Editos du Quotidien d’Oran sur les évolutions en Plestine et en Egypte

Publié le par Mahi Ahmed

Editos du Quotidien d’Oran sur les évolutions en Plestine et en Egypte

 

Un accord qui suscite colère et crainte

par Kharroubi Habib

 Mardi soir à l'issue d'une première et longue rencontre à Amman entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le président palestinien Mahmoud Abbas, une source proche de celui-ci avait déclaré qu'il n'était pas question que les négociateurs palestiniens retournent à la table de négociation tant que le gouvernement israélien n'annoncera pas officiellement l'arrêt de sa politique de colonisation et que les Etats-Unis ne fassent savoir que la négociation sur la création de l'Etat palestinien doit se baser sur le principe que cet Etat a pour frontières celles de 1967.

Or à son départ vendredi de Amman, le secrétaire d'Etat américain a après une ultime rencontre avec Mahmoud Abbas annoncé qu'il était parvenu à obtenir la reprise des négociations entre Palestiniens et Israéliens et que rendez-vous a été pris pour la semaine prochaine à Washington qui réunira autour de lui le président Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, en vue de fixer le cadre des négociations. John Kerry n'a aucunement fait état de concessions que les Etats-Unis et Israël auraient consenties au président palestinien pour lui arracher son accord à la reprise du processus de négociation. Tout ce que les autorités israéliennes ont rendu public à l'annonce que la partie palestinienne a finalement accepté de retourner à la table des négociations, cela a été une vague promesse de libération de détenus palestiniens.

Le secret qui entoure l'accord de Amman est inquiétant car il fait craindre que la direction palestinienne aurait capitulé sous la pression américaine, renoncé à ses préalables et accepté la reprise des négociations aux conditions de l'Etat hébreu. De fait, Mahmoud Abbas a été sous haute pression conjuguée du chef de la diplomatie américaine, du roi de Jordanie Abdallah II hôte des rencontres américano-palestiniennes et celle de la Ligue arabe qui s'est jointe à eux pour le presser à donner son accord à une reprise des négociations.

Benyamin Netanyahu qui jusqu'à preuve du contraire a obtenu satisfaction sans contrepartie de sa part a déclaré vendredi que les négociations vont être longues et donner lieu à de pénibles concessions. Concessions pénibles pour qui là est la question et sa réponse évidente : pour les Palestiniens sans aucun doute. Comme dans les rounds précédents des négociations palestino-israéliennes sous l'égide américaine, c'est toujours à la partie palestinienne de faire plus pour leur conclusion. Cette fois les concessions qui leur seront exigées sont : qu'il ne soit plus question de frontières de 1967 pour l'Etat palestinien à reconnaître, que soit reconnue l'identité juive de l'Etat d'Israël et le renoncement à la revendication du retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres.

John Kerry a certes «réussi» à ramener la direction palestinienne à la table des négociations, mais sûrement pas pour qu'elle défende sans compromission la cause de son peuple et obtienne satisfaction des conditions qu'elle pose pour la création de l'Etat palestinien. Et que l'on ne vienne pas nous chanter l'antienne d'une évolution de la politique américaine sur le dossier palestinien dans un sens favorable à cette cause palestinienne dont par ailleurs elle contrecarre toutes les avancées sur le plan international. Il n'est que légitime que les Palestiniens et les soutiens à leur cause nationale accueillent l'accord de Amman avec grande réserve et la crainte qu'il ne soit que l'enclenchement d'un processus de capitulation sous couvert d'une paix à instaurer au Proche-Orient indispensable pour celle du monde.

 

MARIONNETTES DE GUERRE

par M. Saadoune

 La guerre civile en Syrie pourrait durer encore plusieurs années, a indiqué un haut responsable américain du renseignement militaire cité, hier, par le New York Times. Son impact sur l'Irak voisin est grandissant. Dix ans après l'intervention, meurtrière et destructrice, des Etats-Unis dans ce pays, on n'en parle plus dans les médias que par la litanie des chiffres, de plus en plus élevés, des victimes des attentats.

La séquence de déstabilisation ouverte par la guerre de Bush et de Cheney est loin d'être finie, elle s'alimente désormais de la guerre civile en Syrie et de ses remugles sectaires et haineux. Les Syriens, pouvoir et opposition, auront largement fait le jeu des manœuvres externes visant à faire durer la guerre au maximum afin de détruire les capacités du pays à peser sur l'échiquier régional. Ils ont laissé leurs amis du Golfe alimenter les flux des djihadistes en donnant l'argent permettant d'organiser les filières et d'acheminer les armes. «Au cours des deux dernières années, ils ont grandi en taille, en capacités et ont gagné, impitoyablement, en efficacité», s'alarme David R. Shedd, directeur adjoint de la Defense Intelligence Agency américaine.

On ne fera pas à ce responsable du renseignement l'affront de la naïveté. Rien dans cette montée en cadence des djihadistes n'était imprévisible et la CIA s'est même mise, depuis des mois, à créer des structures ad hoc pour les suivre et les éliminer… En attendant, on laisse les «amis» leur prodiguer des aides afin d'accomplir la «mission» fondamentale de destruction systématique du potentiel syrien. Aujourd'hui, à Washington, comme à Londres ou Paris où pourtant un discours très belliciste était tenu il y a encore quelques semaines, le dernier «chic» est d'appeler à soutenir les groupes les «plus laïcs» de l'opposition syrienne. Pour l'instant, ces groupes «laïcs» ont une présence plutôt fantomatique sur le terrain.

L'ALS (Armée syrienne libre) sur le terrain est en général dans la même logomachie islamiste et djihadiste que le Front Nosra ou l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Même si on peut créditer les dirigeants de l'ALS d'une vision nationaliste, ils savent que sur le terrain ils sont contraints de s'accommoder et de travailler avec les djihadistes. Il n'en reste pas moins qu'ils sont déjà incités - les Kurdes syriens ont déjà commencé - à en découdre avec les djihadistes qui étaient si «bienvenus» il y a peu. C'est déjà la condition implicite et parfois très explicite des Occidentaux pour la livraison d'armes à la rébellion syrienne. Celle-ci, après avoir essuyé des déboires militaires sur le terrain face à l'armée syrienne soutenue par le Hezbollah, ne peut qu'y être sensible.

ON PEUT DONC S'ATTENDRE A UNE COMPLICATION DE PLUS DANS UNE GUERRE CIVILE ATROCE QUI VA SE MANIFESTER PAR DES BATAILLES ENTRE LES REBELLES SYRIENS PRESUMES «LAÏCS» ET LES DJIHADISTES. IL NE FAUT PAS ETRE UN AS DU RENSEIGNEMENT POUR PREDIRE QUE LA GUERRE VA ENCORE DURER LONGTEMPS MEME DANS LE CAS OU BACHAR AL-ASSAD TOMBE. PRISES DANS LES RETS DES JEUX EXTERIEURS, LES FORCES POLITIQUES SYRIENNES, AU POUVOIR COMME DANS L'OPPOSITION A QUELQUES EXCEPTIONS PRES, ONT SYSTEMATIQUEMENT ENTRAVE L'OPTION DE LA NEGOCIATION POLITIQUE. ET ELLES CONTINUENT DE LE FAIRE. ELLES APPORTENT AINSI UNE COUVERTURE SYRIENNE A UNE GESTION EXTERNE VISANT A FAIRE DURER LE CONFLIT LE PLUS LONGTEMPS POSSIBLE. JUSQU'AU BOUT DE LA SYRIE, AVIONS-NOUS ECRIT. C'EST DEJA REALISE EN TRES GRANDE PARTIE. PERDRE L'ESPRIT D'INDEPENDANCE, LA VISION NATIONALE ET LE CONTEXTE GEOPOLITIQUE TRANSFORME LES POLITICIENS EN AVENTURIERS ET EN MARIONNETTES. C'EST LA PIRE DES CATASTROPHES.

Source : Le Quotidien d’Oran 22.07.13

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