspective de compétitivité,

Publié le par Mahi Ahmed

Le secteur algérien des hydrocarbures et le formidable challenge du 24 février 1971. « Projeter dans le futur la symbolique novembriste en l’inscrivant dans une perspective de compétitivité, d’innovation et de quête de l’excellence. »

‎Hier ‎24 ‎février ‎2013, ‏‎21:53:25 | mouradpreure

 

Dr Mourad PREURE

Expert Pétrolier International

Président du Cabinet EMERGY

« Where is a will, there is a way ».

Le 24 février 1971, l’Algérie nationalise 51% des intérêts des compagnies pétrolières concessionnaires dans les gisements algériens, 100% des intérêts liés aux gisements gaziers ainsi que ceux détenus par les sociétés de transport d’hydrocarbures. Il s’agit véritablement d’une décision historique survenue onze années après la naissance de l’OPEC et qui va inaugurer une vague de nationalisations décisive dans les pays producteurs. C’est la fin des contrats de concession qui prévalaient dans les relations entre compagnies internationales et pays producteurs et qui réduisaient le rôle de ces derniers au seul prélèvement des royalties et des impôts pétroliers, les excluant de toute gestion de leur domaine minier. La naissance des compagnies pétrolières nationales sera le grand acquis de cette transformation historique. Ce sont elles qui désormais incarneront l’Etat souverain dans ses relations avec les compagnies pétrolières internationales. Elles vont acquérir une compétence et s’imposeront comme un acteur clé dans l’industrie du pétrole. Le grand acquis pour l’Algérie de cette décision stratégique prise par Houari Boumediene c’est le rôle nouveau assigné à SONATRACH, née en 1963 avec l’indépendance algérienne.

Le grand acquis, on ne le souligne pas assez, c’est aussi la culture du challenge, le sens du défi, dont cette date a imprégné l’identité profonde de SONATRACH. Et nous savons combien cette culture du challenge participe et a participé par le passé aux réussites et à la construction de la puissance américaine, par exemple. Lorsque nous parlons avec des techniciens et ingénieurs qui étaient dans les installations pétrolières désertées subitement par les techniciens étrangers en 1971 par mesure de représailles contre les nationalisations, ils nous disent combien ils sont encore surpris par le fait qu’ils aient réussi à contrôler ces installations et à les faire fonctionner sans dommages. Cette expérience les a révélés à eux-mêmes. Ils étaient peu nombreux alors que les responsabilités opérationnelles pour une industrie si complexe sont exigeantes et ne laissent aucune marge à l’erreur. Ils ont réussi. Nous allons lors du Forum d’Alger organisé par EMERGY en partenariat avec SONATRACH et SONELGAZ ce 25 février 2012 leur rendre hommage et tenter de mettre en perspective leur formidable réussite. De là est née véritablement l’industrie algérienne des hydrocarbures. Il est en effet impératif de garder en mémoire ce moment fort de notre histoire que représente ce challenge et régénérer la symbolique novembriste du 24 février 1971 en la plaçant dans une perspective d’excellence, d’innovation et de compétitivité.

Dans le contexte de la mondialisation, il y a un accroissement de l’interdépendance et de la complexité, les concurrents vont toujours plus vite, le changement s’accélère et devient de plus en plus chaotique. Les frontières sont de plus en plus floues par ce fait, et il faut alors, pour corriger le déficit d’identité que subissent naturellement les individus et les groupes sociaux, sans cesse ajuster les référents aux réalités changeantes et aux nouveaux paradigmes qui s’imposent. L’innovation est à la base de l’avantage concurrentiel des nations. La puissance pétrolière des pays producteurs ne réside plus dans le niveau de leurs productions et de leurs réserves mais dans la performance, dans la compétitivité de leurs acteurs énergétiques nationaux, de leurs entreprises, de leurs territoires, de leurs institutions financières, de leurs universités et centres de recherche. Ainsi, mettre en perspective le 24 février c’est dire : « Servir la patrie aujourd’hui c’est être compétitif, c’est innover, c’est tendre vers l’excellence ».

L’Algérie a un réel avenir en tant qu’acteur énergétique. Le potentiel de notre domaine minier est considérable et encore insuffisamment exploré. Mais plus encore, comme par le passé, il doit être le levier pour donner à notre expertise la chance de s’épanouir et s’imposer parmi les acteurs qui façonneront la scène énergétique de demain. Nos jeunes, nos enfants doivent porter ces grandes ambitions. Pour cela ils doivent savoir que le 24 février 1971 fut un réel examen pour la Nation algérienne, comme le fut d’ailleurs le 1er novembre où nous avions défié avec des fusils de chasse une puissance de l’OTAN. Ce qui doit en rester à notre avis ça ne doit pas être un inventaire de réalisation d’installations pétrolières, des chiffres de production. Ce qui doit en rester c’est cette culture du challenge, ce sens du défi qui doit devenir notre marque de fabrique, car il ne suffira plus à l’avenir de dire que l’Algérien est frondeur, qu’il est épris de liberté, soucieux de sa dignité. Il faudra, dans un monde de plus en plus compétitif, où seuls survivent les meilleurs, surtout dire que l’Algérien est un gagnant, un innovateur, porté par l’ambition d’atteindre l’excellence. Et, sur ce chemin, beaucoup reste à faire en effet. Nous tous avons beaucoup à faire en effet. Les défis sont encore plus nombreux aujourd’hui, plus difficiles, qu’il nous faut relever impérativement.

Les nationalisations ainsi que les chocs haussiers de la décennie soixante-dix ont agi en profondeur sur les relations internationales durant les quatre dernières décennies. Les pays consommateurs ont vivement réagi aux nationalisations des années soixante-dix qui ont coupé les compagnies internationales de leur amont pétrolier, les exposant aux décisions souveraines des pays producteurs. L’industrie pétrolière était depuis sa naissance intégrée verticalement du puits à la pompe sous la direction des compagnies internationales. Elle a subi avec les nationalisations une dé-intégration. Au lendemain des chocs haussiers de la décennie soixante-dix ils ont déployé sous l’égide de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), créée pour ce fait, une stratégie en trois axes : (i) exploration dans les zones hors OPEC, (ii) développement d’énergies alternatives (nucléaire notamment dans lequel la France, par exemple, s’est fortement investie) (iii) stockage stratégique de 90 jours. Depuis, elles ont repris la main.

La stratégie menée par les pays consommateurs et coordonnée par l’AIE a été en effet efficace. La part de l’OPEC dans la production mondiale est passée de 56% en 1973 à 29% en 1985. Elle est de 41% aujourd’hui. La production non OPEC a réduit la puissance de l’OPEC. Depuis la moitié de la décennie quatre-vingt elle connait une tendance lourde au retour à l’intégration. La question stratégique centrale pour l’industrie pétrolière et gazière aujourd’hui est : qui contrôlera cette nouvelle intégration ? Est-ce les compagnies pétrolières internationales en reprenant pied dans l’amont des pays producteurs ou bien ces derniers par leurs compagnies nationales qui imposeraient un partenariat de type nouveau aux pays consommateurs. Ce partenariat devrait ouvrir aux compagnies nationales l’accès au client final dans le pays consommateur auquel elles fourniraient carburant, molécules de gaz et kilowattheures. En contrepartie les compagnies internationales participeraient au partage du risque amont et développeraient de nouvelles ressources. Il peut prendre la forme d’intégrations croisées compagnies nationales – compagnies internationales qui ouvriraient aux compagnies nationales l’aval pétrolier et gazier ainsi que la génération électrique dans les pays consommateurs, mais aussi qui permettrait aux compagnies nationales de s’implanter dans l’amont international en partenariat, qui leur ouvrirait aussi de nouveaux horizons comme l’industrie électronucléaire et les énergies renouvelables.

Ce partenariat de type nouveau impliquera les pays producteurs dans la transition énergétique menée par les pays consommateurs depuis un modèle de consommation énergétique dominé par les énergies fossiles avec pour plus de 60% les hydrocarbures, vers un modèle non carboné, non fossile. D’autre part la bataille est menée aujourd’hui sur le front de la science et de la technologie car les gisements vieillissent et les découvertes se réduisent alors que la demande sous l’impulsion des pays émergents explose. Les acquis de 1971 peuvent être remis en cause si nous restions à l’écart des challenges technologiques qui portent aujourd’hui l’industrie pétrolière et gazière internationale et la scène énergétique en général.

Il nous faut entretenir, développer et mettre en perspective la culture du challenge qui prolonge la symbolique novembriste et qui est incarnée par le 24 février 1971. Nous devons porter le combat au niveau de nos universités et nos centres de recherche, sociétés de service pétrolier et PME privées nationales, de tout le tissu industriel privé et public qui doit, dans le sillage de SONATRACH, construire la puissance pétrolière et gazière de notre pays laquelle ne doit plus, ne peut plus, se fonder sur le niveau de nos réserves et de nos productions mais sur la compétitivité, le pouvoir innovant et la quête de l’excellence de nos acteurs énergétiques nationaux au premier rang desquels SONATRACH.

Dr Mourad PREURE, Alger le 23 Février 2013 –

 

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