JETS DE CAILLASSES CONTRE LES LIVRES

Publié le par Mahi Ahmed

JETS DE CAILLASSES CONTRE LES LIVRES

par K. Selim

Les livres égyptiens interdits de participer au Salon international du livre d'Alger ! Quelle mauvaise décision ! Oui, le commissaire du Sila a totalement tort d'ostraciser les éditeurs égyptiens.

 Contrairement à ce qu'on a pu lire ici et là, ce n'est pas faire preuve de respect envers les Algériens que de faire barrage à des livres venus d'Egypte. On n'a même pas envie de rappeler que les relations entre les Algériens et les Egyptiens ne se résument pas à un match de football, à des jets de pierres et à des commentateurs télévisuels voyous. On s'attend surtout à ce que des acteurs de la culture en Algérie fassent preuve de plus de hauteur de vues que tous les énergumènes qui ont œuvré à jeter de l'huile sur le feu.

 Au demeurant, le commissaire du Sila aurait pu s'informer plus sérieusement et constater qu'ils ont été nombreux les intellectuels égyptiens
– ces auteurs de livres qu'on veut nous empêcher de voir ! – à s'insurger contre les manipulations de leurs médias. Pourquoi ne pas avoir vu et entendu les Gamal El Ghitani, Ahmed Fouad Negm et leurs semblables, dignes représentants de la culture de leur pays, pour focaliser sur des commentateurs de football de bas niveau ?

 Le respect dû aux Algériens et à leur histoire ne peut en aucun cas s'exprimer dans une interdiction de présence des livres égyptiens. Ceux qui pétitionnent contre cette décision du commissaire du Sila ont raison, ils ont une très haute idée des Algériens et de leur histoire. La décision, présumée «souveraine» du commissaire du Sila, est injustifiée, elle est humiliante pour l'intelligence des Algériens. Un salon du livre est un espace d'échange entre les cultures ; il sert aussi à lever les incompréhensions et à organiser le dialogue. Ce sont des choses inestimables que l'on doit prémunir de la politique et
… du foot ! On est quand même censé réfléchir avec sa tête, pas avec ses pieds !

 Le plus absurde dans cette histoire est que les rencontres de football entre Egyptiens et Algériens, gérées sel
on des agendas de la FIFA ou la FAF, se poursuivent normalement. Les jets de caillasses et les commentaires chauvins de bas étage ne les entraveront pas.

 Fallait-il donc qu'une rencontre liée au livre, qui dépend entièrement de notre volonté, soit empêchée sous de piteux arguments ? Faut-il dès lors exiger désormais que les rencontres culturelles et les salons du livre soient gérés par des organisations internationales pour éviter ces situations affligeantes ?

 L'interdiction des livres égyptiens au Salon international du livre d'Alger est une décision totalement inopportune, à plus forte raison quand cela vient d'acteurs censés promouvoir le livre et sa diffusion. Le commissaire du salon se prévaut de sa décision «souveraine» et le ministère de la Culture n'a pas l'air de vouloir corriger une mauvaise décision qui nuit à l'image de l'Algérie.

 On ne va pas faire semblant de douter que le commissaire du Sila est «souverain». Mais on se doit de rappeler qu'un gouvernement
– donc le ministère de la Culture – n'est pas fondé à rester silencieux face à cet outrage manifeste à la culture. Le climat actuel étant au dirigisme, on ne saurait trop conseiller à la ministre de la Culture d'agir et de faire preuve d'autorité pour corriger une faute grave commise contre la culture algérienne. Cessons de tout abîmer !


http://www.lequotidien-oran.com/?news=5142089

Publié dans Economie et société

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