Affaire Hariri au Liban

Publié le par Mahi Ahmed

Affaire Hariri au Liban

Un procès politique sous habillage juridique 

            16 mars 2013 à 00:43

Par René Naba

Le Tribunal spécial sur le Liban ( TSL) chargé de juger les responsables de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, le 14 février 2005, devait ouvrir ses travaux le 25 mars à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye, sur fond d’une sanglante épreuve de force ente le bloc atlantiste et ses contestataires régionaux, particulièrement en Syrie et le nord du Liban dans la région de Tripoli ,où le bras de fer tourne à la guerre confessionnelle.

Intervenant à trois mois de la date présumée des élections législatives libanaises et des élections présidentielles iraniennes, la réunion de cette instance internationale apparaît comme un procès politique sous habillage juridique, visant, dans l’esprit de ses promoteurs, sinon à renflouer politiquement l’héritier problématique du clan, Saâd Hariri, à tout le moins, à faire office d’épée de Damoclès suspendue sur ses adversaires, la Syrie, sur la défensive du fait d’une guerre intestine, et ses alliés, le Hezbollah libanais et l’Iran. Lors des précédentes élections en 2008, près de cinq cents millions de dollars avaient été injectés par l’administration américaine, selon le propre aveu de Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur américain à Beyrouth, pour le triomphe de Saâd Hariri, le plus célèbre planqué du Liban, exilé depuis deux ans en Arabie saoudite à la suite son éviction du pouvoir en 2011. Usant de procédés dilatoires, à deux semaines de l’ouverture du procès, le parquet a annoncé son ajournement afin de donner du temps à la défense du mieux se préparer.

Selon les révélations du journal libanais Al- Akhbar, dont le chroniqueur judiciaire Omar Nachachibi s’est révélé au fil de l’enquête comme particulièrement averti des manœuvres de coulisses, le parquet a sélectionné les dépositions de près de 585 témoins, la plupart des cas en rapport avec la banque de données puisée dans le dossier controversé du réseau de la Téléphonie mobile libanaise, dont les enquêtes judiciaires libanaises ont révélé qu’il était largement gangréné par les services israéliens. Le Tribunal spécial sur le Liban a fait des offres de service à Omar Nachachibi, qui les a déclinés, dans une démarche qui constitue une reconnaissance des compétences indéniables du journaliste, mais dont l’effet secondaire aurait été de le réduire au silence en vertu du principe de «l’obligation de réserve».

Les témoignages contenus dans le dossier d’accusation ont été recensés par les services de sécurité proche du clan Hariri, le département du renseignement des forces de Sécurité intérieure, dirigé alors par le colonel, Wissam Al- Hassan, la dague sécuritaire du Royaume saoudien au Moyen-Orient, tué dans un attentat à la voiture piégée le 19 octobre 2012. La liste des témoins publiée le 15 janvier 2013 dans le journal Al Akhbar, à titre d’échantillon, révèle des personnes opérant au sein des firmes de télécommunications Alpha et MTC ainsi qu’un membre de la famille Hariri, Abderrahman-Nazih Hariri, mais non apparenté, semble-t-il, au clan qui aurait assuré connaître personnellement un des quatre conjurés présumés. Curieux hasard qui retentit comme une belle aubaine pour l’accusation(1).

Une justice sous influence, le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban en question
Du jamais vu dans les annales diplomatiques internationales : des démissions en cascade impliquant jusqu’ici le président de l’institution, deux procureurs et un greffier, un fonctionnement émaillé de nombreuses irrégularités, un des enquêteurs soudoyé, des arrestations arbitraires sur la base de dépositions de faux témoins, des enquêteurs agents de la CIA. Le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban chargé de juger les responsables de l’assassinat du chef du clan américano-saoudien au Liban a tourné à la farce au point d’apparaître comme une institution sous influence instrumentalisée à des fins politiques, sinistrant durablement la notion de Justice internationale en ce que dans un cas similaire, l’assassinat de l’ancien Premier ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, deux ans plus tard, n’a pas donné lieu à un tel déploiement juridico-politique, pas même une enquête de l’ONU.

Le TSL a rendu public son acte d’accusation le 30 juin 2011, le jour même où le nouveau gouvernement libanais, présidé par Najib Mikati se réunissait pour approuver sa déclaration de politique générale, en prélude au vote de confiance au Parlement libanais. La singularité de ce Tribunal d’exception, qui le frappe de suspicion, est qu’il est particulièrement soutenu par un pays, les Etats-Unis, qui n’ont pas souscrit au traité de Rome portant création de la Cour pénale internationale, et, qu’ils sont, de surcroît, financé à parité par un pays, le Liban, pour une enquête menée à charge, exclusivement à charge contre une formation majeure de la coalition gouvernementale, au mépris des règles élémentaires du débat contradictoire; un principe fondamental d’une bonne administration de la justice, au risque d’imploser le pays bailleur de fonds.

Le Liban concourt à raison de 49% d’un budget annuel de 65 millions de dollars, soit 32,5 millions de dollars environ. Un système pervers qui conduit à un autofinancement suicidaire en ce que l’acte incrimine la responsabilité de plusieurs membres du mouvement chiite Hezbollah, une liste conforme dans une large mesure aux révélations du journal Der Spiegel, en 2009, ainsi qu’aux fuites de la chaîne de télévision israélienne Canal 10, en juillet 2010. Les quatre personnes visées sont respectivement : Moustafa Badr-Eddine, 50 ans, beau-frère d’Imad Moughnieh, l’ancien chef militaire du Hezbollah. Agé de 50 ans, il est soupçonné d’avoir fabriqué la bombe utilisée dans l’attaque de 1983 contre une caserne de l’armée américaine qui avait fait 241 morts. L’homme est accusé en outre d’être le cerveau de l’attentat à la camionnette piégée qui a provoqué la mort de Rafic Hariri et de 22 autres personnes à Beyrouth le 14 février 2005.

Les trois autres prévenus son Salim Ayyache, Husseïn Ounaïssi et Assaâd Sabra, 34 ans, tous des membres du Hezbollah, soupçonnés d’être responsables de l’attentat à la camionnette piégée qui a provoqué la mort de Rafic Hariri et de 22 autres personnes à Beyrouth le 14 février 2005. Visés dans l’acte d’accusation déposé le 17 janvier 2011 et partiellement confirmé en juin de la même année par le procureur Bellemare, les quatre hommes font l’objet de mandats d’arrêt émis par le TSL et d’une «notice rouge» émise par Interpol. Le Hezbollah a réfuté toute implication et a affirmé qu’il ne livrera jamais les suspects. Le Tribunal envisage de juger par contumace les quatre prévenus. Le gouvernement libanais a annoncé en août 2011 qu’il n’avait pas été en mesure de les retrouver. A la suite de l’avis du gouvernement libanais, le président du Tribunal en exercice avait invité, dans une lettre ouverte, les quatre prévenus à comparaître devant le Tribunal, indiquant que « leur participation active demeure la meilleure garantie d’un procès juste et équitable ».

L’acte d’accusation ne mentionne pas de preuves irréfutables et irréfragables, se bornant à retenir des « preuves circonstancielles » fondées sur le relevé des données des réseaux libanais des télécommunications, longtemps et entièrement infiltrés par Israël, particulièrement du temps où l’un des protagonistes de cette affaire, le pro-haririen Marwane Hamadé, était ministre des télécommunications. Ces relevés avaient été communiqués à la Justice internationale par le « département du renseignement » relevant du colonel, Wissam Hassan, gravitant dans l’orbite directe de Saâd Hariri, hors de tout contrôle hiérarchique de l’autorité de l’Etat, l’homme clé du soutien politico-militaire saoudo-libanais à l’opposition djihadiste en Syrie.

Ainsi donc, pendant six ans, à raison d’un budget annuel de cinquante millions de dollars, le TSL et sa commission d’enquête, se sont bornés à avaliser sans recoupement, des données communiquées par une partie prenante au contentieux. La première mise en cause du Hezbollah est intervenue, via le journal Le Figaro, le 15 août 2006, au lendemain du cessez-le-feu israélo-libanais et visaient à criminaliser le mouvement chiite pour compenser les revers militaires israéliens au terme d’une guerre de destruction israélienne du Liban de 33 jours. Une telle coïncidence pose le problème de la fonction de la Justice pénale de son éventuelle instrumentalisation à des fins politiques, la satisfaction des desseins stratégiques des grandes puissances occidentales.

De nombreuses irrégularités
Le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban a été émaillé de nombreuses irrégularités, mais les deux actes qui ont porté un coup irrémédiable à sa crédibilité sont l’arrestation arbitraire de quatre officiers de l’armée libanaise et des services des renseignements consécutive à la déposition d’une dizaine de faux témoins commandités par le clan Hariri, ainsi que la corruption de certains enquêteurs internationaux. Jamil Sayed, ancien directeur de la Sûreté générale, et trois autres officiers d’autorité, le général Moustpaha Hamdane, chef de la Garde présidentielle, le général Raymond Azar, chef du Renseignement militaire, et le général Ahmed El-Hajj, chef des Services de renseignements ont été arrêtés arbitrairement, le 30 août 2005, et relâché 4 ans après, sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre eux.

Leur arrestation répondait au souci des pays occidentaux d’éliminer du théâtre de l’enquête des responsables à la personnalité affirmée pour leur substituer des partisans du clan Hariri acquis à la collaboration en vue d’orienter les investigations dans le sens souhaité par les Occidentaux en vue de son instrumentalisation contre la Syrie et le Hezbollah. Rafic Hariri était un Premier ministre lorsqu’il a été assassiné, de même que Benazir Bhutto, au Pakistan. Le Libanais sunnite a eu droit à un Tribunal international et pas la Pakistanaise chiite. Sur le plan proprement libanais, le prédécesseur libanais de Rafic Hariri, Rachid Karamé (Tripoli), a été assassiné, lui, dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre, sans bénéficier de l’attention de la justice internationale. Le statut de Rome a été ratifié le 17 juillet 1998 habilitant la Cour pénale internationale à se saisir des « crimes contre l’humanité, crimes de génocide et des crimes de guerre ». Il n’a pas qualité pour les crimes individuels.

Il n’a été ratifié ni par les Etats-Unis, ni par Israël, les deux pays les plus impliqués, paradoxalement, dans le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban. L’internationalisation d’un crime interne, s’agissant de l’assassinat d’une personnalité n’exerçant aucune responsabilité internationale, et d’un crime commis sur le territoire d’un Etat souverain dont la victime en est le ressortissant, de même que l’instrumentalisation de cette justice à des fins politiques, place le Liban sous un mandat de facto des puissances occidentales, à la merci d’un chantage permanent, occultant le débat sur le passif de l’ère Hariri, qui hypothèque, lui, l’avenir du Liban, à savoir:

Une dette publique de cinquante milliards de dollars. Une évaporation de recettes du ministère des Finances de l’ordre de quinze milliards de dollars, sous le gouvernement du tandem Hariri-Siniora. Trente millions de m2 de superficie du territoire libanais vendus à des inconnus, vraisemblablement à des investisseurs originaires des pétromonarchies du Golfe, en infraction avec la législation du pays. Près de deux cent mille naturalisés sunnites entraînant un bouleversement de l’équilibre démographique du pays dont le système politique repose sur une répartition confessionnelle du pouvoir.

Un enquêteur soudoyé
Dans une allocution télévisée dimanche 3 juillet 2011, Cheikh Hassan Nasrallah a fait diffuser une séquence vidéo montrant un des enquêteurs internationaux, l’Allemand Gerhard Lehmann, vice-président de la commission d’enquête monnayant ses informations, en train d’empocher une somme d’argent. Daniel Bellemare, de son côté, a personnellement œuvré à la levée de la note rouge placée sur Mohammad Zouheïr Siddiq auprès d’Interpol, annulant ainsi les poursuites engagées contre lui en sa qualité de « faux témoin » du procès. Ancienne garde de corps d’un opposant notoire au régime de Damas, le général Rifa’at Al- Assad, propre oncle paternel du président Bachar Al-Assad, Siddiq résiderait au Caire sous la protection des services égyptiens. Les notes Wikileaks ont révélé des rencontres périodiques entre les enquêteurs internationaux et l’ambassade américaine à Beyrouth visant à obtenir des instructions sur le cheminement de l’enquête.

Un panel d’enquêteurs en rapport avec la CIA
Robert Baer, conseiller du procureur, spécialiste des affaires islamiques, ancien officier de la CIA, avait été envoyé au Liban pour traquer Imad Moughnieh, le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Dans une interview à la chaîne de télévision d’Abou Dabi, Bauer a avoué avoir consacré quinze ans de sa mission auprès de la CIA travaillé pour le kidnapper. En 1985, il avait participé à la tentative d’assassinat de Sayed Husseïn Fadlallah, un attentat qui a tué et blessé plus de 300 personnes. Nick Caldas, australien d’origine égyptienne, ancien responsable des investigations au sein de la commission d’enquête internationale. Lié à la CIA, avait été auparavant dépêché en Irak pour créer un service de renseignements irakien sous l’autorité de l’administration américaine du pays.

  • Michael Taylor, Britannique, responsable des investigations au TSL, un ancien chef des Services de renseignements britanniques, spécialisé dans la lutte contre le «terrorisme islamiste».
  • Darrel Mendez, Américain, responsable des poursuites au bureau du procureur, «ancien des Marines et lié a la CIA et au FBI».
  • Doreid Bcherraoui, Libano-français, conseiller juridique du procureur, a été le premier à lancer, via les médias, des accusations contre la Syrie et les services libanais. hostile au Hezbollah, il passe pour être responsable de plusieurs décisions du bureau du procureur dans l’affaire des faux témoins.

Un timing suspect
La publication de l’article de Der Spiegel a eu lieu avant les élections de 2009, la remise de la première version de l’acte d’accusation a coïncidé avec les consultations parlementaires après la chute du gouvernement Hariri. La seconde version a été remise à la veille du rassemblement du 13 mars 2011 célébrant la 5e commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri en vue d’y mobiliser ses troupes. Enfin la remise de l’acte d’accusation au procureur général après la cour de cassation libanaise, Saïd Mirza, a eu lieu à la veille du vote de confiance dans le Parlement du nouveau gouvernement de Najib Mikati. Visait-elle à faire pression sur le successeur de Saâd Hariri au leadership sunnite pour le contraindre à voter la quote-part du Liban aux frais de fonctionnement du Tribunal ? A lui donner argument pour justifier sa décision de financer le tribunal ?

Une cascade de démissions
Point d’orgue de cette mascarade a été la démission, le 10 octobre 2011, d’Antonio Cassese de ses fonctions de président du tribunal, décédé peu après des suites d’une longue maladie. Grand ami d’Israël, détenteur du Prix Elie Wiesel, Antonio Cassese avait, auparavant, participé au Comité de soutien du mouvement des moujahidine Khalq, le mouvement d’opposition armé iranien, inscrit sur la liste des «organisations terroristes» de l’administration américaine. Atteint de cancer, M. Cassese aura siégé jusqu’au bout à la tête de la juridiction ad hoc.

Il a été remplacé par Sir David Baragwanath, ancien président de la New Zealand Law Commission et ancien magistrat de la High Court et de la cour of Appeal. Sa démission porte à onze le nombre des démissionnaires du Tribunal spécial sur le Liban, inaugurée par celle du greffier Robin Vincent (juin 2009), suivie de sept autres Suzan Khan (août 2009), Howard Morrison (août 2009), David Tolbert, porte-parole, (septembre 2009), Nick Kaldas, enquêteur affilié à la CIA, (janvier 2010), Radhia Achour (mai 2010), et François Côté (juin 2010), Henriette Aswad, (septembre 2010), sans oublier celle des deux enquêteurs Detlev Mehlis et Serge Bramertz. Le Hezbollah a présenté des documents sur les liens entre le TSL et Israël, réfutant preuve à l’appui, les soupçons pesant sur lui, en présentant à l’opinion publique un document attestant du « transfert d’ordinateurs du TSL vers Israël».

La liste du contenu de la cargaison numéro 29148, porte sur 77 postes d’ordinateurs desktop et leurs équipements, 20 ordinateurs portables, 57 écrans d’ordinateurs, 25 appareils sans fil, accompagné d’une demande d’exemption d’impôts directs présentée par «Miho Hiros, l’un des directeurs de l’équipe d’observateurs de la trêve appartenant aux Nations Unies, UNTSO, à Jérusalem. Tous les autres documents de même que le personnel de la commission d’enquête avaient emprunté l’aéroport de Beyrouth pour leur déplacement (2).

R. N.

Références : 

1 – A propos de la liste des témoins mise au point par le parquet du TSL. Pour aller plus loin pour à l’intention du lecteur arabophone: http://www.al-akhbar.com/node/175551 et http://www.al-akhbar.com/node/175855
2- Le document contient une demande d’exemption d’impôts directs présentée par la mission diplomatique de l’ONU à Jérusalem à la direction des douanes israéliennes. La demande a été formulée, selon une transcription phonétique, par «Miho Hiros», l’un des directeurs de l’équipe d’observateurs de la trêve appartenant aux Nations Unies, UNTSO. Les autorités israéliennes avaient ratifié cette demande d’exemption concernant la cargaison numéro 29148, dont le contenu a été mentionné également dans la demande. Le deuxième document concerne le manifeste des produits de la cargaison portant le numéro 29148 au profit de la commission d’enquête indépendante UNIIIC. Le chef du mouvement chiite libanais a montré un bordereau des douanes israéliennes attestant que 97 ordinateurs saisis par la commission d’enquête internationale avaient transité par Israël -pour décryptage ?- avant de prendre le chemin de La Haye.

Tribunal spécial sur le Liban ( TSL) chargé de juger les responsables de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, le 14 février 2005, devait ouvrir ses travaux le 25 mars à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye, sur fond d’une sanglante épreuve de force ente le bloc atlantiste et ses contestataires régionaux, particulièrement en Syrie et le nord du Liban dans la région de Tripoli ,où le bras de fer tourne à la guerre confessionnelle.

Imad Mougnieh et la responsabilité des attentats du 11 septembre
Une mise en scène pour camoufler les informations procurées de sources israéliennes ?
Imad Moughnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah, tué par une explosion à la voiture piégée à Damas, en 2008, ainsi que l’Iran ont été mis en cause dans les attentats du 11 septembre dans une déposition faite devant un tribunal du district de Manhattan, rapportait une dépêche du samedi 26 aout 2011, citant le spécialiste des affaires du renseignements au journal israélien Yedioth Aharonoth, Ronine Bergman, se référant à des responsables du renseignement américain. Selon le journal, Imad Moughnieh aurait personnellement assuré la livraison des explosifs.

Curieux cheminement que cette information qui reviendrait à imputer la responsabilité des attaques du 11 septembre aux Chiites et à blanchir rétrospectivement les Sunnites, particulièrement les alliés de l’Amérique, les adversaires implacables tant de l’Iran que des chiites qu’ils considèrent comme des parias de l’islam, alors que les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan précisément pour châtier les taliban de cette opération, l’Irak laïc pour sa connivence supposée avec Al-Qaïda, enfin le Pakistan pour l’élimination du chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden. Doublement curieux, le cheminement que cette information qui consiste à confier à un ancien responsable des services de renseignements israéliens de charger l’Iran et le Hezbollah en se référant à des anciens responsables de la CIA. Que n’a-t-on cité directement les responsables américains, sans s’abriter derrière les Israéliens. Pourquoi une telle révélation si tardive ? Pourquoi avoir attendu dix ans pour révéler une information explosive détenue par les Américains eux-mêmes ? S’agit d’il de préparer une nouvelle campagne de diabolisation de «l’axe du mal» en détournant l’attention sur la question palestinienne, en pleine offensive diplomatique pour la reconnaissance de l’État de Palestine à l’ONU.

Le lendemain, le Yedioth Aharonoth, en phase d’inspiration aiguë, faisait état de l’installation d’une base de Hezbollah à Cuba, pour servir de tête de pont au déploiement du mouvement chiite pour l’observation et le repérage des activités américaines et israéliennes dans la zone des Caraïbes. Intervenant après la chute de Tripoli aux mains de l’Otan, dans la foulée de la déstabilisation de la Syrie, la mise en cause du Hezbollah, viserait à stranguler le noyau dur de la résistance à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone en cherchant à faire rétrospectivement payer, par le biais judiciaire, au trio Hezbollah-Syrie-Iran, la responsabilité des attentats anti-occidentaux de Beyrouth, contre le QG des Marines à Beyrouth, en 1983, et les deux attentats contre l’ambassade américaine, en 1983 et 1984 (2). Les instances judiciaires de Manhattan paraissent répondre aux mêmes motivations que le Tribunal spécial sur le Liban, mettant en cause le Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri sur la base des relevés des données téléphoniques, sans tenir compte du fait que le réseau libanais des télécommunications était virussé par des taupes israéliennes. L’équipe des enquêteurs internationaux en rapport avec la CIA, affectée au service du TSL, témoigne en tout état de cause de cette préoccupation.

La mystérieuse disparition du général ALI Akhbar Asghari
La mise en scène du TSL vise-t-elle à blanchir les informations biaisées procurées de source israéliennes, par le traficotage des données téléphoniques libanaises et les informations présumées fournies sous la torture par le général Ali Akbar Asghari? Vice ministre de la défense sous le régime du Président Mohamad Khatami, évincé par son successeur Mohamad Ahmadi Nijad, le général Asghari est l’ancien responsable des Pasdarans et des services secrets iraniens au Liban. Disparu le 7 février 2007 à Istanbul, il se serait officiellement réfugié aux Etats-Unis. Des informations fuitées dans la presse laissent entendre que l’officier iranien aurait été liquidé par ses tortionnaires israéliens après un interrogatoire musclé sur la coopération du Hezbollah avec l‘Iran notamment le rôle de la brigade de Jérusalem (Faylaq Al Qods) de la garde révolutionnaire iranienne dans la défense de la banlieue sud de Beyrouth lors de la guerre israélienne contre le Hezbollah, en juillet 2006. Les aveux qui pourraient lui être attribués valent-ils quitus pour les manipulations israéliennes? Autrement dit, le général Asghari servira-t-il de blanchisseur aux turpitudes israéliennes, en accord avec les Etats-Unis. Au vu des dysfonctionnements relevés dans la mission du tribunal, la question mérite d’être posée.

A l’arrière plan d’un printemps arabe corrosif pour les principaux pivots de l’influence occidentale sur la rive arabe de la Méditerranée, -le tunisien Ben Ali et l’Egyptien Moubarak-, la valse des instances dirigeante pourrait donner le coup de grâce au Tribunal Spécial sur le Liban, déjà considérablement discrédité. Le mandat triennal du tribunal a expiré fin février 2012 et prorogé par tacite reconduction aux mépris des dispositions constitutionnelles. La cause de la justice internationale est-elle servie par une falsification permanente des preuves ? par une violation permanente des lois du pays hôte en ce que le Tribunal a été institué au mépris des procédures constitutionnelles du Liban sans approbation du président de la République, seule autorité habilitée à ratifier les Conventions internationales, sans approbation du Conseil des ministres, ni ratification par le Parlement ? Dans la perspective du retrait américain d’Afghanistan et d’Irak, la cause de la justice internationale a-t-elle servipar un dévoiement de sa fonction par son instrumentalisation en guerre de substitution de basse intensité contre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, c’est-à-dire le dernier carré des récalcitrants à l’ordre hégémonique israélo-américain .

Saâd Hariri, un héritier problématique, un dirigeant Off shore
L’histoire des Relations internationales abonde d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pas pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore. Un Chef de gouvernement dument investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique. Le mérite en revient à Saâd Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano-saoudien, dont le mandat gouvernemental constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution aux sciences politiques contemporaines.

Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remonte-contrôle), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban. Premier ministre du Liban du 27 juin 2009 au 12 janvier 2011. En 548 jours de pouvoir l’homme aura passé 200 jours hors du pays, la moitié de sa mandature gouvernementale, de surcroît, jamais un mois plein au Liban.

Chargé de l’expédition des affaires courantes dans la foulée de sa démission forcée, en janvier 2011, il vaquera à ses propres affaires, désertant et le sérail et sa capitale, dont il est l’élu, faisant le siège du royaume saoudien pour assainir ses propres affaires sinistrées par ses propos inconsidérés à l’égard de ses bienfaiteurs saoudiens, révélés par Wikileaks, ainsi que par sa gestion calamiteuse de son patrimoine qui le fera dégringoler au hit-parade des fortunes mondiales. En pleine tourmente de la révolte arabe du Printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera six mois en Arabie saoudite en quête d’un mirobolant contrat de près de huit milliards de dollars pour la construction d’un chemin de fer entre La Mecque et Médine, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.

Crime de lèse-majesté s’il en est, Saudi Oger, la florissante firme héritée de son père, accusera trois ans de retard dans la livraison du projet phare du Royaume «la route du Roi Abdallah», la grande artère de la capitale saoudienne, du fait des sous-traitances multiples de ce projet, de même que le projet de l’Université Noura Bent Abderrahman (1). L’ancien Premier ministre cherchera à compenser sa faillite par une jonglerie financière, la vente anticipée de l’espace aérien surplombant les présumées grattes ciels que sa firme libanaise « Solidere » se proposait de construire dans l’espace de Beyrouth, une transaction sulfureuse de l’ordre de douze milliards de dollars.

Ambitieux sans substrat intellectuel, celui qui passe pour le moins futé des héritiers Hariri a été choisi, au mépris des règles de la primogéniture, par le tandem Bandar Ben-Sultan, président du Conseil national de sécurité, et son beau-frère Turki Ben-Faysal, l’ancien chef des Services de renseignements saoudiens, le gestionnaire d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, avec le soutien actif du vibrionnant Jeremy Feltman, la cheville ouvrière de là contre-révolution au Moyen-Orient. Son amateurisme en politique, comme dans la gestion des affaires, lui vaudra, toutefois, fait unique dans les annales politiques du royaume saoudien, une volée de bois vert de la part d’un des éditeurs les plus en vue du journal panarabe saoudien «Al-Hayat», Daoud Al-Charyane, qui l’accusera de dilapider le prestige du Royaume et son capital par sa politique erratique et de mettre en péril le sunnisme libanais par l’exaspération des antagonismes communautaires.

L’éviction des cercles du pouvoir saoudien de son compagnon festif, le prince Abdelaziz Ben Fahd, le propre fils de l’ancien roi saoudien et un des gros actionnaires de Saudi Oger, accentuera les tourments de l’héritier présomptueux. Au point qu’un prédicateur du vendredi en Arabie saoudite se posera publiquement la question de savoir s’il était judicieux de confier les rênes d’un pays à un homme qui ne sait pas gérer correctement sa propre société. La désignation du prince Nayef Ben Abdelaziz, comme héritier du Royaume a accentué son désarroi pour avoir qualifié, au-delà des règles de la prudence politique, de « boucher » le propre fils du ministre saoudien de l’Intérieur et son principal collaborateur dans la lutte anti Qaïda en Arabie, le prince Mohamad Ben Nayef.

Ses déboires financiers ont entraîné le licenciement de près d’un millier d’employés y compris dans le fleuron de son groupe la chaîne TV «Future» et «Radio-Orient». Grand vainqueur des élections législatives qui ont suivi le retrait syrien du Liban, en juin 2005, l’homme en guise de baptême de feu, désertera le champ de bataille durant la guerre destructrice d’Israël contre son pays, en juillet 2006. Il traînera alors comme un boulet le sobriquet de « planqué de Beyrouth » par allusion à son exil de six semaines hors du Liban, durant les bombardements aériens israéliens, alors qu’en sa triple qualité de député, chef de la principale formation politique de Beyrouth et héritier du rénovateur de la capitale libanaise, sa présence sous les bombes aux côtés de ses électeurs et néanmoins compatriotes aurait eu valeur d’exemple : l’exemple du courage dans l’adversité. Son retour à bord d’un appareil de l’armée française a accrédité l’idée d’un homme revenu au pouvoir dans « les fourgons de l’étranger ».

Pressenti pour le poste de Premier ministre, en juin 2009, l’homme mettra six semaines pour former son gouvernement, qu’il laissera en pan aussitôt la confiance obtenue pour aller se reposer en Sardaigne, laissant le pays en proie à des incendies de forêts particulièrement ravageurs. Saâd Hariri empruntera le chemin de la fuite, pour la troisième fois, en novembre 2010, en plein débat gouvernemental sur le jugement des faux témoins de l’enquête sur l’assassinat de son père, entreprenant une longue tournée diplomatique de trois semaines au Koweït, à Abou Dabi, Téhéran, Moscou et Paris, pour se donner une contenance internationale, à défaut de consistance, accréditant l’idée d’un fugitif.

La 4e fuite interviendra, au printemps 2011, au moment de la publication de l’acte d’accusation du Tribunal spécial sur le Liban pointant du doigt la responsabilité du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri. Le journal Libération, charitable, se dévouera pour justifier son absence du Liban par une mystérieuse tentative d’assassinat dont il aurait été la cible sur le chemin de l’aéroport de Beyrouth, alors que le fugitif n’avait plus mis les pieds dans son pays depuis plus de trois mois, se plaçant à l’abri en France pour s’épargner les retombées politiques de sa connivence avec la Justice internationale; une connivence marquée notamment par l’incarcération abusive de quatre officiers supérieurs libanais pendant quatre ans sur la base de faux témoignages présentés par des hommes aiguillonnés par le clan Hariri.

L’homme a justifié sa longue absence du Liban par les menaces physiques contre sa personne, comme s’il était le seul dirigeant libanais en danger dans un pays ouvert à tous les vents, en proie à une quasi-guerre civile, comme si le chef du Hezbollah libanais, Cheikh Hassan Nasrallah, n’encourait pas de plus grands risques alors qu’il fait l’objet d’une traque minutieuse depuis près de vingt ans par la quasi-totalité des services israéliens et américains secondé par les autres services occidentaux et arabes, sans jamais fuir son pays.

En six ans, l’homme de la relève aura fui quatre fois, soit une fuite en moyenne tous les dix-huit mois. N’est pas Invectus (l’Invincible) qui veut. Le credo quotidien de Nelson Mandela, scandé depuis sa captivité à Robben Island (Afrique du Sud), ne constitue manifestement pas sa déclamation quotidienne : « aussi étroit soit le chemin, bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme, Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme». Signe de son attachement au Liban, sa famille réside à Riyad et les vacances familiales du couple ne se passent, jamais au Liban, toujours dans les pays étrangers en France, en 2009, dans la foulée de sa nomination comme Premier ministre, en Sardaigne, en 2010, dans la foulée de la passe d’armes avec le Hezbollah à propos des faux témoins du Tribunal spécial sur le Liban. Son épouse, Lara Al Azm, fille de l’homme d’affaires syrien Bachir Al-Azm, un des plus gros entrepreneurs de travaux publics d’Arabie saoudite, n’a jamais fait d’apparition publique au Liban et ni participé à la moindre manifestation caritative ou culturelle dans le pays dont son mari est le chef du gouvernement

Références

  • 1- Le document contient une demande d’exemption d’impôts directs présentée par la mission diplomatique de l’ONU à Jérusalem à la direction des douanes israéliennes.
  • La demande a été formulée, selon une transcription phonétique, par «Miho Hiros», l’un des directeurs de l’équipe d’observateurs de la trêve appartenant aux Nations unies, UNTSO. Les autorités israéliennes avaient ratifié cette demande d’exemption concernant la cargaison numéro 29148, dont le contenu a été mentionné également dans la demande.
  • Le deuxième document concerne le manifeste des produits de la cargaison portant le numéro 29148 au profit de la commission d’enquête indépendante UNIIIC.
  • Le chef du mouvement chiite libanais a montré un bordereau des douanes israéliennes attestant que 97 ordinateurs saisis par la commission d’enquête internationale avaient transité par Israël -pour décryptage ? – avant de prendre le chemin de La Haye.
  • 2- Le bureau de la défense du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a désigné le 26 octobre 2011, huit avocats pour les quatre prévenus membres du Hezbollah, commis d’office pour le procès en contumace qui devrait se tenir en 2012. Chaque prévenu a eu droit à un conseil principal et un co-conseil. Me Antoine Korkmaz, avocat franco-libanais défenseur du général Jamil As Sayed, qui poursuit le parquet international pour son incarcération abusive, a été chargé de la défense de Moustapha Badreddine; Eugene d. Sulivan (GB) et Émile Aoun (Liban) pour Salim Ayyache; Vincent Courcel de la brousse (français, ancien du tribunal spécial pour la Rwanda) et Yasser Hassan (Liban) pou Hussein Oneissi ; David Yoing (GB et Gwenaelle Metro Assal (ancien du TPS Yougoslavie) pour Y Sabra.

 

http://www.algerienews.info/un-proces-politique-sous-habillage-juridique/

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