ALGERIE : Suivons les indices

Publié le par Mahi Ahmed

ALGERIE : Suivons les indices

Smaïl GOUMEZIANE

Mercredi 20 Mars 2013

 

 

 

Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) vient de publier son rapport sur l’indice de développement humain pour l’année 2012. Il est instructif à plus d’un titre, notamment pour les questions d’éducation et de santé. Il mériterait une analyse approfondie. Arrêtons-nous cependant, et brièvement aujourd’hui, sur l’indice synthétique de développement humain (IDH) de l’Algérie, et voyons ce qu’il y a derrière ce chiffre.

De prime abord, l’Algérie a quelques raisons d’être fière. Depuis 1980, une progression significative a eu lieu puisque l’indice (dont le maximum est 1) est passé de 0,461 à 0,713, soit une amélioration de 0, 252. Pour autant, avec cet indice de 0,713, et malgré (ou à cause) des formidables ressources tirées des hydrocarbures, le pays n’est qu’au 93ème rang sur 187 pays, soit le milieu du tableau. Ce qui n’est donc pas un exploit. Pis, lorsqu’on élargit l’analyse des chiffres, la réalité est encore plus surprenante.

Lorsqu’on compare l’évolution d’une décennie par rapport à l’autre on constate que de 2000 à 2011 on est passé de 0,675 à 0,713 soit une progression de + 0,075. De 1990 à 2000, on est passé de 0,562 à 0,675 soit une évolution de + 0,063. Enfin, de 1980 à 1990 on est passé de 0,461 à 0,562, soit une progression de + 0,101.  Plus encore, quand on regarde  l’évolution de 1975 à 1980, on constate une évolution de 0,511 à… 0,461, soit une régression de – 0,050. Dès lors, que veulent dire tous ces chiffres ? D’une part, la régression constatée en 1980 montre l’essoufflement du modèle industrialisant, malgré le second choc pétrolier de 1979. Ensuite, on remarque que la progression la plus significative de l’IDH fut obtenue pendant la décennie 1980/1990, malgré la brutale chute des prix pétroliers de 1986. Enfin, pendant la décennie 2000/2011, la progression de +0,075 semble intéressante. Elle reste cependant loin de correspondre à l’embellie des prix pétroliers qui a caractérisé la période. Pis, lorsqu’on examine en détail cette décennie, on constate que l’IDH de 2012, soit 0,713, est en régression par rapport à celui de 2005 (0,733) et par rapport à celui de 2007 (0,754). Depuis plusieurs années, on assiste donc à une régression du développement humain semblable à celle qui se déclencha entre 1975 et 1980. S’agit-il à nouveau de l’essoufflement du modèle toujours fondé sur les hydrocarbures ?

Poursuivons cette brève analyse. Cette progression positive de l’IDH sur les trente dernières années, pour positive qu’elle soit, reflète plus prosaïquement une évolution générale de l’IDH dans le monde, à l’exception des pays les plus pauvres notamment Africains (voir tableaux statistiques à la fin du rapport). Cependant, derrière cette évolution générale, l’Algérie est loin de faire un bon score quand on le compare  à certains pays.

Primo, voyons d’abord la situation de l’Algérie par rapport aux pays symbolisant comme lui, dans les années 1970/1980, un « modèle de développement » : exportations de produits non primaires pour la Corée du Sud, import-substitution pour le Brésil ou la Turquie, atelier du monde pour la Chine. A l’exception de la Chine (à la 101ème place), les trois autres pays (en particulier la Corée du sud, à la … 12ème place) possèdent un IDH supérieur à celui de l’Algérie. Le modèle algérien n’est donc pas aussi performant que cela.

Secundo, lorsqu’on compare l’Algérie à tous les pays disposant de ressources en hydrocarbures, depuis la Norvège et les Etats-Unis, jusqu’au Venezuela, au Mexique et au Brésil, en passant par la Libye, l’Iran et tous les pays producteurs du Moyen-Orient, on s’aperçoit que l’Algérie est au dernier rang des pays pétroliers en termes d’IDH. Exception faite du Gabon, à la 106ème place, mais dont le PIB/h/PPA, avec 12 521 dollars, est largement supérieur à celui de l’Algérie.

Tertio, au niveau de l’ensemble Méditerranéen, l’Algérie se classe à la 20ème place sur 25 pays, tout juste devant la Tunisie, la Jordanie, l’Egypte, la Syrie et le Maroc bon dernier. Soit plusieurs pays déstabilisés par le « Printemps arabe ». Mais derrière l’Albanie, le Liban, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, la Turquie…

Enfin, au-delà de l’IDH, il faut noter que le revenu national moyen par habitant (PIB/PPA) de 2011, soit 7 643 dollars, est lui-même en régression par rapport à 2008 (8320 dollars), à 2009 (8130 dollars) et à 2010 (7658 dollars). C’est pourquoi, par exemple, l’écart de revenus par habitant entre les Etats-Unis (dont le PIB/PPA/h est de 42486 dollars en 2011)  et l’Algérie continue de se creuser. Il était de 19879 dollars en 1993. Il est désormais de 34843 dollars en 2011, soit un quasi doublement !

C’est dire que les problèmes de développement humain de l’Algérie sont loin d’être résolus et que l’IDH, par ailleurs très utile, ne peut seul en rendre compte. Pour s’en convaincre on pourrait rappeler les autres classements internationaux de l’Algérie : 105ème place pour la corruption ; 110ème place pour la compétitivité ; 136ème place pour la liberté d’entreprise ; 141ème place pour la liberté de la presse. 117ème place pour l’égalité des sexes… Mais tout cela est largement connu et explique les larges mobilisations populaires de ces derniers mois et de ces derniers jours pour l’emploi, pour le logement, pour la santé ou l’éducation… 

 

Source :

http://www.lanation.info

 

Publié dans Economie et société

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