Eclairages… Avec Abdejlil Bédoui (vice-président d’Al-Massar)

Publié le par Mahi Ahmed


Eclairages… Avec Abdejlil Bédoui (vice-président d’Al-Massar) :

« Je ne vois pas comment va s’améliorer le rendement du Gouvernement avec des nominations aussi chaotiques »

Homme politique, syndicaliste, économiste Abdejlil Bédoui, vice-président d’Al-Massar, se montre sceptique à l’égard du gouvernement dirigé par Ali Laârayedh allant jusqu’à dire qu’il n’a pas lancé des messages qui puissent réconforter.

 

Ni la composition de ce gouvernement, ni son « programme » n’inspirent confiance. Il remet en cause les chiffres sur le chômage et considère que les pouvoirs publics participent à l’augmentation des prix.

Le Temps : le jeune Adel Khediri qui s’est immolé par le feu devant le théâtre municipal est décédé. Par quoi expliquer ce phénomène d’actes de désespoir ?

Abdejlil Bédoui : malheureusement, le nouveau gouvernement inaugure son mandat traînant un acte d’immolation qui rappelle celui par qui s’est déclenchée la Révolution. Cela prouve que les ingrédients qui ont poussé à la Révolution sont toujours là et persistent encore. C’est la 405ème tentative d’immolation par le feu depuis la Révolution. La majorité de ces tentatives ont connu une fin morbide, comme si rien n’a été fait depuis la Révolution. Cela montre une continuité du désespoir des jeunes.

Que pensez-vous de la composition du nouveau Gouvernement ?

Je n’aime pas être réduit à formuler des réserves. Malheureusement, les faits réels nous amènent à être sceptiques. Désolé pour le pays qu’on n’arrive pas à s’accrocher à un espoir. Ce Gouvernement intervient après trois échecs sans remettre en cause leur raison essentielle. Le premier échec a été essuyé par le Gouvernement de Hamadi Jebali basé sur la logique partisane et le partage du butin. Le deuxième échec concerne la formation d’un Gouvernement de compétences. Le troisième est celui d’élargir la base partisane du Gouvernement. Après ces échecs, on est revenu à la logique partisane et de partage du butin. Une logique persistante qui donne un signe qui ne rassure pas sur les performances prochaines de ce Gouvernement. Un autre élément : c’est un Gouvernement qui a une base électorale plus rétrécie, donc une marge de manœuvre plus étroite. Le Gouvernement Jebali était soutenu par 138 membres de l’ANC. Il avait une marge confortable de 28 voix en plus des 109 requises pour avoir la majorité. اa laisse planer le doute quant à la capacité de fonctionner avec la célérité et la rapidité requise.

Comment l’action du Gouvernement peut-t-elle être freinée ?

A chaque projet de loi, il faut disposer d’un temps énorme pour avoir une majorité. Ce qui laisse un doute sur l’efficacité du Gouvernement, surtout que la logique partisane et de domination d’Ennahdha ne va pas changer. Elle restera une source de tension qui rend difficile le travail du Gouvernement. Si Ennahdha recule et renonce à la domination, l’atmosphère sera apaisée.

Qu’est-ce que vous reprochez au chef du Gouvernement ?

Le personnage qui dirige le Gouvernement traine un bilan négatif lors de son passage à la tête du ministère de l’Intérieur. Le chef du Gouvernement n’a pas un capital de crédibilité satisfaisant. Il était responsable d’une situation sécuritaire détériorée. Tant qu’on n’arrive pas à résoudre le problème sécuritaire, rien ne se fera. Je ne pense pas qu’il y aura un changement à ce niveau.

Les ministres indépendants ne vous rassurent pas ?

L’indépendance des ministres est importante, mais insuffisante. Malgré la bonne volonté et le crédit dont ils bénéficient en termes d’autonomie et de propreté, ils sont handicapés. Ils vont se trouver à la tête d’administrations dégradées par les nominations arbitraires qui n’ont pas été faites sur la base de la compétence. Ils vont gérer un capital institutionnel dégradé. C’est l’obstacle principal, sauf si ces ministres sont capables de remettre en cause ces nominations. Tout cela n’est pas fait pour rassurer et envoyer un message qui donne de l’espoir.

Le programme d’Ali Laârayedh, n’est-il pas convainquant ?

Le Gouvernement ne peut pas avoir un programme, sauf s’il fait une loi de finances complémentaire. Il s’inscrit dans la logique de continuité avec le gouvernement précédent son budget et sa loi de finances. Il n’a aucune marge de manœuvre. Dire qu’il a un programme nouveau, n’a aucun sens. Tout ce qu’a dit Ali Laârayedh devant l’ANC, relève de la bonne volonté politique, mais manque de vision. Il a brassé large. Il a évoqué tous les problèmes pour contenter tout le monde, des généralités concernant tous ces problèmes, sans aucune priorité et sans engagements clairs de réaliser des objectifs précis. A la limite on ne peut le lui reprocher. Il est conditionné par la loi de finances. Il a abordé des problèmes importants comme l’amélioration du rendement du Gouvernement. Il est très généreux, mais je ne vois pas comment améliorer le rendement du Gouvernement avec des nominations chaotiques. Il a exprimé sa volonté de lutter contre l’inflation alors que c’est le Gouvernement qui participe à l’augmentation des prix en augmentant ceux des carburants.

Il a promis de créer 90.000 emplois

Il y a quelques jours on a parlé de baisse du chômage. Il s’est avéré qu’en Décembre 2011 et Décembre 2012, on a considéré que la population active n’a pas augmenté. Evidemment cela donne une baisse du taux de chômage. Est-ce qu’il va créer de l’emploi en manipulant les chiffres ou faire des créations nouvelles. Il a parlé de 23.000 emplois dans la fonction publique. Est-ce conforme au budget ?

Quel avenir pour la Caisse Générale de Compensation ?

Dans la Caisse Générale de Compensation, il faut distinguer la subvention des produits alimentaires de celle des carburants. La compensation des produits alimentaires n’est pas une source d’inquiétude. C’est le soutien des produits énergétiques qui gêne. Je suis contre le rejet de la responsabilité sur le Consommateur. Pour les produits énergétiques, il ne faut pas les acheter au marché secondaire, mais au marché primaire. La différence de prix est énorme entre les deux. On continue à acheter au marché secondaire, car l’intermédiaire est une société écran qui cache des intérêts de puissants tunisiens. En plus, il faut que l’Etat comprime ses dépenses de carburants, en transformant les privilèges octroyés (voitures de fonction, bons d’essence) en prime de transport. Il faut aussi revoir nos choix en matière de transport en privilégiant le transport public et le ferroviaire, moins polluant et plus économique. Un kilomètre d’autoroute coûte environ cinq millions de dinars, alors qu’un kilomètre de rails revient à 1,5 million de dinars et crée plus d’emplois.

Où en êtes-vous dans la préparation du Forum Social Mondial ?

Les choses avancent sans grands retards, ni grandes difficultés. L’espace qui va accueillir le Forum, au campus universitaire Al-Manar, est au stade final. Il a été pris en charge par l’armée nationale. J’espère que nous arriverons à temps. Les inscrits sont nombreux. Des centaines d’ateliers sont prévus, des activités culturelles, aussi. On s’attend à la présence de 20 mille à 25 mille étrangers et une participation globale d’environ 70 mille. La participation tunisienne est en préparation. Plusieurs dynamiques, femmes et autres catégories sociales est prévue.

Propos recueillis par

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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