Iraq :un tunnel qui n’en finit pas

Publié le par Mahi Ahmed

Iraq :un tunnel qui n’en finit pas


par Maha Salem

Le blocage politique persiste alors que de nombreux Iraqiens doutent de la capacité des forces locales à maintenir la sécurité, à l’approche du départ des forces américaines.

Avec l’approche de la date du retrait des forces américaines de l’Iraq, la communauté internationale exerce une forte pression sur les dirigeants iraqiens, afin de former le nouveau gouvernement longtemps attendu. En effet, les Etats-Unis ont transféré, samedi dernier, aux forces de sécurité iraqiennes le contrôle de toutes les tâches de combat, conformément à la promesse du président Barack Obama de mettre fin aux opérations américaines de combat en Iraq d’ici le 31 août et d’un retrait complet en 2011. D’ici la fin du mois, il restera en Iraq six brigades de conseil et d’assistance chargées d’entraîner et de soutenir l’armée et la police iraqiennes.

Cependant, ce retrait, pourtant largement revendiqué par les Iraqiens, n’a pas été favorablement accueilli par un peuple déjà épuisé ou plutôt frustré par l’échec de ses dirigeants à former un nouveau gouvernement. D’où l’aggravation de la vague de violences intercommunautaires qui sévit partout, transformant la vie des Iraqiens en un véritable cauchemar. Mais selon les autorités, il n’existe aucun lien entre le retrait des forces et la montée du taux des violences dans le pays dues essentiellement à l’absence de gouvernement. « Le retrait des troupes américaines  n’affectera pas la capacité des forces iraqiennes à assurer la protection de la population », a déclaré le ministre iraqien de la Défense, Abdel-Kader Jassim.

Selon le chercheur Mohamad Abdel-Kader, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram : « Tant que les divergences persistent entre les dirigeants du pays — chiites et sunnites — les citoyens seront toujours divisés. Plus comique encore, ces deux principaux mouvements n’arrivent pas à s’unir eux-mêmes, mais souffrent de graves dissensions internes ».

Cinq mois après les élections législatives, les diverses factions politiques et religieuses chiites, sunnites et kurdes se querellent encore au sujet de la direction et de la composition du futur gouvernement. Et chacun des deux principaux dirigeants, Nouri Al-Maliki et Iyad Allaoui, campe sur sa position et insiste à garder le poste du premier ministre en essayant de trouver un allié. A cet égard, des entretiens ont eu lieu cette semaine entre le président de la région autonome du Kurdistan iraqien Massoud Barzani et le premier ministre sortant Nouri Al-Maliki.

D’intenses tractations

Pour leur part, les Kurdes ont déclaré qu’ils ne sont pas opposés à ce que Maliki effectue un second mandat. « Il ne s’agit pas de bâtir une nouvelle alliance, mais de ranimer l’ancienne alliance qui existera toujours », a affirmé Barzani, faisant allusion aux relations nouées durant la dictature de Saddam Hussein entre les chiites et les Kurdes et à l’alliance après les élections législatives de 2005 pour former le gouvernement au détriment des sunnites.

Maliki, quant à lui, multiplie ses efforts, afin de s’allier aux autres partis pour pouvoir former le gouvernement. La liste kurde, regroupant les deux grands partis traditionnels du Kurdistan, a recueilli 43 sièges lors des élections de mars. M. Barzani a affirmé s’être mis d’accord avec Maliki sur « une nouvelle feuille de route pour sortir le plus vite possible de la crise ». Une déclaration confirmée par Maliki. « Nous allons voir ensemble nos partenaires pour se mettre d’accord avec eux sur cette feuille de route, afin de relever les défis », a déclaré le premier ministre. En effet, les relations entre les deux s’étaient nettement tendues ces deux dernières années, car Maliki s’était opposé violemment à toute expansion des Kurdes hors de leur province.

Mais si Maliki parvient à une entente avec les Kurdes, il affronte un vrai obstacle au sein de son alliance avec les chiites. Le scrutin de mars n’a permis de dégager aucune majorité claire. Le bloc laïque Iraqia de l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, lui aussi chiite, est arrivé en tête avec 91 sièges, grâce à un vote massif en sa faveur des provinces sunnites et un bon score dans des régions chiites.

La liste pour l’Etat de droit de Nouri Al-Maliki est arrivée en deuxième position avec 89 sièges. Elle s’est alliée avec les chiites conservateurs regroupés dans l’Alliance nationale iraqienne, qui comprend notamment les partisans de l’imam radical chiite Moktada Sadr et qui est arrivée en troisième position (ANI, 70 sièges). Mais ces derniers refusent que M. Maliki effectue un second mandat, notamment le courant sadriste, qui reproche la brutale mise au pas des miliciens de son armée du Mahdi, en 2008. Avec cette alliance, ils occupent théoriquement 159 sièges, soit 4 sièges de moins que la majorité absolue du Parlement. Cette union s’explique par la Constitution iraqienne, qui stipule que le chef de l’Etat doit demander au leader du principal groupe au Parlement de former le gouvernement.

Ainsi, le dirigeant iraqien accuse ses ennemis politiques, y compris dans son propre camp chiite, d’affaiblir le pouvoir au risque de faire le jeu de la guérilla sunnite et des diverses milices qui avaient amené le pays au bord de la guerre civile en 2006-2007. « Ils évoquent d’importantes préventions à l’égard de Maliki. Mais je sais que les réserves seraient plus fortes encore envers d’autres candidats », affirme le premier ministre sortant. « Je participe au problème, mais je ne l’ai pas créé. Je veux le résoudre », souligne Maliki, quelques jours après la décision de l’ANI de rejeter unanimement sa candidature et d’en appeler à une alternative. Conscient de son rôle important, Maliki affirme rester ouvert à l’alliance avec l’ANI, insuffisante en elle-même pour lui assurer une majorité de travail au Parlement. « Nous ne voulons pas exclure l’ANI de la formation d’une coalition. Il faut qu’ils viennent prendre leur part si nous formons le gouvernement », déclare-t-il.

Alors que les laborieuses tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement dépasseront dans quelques jours la longueur de celles qui avaient suivi l’élection de 2005 dans un climat de violences intercommunautaires, Maliki minimise les risques de nouveaux affrontements. En plus, le chef du gouvernement sortant affirme que la stabilité du pays s’améliore et que la confiance des investisseurs n’est aucunement ébranlée par les tractations politiques prolongées en vue de former un nouveau gouvernement. Des déclarations contradictoires avec le bilan officiel. Selon ce dernier, les violences ont tué au moins 60 personnes en Iraq durant le week-end, ont indiqué dimanche dernier des responsables, et plus de 100 personnes ont péri déjà depuis le début du mois d’août.

En première réaction de cette dernière recrudescence de violence, les 15 membres du Conseil de sécurité de l’Onu ont demandé, dans un communiqué, aux dirigeants iraqiens de « former, aussi vite que possible, un gouvernement représentatif qui reflète la volonté du peuple iraqien ». Dans son dernier rapport sur l’Iraq, le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, avait lancé un appel similaire aux Iraqiens, les exhortant « à travailler ensemble pour arriver à un accord à travers un processus n’excluant personne, sans nouveaux retards causés par des facteurs externes ou internes ». En outre, il prévenait que les retards à répétition dans la formation d’un gouvernement à Bagdad alimentaient « un sentiment rampant d’incertitude dans le pays » que « des éléments opposés à la transition démocratique en Iraq pourraient essayer d’exploiter ».

Partageant le même avis, le président américain Barack Obama a envoyé une lettre au guide spirituel chiite iraqien, le grand ayatollah Ali Sistani, lui demandant de mettre fin aux querelles entre responsables politiques en vue de former un nouveau gouvernement .

Maha Salem

 

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