Espace Djazaïr News. Rencontre avec le sociologue ali el kenz

Publié le par Mahi Ahmed

Espace Djazaïr News. Rencontre avec le sociologue ali el kenz

«Carambolage» de repères et d’allégeances

le 24.08.10 |

 

Les sociétés musulmanes connaissent un «carambolage» de repères et des «conflits» entre les allégeances, ce qui est dû à un «choc»  à l’intérieur même du monde musulman, a relevé, dimanche soir à Alger, le sociologue Ali El Kenz.       

Les conflits entre les allégeances ont créé un trouble et un désordre  au sein des sociétés musulmanes d’une manière globale. Ces conflits sont dus  à un choc qui existe, non pas entre les civilisations, mais à l’intérieur même de la civilisation musulmane», a indiqué M. El Kenz lors d’une soirée-débat autour du thème : «Les intellectuels, l’Islam et la question des langues», initiée  par le quotidien Algérie-News. «Pourquoi un individu croit-il plus à une règle religieuse qu’à une  règle juridique ? Pourquoi croit-on plus à une fetwa qu’à une règle ou une loi  bien déterminée ?»,  s’est-il interrogé, en imputant ce genre de comportements à un «conflit» entre le savoir et le religieux ou entre le mythe et la raison, causé principalement par «un filet de traditions contradictoires» dans lequel  les musulmans se sont pris.

Pour lui, les communautés musulmanes ont changé de statut social et de posture, notamment avec l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, car, a-t-il expliqué, «les musulmans ne se voyaient  pas auparavant à travers le monde mais, plutôt ils s’imaginaient». Il a ajouté, dans le même contexte, que «la présence musulmane est  en train de gagner en visibilité dans le monde occidental suite aux naissances  des musulmans, issus de l’immigration, en Europe et dans les Amériques, ce qui  fait que les musulmans sont à la recherche de nouvelles traditions dans la religion, des traditions différentes de celles léguées par les aïeuls», explique le sociologue.

M. El Kenz a suggéré, à cet égard, l’instauration d’un système séculier dans les pays musulmans, et non un système laïc, car, a-t-il souligné «le  mot laïcité est un mot surchargé à connotation française, l’un des plus grands pays colonisateurs, et il est plein de confusions, donc il faut le rejeter». Il a cité, dans ce sens, le Traité décisif d’Averroès qu’il a présenté  comme «le fondement institutionnel et politique de l’Etat séculier, qui assure la pratique religieuse et promeut l’activité politique et scientifique», précisant  que «l’Europe doit beaucoup au monde musulman en termes de savoir et de  philosophie». A propos du dialogue des civilisations et des religions, M. El Kenz a déploré «un manque de lieux de discussions civiles» entre les gens de toutes les catégories, qui contribueraient, a-t-il dit, «à la création de ce tissu qui va rendre possible ce parallélisme entre les croyances et amener leur coexistence».

In El Watan du 24.08.2010

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