Les algériens et l’école : Entre opinion qualifiée et opinion de citoyen (1re partie)

Publié le par Mahi Ahmed

Les algériens et l’école : Entre opinion qualifiée et opinion de citoyen (1re partie)

Les Algériens et l’école. Le sujet est d’actualité. Comme de nombreux autres en ont beaucoup parlé, mais les premiers concernés, c’est-à-dire les Algériens, parents d’élèves ou citoyens, ont été peu sollicités sur ce sujet, pour ne pas dire pas du tout.

 

Ce premier sondage se veut un pas dans le but de leur donner la parole. La publication rapide, motivée d’abord par des impératifs d’actualité, ne doit pas occulter les problèmes méthodologiques, ou même de démocratie que pose ou amène un sondage de ce type. Le premier et non des moindres est : faut-il une qualification pour émettre un avis sur l’école ? Autrement dit, que vaut l’avis sur l’école de la frange de la population qui n’y a pas eu accès ou qui n’y a eu qu’un accès limité ? L’avis des parents d’élèves est-il plus qualifié ou plus légitime que l’avis des autres citoyens ? La démarche que nous avons adoptée était de ne pas procéder par exclusion a priori, mais de faire les séparations nécessaires au moment de l’analyse. Un tel pari est toutefois difficile car l’actualité ne laisse pas le temps nécessaire pour prendre suffisamment de recul. En pratique, la difficulté qui surgit est que précisément la population (adulte) dont le niveau d’instruction est faible (disons d’analphabète jusqu’au niveau moyen) a une manière de répondre particulière sur de nombreuses questions, comme la manière dont l’école remplit son rôle, le niveau de l’école, la méthode d’enseignement, la place des différentes matières, etc.

Une partie importante répond en effet « Je ne sais pas », préférant ne pas donner d’avis sur une question sur laquelle elle ne se sent pas qualifiée. Une autre tout aussi importante se place dans un avis médian qui, en quelque sorte, tempère les extrêmes. Quelle lecture faut-il faire alors de cet équilibrage forcé ? Ne faut-il pas s’en abstraire par une méthode ou une autre ? Quelle valeur auraient alors les résultats ? La publication des résultats renvoie donc à toutes ces questions qui n’ont pas de réponses immédiates. On ne nous en voudra pas donc, je l’espère, de les avoir quand même proposées à publication. Cette publication fera sans doute aussi avancer le débat. Mais avant tout, elle livre des résultats intéressants. Le premier est que les Algériens, tout au moins les adultes, ont une vision de la manière dont l’école remplit ses différents rôles qui n’est pas très tranchée. Ceux qui trouvent qu’elle remplit ces rôles de manière satisfaisante ne constituent pas la majorité. Ceux qui trouvent qu’elle ne les remplit pas du tout ne sont pas majoritaires non plus. On se retrouve donc dans une situation médiane, mais il faut savoir que, plus le niveau d’instruction est élevé et plus les personnes interrogées ont un point de vue critique. Les opinions sur le niveau ou la méthode d’enseignement sont moins équilibrées. La balance penche plutôt du côté de ceux qui sont les plus critiques.

Concernant la place des différentes matières, on ne serait pas surpris de trouver qu’en majorité les Algériens trouvent que pour bon nombre d’entre elles, comme les matières scientifiques, l’histoire et la géographie, la langue arabe, les Algériens trouvent que la place qui leur est accordée est suffisante. Ils trouvent par contre insuffisante la place dédiée au sport, à la musique, au dessin et à… l’éducation religieuse. Doit-on être surpris aussi, si, dans leur majorité, les Algériens approuveraient l’enseignement des matières scientifiques en langue étrangère ? Surprise aussi, qui à elle seule aurait justifié cette publication, on apprend que la majorité des Algériens sont pour l’enseignement de tamazight sur tout le territoire national, même si cet enseignement partage ceux qui voudraient qu’il soit obligatoire et ceux qui le voudraient facultatif. Reflet de la réalité aussi, la proportion de parents ayant au moins un enfant qui prend des cours particuliers est très élevée, de la même manière que l’est celle de ceux qui ont au moins un enfant fréquentant ou ayant fréquenté une école coranique en complément à l’école publique. Enfin, sur la semaine scolaire à 5 jours, une majorité approuve la mesure mais sans nécessairement partager celle de l’allongement de l’année scolaire. Il faut toutefois noter que pour la première, il est peut-être un peu prématuré pour juger, le sondage ayant été réalisé à un moment où les Algériens n’avaient pas encore eu le temps d’en voir les différentes facettes.

*         L’auteur est : Directeur ECOtechnics

 

La méthode du sondage

 

Il porte sur l’école définie comme les niveaux du primaire et du moyen. Il a été réalisé du 23 au 29 Septembre, auprès d’un échantillon représentatif de la population algérienne de 18 ans et plus de 1243. La méthode d’échantillonnage est celle des quotas, avec comme variables de quotas, la région, la dispersion géographique, le sexe, l’âge et le niveau d’instruction. C’est la méthode la plus couramment utilisée pour les sondages d’opinion. C’est le cas en France par exemple où les sondages d’opinion sont réalisé systématiquement suivant cette méthode sur des échantillons d’une taille similaire. La méthode consiste à répartir l’échantillon à enquêter suivant les variables de quota exactement de la même manière que la population mère se répartit suivant ces variables. Dans de nombreux pays les variables utilisées se limitent au sexe, la CSP (Catégorie socioprofessionnelle) et l’âge. Dans notre cas on a rajouté la région et la dispersion géographique. Par ailleurs on a préféré utiliser le niveau d’instruction de préférence à la CSP. Cette dernière est en effet plus délicate à repérer sur le terrain et augmente ainsi le risque de ne pas enquêter autant d’individus par CSP qu’on le voudrait mais surtout pourrait fausser l’analyse. Le niveau d’instruction est lui aussi bien relié que la CSP à pratiquement tous les phénomènes socio-économiques. Les régions utilisées sont les suivantes : Nord Est, Nord Centre, Nord Ouest, Alger, Kabylie, les Aures, Hauts plateaux Est, Hauts plateaux, Ouest, Sud Est, Sud Ouest. La dispersion géographique distingue entre l’urbain et le rural. Quatre tranches d’âge sont distinguées : 18-24 ans, 25-34, 35-54, et 55 et plus. Cinq niveaux d’instruction sont distingués : Analphabète, primaire, moyen, secondaire, supérieur. Une équipe de 31 enquêtrices et 6 contrôleurs a été utilisée pour ce sondage. Il a été réalisé sur environ 74 communes réparties sur les régions citées. Dans chaque commune le sondage s’est déroulé sur plusieurs points d’enquête dans le rural et l’urbain.

Les questions posées

Elles sont relatives d’une part aux rôles de l’école et le degré suivant lequel sont assumés ces rôles, le niveau d’enseignement et les raisons perçues pour expliquer ce niveau, la méthode d’enseignement, la place donnée aux différentes matières, l’avis sur une proposition d’enseignement des matières scientifiques en français, les mesures envisageables pour réformer l’école, les mesures récentes sur le week end et l’année scolaire, l’enseignement de tamazight et enfin quelques questions s’adressant seulement aux parents d’enfants scolarisés : le secteur juridique d’enseignement, les cours particuliers, les cours à l’école coranique. Les questions ont été posées à tous les personnes interrogées sans distinction du fait qu’elles soient ou non parents d’enfants scolarisées. L’exploitation du sondage permet évidemment de différencier ces deux catégories. Les questions ont été posées en arabe, en français ou en kabyle suivant la langue que comprenait l’interviewé.

 

Par Saïd Ighilahriz

Un sondage d’ecotechnics réalisé pour El Watan

Seuls 20% des Algériens jugent que le niveau de l’école est bon

L’école vue par les Algériens. Voilà un sujet bien corsé qui a de quoi alimenter de longues et passionnantes discussions. El Watan a résolu d’en faire un sujet de sondage, en partenariat avec l’institut Ecotechnics. Réalisé selon la méthode des quotas, ce sondage d’opinion a été mené entre le 23 et le 29 septembre dernier et a touché un échantillon de 1243 personnes issues de 74 communes. Le questionnaire soumis aux personnes sondées s’est évertué à embrasser toute la problématique d’une école que l’on se plaît à qualifier de « sinistrée ». Que pensent les Algériens du rôle qui devrait être assigné à l’école ? Quid du niveau et de la qualité de l’enseignement dispensé ? Quel est leur avis sur le retour du français dans les programmes ? Que pensent-ils des méthodes pédagogiques en vigueur, de l’enseignement de tamazight, ou encore, sujet qui a emballé l’opinion cet été, du nouveau week-end et son impact sur l’agenda scolaire ? Voici en gros l’écheveau des questions qui ont structuré ce sondage.Les tendances qui se dégagent, est-il aisé de le deviner, plaident sans hésitation pour une réforme autrement plus hardie du système éducatif actuel qui souffre, déplore-t-on, de problèmes de vision, de management et de méthode. Sur le rôle de l’école, la majorité des personnes sondées (93%) estime qu’il consiste en premier chef à compléter l’éducation donnée par les parents. Pour ce qui est du niveau de l’enseignement délivré par l’école algérienne, seuls 20% le jugent satisfaisant.

 

Quelque 49% des personnes sondées trouvent la qualité de l’enseignement prodigué tout juste moyenne. Concernant la méthode pédagogique utilisée, 59% pensent qu’elle privilégie la mémorisation et la restitution mécanique des connaissances acquises au détriment de l’esprit critique. Sur la question « controversée » du statut de la langue française et sa place dans l’enseignement, il ressort de ce sondage que 59% des Algériens sont favorables à l’introduction du français dans l’enseignement, particulièrement dans celui des matières scientifiques et techniques. Un autre groupe de questions a porté sur les solutions à imaginer afin d’améliorer la prestation de l’école algérienne. 63% des personnes sondées ont été unanimes sur au moins trois points. Les Algériens souhaitent voir des enseignants mieux formés, un emploi du temps soulagé pour les élèves et des méthodes pédagogiques plus inventives. D’aucuns insistent sur la nécessité d’assurer une formation continue aux instituteurs de façon à ce qu’ils actualisent leurs connaissances. La même enquête montre une inquiétude grandissante des parents d’élèves quant à la surcharge des classes. On déplore par ailleurs la dimension « antipédagogique » du volume horaire, pour les élèves de l’enseignement primaire en particulier.

Il est également souhaité une révision des programmes dans le sens d’un meilleur « dosage » des matières, avec priorité aux matières scientifiques, aux langues étrangères et à l’outil informatique. Sur les méthodes pédagogiques employées, les Algériens attendent des techniques « plus attrayantes » dans la transmission du savoir. L’accent est également mis avec acuité sur les relations professeur-élève et sur la nécessité d’accorder plus de considération à la personnalité de l’écolier et son potentiel, tout en bannissant les méthodes coercitives. Au sujet du nouveau week-end, 57% des sondés adhèrent à la semaine de 5 jours en milieu scolaire. En revanche, 48% voient d’un mauvais œil l’allongement de l’année scolaire au 5 juillet pour compenser la demi-journée perdue. Autre mérite du sondage d’Ecotechnics : il permet de mesurer la pénétration des écoles privées dans les mœurs. Il ressort que seules 0,9% des personnes interrogées ont des enfants inscrits dans des établissements privés. Le recours aux cours particuliers est le fait de 24,2% des sondés. On notera également la place grandissante qu’occupent les madariss qoraniya dans le cursus de nos élèves. En effet, 34% des parents approchés ont déclaré que leurs enfants suivaient des cours coraniques. Pour l’enseignement de tamazight, 21% affirment que leurs enfants reçoivent des leçons de cette langue. On retiendra enfin que 38% des personnes questionnées sont pour « tamazight di lakul ».

 

Par Mustapha Benfodil

Incompétence des enseignants et surcharge des classes

La proportion de l’opinion qui pense que le niveau de l’école algérienne est bon est plutôt faible (moins de 20%), alors que ceux qui pensent que le niveau est bas sont 26%. La majorité – près de 50% – est d’avis que le niveau est moyen.

 

On observe des écarts significatifs, mais pas excessifs, entre sexes, régions, tranches d’âge ou entre l’urbain et le rural, dans le jugement que l’enseignement est d’un bon niveau ou non. La variable la plus discriminante est, ici, le niveau d’instruction : les analphabètes sont 32% à trouver que le niveau est bon contre seulement 13% des sondés du supérieur. On observe une plus grande tolérance de ceux qui sont parents d’écoliers par rapport au niveau de l’enseignement : 25% des parents pensent que le niveau est bon contre 18% des non-parents.

Les raisons de ceux qui trouvent que le niveau est bon

Pour tester les raisons qui expliqueraient le bon niveau, on a proposé aux personnes interrogées les trois raisons suivantes : la compétence des enseignants, la méthode d’enseignement qui est bonne, les élèves qui font beaucoup de matières. Parmi les personnes qui pensent que le niveau est bon – environ 20% de notre population d’Algériens adultes – l’écrasante majorité approuve ces différentes raisons. Le bon niveau des enseignants recueille 91%, la méthode d’enseignement 87% et enfin le fait qu’il y ait beaucoup de matières enseignées 84%. On n’observe pas de différences entre ruraux et urbains ou entre hommes et femmes ou enfin entre les différentes tranches d’âge. Il est remarquable de noter ici qu’il n’y a pas non plus de différences entre les différents niveaux d’instruction. En fait, tout se passe comme si dès lors qu’on entre dans la catégorie des personnes qui acceptent l’idée que l’école serait d’un bon niveau, les différences s’estompent considérablement.

Niveau moyen ou bas

On a aussi proposé, à ceux qui disent que le niveau de l’école est moyen ou bas, une série de raisons qu’ils peuvent ou non partager. Ce sont : les enseignants ne sont pas compétents, les élèves ont trop de matières, la méthode d’enseignement est mauvaise, les classes sont surchargées, on n’enseigne pas suffisamment de matières en langue étrangère. Rappelons que ceux qui jugent le niveau moyen ou bas constituent 75% (49% le jugent moyen et 26% bas).Pour donner les raisons du fait que le niveau soit moyen ou bas, la raison du nombre trop élevé de matières est citée par 86% des personnes sondées, celle de la surcharge des classes par 80% et celle de la mauvaise méthode par 79%. L’incompétence des enseignants vient relativement loin derrière avec 64%. Vient enfin le fait qu’on n’enseigne pas suffisamment de matières en langue étrangère, qui ne recueille que 45%. 25% des personnes jugeant le niveau moyen ou bas citent d’autres raisons pour expliquer cela, notamment sur les rôles respectifs des parents et de l’administration.

On a demandé ensuite aux personnes interrogées de sélectionner les trois premières raisons pour lesquelles, d’après elles, le niveau de l’enseignement est moyen ou bas et de les classer. Les résultats font apparaître 30% environ qui citent comme première raison l’incompétence des enseignants, 28% le nombre élevé de matières, 19% la méthode d’enseignement qui serait mauvaise : 9% citent en premier d’autres raisons et enfin seulement 1% le fait qu’on n’enseigne pas suffisamment de matières en langue étrangère. La prise en compte du nombre de personnes qui citent une raison donnée comme expliquant le niveau moyen ou bas du niveau et qui le citent aussi comme 1re, 2e ou 3e raison, fait apparaître deux raisons principales qui arrivent à égalité pratiquement : l’incompétence des enseignants et le nombre de matières trop élevé. Vient ensuite, mais avec une importance deux fois moindre, la mauvaise méthode d’enseignement et enfin, presque à égalité, la surcharge des classes. Presque avec la même importance viendraient les différentes raisons citées par les enquêtés eux-mêmes.

Enfin, la faiblesse du nombre de matières enseignées en français a un poids pratiquement négligeable. Il n’y a pratiquement pas de différence entre les classements des ruraux et ceux des urbains et dans les classements suivant les différentes tranches d’âge. Certaines différences existent par contre entre les hommes et les femmes ; ces dernières mettent plus l’accent sur le nombre de matières et la surcharge des classes, alors que les hommes insistent plus sur la compétence des enseignants ou d’autres raisons qu’eux-mêmes avancent. Les différences suivant le niveau d’instruction sont aussi importantes. Beaucoup plus que les autres niveaux d’instruction, ceux qui sont les plus élevés ont en effet tendance à avancer beaucoup plus la méthode d’enseignement comme explication du niveau moyen ou bas de l’enseignement. La situation individuelle (occupé, chômeur, femme au foyer, retraité, etc.) ne montre pas non plus de différence très accentuée quant aux manières d’expliquer le niveau de l’enseignement ainsi que dans le classement de ces raisons. Enfin, il existe quelques différences selon que l’on soit parent d’élève ou non. Par exemple, pour la compétence des enseignants, ils sont 61% des parents à l’approuver, mais 66% des non-parents dans le même cas.

Maths, sciences, physique et chimie

59% favorables à l’usage d’une langue étrangère

La francophonie a encore de beaux jours devant elle et les Algériens en expriment le besoin. C’est ce qui ressort du sondage qui a touché un échantillon représentatif de la population adulte algérienne.

 

Ils sont pas moins de 59% à revendiquer l’enseignement des matières scientifiques en langue française et ce, afin « d’améliorer le niveau de l’école algérienne ». Contrairement à certaines idées distillées sur une soi-disant résistance de la société algérienne à la langue de Molière, le sondage en question fait ressortir que la majorité des Algériens sont plus pragmatiques que leurs dirigeants et qu’ils sont libres de tout calcul ou moule idéologique. Alors qu’on les disait majoritaires et nombreux, le même sondage avance que le courant de l’arabisation est bien minoritaire dans la société. Seuls 26% se sont exprimés pour le maintien de l’enseignement en arabe ; 10% se sont abstenus de répondre ; 5% trouvent l’option de l’enseignement en langue étrangère ni bonne ni mauvaise et seulement 1% ont défendu la langue de Shakespeare pour enseigner les mathématiques, les sciences, la technologie et la physique et chimie. L’analyse des réponses montre qu’à la proposition d’enseigner les matières techniques en français, « la proportion de personnes favorables augmente avec le niveau d’instruction. Elle passe ainsi de 51% pour les analphabètes à 68% pour le supérieur », souligne l’étude. Ainsi, sans tenir compte des 10% qui disent ne pas savoir, la proportion des personnes favorables « atteint des niveaux élevés pour tous les niveaux d’instruction. Elle arrive à 69% parmi les analphabètes, et à un chiffre quasi identique pour celle des individus du supérieur, soit 68% ». Une remarque qui montre que la société algérienne, dans toutes ses composantes, est ouverte et tend à trouver des solutions sans complexe à même de donner à l’école algérienne un second souffle porteur de salut.

« Il semblerait qu’il y ait réellement un intérêt de la population relativement à l’enseignement des matières scientifiques en français. Ceci est assez paradoxal dans la mesure où lorsqu’on a proposé aux personnes sondées le faible nombre des matières enseignées en français comme explication du faible niveau ou niveau moyen de l’enseignant, cette explication ne recueillait pas un score très élevé. Elle était rarement classée aussi parmi les trois raisons prioritaires. Il faudrait donc sans doute interpréter cet intérêt comme une absence de rejet a priori d’une solution, même si elle peut être affectivement et politiquement chargée », indique l’analyse de Saïd Ighilahriz, directeur de l’institut Ecotechnics. L’intérêt pour l’utilisation du français est en effet important et il s’est exprimé à travers des réponses apportées à une autre question. Interrogeant les personnes sondées sur le système d’enseignement parallèle, plus communément appelé « phénomène des cours particuliers », le sondage fait ressortir que 24,2% des Algériens « ont au moins un enfant du niveau primaire ou moyen qui a pris des cours particuliers l’année passée ». Au-delà de ce que révèle ce chiffre sur le besoin en cours de soutien, il est à relever aussi que le français est la deuxième matière, après les mathématiques, pour laquelle les parents inscrivent leurs enfants à des cours particuliers. 40% des élèves ont recouru à l’enseignement parallèle pour apprendre le français, contre 70% pour les mathématiques, 31% pour la physique et 11% pour l’arabe. Un franc camouflet lancé à la face du système d’arabisation imposé par Boumediène au nom d’un conservatisme aveugle ne prenant pas en ligne de compte le besoin de s’adapter aux exigences du développement.

Ce que les pouvoirs publics ont refusé à la société, mais pas aux enfants de la nomenklatura, en imposant une arabisation dirigée et orchestrée par une « qaoumia arabya » dont il ne subsiste que le nom dans une Algérie post-indépendance en mal de savoir-faire technique, a signé l’annihilation du système éducatif algérien. Aujourd’hui, la société algérienne prouve encore une fois qu’elle est largement en avance sur les institutions qui sont censées trouver des réponses adéquates pour sauver l’école des calculs politiciens. La société renvoie à ces mêmes institutions les complexes et les résistances dont ils l’affligeaient pour justifier du choix de politiques aventureuses. La société leur dit que tout n’est que vent devant la quête d’une véritable école productrice de savoir.

 

Par Nadjia Bouaricha

L’enseignement des matières scientifiques en français

A la question : « Y a-t-il des gens qui pensent que parmi les choses qui pourraient améliorer (davantage) le niveau de l’école algérienne, serait d’enseigner les matières scientifiques (maths, sciences, technologie, physique, chimie) en langue étrangère et laisser les autres en arabe ? », 59%, soit la majorité, seraient de cet avis.

 

26% trouvent que ce serait une mauvaise chose. 10% ne savent pas, alors que 5% la trouvent ni bonne ni mauvaise, et 1% bonne si le changement de langue se fait pour l’anglais. Le score atteint est relativement élevé et il convient de tenter une explication. On a vu à plusieurs reprises dans les résultats de ce sondage que les réponses des personnes qui ne se sentaient pas qualifiées pour répondre à des questions techniques sur l’enseignement préféraient s’abstenir ou avancer une réponse conformiste. Dans le cas qui nous concerne, adopter une réponse conformiste serait d’être du même avis que celui cité dans la question. La première idée est donc d’enlever cet effet en analysant les réponses par niveau d’instruction. Si on le fait, l’analyse montre qu’effectivement la proportion de personnes favorables à la proposition augmente avec le niveau d’instruction. Elle passe ainsi de 51% pour les analphabètes à 68% pour le supérieur. En réalité, les proportions pour les analphabètes, les primaires et les moyens, sont quelque peu faussées par les importantes proportions de personnes qui répondent « je ne sais pas ». Si on ne tient pas compte de la population qui répond « je ne sais pas ». La proportion de personnes favorables à l’idée devient beaucoup plus fluctuante, mais elle atteint des niveaux élevés pour tous les niveaux d’instruction.

Elle devient 69% parmi les analphabètes. Quasi identique à celle des individus du supérieur, soit 68%. Les autres variables où le niveau d’instruction ne montre pas de différences notables : les différences entre les ruraux et les urbains, les femmes et les hommes, et entre les différentes tranches d’âge qui ne montrent pas de différences notables. Le même constat peut être fait quand on analyse les réponses selon la situation individuelle. Il faut toutefois tenir compte ici de l’effet du niveau d’instruction qui se ressent fortement chez les retraités et les femmes au foyer. Ces catégories sont en effet celles où la réponse « je ne sais pas » est la plus fréquente. Pour ces catégories, la proportion d’avis favorables est « mécaniquement » surestimée. Enfin l’analyse ne montre aucune différence dans les réponses, selon que la personne est parent d’élève ou non. Au total, il semblerait qu’il y a réellement un intérêt dans la population relativement à l’enseignement des matières scientifiques en français. Ceci est assez paradoxal dans la mesure où lorsqu’on a proposé aux personnes sondées le faible nombre des matières enseignées en français comme explication au faible niveau ou au niveau moyen de l’enseignement, cette explication ne recueillait pas un score très élevé. Elle était rarement classée aussi parmi les trois raisons prioritaires. Il faudrait donc sans doute interpréter cet intérêt comme une absence de rejet a priori d’une solution, même si elle peut être « affectivement et politiquement chargée ».

Week-end et année scolaire : OK pour les cinq jours mais…

La réduction du nombre de jours travaillés de 6 à 5 introduite par le ministère de l’Education avec le nouveau week-end est jugée judicieuse par 57% des sondés.

 

Mais 36% pensent quand même qu’elle est mauvaise. 6,4% ne savent pas. Cette dernière proportion se retrouve dans les différentes composantes de la population adulte, y compris dans les différents niveaux d’instruction. Une analyse plus fine montre qu’il n’y a pas beaucoup de différences suivant la dispersion géographique (urbain ou rural), suivant le sexe ou l’âge. Ni même selon le niveau d’instruction. Il faut noter par contre un phénomène important, qu’on a observé sur les autres aspects de ce sondage, à savoir la proportion relativement importante de personnes qui répondent « je ne sais pas » chez les analphabètes (15% contre 2,4% chez les personnes de niveau d’instruction supérieur).

Si on ne prend pas en compte ces personnes, il apparaît nettement, alors que la proportion de personnes qui trouvent l’idée judicieuse baisse avec le niveau d’instruction. Du reste, sans même enlever ces personnes du calcul, il y a environ 29% qui ne trouvent pas l’idée judicieuse chez les analphabètes contre 49% chez les personnes de niveau supérieur. La contrepartie naturelle de ce changement, qui est l’allongement de l’année scolaire (jusqu’au 5 juillet), est par contre jugée négativement : 48% jugent qu’elle est mauvaise contre 46% qui jugent qu’elle est bonne. 6% ne savent pas. Il faut noter que 40% environ des personnes qui jugent la décision judicieuse de réduire la semaine à cinq jours trouvent dans l’allongement de l’année scolaire une mauvaise idée.

http://www.elwatan.com/Sondage,214

Publié dans Economie et société

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