Le plan US du dernier quart d’heure

Publié le par Mahi Ahmed

Le plan US du dernier quart d’heure

Par Ghaleb Kandil

La douloureuse vérité à laquelle le secrétaire d’État John Kerry s’est finalement résolue est que toute solution en Syrie constitue une défaite pour les États-Unis, pour l’Occident colonisateur et pour les monarques des pétrodollars et la Turquie. Aussi, Washington et ses auxiliaires tentent de contourner cette solution en annonçant leur intention d’armer les gangs terroristes et en menaçant d’élargir le champ de bataille avant de s’asseoir à la table des négociations lors d’un sommet russo-américain dont la date ne saurait tarder, selon des diplomates [En juin probablement Ndlr].
À la demande de Kerry, les ministres des Affaires étrangères des colonies française et britannique, Laurent Fabius et William Hague, ont appelé à armer les rebelles syriens. Puis le Premier ministre de sa Majesté, David Cameron, a démenti ces intentions, alors que le président François Hollande balbutiait presque lors de la réunion de l’Union européenne. Sachant que les armes et les équipements de communication fournis par l’Occident sont déjà depuis des mois aux mains des terroristes, qui ne parviennent pas à réaliser des progrès significatifs sur le terrain, malgré le soutien d’instructeurs occidentaux et arabes actifs au Liban, en Jordanie et en Irak aussi.
Devant la dissuasion politique de la Russie, des informations ont été véhiculées selon lesquelles les promesses de fournir de nouvelles armes visent en premier lieu à remonter le moral des gangs armés avec l’approche des négociations russo-américaines, qui constituent l’aveu de la défaite en Syrie face à cet pays, responsable de l’échec de tous les projets US dans la région ces trente dernières années, comme l’a reconnu l’ancien directeur de la CIA, David Petraeus. Le dernier quart d’heure sert aux États-uniens à exploiter jusqu’au bout les capacités et l’énergie de ceux qu’ils ont inventé, entrainé, armé et financé. N’est-ce pas la raison pour laquelle ils ont été créés ?
Un développement politique dramatique a eu lieu la semaine dernière en Syrie, lorsque la Russie a lancé un avertissement sévère à l’adresse des manœuvres et atermoiements de Washington concernant des principes de règlement de la crise en Syrie, convenus dans le cadre de l’accord de Genève. L’annonce franco-britannique sur l’envoi d’armes aux rebelles a été une occasion pour Moscou de lancer une mise garde selon laquelle cette décision constitue une violation de la loi internationale. Les propos de Serguei Lavrov et l’envoi de navires de guerre russes vers le port syrien de Tartous constituent un rappel des lignes rouges que l’Occident ne doit pas franchir au sujet du type d’armement livré aux terroristes.
Lors de sa dernière tournée au Proche-Orient, John Kerry a tergiversé au sujet des termes de l’accord conclu avec la Russie à Genève. Mais il a finalement été contraint de faire une déclaration politique qui a eu l’effet d’un choc chez ses alliés et auxiliaires, en reconnaissant que le président Bachar al-Assad était un négociateur incontournable. De la sorte, Washington abandonne définitivement et clairement la condition d’un départ du président, comme préalable à tout dialogue national.
Malgré cela, les États-Unis restent tentés par le plan du dernier quart d’heure, pour essayer de modifier les rapports de force interne en Syrie en prévision du début des négociations. Il s’agit d’un geste désespéré pour éviter la défaite politique totale. C’est dans ce cadre que l’on doit interpréter l’entrainement de terroristes syriens par des instructeurs US en Jordanie, l’envoi de 3 000 tonnes d’armes croates achetées par l’Arabie saoudite et le Qatar, et les scénarios sur une intervention israélienne dans le but d’édifier une ceinture de sécurité en Syrie qui serait confiée aux terroristes.
Mais de l’avis des experts, toutes aventure militaire d’Israël en Syrie ou au Liban serait une véritable catastrophe pour l’État hébreu, pour les intérêts occidentaux et pour toute la région. L’équilibre des forces est en effet solide et bien ancré et l’axe de la Résistance, avec ses alliances internationales au cœur desquelles se trouve la Russie, la Chine et les pays des Brics, dispose des capacités dissuasives nécessaires pour faire échec à toute offensive et pour briser l’hégémonie US sur le monde.
Dans ce contexte, les experts s’accordent sur le fait qu’en dépit de la guerre dans laquelle elle est engagée, l’armée syrienne dispose toujours d’importantes capacités en plus de se défense anti-aérienne et de ses missiles balistiques, qui restent intacts.

L’AFP reconnait (sans le vouloir), la suprématie de l’État et de son armée

À l’occasion du deuxième anniversaire des troubles en Syrie, l’Agence France-presse (AFP) a publié une dépêche de synthèse sur l’état des lieux sur le terrain qui montre, malgré les tentatives d’exagérer les réalisations des gangs armés, que l’État et l’armée syrienne contrôlent les principales zones du pays et continuent d’avoir l’initiative. Voici des extraits de ce rapport :
« Sur le terrain, la situation est toujours aussi explosive en Syrie. L’armée d’Assad défend toujours Damas et des territoires dans l’ouest et le centre du pays, tandis que les rebelles aidés de combattants jihadistes avancent progressivement dans le nord et l’est. État des lieux des combats, région par région :
Damas et sa province : Près de huit mois après avoir lancé la "bataille de libération" de Damas, les rebelles restent confinés dans les quartiers périphériques et les banlieues sud et est de la capitale fortifiée.
L’armée repousse leurs tentatives de pénétrer au cœur de Damas, où d’importantes cibles du régime sont toutefois visées par des attentats meurtriers, revendiqués en majorité par le Front djihadiste Al-Nosra.
La région orientale d’Al-Ghouta, où les rebelles ont pris pied, est le théâtre de batailles acharnées. Au sud-est de Damas, l’armée tente en outre de reprendre totalement la ville de Daraya.
Dans le nord :
À Raqa (nord-est), le Front Al-Nosra et Ahrar al-Sham ont enregistré le plus grand succès en s’emparant totalement le 6 mars dernier de Raqa, capitale de la province éponyme. C’est la première grande ville du pays à tomber aux mains des rebelles. L’aviation continue néanmoins d’y bombarder les insurgés.
Dans la région d’Idleb (nord-ouest), de larges territoires de la province sont aux mains des rebelles, mais la capitale provinciale est toujours sous contrôle de l’armée.
Avec l’aide des jihadistes étrangers arrivés via la frontière poreuse avec la Turquie, les rebelles ont pris deux postes frontaliers et la base de l’armée de l’air de Taftanaz. Les islamistes dans le nord ont un meilleur accès aux armes que les rebelles du centre.
À Alep, la deuxième ville du pays, le front a été ouvert en juillet 2012 avec un assaut des rebelles qui contrôlent désormais la plupart de la province. Le groupe islamiste Liwa al-Tawhid dirige la bataille dans le centre d’Alep, celui d’Ahrar al-Sham mène les combats pour prendre les bases aériennes militaires de la province. Le Front Al-Nosra, accusé d’être lié à Al-Qaïda en Irak et classé par Washington sur sa liste d’"organisations terroristes", est également actif à Alep.
Dans l’est :
Dans la ville de Deir Ezzor. Les rebelles profitent de la frontière perméable avec l’Irak pour passer armes et combattants. Ainsi les opposants au régime ont pris 80 % de la province, mais l’armée contrôle toujours la majorité de la capitale provinciale. Le Front Al-Nosra est bien implanté à Deir Ezzor.
Dans la province de Hassaké, à majorité kurde, les rebelles ont combattu les combattants kurdes à Ras al-Aïn, avant de conclure une trêve en février. Ailleurs dans cette région, des jihadistes se sont emparés de larges territoires.
Au centre :
Après un siège de neuf mois des bastions rebelles à Homs, l’armée a lancé une nouvelle offensive, appuyée par l’aviation et des miliciens pro-régime. Une reprise des enclaves rebelles assurerait à l’armée un contrôle total du centre du pays.
La région de Hama est par ailleurs en majorité sous contrôle de l’armée.
Dans l’ouest :
Le cœur de la communauté alaouite, confession de Bachar al-Assad, est sous contrôle de l’armée, à l’exception de quelques enclaves kurdes et turcomanes dans le nord de Lattaquié.
Dans le sud :
À Deraa, berceau de la révolte, les rebelles ont pris plusieurs villages, mais la majorité de la province est encore contrôlée par le régime.
La ville de Soueida reste de son côté globalement calme, les leaders de la communauté druze, majoritaire, ayant maintenu une neutralité.
Située sur la ligne de cessez-le-feu avec Israël sur le Golan, la province de Kouneitra est le théâtre de combats intermittents
 ».

 

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