L’INDUSTRIE EN ALGÉRIE

Publié le par Mahi Ahmed

L’INDUSTRIE EN ALGÉRIE
Ce que nous apprend l’expérience asiatique

 

Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

Qui peut nier aujourd’hui que l’Asie est devenue une puissance économique avec laquelle il faut compter ? Qui peut nier aussi que cette région du monde a réussi à s’imposer aux analystes qui parlent aujourd’hui d’un «modèle asiatique de développement», même s’ils reconnaissent qu’il existe entre les pays de la région des nuances dans le phasing de leur industrialisation.
Rappelons que depuis plus de trente ans, pratiquement sans interruption, la croissance économique en Asie est forte et rapide : «C’est sans précédent dans l’histoire économique du monde.» C’est le Japon qui a tracé la voie le premier : en 1952, ce pays est classé par la Banque mondiale comme pays en développement. Vingt-cinq ans plus tard, il est devenu la deuxième puissance économique mondiale rivalisant avec les Etats-Unis. Le modèle japonais devient «modèle asiatique». Dans les années 50, le Japon opte pour une politique d’industrialisation par substitution d’importations (ISI). Mais alors que cette stratégie échoue en Amérique latine, elle donne des résultats plus que probants au Japon. Barrières douanières, «protectionnisme éducateur», copier les produits industriels importés... : la croissance économique est au rendez-vous et la seconde phase peut être enclenchée : au cœur de la stratégie nationale d’industrialisation, le Japon développe, alors, une politique de promotion des exportations (IPE) : il devient une «machine à exporter» et s’installe confortablement sur le marché mondial : plus de 60 % de la production nationale est exportée : automobiles, télévisions, magnétoscopes, radios, fours à micro-ondes, photocopieurs, machines à commande numérique... En admiration devant cette réussite japonaise, tous les pays asiatiques se conforment à la stratégie nippone à partir des années 1970 : substitution aux importations puis, promotion des exportations. Taïwan, Corée du Sud, Singapour, Hong Kong, Thaïlande, Malaisie, Indonésie et récemment Chine et même Vietnam appliquent le «modèle». La réussite économique du Japon et son expérience d’industrialisation se sont imposées par leurs succès comme référence pour les autres pays asiatiques. Et si l’industrialisation de cette région du monde s’est faite sur le tard, c’est surtout en raison des dotations abondantes de ces pays en ressources naturelles : bois exotique, caoutchouc, huile de palme, pétrole... La rente agricole et la rente minière les ont «dispensés» d’aller tout de suite aux industries manufacturières. Mais, sous l’effet de la baisse des produits agricoles et des produits miniers, ils ont vite fait de rattraper leur retard en matière d’industrialisation.
• Le rôle déterminant de l’Etat. «Au cœur du développement asiatique, on trouve l’Etat» et pas un Etat mou mais un Etat acteur central du développement. L’Etat-pilote encadre et stimule les productions industrielles. D’abord par le biais de la planification qu’on retrouve dans tous les pays. Une planification qui fixe des objectifs chiffrés, nationaux et sectoriels, assortis de primes et avantages, agence de planification économique au Japon, Economic development board à Singapour, Economic planing council à Taïwan, Economic planing board en Corée du Sud, planification centralisée et autoritaire en Chine, etc.
• L’Etat intervient aussi par le biais d’aides diverses à l’orientation des investissements, des productions, des exportations.
• L’Etat identifie les industries stratégiques à développer en priorité. Il donne pour ce faire des objectifs de production chiffrés, mobilise les fonds pour aider à leur financement, prévoit les avantages fiscaux, pour stimuler l’activité des entreprises de la branche.
• L’Etat arrête aussi les mesures de protection du marché intérieur (tarifaires et non tarifaires).
• L’Etat acquiert à l’étranger le savoir et les technologies développés en Occident.
• Enfin, l’Etat joue un rôle décisif pour soutenir la recherche et l’innovation.
L’Etat contrôle les secteurs-clés de l’économie
Les industries de base, les industries d’équipement de haute technologie, les réseaux de transport, de télécommunications, les grandes banques sont des entreprises publiques ou mixtes où l’Etat est actionnaire majoritaire. Mais, il y a aussi de grandes entreprises «fers de lance» du capitalisme asiatique qui sont l’expression d’un capitalisme familial ancien : Zaïbatsu, Keiretsu, Chaebols. Les entrepreneurs sont, en Asie, généralement étroitement associés aux décisions de l’Etat dans le cadre d’une économie «concertée». Entreprises publiques, groupes industriels privés et entreprises mixtes font le développement industriel voulu par l’Etat.
Le rôle des IDE
Le rôle des investissements directs étrangers dans le développement économique des pays de l’Asie est très variable d’un pays à l’autre. Ainsi, au Japon il a été quasi nul : la part du capital industriel détenu par les étrangers tourne autour de 2 % (25 % en France !). Dans les années 70, la Corée du Sud s’est lourdement endettée mais a strictement limité l’investissement direct étranger. «A l’autre extrême, nous dit l’économiste Michel Fouquier, il y Singapour dont les trois quarts du capital industriel sont aux mains des multinationales. Aujourd'hui, la Chine communiste est le deuxième pôle mondial d’attraction des capitaux étrangers derrière les Etats- Unis. Mais il faut aussi relever que si les pays d’Asie sont récipiendaires d’IDE, ils sont aussi investisseurs de plus en plus importants à l'étranger où ils conquièrent des parts de marchés pourtant fortement concurrentiels. En résumé, et si on devait caractériser ce qui est de plus en plus qualifié de «modèle asiatique de développement économique», on retiendrait quatre observations :
1/ Au début de l'industrialisation, la stratégie est une industrialisation par substitution d’importations tournée vers le marché intérieur anciennement satisfait par des produits étrangers.
2/ Dès qu’un tissu industriel se met en place et pour faire face aux crises qui secouent les marchés mondiaux, des produits agricoles et des matières premières, l’Etat réoriente son industrie sur la promotion des exportations.
3/ Dans les deux phases, le rôle de l’Etat est décisif, mais non exclusif. Les grands groupes industriels privés, d’origine familiale, sont encouragés, soutenus, aidés par diverses mesures.
4/ Les IDE, faibles en début d’industrialisation, se sont considérablement développés : Singapour, Taïwan, Hong Kong, mais aussi dans un deuxième temps, Corée du Sud, Malaisie, Indonésie, Chine bien sûr, et même de plus en plus, le Vietnam. Doit-on copier aujourd’hui le «modèle asiatique». Peut-on seulement le faire dans un contexte mondial qui n’est plus celui des années 60 et 70 ? En Algérie, il existe un secteur industriel public important. Les investisseurs étrangers ont aujourd'hui d’autres stratégies que celle qui consisterait à acquérir des entreprises publiques, par ailleurs, peu performantes, dans les pays du Sud. L’échec de notre programme de privatisation est là pour nous le rappeler. Ils préfèrent y délocaliser leurs propres entreprises ou y développer la sous-traitance sans entrer dans le capital des entreprises locales. l’Etat algérien se retrouve par conséquent avec un tissu d’entreprises industrielles publiques qu’il doit réhabiliter. Il doit surtout développer, ici, un partenariat avec des champions mondiaux même s’il doit le faire au dinar symbolique. Le second «patrimoine» de l’industrie algérienne est constitué aujourd’hui par un tissu de petites et moyennes industries (PMI) privées. Ce tissu doit être soutenu par l’Etat qui doit aussi l’aider à se développer et s’étendre. L’ère des grandes plateformes industrielles nationales est révolue. L’industrie mondiale aujourd'hui repose sur l’éclatement des chaînes de valeur, les délocalisations, l’out sourcing. L’Etat algérien gagnerait à soutenir les PMI privées nationales dans une démarche d’insertion aux chaînes de valeur internationales : partenariat privé national, privé étranger, joint-ventures, facilitations aux investissements privés nationaux, stratégie de substitution aux importations sans rejeter la recherche de débouchés extérieurs à nos produits industriels.
A. B.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/08/11/article.php?sid=104374&cid=8

Publié dans Economie et société

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