Dossier Formation- Emploi( sorce: Liberté du 6.11.13)

Publié le par Mahi Ahmed

L’Algérie face à la crise de l’emploi

50 000 nouveaux diplômés au chômage chaque année

Par : K. Remouche

Y a-t-il une véritable politique de l’emploi en Algérie ?

Le plan antichômage appliqué en 2008 a montré, cinq ans après, ses limites. Une série d’émeutes et de constatations liées à l’accès à l’emploi ont détérioré ces trois dernières années le climat social, remettant en cause l’efficacité de ces mesures. Des tensions récurrentes qui menacent toujours la stabilité du pays. En fait, ces frondes sociales manifestent un véritable drame collectif : des centaines de milliers de jeunes diplômés sans emploi, en raison de l’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail, ont perdu espoir en leur pays, leurs dirigeants, et ne rêvent que d’exil. Des milliers de brillants jeunes ingénieurs, techniciens ou licenciés n’arrivent pas à trouver de travail faute de “piston”. En d’autres termes, le népotisme dans l’accès à l’emploi constitue aujourd’hui une forme de ségrégation sociale telle qu’elle se situe à contre-courant des principes fondateurs de la Révolution : ceux de justice et d’égalité des chances. La fuite de nos meilleurs étudiants vers l’étranger constitue aujourd’hui une hémorragie que l’économie nationale paie au prix fort. L’absence de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur industriel de la construction constitue également l’autre face grise de cette équation offre-demande d’emploi.

En bref, nous assistons à une inquiétante crise de l’emploi en Algérie. D’abord, les systèmes de formation professionnelle et d’enseignement supérieur en Algérie ne sont pas adaptés à la demande des entreprises. Ce qui dénote un large hiatus entre les contenus de formation et les réalités des ateliers, usines et différents chantiers. Ce qui également freine les choses dans cette équation, l’économie nationale n’est pas véritablement tournée vers le développement du secteur productif mais vers l’importation, comme l’explique si bien notre chroniqueur.

Cette situation renvoie également au climat des affaires. Nous avons affaire à un tissu économique constitué quasiment de très petites entreprises (TPE). Très peu se transforment en PME. Et peu de petites et moyennes entreprises se muent en grandes entreprises. L’État en somme n’encourage pas concrètement le développement des entreprises et la création annuelle d’un nombre beaucoup plus important de PME, notamment dans la sous-traitance, les nouvelles technologies de l’information, les secteurs industriels à haute valeur ajoutée, les services (bureaux d’études, sociétés d’ingénierie). On a oublié dans les politiques publiques actuelles le grand gisement d’emplois que peut générer la constitution de champions, ces locomotives tirant vers elles des milliers et des milliers de petites et moyennes entreprises. On a oublié aussi que les centres de formation professionnelle, les universités et les grandes écoles peuvent être de grands réservoirs, de grandes pépinières de création de jeunes entreprises.

Libérer l’emploi en Algérie, c’est aussi libérer l’initiative privée, libérer ces milliers de projets bloqués par le pouvoir central ou par différentes wilayas du pays et qui peuvent créer des centaines de milliers d’emplois.

En définitive, on a une crise de l’emploi en Algérie parce qu’on n’a pas une véritable politique de l’emploi en Algérie. On continue à développer la prédominance des dispositifs d’attente, des emplois précaires, au détriment de l’emploi permanent, des recrutements en masse de la Fonction publique. Qu’adviendra-t-il quand dans cinq, dix, vingt ans, les primodemandeurs d’emploi qui arrivent sur le marché du travail seront nettement plus importants qu’aujourd’hui ?

K. R
libecosup@yahoo.fr

Emploi et formation

Un couple en difficulté

Par : Said SMATI

La déconnexion du système de formation des réalités économiques du pays a été au centre des débats, qui ont caractérisé les travaux de la seconde édition des Journées de l’entreprise algérienne, organisés le 29 octobre dernier par le Forum des chefs d’entreprise autour du thème “L’emploi, la formation et l’employabilité”.

Le ton a été donné par le président d’honneur du FCE, Omar Ramdane, qui a clairement affirmé dans son allocution qu’“il faudrait convenir que notre système de formation est en inadéquation totale avec le monde de l’entreprise”. Car, selon lui, “la formation ne répond pas aux besoins de l’économie”. Cette réalité décrite par tous les experts présents a été confirmée par Mohamed-Chérif Belmihoub, professeur d’économie, qui a indiqué que “35% des offres d’emploi qualifié proposées par les entreprises ne sont pas pourvues”. Au-delà de ce constat sur lequel tout le monde était d’accord, le débat a parfois été chaud. En effet, les intervenants au nom des ministères de la Formation professionnelle et de l’Enseignement supérieur ont déploré que les chefs d’entreprise ne s’impliquent pas davantage dans l’établissement des nouvelles spécialisations de formation et ne collaborent pas plus étroitement afin d’aider à dégager des profils nécessaires au monde économique.
Les entrepreneurs ont pour leur part ciblé la mauvaise qualité de l’enseignement général et universitaire ainsi que le manque d’ouverture du monde académique sur l’entreprise. Présentant une communication sur le marché du travail en Algérie, Mohamed-Saïd Musette, directeur de recherche au Cread, a indiqué que “le marché du travail en Algérie est caractérisé par la dominance de l’emploi par le secteur privé. Ce dernier a pris le relais du secteur public depuis les années 1990. Pour rappel, en 1989, le secteur public était en pole position, avec 54% des emplois. D’une manière générale, le secteur privé condensait, en 2011, 60% des emplois contre 40% pour le public. L’essentiel du salariat dans le secteur privé est temporaire, estimé à 79,5% en 2011. à l’inverse, le salariat permanent est concentré dans le secteur public”. Pour ce qui est du chômage, il est, selon lui, “surtout urbain, avec une plus grande vulnérabilité des femmes et des jeunes”. Selon la dispersion géographique (urbain/rural) en 2011 comme en 2010, le taux de chômage est plus important dans le monde urbain avec un taux de 10,7% contre
8,7% pour les zones rurales. L’orateur a ajouté qu’“il y a un écart persistant en 2011, entre le chômage des jeunes (16-24 ans) et celui des adultes (25-60 ans). Celui des jeunes est estimé à 24%, avec encore une forte disparité selon le sexe, celui des filles culmine à 38%, contre celui des hommes, évalué à 19,1%”. Si les solutions avancées de part et d’autre en vue de rapprocher le système d’éducation et de formation professionnelle du monde du travail étaient quasiment identiques, il est aisé de conclure que beaucoup de chemin reste à faire. Certes les deux ministres (travail et formation professionnelle) présents lors de la rencontre se sont engagés à être attentifs aux résultats des débats, mais l’histoire nous a appris que les débats, même très enrichissants, restent souvent, juste, des débats.

S. S.

Pour un système d’enseignement et de formation plus performant

Le FCE élaborera un livre blanc

Par : Said SMATI

Le FCE se propose d’élaborer un livre blanc dont l’objet sera d’analyser avec réalisme et lucidité les limites actuelles de notre système d’éducation et de formation.
Ainsi et comme il est de tradition, le FCE a clôturé sa 2e édition des “Journées de l’entreprise algérienne”, organisée le 29 octobre dernier sous le thème : “L’emploi, la formation et l’employabilité”, par une série de recommandations. Le document qui comprend 11 points, constitue, selon le FCE, une esquisse de quelques axes de travail en vue de l’élaboration d’un livre blanc plaidant pour un système d’enseignement et de formation plus performant, en adéquation avec les besoins en emplois de l’économie nationale. Dans ses propositions, le FCE propose d’“inscrire comme une priorité absolue le développement des compétences et la modernisation technologique et managériale de nos institutions d’enseignement supérieur et de formation professionnelle”. Pour atteindre cet objectif, le FCE plaide pour le développement des partenariats entre les entreprises et les institutions d’enseignement supérieur afin d’établir “une adéquation des formations dispensées aux besoins de l’économie”. Le document du FCE indique que l’urgence pour notre pays d’avoir à créer massivement des emplois durables pour la jeunesse et en particulier des emplois qualifiés pour ceux qui, par centaines de milliers, sortent chaque année du système national d’éducation et de formation, commande fondamentalement de placer l’entreprise algérienne au centre de la politique nationale de développement économique et social. L’organisation patronale suggère de concevoir un véritable “Plan Marshall” de mise à niveau des ressources humaines en “construisant les outils et les programmes techniques en fonction du projet de société retenu et en améliorant, substantiellement, les programmes et l’ingénierie pédagogique des différentes facultés”.  Le forum plaide également pour l’ouverture du secteur de l’Enseignement supérieur au privé. En effet, l’Algérie reste l’un des tous derniers pays de la planète à refuser l’accès de ce secteur au privé. Par ailleurs, le FCE estime qu’il faut “introduire une plus grande flexibilité dans le système de régulation des relations de travail”, notamment en ce qui concerne “les missions actuellement dévolues à l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), les obligations liées au contrat de travail, en particulier les CDI-CDD, les règles régissant les conventions collectives, etc.”.  Pour commencer à résorber l’énorme besoin de main-d’œuvre qualifiée dans le BTP et dans toutes les activités secondaires de cette branche, le FCE suggère  de lancer un programme de formation spécialisée dans les métiers du bâtiment à l’endroit des jeunes pour atténuer la crise de main-d’œuvre dans cette branche. Un tel programme peut prévoir la formation de 200 000 jeunes par an, qui bénéficieront d’un présalaire équivalant au SNMG. Les moyens à mettre en œuvre par l’État dans un tel programme auront un impact considérable. Jugeant essentiel que les investissements que réalisent les entreprises étrangères dans notre pays puissent donner lieu à la transmission et à l’acquisition de connaissances techniques au profit des jeunes Algériens, le document souligne qu’“il nous appartient d’organiser notre capacité de négociation afin de nous appuyer sur les entreprises étrangères pour développer la formation et la qualité de nos ressources humaines ; pour cela, des clauses de formation sont à prévoir dans toute implantation d’entreprise étrangère dans le pays”.  Enfin, le FCE suggère de lancer un “vaste programme de création d’emplois en milieu rural, à travers des chantiers d’intérêt économique et d’utilité publique en créant un million d’emplois en 3 ans, payés au niveau du SNMG”.

S. 

Témoignage : Diplômé chômeur

Un statut dur à porter

Par : Said SMATI

Le diplôme reste le meilleur moyen d'échapper au chômage. C’est du moins ce que pensait Hamid, ingénieur. à 25 ans, ce diplômé peine à trouver un emploi. Pourtant, ce n’est ni par mauvaise volonté ni faute d’avoir essayé, en tapant à toutes les portes. “Nous voyons dans notre société que le phénomène de corruption est flagrant. Précision : après avoir eu mon diplôme j’ai réalisé pas mal d’entretiens d’embauche, mais toujours on me trouve le moindre détail qui me claque la porte de l’admission en pleine figure, alors que d’autres personnes qui n’ont aucune aptitude, aucun niveau, aucune formation, aucun diplôme finissent par décrocher le sésame.” “Pour un jeune de 25 ans, ingénieur, du travail il y en a dans mon domaine, mais souvent on exige une expérience de cinq ans et plus”, déplore-t-il en ajoutant qu’“il faut bien que je commence un jour, la marginalisation des jeunes diplômés a fait que le taux du chômage augmente. Quand ce n'est pas l'expérience qui est exigée, c'est l'âge, sinon il faut être fils d’un ponte”. Selon lui, “pour travailler de nos jours il faut que tu connaisse le responsable de l'entreprise ou un de ses plus hauts responsables”. “L'oisiveté m'a donné de mauvaises habitudes. Ne supportant plus de rester à la maison à regarder ma mère faire le ménage et préparer à manger, je sortais errer dans les rues pendant des heures d’affiliée.” Hamid essaye de s’accrocher : “Comme tout jeune Algérien, je songe à mon avenir bien sûr, et qui évoque avenir dit bouleau stable et bien rémunéré.” Mais il reste convaincu que, tôt ou tard, il sera obligé de faire comme les autres. Accepter n’importe quel “boulot” ou envisager de tenter sa chance à l’étranger.” Surtout que, ajoute-t-il “les statistiques confirment que la majorité des jeunes diplômés algériens ne parviennent pas à obtenir ce qu’il méritent”. Hamid est révolté à l’idée qu’un ingénieur ou un médecin soit en chômage. “On dirait une blague.” Il est d’autant plus révolté que de jeunes ingénieurs ou médecins sont inscrits au filet social et en préemploi. “Et que dire d'un médecin qui travaille hors de son domaine dans un call center !” Malheureusement c'est la triste vérité. Le cas de Hamid n’est pas unique. Ils sont des milliers de Hamid à ne pas savoir quoi faire de leur diplôme. Dans la ville de Laghouat, il y a quelques mois, des jeunes se sont rassemblés devant le siège de l’Agence nationale de l’emploi (Anem) pour brûler leurs diplômes. Une action symbolique pour interpeller les plus hautes autorités de l’État.

S. S

Perspectives du développement des Ressources Humaines en Algérie

Les trois scénarios à retenir

Par : Said SMATI

Intervenant la semaine dernière lors de la seconde édition des Journées de l’entreprise algérienne, organisée par le Forum des chefs d’Entreprises (FEC), à l’hôtel El-Aurassi, sur l’emploi, la formation et l’employabilité, le professeur Abdelhak Lamiri a estimé que l’analyse macro et microéconomique, en Algérie, révèle trois mythes qu’il faut absolument remettre en cause, circonscrire et dépasser pour espérer dégager des améliorations substantielles.

Le premier, selon lui, consiste à dire que l’Algérie est un pays qui dépense quantitativement beaucoup pour le développement des ressources humaines. Le second stipule que notre forme des ressources humaines est de qualité puisque nombreux sont ceux qui réussissent à l’étranger. Et enfin, le troisième qui consiste à dire que tout est perdu puisque la refondation des qualifications humaines nécessite des décennies, voire plus d’un siècle. Concernant les perspectives, l’orateur retient trois scénarios d’évolution les plus probables de l’économie algérienne. Le premier, qu’il qualifie de celui de la continuité, consiste à ce que les pouvoirs publics vont continuer à injecter des ressources dans l’économie pour créer une croissance extensive continue (tirée par la dépense publique). Le marché mondial de l’énergie sera favorable, dans ce scénario. Les recettes serviront alors à financer des projets d’infrastructures qui induiront plus d’emplois et un accroissement du PIB.  Dans ce scénario, le taux de chômage officiel serait autour de 8 à 12%, mais celui des jeunes restera supérieur à 20%. L’emploi serait précaire (chantiers). Pour le second, celui de la déchéance, il verra deux évènements conjoints se produisent : les politiques économiques actuelles continueront à prévaloir (succession de plans de relance) mais une situation énergétique défavorable se greffera sur les présentes conditions. Les prix pétroliers seront défavorables. Le pays va consommer ses réserves financières et se trouvera fort dépourvu face aux besoins de 50 millions d’habitants. Les plans de relance cesseront automatiquement. On initie des politiques de rigueur. Le chômage grimpera aux environs de 30 à 40%. L’inflation à deux chiffres réapparaîtra. Dans ce cas-là, Abdelhak Lamiri souligne que “nous risquons alors un enlisement sans pareil dans des turbulences économiques et sociales”. Enfin, il y a le troisième scénario, celui de l’émergence. Aux yeux de l’orateur, ce dernier est le plus souhaitable. Il consiste à injecter les ressources dans des activités qui produisent le maximum de résultats pour une économie en transition. Dès lors que l’on s’oriente vers un scénario de ce genre, nous aurions une étape de deux ou trois ans de résultats mitigés, car le passage d’une économie de rente à une économie de création de richesses nécessite un management du changement extrêmement complexe. Mais à moyen terme, nous créerons un développement durable déconnecté des prix pétroliers. C’est l’objectif ultime du processus de transition. Le professeur Lamiri plaide ainsi pour un plan Marshall, vital et urgent de mise à niveau de nos ressources humaines dans deux directions : recycler l’ensemble des citoyens opérationnels et moderniser l’ingénierie pédagogique afin de rehausser les standards de formation au rang mondial. Ce n’est pas simple, estime-t-il, ajoutant que “toute chose sérieuse ne l’est pas”. “Il nous faut un vaste programme de concertations autour de la question et donner aux spécialistes les orientations sociopolitiques afin qu’ils construisent les outils et les programmes techniques en fonction du projet de société retenu”, conclut-il.

S. S.

Cohortes de jeunes diplômés qui sortent des universités

Près de la moitié au chômage chaque année

Par : K. Remouche

Une étude de la Banque mondiale de 2011 indique que près de la moitié des jeunes diplômés qui sortent des universités algériennes sont au chômage (environ 40%) Sur 120 000, 50 000 jeunes diplômés se retrouvent sans emploi, révèle la Banque mondiale. Le nombre devrait être plus important en 2012 et 2013, puisqu’il est prévu que respectivement 250 000 à 300 000 jeunes diplômés sortent de l’université. Si on s’en tient au pourcentage de la Banque mondiale, c'est-à-dire la poursuite de la même tendance, c’est au moins 100 000 jeunes diplômés qui sont sans emploi chaque année,  sans compter le cumul des années précédentes. Ce chômage des jeunes diplômés est en Algérie sous-estimé.

K. R.

Mohamed-Saïd Musette, directeur de recherche au CREAD

“La tendance mondiale est au travail au temps partiel”

Par : Said SMATI

Dans cet entretien, ce chercheur aborde la problématique de l’emploi précaire.

Ne pensez-vous pas que l’inadéquation entre formation et emploi amplifie le chômage ?
Il y a deux éléments. Les données de l’Anem disent que pour certains postes, on ne trouve pas de qualification. C’est-à-dire que quand l’entreprise s’adresse à l’Anem pour certains métiers, elle ne trouve pas de preneurs. Donc les gens qui détiennent ces qualifications ne sont pas au chômage. Pour moi, c’est là le problème. Il faut former peut-être plus dans certains métiers. Maintenant, le secteur où beaucoup d’entreprises souffrent, c’est le bâtiment. On nous dit qu’il y a des chantiers à l’arrêt parce qu’on ne trouve pas de gens pour y travailler. Là je me demande si en Algérie il nous manque des maçons ? La raison est que les gens ne veulent pas d’un petit travail pour cinq, dix sous et pour un mois. Quand j’ai un métier, je voudrais être recruté. Et le BTP ne recrute pas en permanent. Il recrute en CDD. Je te donne trois mois de travail, le temps du chantier. Quant je prends un autre chantier, dans une autre région, je ne vais pas t’emmener là-bas. Je vais recruter sur place. Voilà où se pose le problème, surtout que le gros de ce qui est offert en termes d’emploi, c’est surtout dans le BTP. Et dans ces métiers-là, l’état a décidé, finalement, de faire venir les étrangers. Maintenant concernant l’université, est-ce que le produit de l’université ne trouve pas d’emploi ? Je dis, oui peut-être, il ne trouve pas d’emploi parce que l’université a une mission de formation universelle. Quant je forme un psychologue, ce n’est pas pour travailler comme psychologue. Si je forme un économiste, le métier d’économiste n’existe pas dans l’entreprise. Il y a des spécialités dans l’entreprise, mais moi je forme un économiste. Avant, chaque grande entreprise avait son école de formation. Un ingénieur qui sort de l’université, même s’il est diplômé en électricité, rentre à Sonelgaz, il n’est jamais mis tout de suite en poste. Il passe six mois à l’école de Sonelgaz pour comprendre l’entreprise et ses problèmes. Donc c’est cette jonction qui manque. Malheureusement, la quasi-totalité de nos entreprises sont de petite taille. Elles ne peuvent pas faire de la formation. Donc elles veulent tout de suite quelqu’un d’opérationnel. Tant qu’on reste avec des TPE de moins de dix personnes, ces entreprises ne vont jamais trouver les profils qu’elles recherchent.

Avec tous les dispositifs mis en place par l’état, c’est plutôt le cap vers la création d’entreprises. Où est la place de la création d’emplois productifs ?
Là, c’est la grande question sur la stratégie économique. Notre économie, si vous regardez le gros des investissements qui ont été faits, ne l’ont pas été dans le secteur productif. On a privilégié l’infrastructure. Si demain on modifie notre stratégie économique et qu’on dit qu’on veut développer notre secteur productif, que ce soit l’agriculture ou l’industrie, là peut-être cela va changer.

Quelle est la place ou la contribution du secteur privé dans la création de l’emploi ?
Actuellement, c’est le secteur privé qui est le premier employeur en Algérie. Chaque année, c’est le privé qui est en train de créer de l’emploi. Même si c’est dans le secteur de l’informel, c’est le secteur privé qui est en train de créer de l’emploi en Algérie. L’état se retire de l’économie. L’état ne va plus créer de l’emploi. Déjà, notre Fonction publique pour moi est hypertrophiée. Par rapport aux autres pays et autres économies de même taille, nous avons une Fonction publique hypertrophiée. Trop de personnes. La stratégie qui consisté à dégraisser le secteur industriel dans les années 90, moi j’aurais vu un dégraissage de la Fonction publique. Cela aurait peut-être donné d’autres résultats. On aurait soutenu le secteur productif, mais là il y a eu un moment de passage à vide de l’économie algérienne, et maintenant on espère une nouvelle option qui tendra à aller vers le renforcement de notre tissu industriel. Encourager la création d’entreprise qui va créer de la richesse, non celle qui va consommer nos devises par l’importation.

La prédominance des CDD sur le marché du travail suscite des appréhensions. Est-ce que cela est justifié ?
Au niveau social, oui. Pour l’Algérien qui a été habitué depuis les années 60 à l’emploi permanent, il y a un ressentiment. On n’a pas été habitué à vivre avec des emplois à temps partiel. Et là, c’est un nouveau mode de travail auquel l’Algérien doit s’adapter. La tendance mondiale est au travail au temps partiel. L’unique pays où il y a plus d’emplois permanents c’est la Suède avec 52%, ce qui est le top. L’Algérie se trouve à la 92e place en termes d’emploi permanent. Donc concernant l’emploi permanent, il faut considérer que c’est du passé.

S. S

Le coup de geule d’un jeune chômeur

“C’est le pays du piston et des passe-droits”

Par : A HAMMA

Quand on parle de chômage des jeunes, l’on passe souvent sous silence la souffrance morale de milliers de jeunes diplômés brillants de l’enseignement supérieur, livrés au désarroi, à l’errance et à l’oisiveté mortelle qui les guette.  Leur seul tort est de ne pas avoir de « piston ». Nous avons pu recueillir le témoignage d’un jeune homme de 35 ans, au chômage depuis plus deux ans. Détenteur du baccalauréat série scientifique, d’une licence en sciences commerciales avec 14 de moyenne et d’un master en mangement stratégique avec 17/20. De surcroit,  ce même jeune a accumulé une expérience de 7 ans  dans une grande multinationale qui active dans le secteur des télécommunications en Algérie. Il a tapé à toutes les portes, répondu à toutes les “prétendues offres d’emploi” qui paraissent en boucle sur différents sites internet sans aucun résultat. “On vous contactera dès que possible.” C’est l’unique réponse, quand il y a en a une, bien évidemment, qu’il reçoit des entreprises sollicitées. Dans les discussions que nous avons eues avec lui, il nous avoue son désespoir et laisse éclater sa colère : “C’est le pays du piston et des passes droits… La seule solution qui nous reste, même avec nos diplômes, c’es la harga, l’exil puisque notre pays, après nous avoir formés nous laissent tomber.” Au-delà du cas de ce jeune, c’est toute la question de l’emploi et du chômage qui éclabousse toute la société et qui nourrit toutes les frustrations.

A. H

La problématique de l’adéquation “Formation/Emploi”

À l’aune de la crise de l’emploi des diplômés

Par : M.C. BELMIHOUB

La problématique de la relation formation/emploi a été et sera toujours au cœur des problèmes de l’emploi et de la compétitivité dans une économie. Il est maintenant établi que  la qualité de la ressource humaine est un facteur décisif, voire critique, dans la formation compétitive des entreprises.

Il est vrai aussi  que l’excellence dans la formation supérieure est d’autant plus utile que le système de production se situe à la frontière technologique, alors que l’éducation de base et la formation professionnelle de qualité sont utiles lorsque le système de production est éloigné de la frontière technologique. Comment faire pour que l’investissement dans l’éducation en général et l’enseignement professionnel et supérieur soit profitable à l’économie nationale ? C’est-à-dire former utile. Cette question a été abordée, il y a longtemps, par la branche de la théorie économique qui s’intéresse  au capital humain, en particulier par le promoteur de ce courant, Gary Stanley Becker (prix Nobel d’économie 1992). Cette théorie repose sur l’idée qu’il existe un lien entre les investissements en capital humain et le développement économique, car ce type d’investissement permet d’accroître la compétence des individus, et donc leur productivité. Des travaux empiriques ont été menés dans les pays développés et valident cette thèse.
Parmi les différents concepts de cette analyse figure la distinction entre les connaissances générales et la formation spécifique. Ce qui correspond aujourd’hui à la segmentation du système de formation en trois composantes : éducation générale de base, enseignement supérieur et formation professionnelle.
Les arguments en faveur du capital humain sont de trois ordres : le mérite de ce courant de pensée est d’avoir attiré l’attention sur le fait que le travail n’est pas une grandeur homogène, ce qui a des implications importantes sur le marché du travail : une offre de travail qui ne trouve pas des demandeurs et inversement des demandes de travail sans offre en face.
En Algérie, 37,5% des employeurs déclarent ne pas trouver les qualifications recherchées,  pourtant une offre abondante est présente en permanence sur le marché. L’autre difficulté dans l’adéquation formation/emploi  réside dans le fonctionnement du marché du travail. Ce marché est celui qui connaît le plus d’imperfection et celui aussi le plus institutionnalisé.  
Les impacts du capital humain sur le développement économique et social sont largement prouvés par des travaux empiriques sur plusieurs pays. Aussi, l’investissement sur le capital humain, et de façon plus directe le système éducatif et d’enseignement, est le plus producteur (diffuseur) d’externalités positives sur l’ensemble de la société. (Travaux de la WB, de l’Onudi, Unesco). Tous convergent pour dire qu’il n’y aura de croissance forte que si la société est capable d’aider chacun à trouver les domaines dans lesquels il peut être le plus heureux et le plus créatif.
La croissance dépend à long terme du potentiel de la jeunesse, de sa confiance en elle-même, de son optimisme, de son goût de créer, de sa capacité à innover, enfin de son insertion professionnelle et personnelle au sein de la société.
Le système universitaire algérien a été  soumis de tout temps, depuis l’indépendance, à la pression démographique, particulièrement au cours des dix dernières années. Les flux entrants de plus en plus croissants ont contrarié les offres de places pédagogiques mais surtout la qualité de l’encadrement.
Aujourd’hui, le système universitaire algérien est confronté à un double défi :
La conciliation de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et la qualité de la formation  sous la contrainte d’une adéquation entre la formation donnée et la demande en compétences des secteurs socioprofessionnels ; au-delà de la problématique de la qualité intrinsèque de la formation, c’est la faible employabilité des jeunes diplômés qui est en cause.
L’émergence d’un système national d’innovation n’est rien d’autre que l’interaction entre les entreprises, les universités et centres de recherche, portée par une organisation partenariale  et des ressources publiques et privées dédiées (modèle dit du Triple Hélices).
C’est dans la prise en charge de ces deux défis que l’on peut trouver des solutions aux jeunes diplômés.
La réforme du système national de formation,  codifiée par des lois d’orientation pour les trois segments  du système (2008), a porté des réponses  théoriques  à la problématique  générale sur l’adaptabilité, la flexibilité et l’ouverture du système à son environnement ; cependant, les modalités de mise en œuvre  n’ont pas produit encore les effets attendus. L’idée dominante considérant  le système éducatif  comme seul responsable de la qualité de la formation ne peut être acceptée.
En effet, si on  demande à l’université de sortir de son statut d’université ex cathedra,  on doit aussi exiger de ces partenaires (les employeurs) d’assurer le prolongement de sa fonction de production (formation)  sur les lieux d’exercice des  formés.
Sur cette question, comme sur celle de l’innovation, le système productif algérien  se caractérise par deux faiblesses structurelles : la faible taille des entreprises  (96% sont des TPE) et leur éloignement de la frontière technologique.  Les PME (à faible potentiel technologique)  et les TPE  trouveraient un intérêt à une articulation au système de formation professionnelle.
Les  réformes  ont bénéficié d’un contexte budgétaire très favorable : les budgets publics n’ont jamais été aussi généreux :

La réduction du chômage des diplômés dont le nombre ne cesse d’augmenter d’année en année (estimé entre 250 000 et 300 000 sortants par an) passera nécessairement, par la croissance forte de tous les secteurs économiques, le développement des entreprises en taille et en technologie, et la réduction du gap entre compétences exigées et compétences offertes.
Sur ce dernier point, la mise en place d’une concertation forte entre les employeurs et les institutions de formation aiderait à améliorer l’adaptation des profils et des qualifications aux besoins des entreprises. Aussi la présence des enseignants-chercheurs versus la présence des employeurs dans les organes d’administration ou des comités stratégiques ou des politiques de ressources des entreprises améliorerait davantage cette relation.
Pourtant, la réforme de l’enseignement supérieur (1998, amendée en 2008) qui institue le système LMD annonce des principes novateurs en matière d’adaptation des profils aux besoins de l’économie.  Celle de la formation professionnelle (2008) et celle de l’éducation (2008) a introduit la Commission nationale des programmes à composition multisectorielle et celle de la formation professionnelle, elle, renforce le Conseil de partenariat pour la formation professionnelle.
Du côté du monde des affaires, l’implication dans les processus d’évaluation des besoins et des qualifications est très faible.
D’une part les entreprises algériennes, hormis les EPE et quelques PME privées à très fort potentiel, sont des TPE, et d’autre part, dans ces entreprises, l’investissement dans le capital humain n’est pas encore considéré comme  un facteur clé de succès, du moins pour la formation supérieure. Par contre l’enjeu pour les entreprises algériennes, particulièrement les petites, est aujourd’hui dans les qualifications de base et d’encadrement intermédiaire, qui relèvent  du secteur de la formation professionnelle.
La croissance de qualité dépend de la qualité de la ressource humaine, et cette dernière dépend à la fois de la qualité de la formation stricto-sensu et de l’apprentissage en milieu professionnel. C’est dans une vision globale sur le développement des ressources humaines, articulée à une politique de croissance, et dans une perspective de gouvernance rénovée qui renforce la participation, la concertation et la transparence, que la problématique de l’adéquation formation/emploi trouvera une réponse appropriée.

 

2010

2011

2012

Enseignement Supérieur

174

213

277

Education nationale

391

569

555

Formation professionnelle

29

39

50

Total Fonctionnement

600

850

900

Equipement

300

550

150

Total

900

1 400

1 050

% du PIB

(6,8)

(8,8

(6,4)

Région (MENA)

En moyenne

5% du PIB

et 20% des dépenses globales

 

M. C. B.
(*) Professeur d’économie institutionnelle et de manageme

RÉFORME DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR CHINOIS

Pourquoi elle est si importante pour l’Algérie

Par : Seghir * Smaïl

L’Algérie doit affronter en même temps deux problèmes redoutables si elle veut assurer son développement économique et l’équilibre de la société. D’une part, des cohortes de jeunes demandeurs d’emploi viennent en masse sur le marché du travail ; mais ces jeunes sont issus d’un système de formation totalement déconnecté du monde de l’entreprise, donc difficilement employables.

C’est cette même quadrature du cercle qui s’est posée à la Chine et qu’elle a réussi à résoudre grâce aux réformes initiées par Deng Xiao Ping à la fin des années 70. Il paraît dès lors pertinent de vouloir tirer des leçons de cette expérience pour engager nos propres réformes.

Comment la Chine a-t-elle réussi à réformer son système d’enseignement supérieur ?
Le constat sur la qualité et l’efficience du système d’enseignement supérieur algérien est sans appel. Il a largement prouvé sa faillite, notamment dans sa capacité à répondre aux besoins de l’économie. C’est un même constat qui a été fait par l’équipe de Deng Xiao Ping à la fin des années 70, après la mort de Mao. La Chine disposait alors d’un système d’enseignement ultracentralisé, peu tourné vers les besoins de l’économie. À partir de la fin des années 80 et surtout dans les années 90, dans le sillage des grandes réformes entreprises par Deng Xiao Ping, la Chine a décidé de modifier profondément son système d’enseignement supérieur. La ligne conductrice de ces réformes a consisté à adapter le système d’enseignement supérieur aux besoins de l’économie chinoise, engagée elle-même dans des réformes majeures. En 1978, lors d’une rencontre du comité central du parti, Deng Xiao Ping déclarait : “Le système d’enseignement supérieur doit désormais être au service de la transformation de l’économie chinoise.” C’est là une orientation fondamentale d’où vont découler l’ensemble des réformes qui vont transformer de façon drastique le système d’enseignement supérieur chinois. Que sont les principes que l’on peut déceler dans les réformes de l’enseignement supérieur chinois ? Quatre grands principes émergent dans les transformations engagées par les Chinois. Ces principes constituent de vraies révolutions par rapport au système antérieur :

A- Abandon du système monolithique qui caractérisait l’organisation et le statut des universités.
À la place d’un modèle unique, appliqué à l’ensemble des universités, on a vu surgir progressivement plusieurs modèles. L’un des modèles a consisté à ériger des “universités d’excellence” (elite universities), destinées à rivaliser avec les meilleures universités mondiales. Ils ont ainsi retenu dix universités auxquelles on a donné les moyens de se hisser au standard internationali. C’est l’ancien président Jiang Zemin lui-même qui, en 1998, déclarait : “La Chine devait se doter d’universités de classe mondiale.” Parmi ces dix universités (1), deux d’entre elles – l’université de Pékin et l’université Tsinghua – devaient devenir les “Harvard” et les “Yale” de la Chine. Elles le sont devenues aujourd’hui avec un corps professoral international de haut niveau et des programmes qui comptent parmi les plus innovants au monde. Parmi les moyens devant permettre les progrès attendus, le partenariat international avec des universités prestigieuses américaines, européennes et australiennes a été largement utilisé (2). Aujourd’hui, le corps enseignant comprend de grands noms venant de ces universités étrangères. On y compte même plusieurs prix Nobel. Les autres universités devaient chercher à se consolider en fusionnant les programmes, les laboratoires de recherche et les autres infrastructures pour plus d’efficacité et réduire les coûts de fonctionnement. Ou bien en fusionnant complètement pour créer de plus grandes ,universités.

B- Plus grande autonomie qui permet aux universités de lancer des initiatives correspondant mieux à leurs besoins.
Une plus grande autonomie a permis de remettre en question le principe de l’emploi à vie des enseignants. Désormais, dans beaucoup d’universités chinoises, seuls les enseignants de rang professoral conservent un emploi à vie. Ceux de rang inférieur ont des contrats généralement limités à des périodes allant de 3 à 12 ans au maximum. De plus, un système d’évaluation, fondé sur les publications scientifiques, ajuste la durée des contrats des enseignants. Par une ironie du sort, ce sont les Chinois qui remettent en question le fameux système du mandarinat qui sévit encore dans les universités européennes… et algériennes ! L’autonomie incite les universités chinoises à mettre en place des liaisons fortes avec le monde économique et l’entreprise. Les universités chinoises sont incitées à faire financer leurs recherches par les entreprises. On encourage aussi les étudiants à créer des entreprises. Les universités elles-mêmes créent leurs propres entreprises.

C- Introduction progressive du financement de l’enseignement par les étudiants
Compte tenu du nombre d’universités, la question de leur financement devient cruciale. C’est ce qui a amené les Chinois à prévoir, dans les transformations lancées, la contribution des étudiants aux frais de fonctionnement. Cette contribution ferait aujourd’hui près de 50% des coûts de fonctionnement des universités. C’est là aussi un autre tabou qui saute !

D- Ouverture de l’enseignement supérieur au secteur privé
Alors qu’en en comptait moins d’une vingtaine d’années à la fin des années 90, la Chine compte aujourd’hui plus de 700 universités ou instituts de formation supérieure de statut privé. C’est en 1999 que les autorités chinoises ont décidé d’autoriser le secteur privé à investir dans l’enseignement supérieur pour faire face aux besoins de l’économie. Et en 2003, le gouvernement a autorisé le partenariat entre les institutions privées et les universités publiques. Quels sont les résultats de ces transformations ? Les succès économiques extraordinaires de la Chine tiennent beaucoup à ces transformations dans le système d’enseignement supérieur. Parce qu’il fallait donner aux entreprises les compétences nécessaires pour assurer leur fonctionnement et leur développement technologique. Ce n’est pas le coût bas de la main-d’œuvre qui explique les succès économiques de la Chine. Et même si c’était le cas, il fallait trouver des managers bien formés pour mettre les gens au travail avec l’efficacité recherchée. Un autre indicateur donne une bonne mesure de l’impact de ces transformations, c’est celui de l’innovation. Dès 2010, les Chinois ont déposé plus de brevets que les États-Unis. Bien sûr, beaucoup de problèmes restent à résoudre par la Chine pour rendre son système d’enseignement supérieur encore plus performant. En particulier, les Chinois sont conscients qu’il faille améliorer davantage la qualité de leur enseignement. Ils viennent même d’adopter un plan spécifique pour s’attaquer à ce problème. Mais on doit reconnaître qu’en moins de 30 ans, les progrès réalisés sont réellement spectaculaires.

Que devrions-nous faire en Algérie ?
Comparaison n’est pas raison. Mais la réussite exceptionnelle de la Chine a indubitablement valeur d’exemple et s’en inspirer peut constituer une démarche fructueuse. Que faut-il faire alors dans notre cas ? L’expérience chinoise a montré de façon irréfutable que des verrous essentiels devront obligatoirement être levés si on veut donner à l’université la chance de se hisser aux standards internationaux, tant au plan de l’enseignement que celui de la recherche et mieux servir l’économie. Quels sont les verrous les plus importants ? Il faut se débarrasser le plus vite possible du modèle monolithique sur lequel fonctionnent encore les universités algériennes. Ce modèle est totalement obsolète car il n’encourage pas l’émulation et bride les initiatives locales. On devrait, à la place, décider de conférer à certaines universités algériennes le statut d’universités de référence auxquelles on donnerait les moyens de se hisser le plus vite possible au standard international. Cela passe obligatoirement par la mise en place de partenariats solides avec des universités internationales prestigieuses. Les autres universités devraient être encouragées à nouer entre elles des coordinations fortes pour mieux rentabiliser leurs infrastructures et moyens. Cela est d’autant plus nécessaire que les universités algériennes sont particulièrement nombreuses et les distances qui les séparent particulièrement courtes. On pourrait ainsi multiplier par un facteur élevé la rentabilité des investissements qu’elles ont reçus. Cela passe par des échanges denses entre universités (enseignants, étudiants, programmes de recherche conjoints, etc.). Cela suppose qu’on accorde une vraie autonomie au management des universités qui leur donne une grande latitude dans le choix de leurs enseignants et dans les possibilités de nouer des relations denses avec leur environnement (entreprises, centres de recherche, collectivités locales…). Le secteur privé devrait être non seulement être permis mais encouragé pour participer à l’effort général en apportant ses capacités d’initiative et ses capitaux. C’est une bizarrerie que l’Algérie soit aujourd’hui l’un des très rares pays au monde qui ne dispose pas d’universités privées ! Voilà quelques verrous qui devraient être levés le plus vite possible. Cela, bien entendu, suppose une volonté politique forte. Devrions-nous attendre longtemps notre Deng Xiao Ping pour amorcer ce virage vital ? Les dirigeants algériens ont jusque-là pensé préserver la paix sociale en n’engageant pas les réformes nécessaires. S’ils tardent trop, en paraphrasant Churchill, ils n’auront ni la paix sociale ni le développement économique !

On devrait décider de conférer à certaines universités algériennes le statut d’universités de référence auxquelles on donnerait les moyens de se hisser le plus vite possible au standard international. Cela passe obligatoirement par la mise en place de partenariats solides avec des universités internationales prestigieuses.”

S. S.
(*) Consultant en management

  1. Les dix universités d’excellence sont les suivantes : BeijingUniversity, Fudan University, Harbin Institute of Technology, Hefei University, Nanjing University, Shanghai Jiao Tong University, Tsinghua University, the University of Science and Technology, Xi’an Jiao Tong University, and Zhejiang University.
  2. Dans le domaine de la formation en management, une des meilleures réussites de partenariat est la CEIBS (China European International Business School), une business school fondée en 1994 entre la Shanghai Jiao Tong University et un consortium de business schools européennes conduit par l’EFMD (European Foundation for Management Development ). La CEIBS a été classée en 2013 par le Financial Times parmi les 20 meilleures business schools dans le monde pour leur programme MBA.

 

Publié dans Economie et société

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