La gauche en ordre de marche pour refonder l'Europe

Publié le par Mahi Ahmed

Congrès PGE

La gauche en ordre de marche pour refonder l'Europe

Madrid, de notre envoyée spéciale. C'est dans un pays symbole de la crise économique capitaliste, frappé de plein fouet par les politiques d'austérité, que s'est déroulé du 13 au 15 décembre le 4e congrès du Parti de la gauche européenne (PGE). A Madrid, plus de trois cent délégués des 33 pays membres et observateurs de la formation ont insisté sur l'urgence de refonder une Europe plongée dans "une crise existentielle".

"Tous les fondements de la construction européenne, ses traités sont en cause", a souligné dès l'ouverture du congrès,  Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français (PCF) et président du PGE. Trois jours durant, les représentants des différentes regions du continent, membres ou non de l'Union européenne (UE), ont certes rendu compte des terribles conséquences du carcan néo libéral, du désespoir auxquels sont acculés les peuples comme en Grèce où 60% des jeunes femmes sont au chômage. Mais plus qu'un état des lieux, ces progressites et démocrates ont surtout adopté à 86, 4% un cadre programmatique commun dans la perspective des élections européennes qui auront lieu en mai 2014  ainsi qu'un échéancier d'actions. Une feuille de route et des propositions à mêmes d'inverser la fuite en avant capitaliste dont les conséquences sont lourdes de danger, comme en témoigne la montée en puissance des partis d'extrême droite, des populismes et des nationalistes.

"Nous devons construire un front commun face à ce front commun qu'est le néolibéralisme, en cherchant à s'unir dans l'intérêt de la classe des travailleurs", a enjoint Cayo Lara.  A la différence du précédent congrès traversé par de profondes divisions, celui de Madrid aura été marqué par un esprit de rassemblement, comme en témoigne l'adoption à 93,3% du document politique. Ainsi, dès ce printemps, une conférence ouverte aux forces sociales et syndicales sur la restructuration de la dette aura lieu à Bruxelles avec pour ambition de dégager des pistes à l'opposé des chemins balisés par la troïka. "C'est possible si nous menons la bagarre pour changer les missions de l'euro et de la banque centrale européenne", a insisté Pierre Laurent.

De la campagne contre le grand marché transtlantique à la tenue annuelle d'un forum des alternatives, le PGE s'est mis en ordre de marche pour bousculer la campagne des européennes, en la plaçant bien évidemment sous le signe de la convergence des combats contre l'austérité mais surtout en faveur d'un changement radical de l'Europe.  "Nous ne sommes plus un parti carrefour d'échanges de nos réalités mais un parti de propositions,  de transformations. Nous sommes un acteur européen. Le futur ne s'écrira plus sans la Gauche européenne", a déclaré Pierre Laurent  à qui les délégués ont renouvelé leur confiance, en le reconduisant à 78% à sa fonction de président.

A ce propos, seul le Parti de gauche s'est prononcé contre, faisant valoir les divergences du Front de gauche sur les municipales et annoncé, par communiqué sur leur site web, la suspension de leur participation au PGE jusqu'à la tenue des elections locales en France. Une décision "incompréhensible et incohérente", a réagi Gilles Garnier, responsable de la commission Europe du PCF. La formation communiste "fera tout, pour sa part, pour que ne soit pas entravé l'engagement uni du Front de gauche dans les élections européennes", a-t-il précisé.

Signe important de ce congrès : les délégués ont acté à 79,6% la proposition de présenter un candidat alternatif à la présidence de la commission européenne non sans en critiquer son caractère anti-démocratique et l'orientation de ses politiques.  Avec 86, 4% des voix, le coordinateur de la coalition grecque Syriza,  Alexis Tsipras, sera la voix des résistances et de l'espoir de la gauche européenne.  A la tribune, le symbole des peuples étranglés a lancé : " L'unique alternative à la barbarie et à l'extrême droite, c'est le parti de la gauche européenne.  L'heure de la gauche a sonné".

Le PGE en ordre de bataille pour capter la colère et l'espoir

Madrid (Espagne), envoyé spécial. A l'issue du deuxième jour de son congrès à Madrid, le Parti de la gauche européenne (PGE) s'organise pour les élections européennes qui auront lieu du 22 au 25 mai 2014. Avec un mot d'ordre clair, changer l'Europe, avec un document programmatique en discussion, avec, enfin, une décision importante approuvée à 79,6% des voix: celle de présenter un candidat du PGE à la Présidence de la Commission européenne.

Historique, ce congrès l'est donc sans aucun doute au moment où le PGE fête ses dix ans d'existence. Il l'est par ses choix; il l'est aussi par les invités venus saluer les travaux des congressistes. Le vice-président bolivien avait fait le déplacement à Madrid pour apporter son soutien: "Nous avons besoin d'une Gauche européenne forte". Et, autre grande première, la secrétaire générale de la confédération européenne des syndicats (CES), Bernadette Segol, s'est exprimée ce samedi, déclarant qu'elle avait "accepté l'invitation avec grand plaisir" car un certain nombre d'objectifs de la CES convergent avec ceux du PGE. Il est, a-t-elle indiqué, "essentiel de rétablir un système qui fonctionne". "Nous devons avoir plus de démocratie en Europe, c'est une condition de survie de l'UE", a affirmé la syndicaliste qui, en conclusion, a fait remarquer: "Votre slogan est changer l'Europe. Le nôtre : Une nouvelle voie pour l'Europe".

Contestation, résistance et espoir

Bref, le PGE est prêt à porter la contestation, la résistance et l'espoir. Il veut se faire le porte-voix du mouvement social, politique et citoyen qui, du nord au sud et d'est en ouest, exprime son refus de l'austérité.

Alexis Tsipras, le leader de Syriza, a apporté son témoignage sur la situation en Grèce traversée par une crise humanitaire. Son point de départ? Les mémorandums acceptés par le gouvernement de Giorgos Papandreou en mai 2010 dont la politique est, depuis, poursuivie par l'ensemble des partis qui se sont succédés au pouvoir. Dans ce cadre, Alexis Tsipras pense que "le temps de la gauche est arrivé en Europe".

Sur le fond, la gauche multiplie les initiatives. Un rassemblement sur la dette sera organisé en avril. Et désormais, un forum aura lieu tous les ans sur les alternatives. Unité, résistance et espoir sont finalement, les lignes directrices à l'issue des deux premiers jours de congrès.

La gauche européenne face à l’urgence d’une alternative

Le 4e congrès du Parti de la gauche européenne se tient ce week-end à Madrid. Les quelque 300 délégués attendus débattront de la stratégie à mener contre les politiques d’austérité et du projet pour refonder l’Europe. 

Il y a eu le temps de la fondation puis de la consolidation, l’urgence est désormais à l’action. Tel est le cadre du 4e congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) qui se déroule ce week-end à Madrid. Après sa naissance à Rome il y a neuf ans, la formation – qui regroupe près de 33 partis membres ou observateurs (1) – se retrouve de nouveau en Méditerranée, là où les peuples sont singulièrement victimes de la crise du système capitaliste.

À quelques mois des élections européennes de mai 2014, près de 300 délégués vont donc plancher sur la stratégie à mettre en œuvre pour endiguer la férocité des plans de rigueur. C’est, à leurs yeux, un impératif. « Le projet européen, (qui) devait être selon les forces dominantes un projet de paix et de progrès social, se transforme en cauchemar où le seul horizon proposé (…) est une régression sociale brutale et généralisée », souligne le document d’orientation politique en discussion. Tous les indicateurs sont en effet au rouge. Le chômage explose comme en Grèce (28 %). En Espagne, un jeune sur quatre de moins de seize ans vit sous le seuil de pauvreté.

Rempart contre l’exclusion

« Aujourd’hui être travailleur n’est pas un rempart contre l’exclusion puisque nous avons des salaires qui n’excèdent pas l’euro de l’heure », précise la vice-présidente espagnole du PGE, Maïte Mola, en référence à des pays comme l’Allemagne. La destruction des structures économiques et de l’emploi est massive tandis que les banques sont, elles, remises à flot. On ne compte plus les reculs tant le plan social que sociétal. Ainsi, l’Union européenne, si prompte à enfermer ses membres dans le carcan néolibéral, vient de retoquer un rapport demandant la généralisation de l’IVG, renvoyant ainsi ce droit aux compétences des États. Cette UE à géométrie variable, ainsi que les conséquences des politiques d’austérité sur l’accès à la contraception, ou encore l’éducation sexuelle, seront quelques-unes des thématiques débattues lors l’assemblée des organisations de femmes qui inaugure chaque congrès du PGE.

Contre l’exploitation

La gauche européenne travaille à « une alternative socialiste, une civilisation libérée de l’exploitation, de l’oppression et de la violence capitalistes, garantissant une répartition des richesses en faveur du travail, un modèle de développement social et environnemental, l’égalité et les droits démocratiques de tous les citoyens européens », précise son document politique. Dans cette perspective, les confluences des luttes avec les syndicats et les forces sociales sont elles aussi primordiales (voir ci-dessous). D’où la présence au congrès – une première – du président et de la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), José Ignacio Fernandez Toxo (également secrétaire confédéral des Commissions ouvrières espagnoles) et Bernadette Ségol. « Nous avons identifié plusieurs grandes transformations indispensables : sortir de l’austérité et donner la priorité au développement social soutenable, libérer l’Europe des marchés financiers et créer de l’emploi, rendre le pouvoir aux peuples et aux instances élues, promouvoir la paix, la sécurité et la coopération mondiale », avance Pierre Laurent, président du PGE et reproposé à cette fonction. Autre débat du congrès : une éventuelle candidature à la présidence de la Commission européenne que pourrait porter Alexis Tsipras, président de la coalition grecque Syriza.

Alexis Tsipras, candidat à la présidence de la Commission

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Il a incontestablement su s’imposer comme l’une des figures de la gauche européenne. En quelques années, Alexis Tsipras a multiplié les succès politiques en mettant les formations de l’ancienne coalition Syriza d’accord sur un programme, puis en transformant l’alliance en parti. En 2006, il est envoyé à la conquête de la mairie d’Athènes. Du haut de ses 11 %, l’inconnu d’alors obtient le meilleur score jamais réalisé par la formation Synaspismos. En juin dernier, Syriza devient la seconde force politique du pays. La presse européenne, elle, dessine le « chaos » dans lequel serait plongée l’Union si Syriza parvenait au pouvoir. En décembre, cet homme de trente-neuf ans sera sans nul doute désigné comme candidat à la présidence de la Commission dans le cadre des élections de 2014. Le conseil des présidents du PGE a "réaffirmé sa confiance à Pierre Laurent comme Président du PGE".

« Le message que le Parti de la gauche européenne souhaite envoyer à travers la candidature d’Alexis Tsipras est que l’austérité n’est pas une fatalité et que la gauche peut ouvrir de nouvelles voies vers l’unification des peuples et des travailleurs européens afin de prévenir l’émergence des nationalistes et de la droite populiste », explique Syriza dans un communiqué. Cet ingénieur, qui a fait ses armes au sein de la jeunesse communiste grecque et des mouvements étudiants, prône le refus des mémorandums, l’annulation de la dette et la réforme des statuts de la Banque centrale européenne. « On ne renégocie pas l’enfer », dit parfois Alexis Tsipras qui se prononce toutefois pour un maintien de la Grèce dans la zone euro. Comme l’explique le philosophe Slavoj Zizek, Syriza se bat contre « une technocratie dépolitisée dans laquelle des banquiers et autres experts sont autorisés à détruire la démocratie ». Et ce combat se mène à l’échelle européenne.

Lina Sankari

 

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