Ce dont Chavez est le nom

Publié le par Mahi Ahmed

Ce dont Chavez est le nom

Par Abdelmadjid Kaouah

Grandioses funérailles officielles et populaires pour Hugo Chavez ! C’est un fleuve humain qui a accompagné son cercueil. Trente deux chefs d’Etat ont tenu une garde d’honneur autour de son cercueil. Symbole de cette nouvelle Amérique latine émergente rétive aux recettes de l’ultralibéralisme, qui avaient fait le lit des dictatures militaires bénies et soutenues par l’Empire. Et dont Chavez fut l’ardent promoteur. Des funérailles à l’image du disparu, pathétiques mais hautes en couleur, mêlées de tristesse et de détermination à poursuivre l’œuvre du «Comandante».

On pleure celui que certains Vénézuéliens ont nommé «Le fils du Christ». Marxiste, révolutionnaire, Hugo Chavez était aussi un fervent chrétien. Il se réclamait du christianisme des origines, du Christ qui avait chassé les marchands du temple. En décembre dernier, dans ces mêmes colonnes, nous saluions la dernière victoire électorale de Chavez. Par la même, nous péchions par excès d’optimisme en pensant qu’il avait vaincu aussi la maladie. Il a disposé en fait, de très peu de temps pour assurer la transmission de son magistère politique. Hugo Chavez, à aucun moment de son parcours, n’a bénéficié d’une quelconque compassion de la part de ses ennemis, ce qui est normal, de ses adversaires, attendu, mais pour le moins surprenant venant de lointains observateurs européens- moins préoccupés par la crise dans laquelle se débat leur Vieux continent que par le destin du Venezuela.

Pourquoi tant de fiel, de mépris, de dédain vis-à-vis d’un leader politique dont la popularité dans son pays est évidente. Mais cible de la haine de la bourgeoisie comprador vénézuélienne, celle qui habite les hauteurs luxueuses de Caracas tandis qu’à ses pieds les damnés de la terre, devaient se contenter des bidonvilles. Le pétrole dont la nature a généreusement doté le Venezuela à quoi a-t-il servi durant des décennies ? A donner à la bourgeoisie locale un train de vie parfois supérieur à celui même de leurs protecteurs nord-américains.

Alors, il y a de quoi s’agacer et s’emporter face aux articles inquisitoires distillés par des médias européens, surtout curieusement dans l’Hexagone. D’ailleurs, cela n’a pas manqué au cours de la couverture des funérailles. On n’a pas cessé de marteler que Chavez était mort le même jour que Staline. A croire que la mort est avant tout un fait idéologique… Des reporters aguerris dans les salons s’inquiètent surtout de l’insécurité et de la délinquance qui battraient leur plein dans Caracas, ville fantasmée. Ont-ils eu un instant de l’intérêt pour les réformes mises en chantier par Chavez ? Un peu de condescendance et l’on passe au thème ultra rebattu du populiste, de l’autocrate, du «Caudillo».

Or, Chavez est bel et bien arrivé au pouvoir par les urnes en 1998 avec 56% des voix exprimées au premier tour… Gérard Calmettes dans le dernier numéro de la revue Recherches internationales, fait observer que Hugo Chavez est «le dirigeant démocratique le mieux élu de ce début de XXIe siècle avec 59,6% des suffrages exprimés». Dès 2005, le taux de mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans a été réduit de 22,40% à 17,03% (INE, 2011), le taux de pauvreté de 62,1% à 36,3% (INE, 2011), et l’analphabétisme est éliminé. Les chiffres sont têtus. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chavez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush. D’autres chiffres éloquents sont à découvrir dans «Les 50 vérités sur Hugo Chavez et la Révolution bolivarienne» par Salim Lamrani.

Faut-il rappeler le coup d’Etat dont fut l’objet Chavez le 11 avril 2002, à la suite de la grève décrétée en décembre 2001 par le patronat vénézuélien ? Pedro Carmona, dirigeant du Patronat, s’autoproclame président de la République, abroge la Constitution, et destitue Hugo Chavez. Mais des manifestations de rue éclatent dans tout le pays pour réclamer le retour du Président constitutionnel. Grâce à la population manifestant, soutenue par une partie de l’armée, Carmona est contraint de se retirer après 48 heures de gouvernement. Chavez revient légalement accueilli par une foule immense qui l’acclame. Ce mouvement populaire qui permit à Hugo Chavez de revenir au pouvoir a été peu souligné dans les médias internationaux. Ce coup d’Etat antidémocratique ne fut guère condamné par les Etats-Unis.

Pour Chavez, ils en étaient les commanditaires.
«C’est à Washington que ma mort fut décidée», dira-t-il dans un exceptionnel documentaire argentin. Nicolas Maduro, son successeur et son héritier politique, a déclaré devant le cercueil de Chavez qu’il a été l’homme politique vénézuélien le plus diffamé depuis deux cents ans. Pourtant, les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins. Même l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, a salué le système électoral vénézuélien. En ce qui concerne la question de la liberté d’expression prétendument bridée et assujettie sous Chavez, il faut noter que le secteur privé, hostile à Chavez, y contrôle largement les médias. Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et 13 publiques. Avec cette particularité que la part d’audience des chaînes publiques n’est que de 5,4%, celle des privées dépassant les 61%…» (Mark Weisbrot et Tara Ruttenberg «Television in Venezuela : Who Dominates the Media ?»).

Quand les Palestiniens écrasés, se tournaient en vain vers une «communauté internationale» sans voix, du pays de Bolivar s’éleva la voix de Chavez pour clamer à l’adresse du secrétaire général de l’ONU : «La Palestine vivra et vaincra ! ». C’est dire la perte immense d’un tel homme. Non seulement pour le Venezuela, l’Amérique latine, mais pour tous les opprimés de la terre. Ses successeurs ont un grand devoir et une lourde tâche. Espérons, que contrairement, à ce qui fut le cas dans d’autres expériences anti-impérialistes, révolutionnaires, progressistes, incarnées par des personnages d’exception dont les héritages politiques furent mis à l’encan, celui de Chavez se poursuivra à la satisfaction des Vénézuéliens et de tous les hommes de bonne volonté. Ainsi vivra Chavez dans la mémoire et l’histoire.

A. K.

Source :Algérienews du113.13

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