De quoi vont s'occuper les Tunisiens ?

Publié le par Mahi Ahmed

De quoi vont s'occuper les Tunisiens ?

Le pouvoir du peuple est la définition du mot démocratie. Ce qui fait que toute seule elle peut ne pas faire du tout l'affaire. Parce que le pouvoir du peuple n'est pas toujours pour que tout le monde soit libre d'être et de penser ce qu'il veut. Et puis, il est surtout question d'une majorité et pas de tout le peuple. Afin de compléter la chose on insiste plutôt sur les notions de libertés publiques, de liberté d'expression et de droits de l'homme et du citoyen. Le principe est simple pour celui qui veut le comprendre. En plus de faire en sorte que personne ne soit opprimé pour ce qu'il est ou pour ce qu'il peut dire, on gagne la garantie de donner au peuple la chance de ne pas écouter un seul discours, donc de pouvoir changer d'opinion et d'exercer sa volonté différemment. Ce qui doit arriver inévitablement. En Tunisie, les islamistes d'Ennahda sont sur cette position. Du moins, pour ce qui concerne Rached Ghannouchi, le leader du mouvement. Il dit à qui veut l'entendre qu'il va laisser les gens «s'habiller, manger et boire» comme ils l'entendent. D'ailleurs les peurs se concentrent sur des éléments triviaux de la vie sociale. Il dit, aussi, que les hôtels «hallal» ont le droit d'exister, car cette tendance de l'hôtellerie est en voie de connaître une floraison prometteuse. Libre choix des touristes au bout. A côté de lui on est un peu moins préoccupé de séduire. A l'exemple de cette belle pharmacienne «non voilée», femme d'affaires, ex-détenue des geôles de Ben Ali, y va du credo pour lequel elle milite. Elle s'appelle Souad Abderrahim, elle a 47 ans et elle est élue à la Constituante sous la bannière d'Ennahda. Elle vient de déclarer à Radio Monte Carlo (en arabe), rapporte la presse, que «les mères célibataires sont une infamie». En bas, la victoire à plus de 41% des suffrages donne de l'assurance dans la chasse aux mécréants. Des parents d'élèves de la ville de Gabès ont signé à 36 une pétition qui demande de mettre en prison une enseignante, pour outrage à la religion et de la radier de l'enseignement. L'explication de tels comportements se trouvent dans ces propos de la pharmacienne citée plus haut. Elle pense qu'il n'y a pas de «place pour une liberté intégrale ou absolue» et qu'il faut se battre pour préserver les normes de la société arabo-islamique. Des normes qui sont laissées à l'appréciation de tout un chacun qui voudra représenter «le pouvoir du peuple». En Tunisie, tout indique que cela est en train de mal partir. Au-dessus de la mêlée, on doit bien s'amuser de cette mise en œuvre de la «démocratie». Les médias aidant, il n'y en a plus que pour cette «vigilance» à laquelle ont appelé certains dirigeants occidentaux. Pendant ce temps, les causes profondes de la déferlante sociale, qui a abouti à l'obligation pour le régime de se défaire de son chef, sont occultées dans les débats, sans avoir disparu pour autant. Reste à attendre pour savoir si les Tunisiens vont se focaliser sur le mode de vie de leurs voisins ou s'ils vont persister à rappeler les raisons de leur révolte. Rien n'est encore aussi sûr que ce que nous racontent les «observateurs» de la scène. 

Par Ahmed Halfaoui 

http://www.lesdebats.com/editions/131111/les%20debats.htm

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