La Syrie et la poussée irrésistible de la guerre

Publié le par Mahi Ahmed

La Syrie et la poussée irrésistible de la guerre

De Mohamed Bouhamidi

En même temps, mais de lieux différents, Kerry et Hague nous avouent envoyer des armes en Syrie. Non létales. Les téléphones qui permettent de coordonner des actions sanglantes n’entrent-ils pas dans la panoplie des tueurs ?

Ils ont surpassé, dans le registre fourbes et hypocrites, le pourtant solide Paolo Dall’Oglio, le jésuite italien qui a appelé à armer les rebelles au nom de l’œcuménisme, ravalé par lui au rang d’habillage religieux de sa trouvaille : la «démocratie consensuelle», nouvelle appellation pour le modèle libanais de «démocratie confessionnelle», dans laquelle la primauté revient à l’identité religieuse sur l’identité nationale, et la politique un exercice sans fin de sauvegarde d’intérêts communautaristes. C’est le sens concret et immédiat, pour la Syrie, du «… combat universel pour les droits de l’homme et la démocratie…», dans lequel Paolo Dall’Oglio s’inscrit et inscrit son œcuménisme. Viendrait-il à Paolo Dall’Oglio l’idée de proposer une démocratie consensuelle à l’Europe et particulièrement à son pays, l’Italie, car il est italien, même s’il a le culot de penser pour les Syriens les formes de leur avenir ?

Mais pourquoi se priverait-il d’ingérence en Syrie ? Les révolutionnaires libyens et tunisiens se sont déversés par milliers au nom du «printemps arabe», puis les djihadistes de pays différents (des sources parlent de 70 000 djihadistes transférés par la seule frontière turque) ont pris le relais au nom du djihad, les USA et l’Europe orchestrent au nom des droits de l’homme, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie payent, arment, forment et encadrent les unités combattantes rebelles depuis les premiers jours de l’insurrection ?

Le cardinal libanais Mar Bichara Boutros Er Raï a répondu à Paolo Dall’Oglio, en opposant à l’appel aux armes de ce dernier qu’aucune revendication démocratique ne vaut une goutte de sang d’un innocent. Cela nous donne idée, au passage, des opinions et des courants fondamentaux qui s’opposeront dans le choix du prochain pape et que les questions sociétales du préservatif et de l’homosexualité nous cacheront avec soin. Pour l’instant, notons que djihadistes et prêtres militants du «combat universel pour les droits de l’homme et la démocratie mondiale» s’entendent sur un droit naturel d’ingérence dans les affaires de leurs frères en religion.

L’intérêt de la position de ce jésuite décuple quand on apprend qu’il l’a développée en… 2007 dans une communication «Quel avenir pour les chrétiens d’Orient», destinée à un colloque organisé à Paris. Glisser de l’avenir des chrétiens d’Orient à un projet de reconfiguration confessionnelle de la Syrie, Etat laïque, par nécessité de rassemblement de tous les Syriens contre la domination ottomane de légitimation religieuse islamique, constitue bien un «salafisme» chrétien qui s’accommode du salafisme musulman, mais surtout de cet autre salafisme, dont il est interdit de parler, le salafisme juif ou sionisme. Projeter en 2007 une configuration confessionnelle du système politique syrien relève de quel ordre ? Mais cet avenir confessionnel est projeté par tous les courants liés à la domination américaine. L’ordre sunnite contre le «danger shiite», l’ordre juif de l’Etat d’Israël, l’ordre théocratique des Etats pour chacune des confessions de la mosaïque religieuse de cette région. L’ordre américain et sioniste pour tous dans «l’harmonie» d’une économie de marché à sens unique.

Bien sûr, il reste à savoir si la logique du capitalisme dans son stade impérialiste peut s’accorder avec cette configuration théologique de la géopolitique, qui n’a plus rien à voir avec l’exotisme des coutumes religieuses surannées.

Quand Kerry et Hague parlent d’envoi d’armes à l’insurrection, ils montrent un jésuitisme autrement plus madré que celui de l’Italien. Ils ne cèdent pas seulement aux pressions de leurs amis qataris, saoudiens, turcs, qu’une solution politique mettrait immédiatement en danger d’implosion. Ils annoncent la fin de leurs (propres) capacités politiques à gérer leurs projets de domination mondiale dans une guerre, aux peuples, jusqu’au bout. Afghanistan, Irak, Syrie, Egypte, tout semble leur filer entre les doigts. Ils n’ont plus pour appuis pour un avenir à leur domination du monde que les plus sombres des théologies politiques moyenâgeuses.

L’impérialisme ne porte plus aucune ouverture de progrès, quoi qu’en disent nos élites indigènes mondialisées. C’est la réaction généralisée et sans rémission.

Mohamed Bouhamidi

Le 12 mars 2013

Cet article a été publié initialement sur reporters.dz :

http://www.reporters.dz/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=40&Itemid=

 

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