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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 16:59

                                                                                                                                                                                   .                                     BREVE  ESQUISSE  SUR  LA  CHANSON  BEDOUINE  DE  L’ORANIE.*

Par Boumédiene Lechlech                                                                                                                                                                                                           Introduction  générale:                                                                                                                                                            .    Depuis les débuts du 20éme siècle et  grâce à l’apparition de l’enregistrement en disque 78 tours d’abord, ensuite 45 et 33 tours , enfin en cassette et CD/DVD ,le  genre musical bédoui algérien en général , et  oranais  en  particulier a été sauvegardé  partiellement ,dans la physionomie qu’on lui connaît  actuellement . La radio et la télévision aussi ont constitué des moyens importants  pour la production , et l’enregistrement de ce genre . A notre connaissance il n’y a pas eu  de transcription en  partitions écrites  qui accompagnent les divers répertoires de poésie melhoun publiés.(1)                                                                                                       .   On  peut  subdiviser  ce  genre ( jins ) en trois grands sous - genres, à savoir bédoui sahraoui ( dit eye yey ), bédoui chaoui et enfin bédoui wahrâni, objet particulier  de  notre  présente  étude . Sur  ce  sujet  , il  n’ y  a  pas  eu  de  travaux  de  recherche particulière ( mis  à  part  des  articles  qui le  survolent ) ,sur l’aspect  musical et musicologique publiés , sans compter des travaux sur la  poésie  melhoun qui lui est intimement liée , et cela à l’exception  d’une  petite  étude  intéressante , mais  incomplète  sur  la  guesba  algérienne  qui englobe tous les trois sous-genres  de  bédoui algérien. La nôtre remonte par sa matière documentaire à 1993/94, avec une mise à jour actuelle.(2)    

1) Genèse  et  évolution  du  bédoui  wahrâni:                                                                                                                                .   Les premiers enregistrements de bédoui qui nous sont connus à Oran et en Oranie, au début du siècle passé sont ceux des cheikhs Snoussi, Ould Mnaouer, Benhmida ,Hamada...sur des textes de melhoun de Boudissa , Ali Koura ,Benguenoun ,Mostefa Benbrahim,Hadj Khaled ...On  peut  dater ce  genre  musical ,  comme  de  la  poésie  melhoun  dont  il  a  été  le  support  mélodique  depuis  le  16 éme siècle , phase  de la  décadence  de  la  civilisation arabo - musulmane . Mais  ses  racines remontent  à  plus  loin , et  au  moins  au  12éme siècle  qui  a  connu  la  grande  vague  migratoire  des  tribus  Banû  Hilal , Banû  Souleim  et  Banû  Mâqil  qui  ont  déferlé  sur  tout  le Maghreb  en  introduisant  leur  langue  antéislamique  et  mélopées  bédouines et  genres ( hûda , naçb , hazaj , sinâd , khabab ... ) , et  sa  progression  vers  le  Maghreb  central  ,  conditionnée  par  de  grands bouleversements sociopolitiques , bien que  la  conquête  musulmane  de  l’Afrique du nord et de l’Andalousie , œuvre des berbères eux - mêmes  principalement , a  été  antérieure à l’arabisation culturelle  et  linguistique . Mais  il  y’a  eu  adoption  des  instruments  ruraux  ancestraux  locaux          ( berbères ) comme la guesba et  le guellal ( qallouz ),ainsi que le métissage-brassage linguistique  en  profondeur  et  celui  des  systèmes  musicaux.(3)                                                                                             .  Ce  qui  est  sûr, c’est  que  les  couches sociales  auxquelles  ce genre  se  rattache  , qui  sont les  nomades dont une  partie  s’était  sédentarisée  pour former la classe  paysanne ,avec le  maintien du caractère tribale  de la structure de base au ‘’douar’’,ainsi que le phénomène permanent  de la transhumance (‘achaba) entre le tell, les hauts - plateaux  , et les confins du Sahara avaient  donné naissance à une élite  de notables  chorfas  et  adjouads  à  partir  de  l’époque  turque( bachaghas, caïds , cheikhs , imams,  talebs , khelifas , cadis, khodjas, oukils , aghas, chaouchs...) dont la  poésie  melhoun  et  le  bédoui  représentaient  l’art  raffiné ; et la waâda annuelle ( fête de la fin de saison agricole ,et en honneur au Saint patron de la région)servait d’occasion à la jouissance intellectuelle et  artistique , à  côté de  la  pratique  de  la  fantasia ( goum ) - art équestre - avec  le  sport  du  tir  au fusil en chevauchée sous  forme  de ‘’ngadi’’. Son aire géographique déborde souvent l’Oranie , pour se propager jusqu’à Alger et Boumerdes, vers l’Est , et dans l’Est du Maroc (Oujda, Berkane...) vers l’Ouest. L’Etat embryonnaire mobile de l’Emir Abdelkader ( poète et savant ) - la Zmala - avait permis l’éclosion éclatante de ce  genre qui était érigé  au rang de  musique officielle  à  côté  de la

 

nouba dite andalouse. Il représente un genre musical lié  aux  nomades  sédentarisés , reflet  d’une civilisation  bédouine ( ‘Umran  badaoui ) qui dans le  contexte de  l’acculturation  coloniale  s’était refugié,dans la cité urbaine en coexistant avec les genres musicaux citadins .Tout cela  appartenait  à  un  système  de  valeurs  d’éthique  sociale  de  ce  ’’ ‘Umran  badaoui ‘’ ou  civilisation  rurale  et  son  esprit  chevaleresque,dont le sous-genre musical bédoui wahrâni  représente  un  vrai  vestige  immatériel  ayant  subi  quelques  altérations . Les  zaouïas soufistes ont été le  meilleur  refuge  de ce patrimoine poético-musical ancestral, d’où sont issus  presque tous ses bardes et chantres.(4)

2) Caractéristiques  esthético-musicales  et  variantes  du  bédoui  wahrâni:                                                                                                                                 .    En  auditionnant  la musique  de  la  guesba  sans  parole, l’oreille avertie du mélomane arrive     à  différencier  entre  les  trois  sous - genres  du  bédoui  algérien  ,  et  le  genre  raï  trab - rural      qui s’exécute  avec  les  mêmes  instruments  en  Oranie . Le bédoui wahrâni est caractérisé  par    la primauté  de  la qsida du melhoun - klem el jed  et el hezl - ( textes poétiques ) ,et  exige  donc            un effort  d’écoute et de  compréhension ,  alors que  la musique ne  fait  que soutenir le  chant.           Il est moins diversifié dans ses modes et échelles musicales que les deux autres sous - genres de bédoui algérien , mais en général tire son esthétique d’abord par  la qualité  et la richesse  de la poésie melhoun . Sa gamme musicale simple est le produit d’une évolution de plusieurs siècles , pourtant  constituée d’une seule tierce qui peut être  augmentée .La guesba  reproduit la même mélodie  vocale  en interlude ( jwab ). Il  y’a une  similitude , voire  une  homogénéité  frappante entre  les  échelles  musicales  les plus  typiques relevées  dans  les  différentes  wilayas , malgré l’existence de styles particuliers diversifiés. Il se caractérise par trois mouvements  successifs  et progressifs, sans final dansant et n’a pas de lien d’ailleurs , comme le raï trab, avec la danse.(5)                .    Le  bédoui  wahrâni  connait  cependant  diverses  formes  comme le  guebli ( ad  libitum ) sans percussion , le mekhzni  rythmé avec  la percussion du guellal , le bsaïli  qui  se  joue  sans guesba       en  une  déclamation  poétique  accompagnée seulement  de  la percussion du  guellal ( genre  de       rap primitif qui convient au chanteur n’ayant pas de voix très mélodieuse).Il en existe  également   la forme qui a subie l’influence de genres citadins en ville qui s’appelle le baladi(chaque ville a son propre baladi),ou qui se joue avec instruments modernes sans se confondre avec le wahrâni ‘asri. Il arrive qu’il adopte du melhoun citadin d’habitude chanté uniquement en andalou - hawzi .Dans  sa  forme  mazouni (Est de l’Oranie), ‘amri  (région de Sidi Bel Abbés, Aïn Témouchent...) mekhzni    ( périphérie d’Oran ,Mascara,Mostaganem) , guebli ( sud à partir  de Saïda... ) , le bédoui wahrâni  prend  des  formes  qui diffèrent toutes légèrement par l’accent local et la prononciation , mais  il reste  fondamentalement  uniforme  comme  sous - genre  avec  ces  quelques variantes . Il  est le résultat principalement d’une sorte de synthèse esthético - musicale  arabo - berbère.(6)                                                                                                                    .  La  musique  vocale  ayant  la  primauté , et  sa  caractéristique  essentielle  est la monodie basée sur  le  système modal ( tab’i ) . Le  chant  syllabique  homophonique et  à  l’unisson  est  dominant  par  rapport  au  mélismatique ( qui  entraîne  la  ‘’ dendana ’’comme  onomatopée ). Son  système rythmique ( mîzan ) est un cycle immuable  répétitif  avec un nombre d’unités de  temps en forme ( binaire , ternaire , ou quaternaire ) , et  leur  qualité  sonore ( faibles , fortes , sèches , sourdes et accentuée). La composition musicale  très simple dans ce genre , qui ne tolère pas d’improvisation  comme le raï trab-rural , est  toujours  pratiquée  avec  parfois  des  emprunts  au  sous - genre  dit  eye yey ( chergui )  un  peu  plus  mélodieux , qui  lui  aussi  s’inspire  du  bédoui  wahrâni dit gharbi  chez  les  interprètes  du  premier  sous - genre. La  mélodie  reste  l’âme  de  ce  genre  comme  de toute  musique  dans  le  monde  entier , quelque soit le progrès polyphonique et harmonique.(7)  

                                                                                                                                                                                        3) Organologie  et  orchestration  du  bédoui  wahrâni:                                                                                                               Les instruments de musique utilisés dans ce genre sont deux à trois guesbas( flûtes en roseau )et un guellal ( appelé aussi qallouz dans la région de Saïda... ) . Ce dernier  n’est  utilisé  que  dans  ce sous - genre de bédoui contrairement au eye yey  et  au bédoui chaoui  qui utilisent  le  bendaïr ou bendir pour la percussion. Il prend la forme cylindrique ou conique et son diamètre est plus réduit que celui de la derbouka,mais sa longueur dépasse celle-ci.Il en existe trois types selon le diamètre du  qallouz : ‘Achari (dix) plus grand, sbe’ï (sept) moyen et khmassi (cinq) plus petit . Il est fabriqué soit d’un tronc d’agave (Sebbâr),soit de ciment et de métal ou de bois spécial (Kerrouche). La peau  ou  membrane  de  son  cadre  est  prélevée  sur le  chevreau ( jdye) qu’on fixe  avec de l’argile  ou du plâtre au - dessus de deux  cordes  tendues ( lawtar )faites de  boyaux séchés  de  chèvre ( on  y   met du  corail  ’’ mordjens ’’ ) pour obtenir la  meilleure  résonance . Et  aussi  pour  le  même  but , on  met  du  métal  au  bord  de  l’autre  ouverture  qui  reste  vide , et  qu’on  couvre  bien avec  du plâtre . Son jeu  s’obtient  surtout avec  les  doigts  de  la  main droite  au centre et au rebord  de la peau  tendue , alors  que  les  doigts de  la  main  gauche restent fixés sur le rebord  supérieur  tout  en se mouvant . Dans la chanson  bédoui wahrâni  il ne se  joue qu’en  position assise  sur la  cuisse gauche  tenu  par  le cheikh  lui - même ( maître - chanteur  et  chef  d’orchestre ) qui fait  fonction aussi de  ‘’ glaïli ’’  joueur  de  guellal , et  qui  souvent  muni  d’une  bague  avec laquelle  il frappe , de  temps à autre , le haut du pourtour sur lequel est fixée la peau , dans une sorte de remplissage rythmique ; et  mouille  parfois  la  membrane  avec  de  la  salive pour mieux la  tendre. On  dit  en  langage  melhounien  que le guellal ’’ issadi be tengar ’’, il retentit avec  son timbre  reconnaissable dans les interludes instrumentaux, et s’entend à peine lors du chant ou s’arrête totalement.(8)                                 .    Le groupe  de musiciens ‘’chioukhs’’ comprend ,en  plus  de  ce  dernier , deux à trois joueurs de guesba (guessabs), dont  l’un  tient la pédale ( fond musical ) appelé ‘’ rdif ’’, et  l’autre ‘’ rkiza ’’ le  principal qui joue  la  mélodie. Mais l’ensemble des flûtistes jouent les interludes  après le chant à l’unisson.La guesba est une flûte en roseau dit pur(guesba horra)coupé au bord de  la rivière , dont la longueur de chaque partie( l’entre deux nœuds ) est  plus  réduite  que dans le roseau ordinaire n’excédant  pas  six  doigts  réunis . Elle  est  ensuite ornée ( tatouée ) par  des  signes  et  motifs  à l’aide d’une  petite lame  de couteau , et  on y met du henné mouillée  qu’on gratte  le  lendemain  pour la colorer.L’embouchure est constituée de l’ouverture supérieure  légèrement  taillée  et  est posée sur les lèvres du côté droit généralement  de  la  bouche, lors du jeu, pour y insuffler de l’air. Toutes  les sortes  d’appogiatures  ( zouaqet ) sont  utilisées - trilles , trémolos , gruppettos...- pour  l’obtention  d’une  belle  sonorité  sur  une  échelle  ultrachromatique. On dit en melhoun ‘’ hwa ’’, air  mélodique  de  la ‘’ guesba  welwela  be tesfar ’’, qu’elle  ulule . Il  y’a  des  bergers  qui  ont un  très  beau  sifflement ‘’ tesfira ’’ avec  uniquement  les  lèvres (instrument naturel), dont le  timbre  s’y  rapproche  étrangement . Même  au  studio  numérique  le  timbre  artificiel  reproduit  de  la guesba reste approximatif tout en perdant pour les habitués son cachet naturel; déjà que le haut-parleur  en  l’amplifiant  lui  ôte  ce  dernier.(9)                                                                                                                                                                        .   Il en existe plusieurs types selon la longueur, le diamètre et le nombre de nœuds du roseau .Leur   appellation n’est jamais par rapport au nombre de trous ( comme on s’y trompe souvent ).Il  y’a  la ‘’ thlathia ’’ ( trois entre-nœuds ) , la  plus courte  appelé qechbot , qui est  utilisée  dans les danses seulement , avec  le  son  aigu , soprano ( et donc hors de notre champ d’étude ) ; les  autres  types utilisés  dans  le  bédoui  wahrâni  sont  surtout  la ‘’ khmassia ‘’ ( cinq entre-nœuds ) percée de six trous qui à son tour peut être subdivisée en trois sortes selon le diamètre du roseau et par rapport à la tessiture vocale : ‘’ Guesba fergha ‘’( vide ) à diamètre plus large pour la voix basse et baryton ;

 

‘’ guesba  sbûla ‘’ ( tige ) à diamètre  moyen  qui  accompagne  la  voix  contralto  et intermédiaire ; et ‘’guesba sbûla sghira‘’(petite tige) à petit diamètre qui accompagne la voix ténor.Mais la guesba est différente du ney utilisé dans la musique citadine ;elle n’a jamais de trou percé sur l’autre face, comme ce dernier ,et son ambitus est généralement de deux octaves ;comme elle permet de jouer des micro-intervalles (quart de ton).La technique de jeu de cette instrument à vent, à embouchure permet d’utiliser la seconde force de souffle pour étendre l’ambitus. Communément  on parle  de guesba de guebli  et  mekhzni, et  de  leur répertoire en airs  et  modes musicaux pour différencier avec  la  guesba  de  la  musique  du  raï  trab - rural. Le guessab ( ou guessasbi ) de ce genre de raï a  lui  son  propre répertoire et ne peut maîtriser celui du bédoui wahrâni. Comme  on parle  aussi de guesba touila qui peut-être une ‘’sbe’iya’’ ( à sept nœuds ) avec une sonorité plus grave.(10)                                                                  .   La troupe ou le groupe du genre  bédoui wahrâni ne comprend jamais de femme chanteuse ou danseuse  comme  le raï trab , mais il adjoint à son effectif un berrah , crieur-annonceur , qui  doit  avoir  une mémoire  prodigieuse  pour  déclamer  des extraits  de  texte de poésie melhoun entre deux chansons et  faire des dédicaces entre les auditeurs. Ce genre  se pratiquait lors des waâdat  sous  une  khaïma  ( tente  traditionnelle  bien  équipée  en  tapis ), comme  dans  les  mariages et les ‘’diffas’’ (invitations). Auparavant , vers la deuxième moitié du 19éme siècle,existaient les cafés-concert  dans  les villes ,comme à Mdine Jdida, célèbre quartier d’Oran où des spectacles  étaient  donnés , mais  qui  ont disparu  avec l’invention du  phonographe ( appelé cheikh el mohgon ) au 20 éme  siècle , à cause  de  son  grand  pavillon  qui  ressemble  à  l’entonnoir . Chaque  café  avait  remplacé  son  café - concert  par  un  phonographe .  Actuellement  les  spectacles  de  ce  genre  musical  se  perpétuent  dans  des  festivals  locaux  et régionaux ,et se diffusent grâce  à la  radio  et à la télévision sur l’ensemble du territoire national et au-delà (partout dans le monde)grâce au satellite et à internet.L’Etat colonial censurait les textes qu’il jugea subversives et révolutionnaires  dans le répertoire du melhoun mis en musique sur le bédoui wahrâni et mettait en prison ( ou en exil ) poètes et interprètes de ce genre, qui animaient la résistance nationale depuis 1830.(11)                                                                                                                                                      .  Aussi  l’accoutrement  traditionnel  des  membres  de  l’orchestre archaïque du  bédoui wahrâni était  spécial  avec  le ‘’guennour’’ , ‘’klâh’’,‘’ haïk’’ et ‘’khaït’’ ou simplement ‘’’amama’’( hawaq ) ,      le ‘’ seroual ‘arab ‘’(testifa - loubia),‘’sabbat  zeit  zeit’’ et le barnous (zoghdani)ou la ‘’ ‘abaya ‘’, ou encore la ‘’djellaba’’ ...Dans le contexte colonial de l’époque , les  artistes  autochtones tenaient  à  se  différencier  identitairement  par rapport aux pieds - noirs , et même  les  bédouins  citadinisés  par  rapport  à  leur compatriotes  citadins  de  souche.(12)                                                                    Conclusion  générale:                                                                                                                                                                         .    Le bédoui wahrâni est la source principale du genre wahrâni ‘asri à  laquelle  se  sont  abreuvés  les grands artistes oranais comme  Ahmed Wahbi et Blaoui Lahouari...qui ont donné à la  musique algérienne moderne des œuvres d’une haute qualité esthétique , y compris  dans  des formes très élaborées ( opérettes , melhouniats , variétés...) Il représente une forme supérieure de la création bédouine  avec  son  melhoun de facture élevée , et  ses  belles  mélodies  d’un instrument à  vent naturel  très  simple  au  timbre inimitable , et indétrônable malgré la technologie  numérique ( la guesba  coexiste  avec  les instruments à vent modernes sans disparaître) .C’est  pour cette raison  qu’il s’intitule ‘’Ettârab el badaoui ’’qui éblouit  par  son effet  d’éthos  induisant l’état  émotionnel d’extase lorsque l’habitude auditive s’y prête.Le caractère répétitif de la formule mélodique, n’est pas fait pour ennuyer, mais pour engendrer  cette  état de ’’ tarab ‘’ . Un exilé  ou  émigré  dont  la  musique maternelle a été la mélodie du bédoui ou du folklore,peut perdre la langue  parlée ,  mais  jamais celle-ci qui reste ancrée dans l’âme profonde,surtout dans un contexte de déracinement.(13)

 

.    Dans  le  cas  du  sous - genre bédoui wahrâni  son esthétique est basée  sur la mise en relief du poème melhoun par le support mélodique qui se limite à une fonction secondaire. C’est la beauté du texte qui  prime  avant  tout , avec sa propre musicalité  interne  qui  découle de la métrique et  de  la prosodie ( rimes , mesures syllabiques justes ,...).Tout l’art du cheikh est dans le  choix de la bonne composition musicale , et l’adaptation du texte poétique,qui s’ajoute à la beauté de la voix généralement de tessiture basse ou baryton,dotée d’une bonne impédance ramenée, et de valeur de la chronaxie récurrentielle appropriée,et de son entraînement par les techniques vocales. C’est pour cela que dans leur majorité les cheikhs chanteurs du bédoui ont fait l’école du tajwid.(14)

.                                                                 Oran-Aïn Témouchent , le 05 janvier 2012.                                                                                                                                      .                                                                                  Boumédiene Lechlech                                                                                                                                                                                                                                                               (Chercheur-musicologue)                                                                                                                                                                                  .                                                                -------------------------------                                                                                                                                                                                                                       .    Notes et références                                                                                                                                                                      *   Bédouine: Ce terme dérive étymologiquement de ‘’ badiya ’’ ( campagne ).Ibn Khaldoun distingua dans la Muqâdima entre le              ‘’ ’Umran Badaoui ’’  civilisation campagnarde par rapport au ‘’ ‘Umran  Hadhari ‘’ civilisation  citadine . La chanson bédouine  .       en général englobe une vaste aire arabo-musulmane de la vie nomade et semi - sédentaire. Ce mode de vie préexistait  chez      .      une  partie  des  Amazighs  comme  les  ‘’ Musulames ’’ ,’’ Garamantes ’’ et  ‘’ Gétules ’’  dans le  sud  de l’Afrique  du  nord  à                   .      l’époque antique ; comme  d’ailleurs  il  persiste  chez  les ‘’ Touaregs ‘’ , et  ce n’est pas pour autant  que  leur  musique  soit       .      catégorisée comme du bédoui ( leur flûte est le ‘’ taghanib ‘’ jouée par l’homme et leur  gamme  musicale  pentatonique), ou      .      que  la bédouinité soit exclusivement assimilé  à  l’arabité. Une  étude  musicologique  analogique  sur  le  bédoui  du  monde         .      musulman est nécessaire pour cerner le fond commun et les particularités régionales.                                                                                                                                                                                                1)  - Mohamed Elhabib et Ahmed Hachelef , anthologie de la musique arabe 1906 - 1960 , Publisud CCA , Paris 1993.                                                           .      - Il y’a eu plusieurs publications de diwan(répertoires)de poésie populaire melhoun ,dont des textes chantés mais pas du tout  .        de transcriptions en partitions musicales dans le genre bédoui wahrâni.Qu’ont fait l’IRFM et les conservatoires de l’Oranie ?     .      - A l’ONDA un travail considérable reste à faire pour la protection de ce patrimoine et les droits de ses véritables auteurs.                                                                                                                                                                                                                                             2)   - Il existe d’autres sous-genres de bédoui algérien comme dans la région d’Oued Souf avec la ghaïta et non la guesba . Et  le         .        bédoui chaoui se particularise par une seconde phase avec pas de danse,parfois interprétation féminine et poésie tamazigh,                 .        comme il en existe une variante dite staïfi .                                                                                                                                                                                                                  .      -On a entendu parler par ouï-dire d’une étude sur le bédoui sahraoui dans la bibliothèque de l’I.N.M à Alger d’un ex.directeur.                                              .      - Cette étude est au musicologue Vàclav Kubica du musée de Prague. Elle est très limitée sur le bédoui wahrâni.                                                                                         .      - Nous avons abordé le sujet dans notre lexique inédit de 1993, et la compilation de l’émission -radio de 1994 sur la musique                    algérienne. Il restait à mieux clarifier la terminologie des différentes variations de formes et styles du bédoui wahrâni.                                                                                                                                                                                                                                3)   - Anthologie de la musique arabe (ouvrage cité).                                                                                                                                                   .      - Mohamed Belhalfaoui,la poésie arabe d’expression populaire maghrébine,Paris ,Maspero,1973.(Celui-ci attribue le poème  .       du cheval chanté par Ould ElMnaouer ‘’aya n’raouhou ya ‘awdi‘’ à Bessouiket;autre controverse comme ‘’biya dhaq elmor’’)!                                                                                                                                                                                                                                             .      - Ce genre de recherche relève de l’oralité , et en l’absence d’enregistrement avant le  début du  siècle  passé ,  et  l’existence         .        seulement de quelques références sur le ‘’ chi’r melhoun ’’ ( poésie populaire ), mais  pas  de  traces  écrites  sur  la  musique                   bédouine avant le 19 siècle, comme sur la nouba dite andalouse. Il est difficile d’imaginer l’évolution concrète de  ce  genre     .        et sa distinction mélodico-rythmique par rapport à sa forme  rudimentaire initiale. Seule l’approche ethnomusicologique et   .        historique globale nous  permet  de formuler des hypothèses et de les confirmer au fur et à mesure.                                                                                       .      - L’historiographie orientaliste(colonialiste) et peupladethnociste ‘’shou’oubiste’’ se rejoignent sur l’interprétation négative       .        de ‘’ l’invasion Hilâlienne ’’, alors  que  le  bédoui  est  un  exemple  ( de musique  populaire )  d’une  synthèse  et  symbiose                   .        magnifiques  entre  arabes  et  berbères , comme d’ailleurs la nouba dite andalouse ( de musique savante ).                                              - Mahmoud Guettat , la musique classique du Maghreb , Sindbad , Paris 1980.                                                                                            .      - Tareq Ibn Ziad l’Amazigh (originaire d’Oulhaça) avait joué le rôle majeur dans la conquête musulmane de l’Andalousie.                        .      - Les bédouins du ‘’Shem’’ , d’Arabie...utilisent ‘’Rabeb echa’ir’’ (vièle du poète , monocorde frottée) au lieu de guesba.                      4)    - Hamdan Benothman Khodja , Le miroir , SNED , Alger 1975. ( Réédition )                                                                                                            .       - Azza Abdelkader , Mestefa  Benbrahim - Barde de l’Oranais et chantre des Béni Amer - Alger , SNED , 1979.                               .     - Mohamed Cadi ,  Elkenz elmeknoun fi echi’r el melhoun , Alger , 1928 , Imprimerie Ethaâlibya.                                                            

 

.       - La  fantasia  ou ‘’goum’’ remonte à l’antiquité préromaine. Les Massaysils  ,  Massyls ( Numides )  et  les  Maures  étaient           .         d’excellents cavaliers dans le combat  et  très convoités par les armées carthaginoise et romaine ( comme les arabes).                                                                                                                                                                                                                                               .       - Les deux poètes melhouniens réputés de l’Emir Abdelkader sont : Tahar Benhawa et Kaddour Ould M’hamed. Ils ont eu des       .         démêlés avec lui et ne sauvèrent leur peau que grâce à de beaux textes poétiques !                                                                                                                                                                                                                                       5)    - Document du ‘’ colloque national sur la musique algérienne ‘’, El-Riath Alger , décembre 1964.                                                           .       - Cette rencontre avait ignoré le genre raï trab-rural et moderne qui va faire une percée nationale et  mondiale  fulgurante !  .          Bachir Hadj Ali poète-musicologue en  fin  observateur , sorti  fraîchement de prison et résidence surveillée , rendra visite  à    .          la diva cheikha Rimitti , et prédira un avenir prometteur au genre raï pour qui déjà l’engouement massif des jeunes était un .          indice probant.Mais le bédoui wahrâni reste une forme musicale plus élaborée que le trab,certes pour un public plus réduit.  .       - Vàclav Kubica , la Qasba algérienne et sa musique , Nàprstek Museum Prague , 1980.                                                                                                    .       - Blazerna et Helmholtz ont démontré in (le son et la musique - 1877) que l’histoire des gammes musicales prend des siècles.                                                                                                   .       - Les trois mouvements sont : Ad libitum,largo,et accelerando. Et le guessasbi ‘’rkiza’’ module souvent la gamme ;comme on   .          note une harmonie archaïque due à la pédale tenue par le second flûtiste ‘’rdif’’.                                                                                                                                                                                                 6)   - Il n’y a aucune concordance entre lestémoignages oraux des chioukhs, mais une confusion totale dans la classification  des  .          variantes du  bédoui wahrâni.A mon avis,il n’y a qu’un seul genre ou sous-genre, les variations concernent plutôt les divers         .          modes (maqâms) que les flûtistes jouent en ignorant leur dénomination: Buslik, bayâti, sabâ, hijâz, nahawend, ’ajam...                             .      - Guebli : vent du sud ( sirocco ) , ici musique sans rythme du guellal ( ad libitum ) .Mekhzeni : Ce terme dérive de la cavalerie                               .           représentante des tribus,chargée de l’ordre et de la quête du tribut,ici musique rythmée ( avec percussion ) par opposition     .          au guebli.Baladi : Du pays ; ici  musique  locale. La  dénomination  des  formes du bédoui wahrâni devait correspondre à des   .          régions habitées par  des  ‘’ ‘archs ‘’ confédérations tribales et  toponymes. La  situation  actuelle  nécessite  l’établissement  .          d’une classification conventionnelle et scientifique uniformisée à l’ensemble de l’Oranie , de l’Algérie et du Maghreb.                                                                                                                                                                                                              .       - Le bédoui wahrâni tel qu’il nous est arrivé ne peut revêtir la même  forme  de  ses débuts, il  s’était  construit certainement              .          sur l’évolution  de la  structure musicale  très simple  des  mélodies  du  berger nomade au croisement de la  structure de la         .          poésie melhoun , et celle des meddahs ( imedhyazens ) , de la musique sacrée ( tajwid , medh , dhikr et sama’ ) qui  se  sont       .          synthétisés et complexifiés durant un  temps très  prolongé ( des siècles ). La pensée esthétique mythique soufiste depuis le   .          12 éme  avait  constitué la sève  nourricière en prolongement des croyances païennes antéislamiques tolérées ou islamisées.                                                                                                                                                                                                             7)   - Simon  Jargy , la musique arabe , Paris , 1971 , PUF.                                                                                                                                                    .      Patrick Lama, la musique populaire palestinienne, E.T.C , Paris ,1982.                                                                                                      .      -  Mikis Theodorakis , Essai pour l’analyse d’une expérience musicale , Editions Flammarion ,Paris 1970.                                                                                                                                                                                                 8)   - Lexique inédit (1993) , et compilation d’émission radiophonique(1994) de la musique algérienne de l’auteur.                                                                                                                                                                                                   9)  - Idem. ; ( L’UNESCO doit aussi sauver la guesba et sa musique millénaire , comme elle le fait avec l’Imzad ).                                                                                                                                                                                                   10) - Idem. ; ( La seule alternative d’évolution de la facture instrumentale de la guesba est chez les indiens - flûte de pan - ) !                                                                                                                                                                                                                             .      - Ahmed Amine Dellaï  dans le  recueil ‘’Paroles graves et paroles légères ‘’ de chants bédouins de l’Oranie,édité à l’ENAG ,        .       Alger 2003,se trompe sur la classification de la guesba par rapport au nombre  de trous.La guesba est d’origine berbère et            exclusivement maghrébine,elle était dénommée ’’ aghanim ’’ d’où le toponyme Mestghanem. Quant à  la  classification  de    .      la  musique  bédouine , il  reproduit la  confusion  existante  chez  les  chioukhs.De notre  point de vue , l’origine de ce sous-      .      genre est une synthèse arabo-berbère (musulmane), contrairement au raï trab et rural (non bédouin) dont le substrat est        .      berbère (contrairement à son avis donné dans les cahiers du CRASC  n°15 où il le fait dériver du bédoui wahrâni).                                                                                                                             .      - Il existe même une guesba ‘acharia (dix entre-nœuds)utilisée surtout  au Maroc, pays dont l’Est jusqu’au fleuve Moulouya    .         (ancienne limite du royaume des Massaysils ou Numidie occidentale de Syphax) contient les  mêmes  genres  musicaux  de      .          l’Extrême -Ouest. (Ahmed Aydoun , musiques du Maroc , Editions EDDIF ).Ce dernier ne cite pas le bédoui et le raï (rural et    .        moderne) pourtant bien visible autour de la région d’Oujda, alors qu’il cite le gharnati . Il est  vrai  que  le  terme  melhoun       .         prend  aussi  une signification  d’un  genre musical  semblable à la ‘’ferda’’ de Knedsa , introduite à  Oran qui  interprète le         .        répertoire de la poésie melhoun , comme le chaâbi algérien dont il se rapproche beaucoup musicalement et poétiquement.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             11)  - Azza Abdelkader indique la ‘’ teguesra ’’ avec ‘’ reguessat ‘’  du temps de Mestefa  Benbrahim , alors qu’au 20éme siècle       .          cette forme était liée au genre raï rural  des cheikhat  chanteuses et danseuses pour un public exclusivement  masculin.                                         .       - Jules Rouanet , la musique arabe , Encyclopédie de la musique , Paris , 1922.(Etude pleine de déformations et de préjugés)            .       - Les exemples sont multiples depuis cheikh Abdelkader en 1830(prise d’Alger),en passant par Ould Belkheir exilé...à 1954.                                                                                                                                                                                           12)  - Même l’orchestre andalou-hawzi autochtone et judaïque (Séfarade) avait ce bel accoutrement en Oranie et au Maghreb.                                                                                                                                                                                                13)  - Compilation d’émission radiophonique et lexique cités.                                                                                                                                                                                            14)  - Raoul Husson , le chant , Paris , 1962 , PUF.                                                                                                                                                  .        -   Zakaria Makri , le Tajwîd (Règles de la lecture coranique) , Paris , Editions Tawhid , 2008.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                    

                                                                                                                                                       

Par Mahi Ahmed - Publié dans : Economie et société
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