La construction humaine de l’Islam (De Mohamed Arkoun )

Publié le par Mahi Ahmed

La construction humaine de l’Islam (De Mohamed Arkoun )

Quelle différence y a-t-il entre la croyance et la foi ?
On croit à une vérité tangible palpable ; or l’essence de l’islam consiste à croire à l’immatériel, l’invisible. Dieu ne peut être représenté, contrairement à la religion polythéiste selon laquelle il est représenté par plusieurs idoles.

 

C’est justement la foi qui vient au secours de la croyance.
La foi, c’est comme l’affirme L’imam  Al Ghazali , une lumière qui investit le cœur et éclaire l’esprit. C’est quelque chose d’indescriptible qu’on ressent en son for intérieur. Il critiqua d’ailleurs les théologiens malékites et leur dogmatisme, la religion étant pour lui une affaire de cœur.
De même que  le philosophe allemand Emmanuel Kant, la foi n’est pas une conviction rationnelle mais c’est une conviction intime.  Sans la foi, l    a raison est incapable de penser le mystère de Dieu. C’est la croyance en l’invisible selon le saint Coran.
Pascal, le philosophe français, fait de la croyance un pari, par lequel on aura tout à gagner et peu à perdre. Il y aura  toujours un risque de perdre dans   le cas  où la foi n’est pas accessible à la raison.
La foi est selon les préceptes de l’Islam, en même temps la connaissance et la croyance. Une croyance qui n’admet pas le moindre doute.
Elle fait cependant la base des divergences entre les différents courants et écoles. Pour les Chiîtes ,  s’ajoute à la croyance en un Dieu unique, celle des imams qui sont au nombre de douze. Ali Ibn Abi Talib est en tête de liste et dernier étant l’Imam résurrecteur,  considéré comme disparu  mais qui  réapparaîtra le jour du Jugement Dernier. Il s’agit de l’Imam Mohamed Ibn Al Hassan Al Qua’im, surnommé Al Mahdi (le bien guidé).

Pour l’auteur la foi est fragile car sujette aux  contingences.

 «La foi occupe et organise l’ensemble de la psyché. Elle est dynamique, liée à la solidité et à la personnalité du sujet. La croyance est plus fragile que la foi, elle est davantage sujette aux contingences, sans grande profondeur, souvent pas très intellectuelle ni réfléchie, en général purement héritée».
Certes, la croyance est héritée, mais  elle peut être révisée, et repensée.
En fait la foi et la croyance sont à notre avis intimement liées.

Qui conduira le changement dans tout ça ?

L’auteur appelle les Européens, à rectifier leur politique envers l’Islam, et les sociétés musulmanes.
«J’attends que les Européens prennent connaissance de mon travail, pour rectifier leur politique non seulement envers l’Islam comme religion, mais envers les sociétés musulmanes (...) que l’on envisage en Europe la possibilité d’introduire, dans les lycées et collèges de France et d’ailleurs, non seulement les faits, mais aussi un travail d’analyse comme le mien avec des professeurs qui le relayent dès l’école. »
Il va de soit à notre avis que cette rectification doit se faire, et elle se fera par la force des choses, étant donné qu’en Europe, l’Islam est parmi les religions majoritaires. En France elle est la deuxième religion.
Le travail d’analyse que propose Arkoun, permet de donner une idée réelle sur les préceptes de l’Islam qui est une religion de paix et de tolérance, mais dont plusieurs ont souillé l’image par leur attitude obscurantiste et rétrograde. Cela concerne aussi bien les extrémistes religieux que les xénophobes qui s’empressent d’émettre des jugements erronés,  fondés  sur une ignorance totale de la religion.
Par ailleurs l’auteur appelle à procéder à l’analyse épistémologique qui permet aux jeunes de s’éloigner des concepts basés sur les tabous et les fausses croyances et qui sont d’ailleurs tout à fait contraires à la religion.
« Il faut ouvrir le champ à l’analyse épistémologique aux jeunes. Je commence par l’Europe car je désespère des pays musulmans. Même dans les moins «confessionnels», on augmente l’influence non plus seulement des Oulémas, mais des marabouts. 60% de la population dans le monde arabe est analphabète. Qu’est ce qu’on peut leur demander? Il y a trop d’ignorance institutionnalisée et on ne peut pas lutter contre les institutions ignorantes»

 

Source: Liberté du 23.07.13

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