LE MESSAGE DELTA

Publié le par Mahi Ahmed

LE MESSAGE DELTA

par M. Saadoune

 Le porte-parole du Pentagone ne fait pas que dans l'humour quand il affirme que le présumé djihadiste Anas Al-Libi, enlevé par un commando des forces spéciales américaines à Tripoli, est «légalement» détenu par l'armée américaine. C'est bien un message clair. Et il n'est pas destiné aux terroristes et à Al-Qaïda mais aux Etats. A tous les Etats. Le droit international supplante le droit interne pour l'ensemble des pays… mais pas pour les Etats-Unis.

La «global war» contre le terrorisme a servi à afficher avec vigueur cette vision où les volontés des gouvernants américains constituent la norme. C'est la doctrine de la souveraineté limitée version américaine qui est imposée au monde et principalement à la région du Moyen-Orient et du Maghreb. Les Etats-Unis avaient des moyens de pression suffisants sur Tripoli pour obtenir l'arrestation d'Anas Al-Libi, son jugement, voire même son extradition. Cela permettait, à défaut de donner des illusions sur le poids du gouvernement libyen, de sauver les apparences formelles du droit international. A l'évidence, c'est le cadet des soucis des Américains. Ils ont même choisi d'enfoncer le gouvernement libyen en affirmant qu'il avait été informé de l'opération. Le très faible démenti de Tripoli assorti de reproches à peine audibles en dit long sur le niveau de faiblesse d'un gouvernement libyen qui n'arrive même pas à contrôler la capitale et encore moins à mettre au pas les milices.

L'intervention «au grand jour» des forces spéciales américaines n'est pas une grande prouesse militaire, elle montre tout simplement que la Libye est devenue un pays ouvert à tous les vents. Les pays de la région le savent depuis longtemps. L'intervention occidentale en Libye, puis française au Mali, déstabilise gravement la région. La Libye est un pays qui n'est plus gouverné. Elle est devenue, et pas seulement en son Sud, une source de nuisance pour l'ensemble de la région. On se retrouve dans un «jeu» où les Occidentaux créent le problème, déstabilisent un pays - et une région -, puis s'alarment du «nouveau» danger et se présentent enfin comme les «stabilisateurs» en envoyant leurs légions. La Libye est un cas d'école. Dans pas longtemps, ceux qui ont provoqué sa déstabilisation en le «libérant» vont suggérer - et sans doute imposer - un contrôle direct de ce pays… Les discours sont rodés. Le terrorisme est un argument en béton et peu importe si la Libye n'est devenue «terroriste» qu'après la sollicitude des Occidentaux.

Il ne faut pas s'y tromper. Cette action spectaculaire des forces spéciales américaines en Libye n'est pas réductible à la lutte contre le terrorisme. C'est un message impérial que la loi du plus fort est bien au cœur des relations entre Etats. La loi du rapport de forces. La Libye n'est pas un Etat faible, c'est un pays sans Etat. Mais le message de la «force Delta» de l'armée américaine, en charge des opérations en Afrique du Nord, concerne l'ensemble des Etats de la région. Plus ils sont faibles et plus le risque de voir des commandos se promener dans les rues de leurs capitales devient important. Et il ne faut pas se tromper sur les raisons de la faiblesse des Etats. Ce sont les citoyens, libres, qui font la force des Etats. Et le contraignent, de manière institutionnelle, au sérieux qu'impose la reddition des comptes. La démocratie importée est une fiction. Mais sans démocratie, la souveraineté est aussi une fiction.

 

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