Leçons théoriques, leçons politiques

Publié le par Mahi Ahmed

Leçons théoriques, leçons politiques

Jean Lojkine [1]


1

L’échec de l’expérience soviétique et celui de la social-démocratie en Europe ont pour nous une double et même origine politique et théorique. L’échec politique est celui de l’étatisme et de l’intervention des masses « par en bas » ; c’est aussi l’obstacle « politico-culturel » qu’a représenté pour une véritable intervention des masses la mise en œuvre des politiques économiques et des gestions des entreprises nationalisées. Dans les pays capitalistes, non seulement la nationalisation a été identifiée à l’étatisation, mais la gestion des entreprises publiques a été dominée par le modèle de la rentabilité capitaliste ; dans les deux systèmes économiques (capitaliste et soviétique), le gouvernement de l’État et des entreprises a été monopolisé par une élite technocratique, que ce soit dans l’accumulation primitive soviétique (industrialisation accélérée et collectivisation forcée des campagnes) ou dans le détournement des nationalisations en un capitalisme d’État subordonné au système capitaliste national et mondial dans le cas français.

2

L’échec théorique, c’est l’incapacité jusqu’ici à penser la nouveauté du capitalisme informationnel et de son dépassement, malgré les nombreuses tentatives d’actualisation de l’héritage marxiste (notamment celle de Negri et de son analyse du « capitalisme cognitif » [2]) ; le poids du modèle industriel et de la croyance téléologique issue de Marx en une transition quasi inéluctable du capitalisme « mûr » en un capitalisme d’État, un « capitalisme monopoliste d’État » (CME), « antichambre du socialisme » a pesé et pèse toujours. Le rejet de cet héritage marxiste par la social-démocratie européenne (Bad Godesberg), aujourd’hui théorisé par le sociologue Anthony Giddens [3], ne va pas remplir ce vide théorique. La « troisième voie » espérée dans la Suède ou la Grande-Bretagne de Tony Blair ne résiste pas à l’heure des bilans : le nouveau capitalisme a partout des traits communs, même là où l’État-providence fut le plus développé dans les années 1950-1960 (Suède, Danemark, Norvège) : les voies de la précarisation sont diverses (chômage déclaré ou petits boulots, travail à temps partiel), et le mythe du plein emploi ne tient plus : l’éviction des inactifs jugés incapables de trouver un emploi de la liste des chômeurs déclarés peut ainsi faire passer le taux officiel de chômage de 20 à 5 % comme aux Pays-Bas, mais qui est encore dupe ?

3

l’échec du système soviétique condamne-t-il le recours au plan ? Ne faut-il pas plutôt revenir sur les tentatives mises en œuvre, malgré l’échec final, pour élaborer un système transitoire où coexistent de façon conflictuelle plan centralisé et mécanismes de marché (autonomie financière des entreprises, recours aux prix de production…), qu’il s’agisse de la NEP (nouvelle politique économique) de Lénine dans les années 1920, des tentatives de réformes économiques des années 1960 dans les pays socialistes (avec le rôle de laboratoire d’expérimentation économique joué par la Hongrie), ou de la perestroïka de la période Gorbatchev ?

4

La nature même du « collectivisme » soviétique est en débat dans la mesure où l’on peut y voir à la fois un capitalisme d’État et un système hybride bien que dominé in fine par le système capitaliste. Mais alors comment expliquer la différence entre le capitalisme occidental et le capitalisme d’État en Union soviétique ? L’explication proposée par Jacques Sapir [4] vaut pour la période de l’économie de reconstruction et de mobilisation militaire. Les liens sont effectivement étroits entre le « modèle du capitalisme d’État allemand » mis en avant par Lénine en 1918 [5] et la mobilisation politico-économique d’un pays ruiné et menacé par la famine. Mais qu’en est-il après la reconstruction, dans les années 1960 ? S’est-il agi d’un système hybride, à la fois marchand et non marchand ?

5

Malgré les apparences, il était marchand de par la présence (non dominante) du marché (marchés du travail, des produits de consommation individuelle, des moyens de production pour les échanges internationaux), mais aussi globalement non marchand de par la substitution des « valeurs indices » de la « planification intégrale » (Bettelheim [6], Roland [7]) aux valeurs d’échange des marchés capitalistes. Selon la formule de Sapir, le système soviétique est bien un système marchand mais non « commercial », puisqu’il produit des marchandises qui ne sont pas vendues par les producteurs. Les relations acheteurs-vendeurs ne sont en effet pas commerciales, puisque acheteurs et vendeurs ne sont pas en relation directe, les uniques acheteurs et vendeurs étant des organismes d’État. En fait, les relations marchandes commerciales se sont développées localement entre entreprises, entre entreprises et main-d’œuvre locale (pour faire face à la pénurie chronique de cette dernière), entre entreprises et particuliers (marché noir, marché kolkhozien), mais sans véritable cohérence au niveau de la régulation globale, avec les indices du plan et les prix toujours fixés centralement.

6

Ce système hybride n’a-t-il pas finalement été subordonné au système économique mondial dominant (capitaliste) par le commerce extérieur et, à l’intérieur, par la reproduction de la division sociale (capitaliste, marchande) du travail dans les entreprises comme dans la sphère politique (Bettelheim [8]), preuve décisive qu’il n’y eut pas une véritable appropriation, possession sociale par les travailleurs des moyens de production et d’échange ? La propriété étatique ne s’est pas transformée en une véritable socialisation des moyens de production. La leçon ne vaut-elle pas également pour l’expérience occidentale, et notamment française, des nationalisations de 1945 à 1997 ?

7

la conversion étonnante en 1991 à l’ultralibéralisme capitaliste de la nomenklatura soviétique [9] (de tous les dirigeants de l’appareil bureaucratico-économique et des grands combinats industriels), mais aussi la conversion culturelle, dans l’Occident capitaliste, des hauts fonctionnaires représentants de l’État dans les conseils d’administration des entreprises nationalisées, en dit long sur la puissance idéologique mondiale de la culture capitaliste de gestion. Comment expliquer autrement aujourd’hui la cession par les instances européennes (l’UE, mais aussi les représentants des différents États), sans aucun contrôle, de la production des normes comptables européennes à un organisme privé, l’IASB (International Accounting Standards Board), dominé par les milieux financiers et les grands cabinets d’audit anglo-saxons [10] ?

8

On pourrait s’étonner que nous mettions sur le même plan l’absence d’intervention des masses dans un pays marqué par l’analphabétisme et par l’absence de culture des masses paysannes dans la Russie de 1917 (Lénine n’hésite pas à parler d’un prolétariat composé de « demi-sauvages » !) et le contexte social de la France de 1982 ou même de 1945, mais les faits sont là : malgré le haut niveau d’éducation dans un pays de la « civilisation capitaliste » comme la France, les nationalisations de 1945 et de 1982 sont devenues, elles aussi, des formes d’étatisation et de gouvernement par le haut, sans que finalement les critères de gestion des entreprises publiques remettent en cause les normes de la rentabilité capitaliste.

9

On peut certes mettre en cause la culture technocratique, le libéralisme économique de la haute fonction publique française, des cadres dirigeants de l’État et des entreprises, mais demeure la question décisive : Pourquoi n’a-t-on pas réussi à mobiliser les intéressés, les « gens d’en bas », salariés, citoyens, pour contrôler les entreprises nationalisées ? Pourquoi ce glissement mondial de la « socialisation » des moyens de production vers l’étatisation, malgré les tentatives avortées des expériences conseillistes des années 1920 ou de l’autogestion yougoslave, malgré aussi l’échec des entreprises autogérées en France (réquisitionnées à la Libération en 1944-1945 pour collaboration avec les nazis) ? Pourquoi le refus radical par le PCF (ou sa direction) et la CGT de toute expérience autogestionnaire dans le cadre des nationalisations, de 1945 comme de 1982 ?

10

On peut ici rejoindre avec Losurdo [11] la critique par Gramsci du marxisme mécaniste qui subordonne la révolution politique à la « maturité » économique et sociale des pays capitalistes, sans prendre en compte la puissance des appareils hégémoniques dans les pays capitalistes développés qui brisent sans cesse les efforts d’unification des classes dominées et les tentatives d’autonomisation du prolétariat à l’égard de la classe dominante et dirigeante, et notamment de ses intellectuels organiques. Face à une vision « catastrophiste » et manichéenne de la « putréfaction » du capitalisme « mûr », inéluctable prélude au passage au socialisme, Gramsci a su, avec cependant des limites sur lesquelles nous reviendrons, mettre en valeur le temps de la « guerre de tranchées », de la lutte idéologique de longue haleine pour la conquête de l’autonomie culturelle dans une société capitaliste de plus en plus complexe où la classe dominante, quand et là où elle dut accepter la montée du mouvement ouvrier, a su récupérer à sa manière la critique sociale pour se l’annexer ou même faire des concessions importantes (la protection sociale) pour tenter de mieux subordonner et intégrer les leaders du mouvement socialiste naissant, soit dans les rets du pseudo « socialisme d’État » de Bismarck, soit dans la démocratie républicaine de la IIIe République française de Jules Ferry.

11

L’échec théorique est intimement lié à cet échec politique (du « court xxe siècle »). C’est l’insuffisance des analyses marxistes, y compris de celles de Marx, qui peut expliquer, à notre avis, l’écart entre des prévisions très optimistes sur la « transition rapide » entre le capitalisme « mûri » par le « développement des forces productives » et la révolution socialiste. Qui ne se souvient de l’imprudente formule de Lénine (empruntée au « réformiste » Hilferding) sur le « capitalisme monopoliste d’État, antichambre du socialisme », comme si le socialisme découlait spontanément du communisme de guerre ou du modèle du capitalisme d’État prussien ? Mais qui ne se souvient également des formules, bien imprudentes aussi, sur le passage annoncé au socialisme via la « démocratie avancée » issue du programme commun de gouvernement signé en 1971 par le PCF et le PS, notamment grâce à la nationalisation des secteurs clés de l’industrie et de la banque ?

12

Or, pour nous, l’insuffisance théorique de la théorie marxiste du CME est double et remonte à Marx lui-même. Il s’agit, d’un côté, du spontanéisme économiste inhérent à cette théorie et justement critiqué par Althusser (mais, là aussi, de manière unilatérale, de la même façon que l’ultragauche bolchevique dans la Russie soviétique des années 1920) ; c’est pourquoi on ne peut séparer ce type d’approche unilatérale (l’« économisme ») de son frère jumeau, le volontarisme « politiste » qui fait l’impasse sur l’articulation dialectique entre l’économique, le technologique et le politico-idéologique. Pour dire les choses autrement, le marxisme théorique et pratique n’est pas arrivé à dépasser un double unilatéralisme.

13

L’économisme privilégie la reproduction aveugle et quasi fatale de la sphère économique conçue comme autonome, une « totalité organique » sur le modèle des totalités biologiques « se reproduisant et se développant de façon aveugle », comme le germe qui se transforme en blé mûr. Les modes de production se suivraient de façon linéaire et inéluctable selon le niveau de développement des forces productives. Contre cette approche mécaniste qui fait fi de l’infinie diversité historique des voies empruntées par les formations sociales concrètes et de la multiplicité des formes politiques et religieuses prises par la lutte des classes, le marxisme a alors privilégié au contraire ce que Gramsci appelle l’« idéologisme », qui confond les changements structurels objectifs à long terme et l’action politique conjoncturelle des hommes, acteurs de leur propre histoire. Ce n’est pas sans raison que l’œuvre « inachevée » de Marx se sépare ainsi entre une analyse « essentiellement » économiste des formes fondamentales du capital (malgré les chapitres « hors plan » du Capital signalés par Althusser [12] où interviennent les luttes de classe politiques), et des études conjoncturelles d’événements politiques marquants (1848, 18-Brumaire, Commune de Paris).

14

il n’y a pas, dans l’héritage des fondateurs du marxisme, d’analyse structurelle sur une longue période historique des cycles spécifiquement politiques, distincts des cycles économiques (mais imbriqués, interagissant les uns sur les autres), qui marquent le « long » xixe et le court xxe siècle. Quel phasage politique pour la période de 1871 et la fin des révolutions politiques « par le bas » à la guerre de 1914, les années 1920-1930, le Front populaire, puis, après 1945, les Trente Glorieuses de l’État social marqué par le plan Marshall et le containment du communisme ? Et pour la dernière période politique, dite bien rapidement celle du triomphe du « néolibéralisme » ? Et enfin pour l’actuelle en France : beaucoup de « luttes sociales », peu d’avancées politiques contre-hégémoniques, sinon révolutionnaires ? La seule exception est l’esquisse par Gramsci dans ses Notes sur Machiavel [13] d’une articulation dialectique entre « structure » (objective, essentiellement économique) et « superstructure » (politique, idéologique). Pour ce faire, il procède à un déplacement de concepts et à une dynamisation des périodisations historiques afin de mieux saisir l’interaction réciproque et l’imbrication des facteurs (et des cycles) économiques, sociologiques, politiques et idéologiques (dans des rythmes temporels différents).

15

Déplacement des concepts tout d’abord. Gramsci se dégage de la relation mécaniste infrastructure-superstructure (revendiquée curieusement par Althusser dans sa critique du concept gramscien d’hégémonie, alors que l’expression d’infrastructure n’est pas de Marx) au profit d’une interaction beaucoup plus dialectique de la structure objective et des facteurs idéologico-politiques, à la manière dont Engels tente de dépasser le déterminisme économiciste dans sa célèbre lettre à Joseph Bloch du 21 septembre 1890 sur le parallélogramme des forces.

16

La « causalité réciproque » des forces économiques, sociales et politico-idéologiques est saisie dans des périodisations historiques globales de différentes formations nationales ; au matérialisme mécaniste de l’infra et du super (repris aussi par Althusser et Braudel) Gramsci oppose donc l’imbrication fine des cycles « organiques » (concernant la structure objective et aveugle) et des cycles « conjoncturels », là où agissent les acteurs historiques et où se manifestent les volontés politiques (cycles courts et sectoriels).

17

La notion de « rapport de forces » que Gramsci met en avant a le grand avantage d’éviter la référence ambivalente de l’hégémonie au « consentement », consensus, « pacte social » qui aurait été conclu entre les classes dominantes et les classes dominées. Le rapport de forces politiques indique, au contraire, une perpétuelle tension entre les classes antagonistes, une présence permanente de formes, même peu visibles, souterraines, de « résistance sociale », y compris en période d’apparente « paix sociale » ou d’institutionnalisation des relations de travail dans des cadres conventionnels [14]. C’est justement cette dialectique entre l’objectif et le subjectif, entre les contraintes structurelles et l’initiative des acteurs historiques, qui fit si cruellement défaut au mouvement ouvrier mondial, déchiré entre les tendances contraires de l’« économisme » et de l’« idéologisme ».

18

Même si certains marxistes tentèrent de lutter contre cette théorie mécaniste du « primat », on ne peut que constater l’oscillation permanente entre ces deux primats dans les pratiques politiques des partis se réclamant du marxisme. D’un côté, le primat « techniciste » et « économiste » privilégiait, en Union soviétique, le « rattrapage » par le haut des pays capitalistes développés sans intervention de la base sociale ni analyse des conséquences de l’imitation du « modèle » capitaliste occidental (Bettelheim). Dans les pays occidentaux, l’économisme aboutit de même à une conception techniciste de la gestion considérée comme « neutre » et indiscutable, comme l’affaire de « spécialistes » d’en haut, et non du savoir-faire des collectifs de travailleurs, d’où l’extrême méfiance des PC à l’égard d’une intervention concrète des salariés dans la gestion des entreprises (intervention taxée de « collaboration de classe ») ou dans l’élaboration des politiques publiques (expériences de démocratie directe ou participative dans les conseils d’usine ou de quartier). De l’autre côté, le primat « idéologiste » a privilégié la lutte des classes et le volontarisme politique au détriment de l’analyse des possibilités réelles d’action dans le cadre des contraintes objectives du moment.

19

Dans les deux cas se pose le problème des relations entre les couches populaires (ouvriers, paysans, puis employés) et les couches intellectuelles, donc des alliances de classe. Cela renvoie aux processus de « conquête politique de l’hégémonie » avec toutes ses options politiques : « dictature du prolétariat » conçue comme coercition pour le non-prolétariat et comme direction-organisation du consensus populaire par un prolétariat identifié à la « classe ouvrière » (dont les PC ont toujours voulu garder le monopole politique de la représentation, selon la théorie de l’avant-garde héritée du blanquisme), démocratie parlementaire ouverte à une expérience nationale, légale, de gouvernement d’union pluraliste entre les représentants des couches populaires et des couches intellectuelles prolétarisées, entre partis réformistes et partis « révolutionnaires ».

20

Dans la première option, le despotisme, la dictature sans le peuple, a abouti à un immense fiasco économique et démocratique ; dans la seconde, les composantes communistes des coalitions gouvernementales avec la social-démocratie n’ont pu peser sur l’orientation principale des politiques publiques, sinon en appuyant les avancées des politiques « sociales » mais sans changer le cadre capitaliste des politiques économiques et des nationalisations. La bataille pour la conquête de l’hégémonie (économique, politique, et culturelle) a été perdue.

21

ne peut-on pas en tirer un premier enseignement ? Les expériences soviétiques, mais aussi les expériences de gouvernement de la gauche « plurielle » (PS-PC-écologistes) dans les pays capitalistes développés, n’ont-elles pas prouvé que toute tentative de transformation sociale par le haut était vouée à un double échec, politique et économique ? Un échec politique : sans liaison avec la mobilisation consciente des masses populaires, avec leur appropriation des objectifs poursuivis, il n’y a pas de dépassement véritable du capitalisme, de passage durable au socialisme, et plus encore à une société communiste conçue comme la « libre association des producteurs ».

22

La prise de pouvoir « par en haut » des grands moyens de production et d’échange n’est donc pas le socialisme, car il n’y a pas de libre appropriation individuelle et collective. La coupure profonde en Union soviétique entre le prolétariat des usines et des champs et le parti unique bolchevique a abouti à une dépolitisation massive, envers de la dictature d’un parti-État. L’échec politique entraîne l’échec économique : la non-remontée des informations et l’absence de coopération horizontale entre collectifs de travail, entre unités économiques, ont entraîné la démotivation, la démobilisation des ouvriers, des paysans et des cadres techniques. La collectivisation forcée des campagnes a abouti à un désastre économique (énormes gâchis et gestions bureaucratiques inefficaces dans les entreprises collectivisées et les kolkhozes). L’indifférence politique qui en a résulté explique l’extrême facilité avec laquelle la nomenklatura soviétique s’est convertie à l’économie capitaliste et a liquidé les institutions soviétiques.

23

Dans un autre contexte, capitaliste et démocratique (État de droit, liberté d’expression, pluralisme partisan), les expériences de transformation sociale initiées en Europe par les gouvernements de la gauche plurielle (avec ou sans les PC) et les social-démocraties ont également buté sur la non-intervention des masses populaires au niveau politique et économique. Prenons le cas français marqué par une très longue série d’expériences de gouvernements à participation communiste de 1945 à 2002. À trois reprises depuis 1981, les travailleurs, et notamment les couches populaires, ont porté la gauche au pouvoir dans l’espoir d’en finir avec les problèmes engendrés par le capitalisme. Au cours des vingt-cinq dernières années, la gauche a été au pouvoir pendant quinze ans (1981-1986, 1998-1993 et 1997-2002). Le PCF a participé à ces gouvernements pendant huit ans (1981-1984 et 1997-2002). Que le PCF soit comme en 1945 le premier parti de France (26 % des voix) et bénéficie de plusieurs ministres d’État, qu’il bénéficie de la présence dominante des élus CGT dans les organismes de sécurité sociale [15] et dans les comités d’entreprise des grandes entreprises nationalisées, ou que son influence dans le pays soit plus limitée comme en 1981 ou en 1997, le même constat peut être dressé. Malgré le poids du secteur nationalisé et l’influence de la CGT dans ces entreprises, il n’y aura pas de mobilisation massive venue d’en bas pour contrôler et orienter autrement la gestion des entreprises et les politiques économiques gouvernementales. Et même, si l’on prend en compte les expérimentations autogestionnaires en 1944-1946 dans les usines réquisitionnées pour collaboration des directions avec les nazis, on ne peut que constater l’extrême réticence de la direction du PCF et de la CGT à l’égard de l’intervention des salariés dans la gestion. Seule une minorité de militants, désavoués par les instances dirigeantes, expérimenteront une approche autogestionnaire dans les usines réquisitionnées, comme plus tard dans les entreprises nationalisées [16]. De même, l’idée de transformer les nouveaux comités d’entreprise créés en 1945 en tremplin pour l’intervention des salariés dans la gestion économique des entreprises est refusée ou perçue avec beaucoup de méfiance par la plupart des militants et dirigeants qui y voient un danger de « collaboration de classe », d’une cogestion récupérée par le patronat (au même titre d’ailleurs que la gestion des mutuelles ou des caisses de sécurité sociale).

24

la conception de la révolution comme rupture politique implique alors le refus de toute tentative de transformer les choses avant… le Grand Soir (électoral ou révolutionnaire). Rien de plus éloigné ici que la conception gramscienne de la conquête progressive de l’hégémonie par apprentissage direct de la direction des affaires. Dans un tout autre contexte politique marqué par la faible influence des PC et l’influence dominante de la social-démocratie sur la classe ouvrière, la codétermination en RFA, les accords collectifs patronat-syndicats aux Pays-Bas ou en Suède, reposeront finalement sur un même principe implicite pour le mouvement ouvrier européen : la division entre le domaine des revendications « sociales » (voire de la cogestion du social en Europe du Nord) réservé aux syndicats, et le domaine de la gestion et de la stratégie économiques réservé au patronat… ou aux représentants de l’État.

25

D’où vient alors la force attractive de l’idéologie capitaliste dans sa version néolibérale, tant sur les cadres dirigeants que sur les salariés et citoyens de base ? Contrairement aux apparences et aux théories sociologiques sur la « servitude volontaire [17] » et l’acceptation de la domination patronale, la lutte des classes n’a en effet nullement disparu des relations de travail : freinage, absentéisme, rétention d’informations, repli sur les micro-communautés, démobilisation, etc., manifestent à l’envi les formes multiples de la résistance des salariés à leur propre exploitation [18], avec toutes ses conséquences sur la qualité du travail accompli… À l’heure même où la révolution informationnelle entraîne l’intellectualisation du travail, la nécessité d’une implication subjective et d’une auto-organisation des collectifs de travail, les impératifs de rentabilité à court terme détruisent tout ce qui pourrait crédibiliser ces slogans du management participatif (augmentation des salaires, promotion de carrière, responsabilisation reconnue dans les classifications, etc.), et suscitent une fuite en avant et une course sans fin aux innovations organisationnelles incapables d’entraîner l’adhésion véritable des salariés. Mais, en même temps, ces résistances souterraines ne se transforment pas en contestation ouverte des stratégies financières et des politiques étatiques à la racine de cette offensive capitaliste mondiale pour réduire et précariser l’emploi salarié.

26

On a certes beaucoup parlé d’une nouvelle vague de mouvements sociaux qui auraient bousculé les luttes sociales « traditionnelles » menées par les organisations syndicales dans les entreprises et subverti les partis politiques et institutions représentatives traditionnelles : luttes étudiantes, lycéennes, des intermittents du spectacle, des enseignants et chercheurs, grèves générales des cheminots et des électriciens, etc. Est-ce si sûr ? N’y a-t-il pas aussi un retour de l’anarcho-syndicalisme, une manifestation de la crise du politique et de l’incapacité de ces mouvements sociaux à l’investir, comme l’ont montré l’altermondialisme et les forums sociaux mondiaux ?

27

Mais faut-il encore opposer, à l’ère de la révolution informationnelle, les luttes (occultées ou marginalisées sur la scène médiatique) capital/travail dans les entreprises et les luttes « culturelles », sociétales, « transclassistes », contre toutes les formes de domination et pour la défense de minorités stigmatisées : luttes des femmes, des homosexuels, des sans-papiers, des sans-logis, pour la défense de l’environnement ? Les luttes des enseignants, des chercheurs ou des artistes ne sont-elles pas à la fois sociales et culturelles, de même que les luttes ouvrières contre les profits boursiers, les délocalisations ou l’amiante ont également une dimension sociétale qui ne gomme en rien la mise en cause du capitalisme financier ou des politiques néolibérales ?

28

Reste que ces actions collectives relèvent toutes de mouvements délibérément protestataires [19] (et donc encore de la sphère sociale) et non d’actions de « transformation sociale » impliquant, d’une façon ou d’une autre, le politique et le rapport à l’État dans sa double dimension de mise en scène et de mise en œuvre ; pour nous, en effet, l’État capitaliste n’est pas seulement l’instrument de la classe dominante. Il est aussi l’expression d’un rapport de forces entre capital et travail à un double niveau : 1. celui de la représentation politique, et notamment de la représentation partisane et parlementaire, et 2. celui des politiques publiques qu’il met en œuvre.

29

au niveau de la représentation politique, la révolution informationnelle a introduit un bouleversement profond dans la démocratie représentative en raison du poids énorme des médias dans la mise en scène des enjeux politiques. On pense évidemment au pouvoir de manipulation idéologique des médias télévisuels qui transforment les débats politiques en campagnes de séduction publicitaire où le paraître, l’art de la « communication » remplacent l’argumentation rationnelle sur le contenu des programmes politiques, comme on a pu le voir avec la campagne politique menée en Italie par Berlusconi ou en France par Sarkozy. Mais il ne faut pas oublier non plus comment l’interactivité et la libre circulation des messages, les blogs sur Internet, peuvent créer des espaces de débats, subvertir l’idéologie dominante et contrer, comme en 2005 lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen, mais aussi partiellement en avril-mai 2007, l’orientation libérale et antidémocratique de certaines émissions manipulatrices de la télévision classique. La possibilité de compose r soi-même son programme de télévision, de créer un mouvement critique avec des milliers de signatures obtenues en un temps record, peut condamner à terme la télévision « encadrée » au service de la seule classe dominante et introduire un contrôle permanent sur les pratiques des élus.

30

Encore faudrait-il que ces blogs construits essentiellement aujourd’hui par une élite intellectuelle hautement diplômée puissent être appropriés par la grande masse de la population (notamment chez les jeunes), dans les classes populaires. On retrouve donc ici le projet politique de Gramsci d’une véritable (contre-) culture populaire, pour élaborer une nouvelle hégémonie culturelle des classes dominées.

31

Là encore, comme à propos des luttes ouvrières dans les entreprises, il ne faut donc pas négliger les résistances multiformes dans l’usage qui est fait des médias. Les tentatives de remplacer systématiquement l’information par la communication ont les mêmes limites que celles du management participatif : les procédés de la « com’» s’usent aussi vite. La « surprise » de sondeurs au soir du 22 avril 2002 ou en mai 2005 est à la mesure de leur aveuglement sur l’impact réel de ces campagnes de traitement des candidats politiques comme des stars du show-business.

32

Reste à peser le poids réel de brusques flambées contestatrices (les jeunes lycéens ou étudiants descendent massivement dans la rue… puis se désengagent dès que la réforme incriminée est retirée) et l’action à long terme des organisations politiques engagées dans ce que Gramsci appela une « guerre de tranchées », opposée à la guerre de mouvement des guerres civiles, des manifestations de rues où l’on prend d’assaut la Bastille ou le palais d’Hiver.

33

L’État capitaliste, avons-nous dit, n’est pas seulement mise en scène (représentation politique déformée, aujourd’hui médiatisée, des forces sociales en présence), il est aussi mise en œuvre, autrement dit ensemble de politiques publiques qui agissent non seulement sur la sphère sociale mais aussi sur la sphère économique. L’État du capitalisme informationnel ne se réduit pas en effet à une mise en scène médiatique et à une entreprise de manipulation idéologique. Les dépenses publiques ne cessent de croître dans tous les pays capitalistes développés, la dette publique aux États-Unis n’a jamais été aussi forte, et les prélèvements obligatoires n’ont pas cessé de grimper, malgré les discours récurrents des libéraux sur le nécessaire retrait de l’État au profit du marché.

34

En revanche, l’ancienne division rigide de la période keynésienne des Trente Glorieuses (années 1940-1970) entre un secteur public voué en principe à l’intérêt général et le secteur privé, entre un domaine régalien (défense, armée, justice, police, éducation, santé) et le domaine de la société civile vole en éclats.

35

Le monopole étatique de la conception et de la production des normes sociétales est ainsi remis en cause par la délégation ou même la cession de ce pouvoir normatif étatique à des organisations privées : grands cabinets d’audit et de cotation anglo-saxons, de consultants liés aux compagnies d’assurances privées ou aux industriels du médicament pour la régulation du système de protection sociale et de santé, privatisation de pans entiers du ministère de la Défense et de l’armée, de la justice (lutte contre le blanchiment de la drogue, gestion des prisons, etc.), de la police, de l’éducation… Si la limite entre la sphère du public et la sphère du privé est sans cesse reculée au profit du privé, la cohérence de la régulation d’ensemble est par là même remise en cause. La coordination globale entre les différents segments privatisés est d’autant plus aléatoire que ces organismes privés sont mus par des critères de rentabilité et de retour rapide sur investissements très éloignés d’une action à long terme pour l’ensemble de la société.

36

Cette nouvelle imbrication État-grands groupes financiers va bien au-delà du rapport Jouyet-Lévy sur l’« économie de l’immatériel [20] » qui affirme que « la puissance publique est à l’origine des normes qui déterminent le contexte dans lequel peuvent se développer l’innovation, la création et les nouvelles technologies ». En réalité, dès la conception, les producteurs de normes publiques sont en interaction étroite avec les dirigeants des grands groupes financiers et les grandes agences d’audit internationales qui sous-traitent même la production des normes. L’économie de l’immatériel renforce certes le « besoin d’État », comme le note le rapport, mais « sous de nouvelles formes » adaptées à cette imbrication nouvelle entre public et privé.

37

C’est ce que spécifie le rapport en ce qui concerne la division entre actifs immatériels publics et actifs privés : « Dans les zones présentant un potentiel économique satisfaisant, le rôle de la puissance publique doit être d’éviter que le développement des réseaux privés ne se trouve entravé par des obstacles réglementaires qui pèseraient sur la rentabilité des projets. Dans les zones qui, au contraire, n’offrent pas une rentabilité suffisante pour permettre un développement rapide de réseaux privés, les pouvoirs publics peuvent favoriser la constitution de réseaux publics, accessibles à tous les opérateurs [21]. »

38

Il importe donc de bien spécifier l’objectif, les formes et les résultats de ces politiques étatiques. Les dépenses publiques peuvent en effet avoir différents usages : soit répondre à des besoins sociaux dans le cadre d’une politique orientée vers des organismes publics à but non lucratif, soit, comme aujourd’hui, financer les segments non rentables des infrastructures industrielles et informationnelles, et déléguer à des organismes privés la gestion des services dits « d’intérêt général » (énergie, communication, transports collectifs, eau, équipements urbains, en attendant la santé et l’éducation, la culture), sans oublier les juteux marchés publics de l’informatique, de la santé, de la défense et des travaux publics. Le financement public de la valorisation du capital privé n’est pas une nouveauté, même aux États-Unis, qui protègent et subventionnent, par exemple, l’avionneur Boeing, ou offrent leurs marchés militaires aux grands groupes électroniques et logistiques. Et le Pentagone subventionne via une agence spécialisée dans les relations universités-entreprises (l’ARPA), les pépinières d’entreprises informatiques ou les laboratoires de biologie.

39

ce qui a changé avec le passage au capitalisme informationnel, c’est la remise en cause de la frontière qui séparait le social et l’économique, notamment dans les pays d’Europe occidentale marqués par la forte influence de la social-démocratie et la confrontation directe avec le bloc soviétique. La division entre le social et l’économique est une caractéristique majeure de ce que les théoriciens de la régulation salariale ont appelé le fordisme, et les économistes marxistes le capitalisme monopoliste d’État.

40

Cette division a été mise en œuvre à la fois dans l’entreprise et dans l’État. Dans l’entreprise (et dans les branches industrielles) se met en place après la Seconde Guerre mondiale une « division (tacite) des tâches » entre les organisations syndicales, qui s’occupent du social (revendications salariales, contrôle de l’organisation du travail et de l’embauche, négociations des classifications), et les directions patronales, qui ont le monopole de la stratégie économique. Dans l’État et ses politiques publiques, une division marque également la sphère de l’économique où l’État se contente d’accompagner (de réguler) le mouvement des entreprises, et la sphère du social (santé, protection sociale, éducation, culture, communication, transports collectifs, urbanisme, logement social), où l’État garde en général le monopole de l’accès aux services publics et aux équipements collectifs.

41

On a certes souligné maintes fois l’opposition entre les cultures politiques libérales (anglo-saxonnes) et les cultures interventionnistes, étatistes, de l’Europe du Nord et de la France. Il faut bien en voir les limites et la relativité. Du côté interventionniste, deux cas sont à distinguer : l’interventionnisme de l’« État social », dont l’exemple phare est la Suède, sur laquelle nous reviendrons, et l’interventionnisme économique (l’État entrepreneur) marqué par la planification gaulliste (l’« ardente obligation du Plan ») et l’importance des nationalisations des entreprises stratégiques. Or, l’interventionnisme social à la suédoise pro mu par la social-démocratie est marqué à la fois par le poids du centralisme étatique (notamment dans la protection sociale, la santé et l’éducation) et la faiblesse des réglementations publiques dans le domaine des restructurations d’entreprises et des licenciements. La liberté de licencier est totale, mais l’accompagnement social du salarié et les dispositifs de réinsertion sont efficaces, du moins durant les Trente Glorieuses où le chômage est faible et où le patronat suédois investit massivement dans le territoire national.

42

Il faut bien voir également les limites de ce que l’on a appelé l’« État entrepreneur », « colbertiste » à la française. Le plan reste « indicatif », et l’intervention étatique dans la sphère économique reste une anticipation et une stimulation visant à favoriser la constitution de grands groupes industriels et financiers de taille internationale. Garant de l’« intérêt général capitaliste », l’État favorise la mise en place des « conditions générales » de la croissance capitaliste lorsque les agents capitalistes individuels ne sont pas capables de socialiser eux-mêmes les conditions de leur valorisation (création des équipements collectifs, des infrastructures industrielles, financement de pôles de recherche-développement, formation d’une main-d’œuvre qualifiée, etc.) [22].

43

Par contre, malgré la présence répétée de ministres communistes dans les gouvernements de gauche en France, rien ne fera dévier les entreprises nationalisées vers des voies non capitalistes. Et, en ce sens, rien n’oppose vraiment le cas français de celui de l’Europe du Nord. La construction d’un « État social » va à la fois marquer un mieux-être indéniable pour la classe ouvrière de ces pays, pour les couches salariées nouvelles dans les services publics, et en même temps cette division entre un capital dévalorisé (le capital investi dans les services publics) et un capital à mettre en valeur va permettre au capitalisme de sortir de sa crise de suraccumulation des années 1930 et d’entrer dans une nouvelle phase de croissance trentenaire (1940-1970).

44

nous avons déjà évoqué le débat théorico-politique sur la nature profonde de cette phase du CME : « pacte social », « consensus » entre mouvement ouvrier et patronat occidental dans le contexte de la guerre froide et de la « menace » communiste, ou nouveau « rapport de forces » plus favorable au mouvement ouvrier (rattrapage salarial, notamment ouvrier, accès des couches populaires et des nouvelles couches moyennes salariées aux grands services publics) ? Pour nous il y a des deux, mais avec une limite majeure : le nouveau rapport de forces plus favorable aux salariés et à leurs représentants dans les pays concernés, mais à l’intérieur de la sphère du social, sans changement décisif dans les rapports de production capitalistes.

45

Si l’on analyse, en effet, les pratiques du mouvement ouvrier français, y compris de sa composante la plus radicale (la CGT), on ne peut qu’être frappé par le décalage entre la profonde culture conflictuelle qui marque les rapports entre le patronat français et les syndicats, et la limite implicite de la sphère revendicative. Le mouvement ouvrier français reste tourné vers les revendications salariales et classificatoires, vers la gestion de la protection sociale [23], mais marque la plus grande méfiance à l’égard d’une intervention dans la gestion économique (« le patron peut payer »), taxée de « collaboration de classe ». La division social/économique se traduit concrètement dans la CGT par une division implicite entre le syndicat chargé des revendications immédiates et « le Parti (communiste) » chargé de « traduire politiquement » les aspirations de la classe ouvrière, qu’il s’agisse du Grand Soir révolutionnaire, à l’instar de la prise du palais d’Hiver en octobre 1917, ou, plus modestement, d’une victoire électorale censée conduire à la transition pacifique vers le socialisme.

46

L’opposition si souvent soulignée entre les relations professionnelles « conflictuelles » en France et « consensuelles » en Europe du Nord doit donc être nuancée et relativisée : des deux côtés, le clivage entre la sphère du social et la sphère de l’économique est intériorisé par toutes les organisations syndicales, à l’exception d’expériences minoritaires – mais qui se répètent et dont les traces historiques restent toujours présentes – dans des périodes historiques de bouleversements politiques majeurs. Une certaine continuité « autogestionnaire » peut ainsi être retrouvée entre les expériences conseillistes en Europe occidentale dans les années 1918-1920, les usines autogérées dans la France de 1944-1945, Mai 68 et ses suites (Lipp, le Joint français, Rateau, les contre-plans dans la sidérurgie, la radio autogérée « Lorraine, cœur d’acier », etc.) [24], sans oublier les nouvelles expériences « conseillistes » en Pologne, Hongrie (1956), Italie (1969 et les conseils d’usine à la Fiat). Comme le souligne le sociologue Michel Burnier, « Loin de relever d’une archéologie de l’histoire ouvrière, les Conseils, comme l’ont montré Anton Pannekoek et Pierre Naville, existent presque toujours à l’état latent dans les entreprises de tout genre [25]. »

47

Il faut relativiser de la même manière l’opposition fréquente entre l’étatisme européen et le libéralisme anglo-saxon. Si la sphère de l’intervention publique étatique est beaucoup plus limitée aux États-Unis, elle est souvent remplacée, comme l’ont noté certains sociologues anglo-saxons [26], par une politique extrêmement active, dans les grandes entreprises américaines, des directions du personnel dans le domaine de la santé, du logement et des retraites (les fonds de pension et les systèmes d’assurance-vie des salariés sont massivement gérés par les grandes entreprises et les administrations, ce qui est aussi une forme de capital dévalorisé pour les entreprises).

48

Or c’est justement cette division des tâches entre capital dévalorisé et capital mis en valeur, entre la sphère de l’État social et celle du capital privé, qui est aujourd’hui remise en cause par la crise du capitalisme informationnel. La « paix sociale », ou acceptation tacite de l’hégémonie économique de la classe capitaliste, reposait sur le double rôle joué notamment par les services collectifs (santé, éducation, recherche, culture, protection sociale, transports, logement) : d’un côté, la sécurisation de la vie individuelle et familiale, l’assurance pour tous d’une trajectoire de vie sans aléas majeurs, de l’autre, les possibilités nouvelles de mise en valeur du capital.

49

Au tournant des années 1960-1970, ce dispositif va voler en éclats, avec la nouvelle phase de suraccumulation du capital, la crise de la mise en valeur du capital. La financiarisation du capital au détriment de l’investissement dans le capital productif va notamment se traduire par une pression énorme pour privatiser (pour soumettre à la valorisation du capital) tous les services publics devenus rentables [27], toutes les sphères non marchandes jusqu’ici protégées de la loi du profit : depuis la sécurité sociale (330 milliards d’euros de cotisations en 2005 pour la Sécurité sociale française guignée par les assureurs américains), l’école, jusqu’à la culture (avec le bradage des trésors des musées nationaux par les fondations privées).

50

la remise en cause de l’état social des trente glorieuses : un danger de mort pour les partis sociaux-démocrates ? La crise de l’État social qui s’amorce alors va menacer les assises mêmes de la social-démocratie européenne, et ce d’autant plus que les nouveaux dirigeants et théoriciens de la social-démocratie remettent radicalement en cause l’héritage de l’État-providence, au même titre que l’étatisme soviétique. C’est notamment le cas de Tony Blair et de son maître à penser, Anthony Giddens [28].

51

Giddens a mené une critique radicale du double étatisme, soviétique et socialiste, auquel il oppose une nouvelle fondation théorique que l’on va appeler le « social-libéralisme ». Le fondement sociologique profond des crises des systèmes socialistes et soviétiques serait, selon Giddens, l’incapacité des systèmes de solidarité universels et standardisés, imposés d’en haut sous forme d’assistanat, à répondre aux aspirations de ce qu’il appelle, comme tous les sociaux-démocrates, la « classe moyenne ». La classe moyenne privilégierait de plus en plus la responsabilisation des individus et refuserait les lourdes impositions du Welfare state (d’où le Workfare, repris en France par la droite, la CFDT et les tenants du social-libéralisme).

52

Au centre de la réflexion de Giddens, comme en France de F. Ewald et D. Kessler [29], devenus les « intellectuels organiques » du MEDEF, il y a la notion de risque qui délimite deux conceptions opposées de la politique comme « gestion des risques ».

53

1. La gestion des risques externes, sous forme de prévision universelle, s’applique à tous les cas possibles. Son fondement philosophique est le rationalisme cartésien et la philosophie des Lumières, mère de l’État-providence et de toutes les téléologies ; le fondement politique en serait la planification, sur le modèle du Gosplan [30] soviétique (qui fit rêver un temps les planificateurs gaullistes dans les années 1950), et de tous les systèmes socialistes (ou communistes) d’assurance sociale mis au point à la Libération, dans les années 1940.

54

2. La gestion des risques internes est fondée sur l’idée, chère à Giddens, de manufactured risk (uncertainty). C’est au contraire la gestion des risques « fabriqués » (manufactured) par ce même rationalisme conquérant, c’est pour Giddens la modernisation « non réfléchie » et qui se nomme risques nucléaires, routiers, alimentaires, violences, terrorismes, etc.

55

Le recours d’une grande partie de ladite classe moyenne à l’assurance privée (assurance-vie, fonds de pension, mutuelles complémentaires) reposerait justement sur ce refus d’une assurance universelle et donc égale pour tous, refus d’une solidarité « mécanique » (Durkheim) entre les générations, quels que soient le travail, les efforts de chacun. On retrouve ici les critiques libérales contre le RMI et les minima sociaux équivalents du SMIC (« Pourquoi travailler si le montant du RMI est l’équivalent du SMIC ? ») ou contre le fameux revenu d’existence (produit par quel travail ?) prôné par les écologistes.

56

La spécificité de la troisième voie consiste à préciser ce que le social-libéralisme entend par « assistance sociale positive ». Il s’agit de faire basculer les risques externes dans la catégorie des risques internes, c’est-à-dire, pour Giddens, des risques relevant de la responsabilité et de l’autonomie individuelles, via notamment l’implication dans les associations de bénévoles, les ONG (tiers-secteur pour la réinsertion des chômeurs, l’aide aux personnes âgées, etc.) chargées de remplacer les anciens services publics de protection sociale par des actions caritatives censées éviter la dépendance sociale et l’assistanat engendrés par les « bureaucraties » de la sécurité sociale (où les risques externes seraient naturalisés, objectivés et non assumés, pris en charge de manière active et autonome).

57

Dans la notion de « société du risque » se cache un véritable coup de force théorique et idéologique qui consiste à confondre risques imprévisibles, aléatoires, relevant de décisions subjectives, individuelles ou collectives (sang contaminé, vache folle, accidents routiers, amiante, catastrophes nucléaires, sanitaires) et risques objectifs relevant de la structure même de la société : chômage, exclusion sociale, précarisation, inégalités sociales devant les maladies, la mort, déficiences de notre système de solidarité sociale. Ainsi les dix mille morts de la canicule en août 2003 ont été attribués par le ministre de la Santé, comme par Kouchner, à une simple défaillance de notre Institut de veille sanitaire, à une mauvaise connexion entre les informateurs, et non à la politique menée depuis vingt ans de diminution des lits hospitaliers, de rationnement des crédits aux maisons de retraite.

58

Giddens tire au maximum les phénomènes structurels vers des actions d’individus autonomes parce qu’il a poussé jusqu’au bout cette « individualisation du social » revendiquée par le social-libéralisme, à l’instar de Rosanvallon ou d’Ewald.

59

En même temps, il serait vain de ne pas remarquer que cette poussée sociale-libérale s’appuie sur des mutations réelles de notre société : avec la révolution informationnelle, l’élévation du niveau intellectuel des nouvelles générations, les aspirations et les pratiques d’autonomisation individuelle, de maîtrise de l’information, mettent en cause les structures délégataires, pyramidales, autoritaires, tant des institutions anciennes que des organisations censées représenter les classes dominées et bâtir des alternatives.

60

les organisations du mouvement ouvrier ont en fait profondément intériorisé le système institutionnel délégataire sans pouvoir le dépasser (malgré les tentatives de la CGT après 1968 autour de la section syndicale d’entreprise et de l’intervention directe, non déléguée, des militants de base). Les syndicalistes autogestionnaires de la CFDT (Rollant) seront écartés à la même période, au moment du recentrage et de la centralisation organisationnelle de la CFDT. Or il y a un cercle vicieux entre la perte d’adhérents et le renforcement du processus délégataire via la technocratisation et l’utilisation centralisatrice de l’informatique et des médias. On cherche à pallier la désaffection des militants en transformant le syndicat en agence de service et en concentrant les décisions autour d’un sommet bu reaucratique centralisé qui privilégie les négociations au sommet et les résultats des élections professionnelles par branches. Il en est de même pour les partis politiques de gauche, qui perdent leurs militants et substituent aux actions de terrain comme les porte-à-porte des opérations médiatiques. La critique par Rémi Lefebvre du « divorce consommé » entre le PS et les couches populaires est à cet égard fondamentale [31] et pourrait s’appliquer aussi, dans une certaine mesure, à une évolution récente du PCF – qui fera l’objet d’un très vif débat après avril 2002 –, lorsque les enjeux « sociétaux » – censés être privilégiés par les « couches moyennes » – priment sur les enjeux sociaux.

61

C’est un obstacle fondamental aujourd’hui à une offensive de tous ceux qui sont attachés à la défense des services publics et à la solidarité universelle contre le libéralisme individualiste. Les catastrophes ferroviaires en Angleterre ou les pannes d’électricité à New York ou en Californie ne suffisent pas à contrer l’offensive libérale et à passer à la contre-offensive. La campagne des assureurs privés contre le « risque moral », reprise d’une certaine manière par Giddens et Blair (le détournement opportuniste des fonds de solidarité distribués en aveugle, sans contrôle des processus de réinsertion, des minima sociaux équivalents au SMIC), rencontre un large écho, surtout chez ceux qui paient lourdement leur contribution à la solidarité collective. Le (social-)libéralisme oppose fortement les « preneurs de risques responsables » (à commencer par les chefs d’entreprise, mais aussi les partisans de l’assurance privée) et les « comportements sans risques » des adhérents passifs des services de protection sociale ; cette campagne médiatique a un large écho, mais elle suppose l’existence d’une « vaste classe moyenne » bénéficiant de la croissance capitaliste et aspirant à un individualisme consumériste sans rivages. Ce qui est contredit par la paupérisation des segments les plus fragiles des couches moyennes.

62

Cette paupérisation d’une partie des « classes moyennes » est reconnue dans La Revue socialiste à propos du cas allemand : « Après les élections fédérales de 1994, plusieurs études économiques et sociales ont montré que […] la relative homogénéité des classes moyennes allemandes était en cours de dislocation et que celles-ci vivaient très mal une certaine “perte de repères” […]. Ce sont les classes moyennes qui ont payé l’essentiel du coût de la réunification et qui ont connu une forte baisse du pouvoir d’achat à partir du début des années 1990. […] Proportionnellement les plus bas revenus (des “classes moyennes”, NDLA) ont davantage contribué aux efforts financiers exigés par l’unification que les plus hauts revenus. […] Les ouvriers spécialisés (qualifiés) et les petits employés, catégories qui avaient été parmi les grands bénéficiaires du miracle économique de la fin des années 1950, glissent rapidement, surtout avec une famille à charge, vers la “prospérité précaire”. D’année en année, ces catégories sociales ne parviennent plus à maintenir leur statut » (La Revue socialiste, 1/1999, p. 88-89).

63

On peut supposer, sans grand risque d’être démentis, qu’il en est de même pour ces couches sociales dans les autres pays européens. Faute de l’avoir compris, le PS français a perdu la bataille du référendum sur le Traité constitutionnel européen en mai 2005 et a été dans le mur lors des deux présidentielles de 2002 et 2007. Il en est de même pour le PCF, faute d’une analyse lucide et rigoureuse des nouveaux rapports de classe, mais aussi faute d’assumer le passif de son héritage historique (le stalinisme et le modèle soviétique). Le phénomène est européen : les partis sociaux-démocrates ont subi une défaite historique dont ils ne parviennent pas à se remettre au profit de la droite libérale et de l’extrême droite, en Autriche, en Italie (Berlusconi et le néolibéralisme sont toujours hégémoniques, au-delà de la victoire ambiguë du social-libéral Romano Prodi), aux Pays Bas, en Suède et au Danemark. Le SPD de Schröder paie à son tour les conséquences de ses réformes libérales du Code du travail et de la protection sociale, sans être parvenu à juguler pour autant la montée du chômage et de la précarisation. Mais il y a toujours un énorme fossé entre cette nouvelle situation objective et la conscience que s’en font les intéressés.

64

L’idéologie de la classe moyenne, en effet, n’a nullement disparu pour autant. Elle s’est adaptée à la nouvelle situation sociale de ces salariés intermédiaires et connaît même un franc succès, devant la décomposition des anciennes identités classistes (notamment celle de la classe ouvrière) et l’absence de représentation politique unifiée du nouveau salariat informationnel. Les médias dominants (avec le relais de bon nombre de sociologues) parlent donc bien d’une « crise » des classes moyennes, de leur paupérisation, mais la responsabilité en est rejetée soit sur une « mondialisation » naturalisée (sur laquelle on aurait aussi peu de prise que s’il s’agissait d’un cataclysme naturel), soit sur tous les inactifs qui profiteraient impunément des bienfaits de l’État-providence. On oppose ainsi les in et les out, les inclus et les exclus ; on stigmatise ceux qui « refusent de travailler » et « profitent » de l’assistance sociale, on évoque un « conflit de générations » entre deux classes moyennes : les retraités, heureux bénéficiaires des Trente Glorieuses, et la nouvelle génération condamnée au « précariat » et victime de l’« égoïsme » de la génération 68, en passant sous silence les responsabilités des stratégies spéculatives des entreprises et des politiques publiques néolibérales.

65

Il serait tentant d’incriminer avant tout le « tournant néolibéral » qui, partout en Europe, dans les années 1970-1980, va marquer les politiques publiques des gouvernements de gauche et effacer le clivage économique fondamental qui les opposait aux gouvernements de droite. En France plus qu’ailleurs, l’abandon du PCG (Programme commun de la gauche) et son triptyque « Nationalisations, Planification volontariste, Nouveaux droits des salariés » au profit d’un accompagnement social des restructurations d’entreprise (avec leur cortège de licenciements collectifs et de délocalisations), véritable rupture politique et idéologique, est sans aucun doute la cause majeure du désarroi des couches populaires et aujourd’hui des couches intellectuelles prolétarisées [32].

66

En un sens, la politique libérale non plus honteuse mais explicite de Nicolas Sarkozy, son ouverture audacieuse aux intellectuels et dirigeants du PS, n’est que la consécration politique assumée du brouillage identitaire entre la gauche et la droite, faute d’alternatives économiques claires et popularisées à gauche depuis 1984.

67

En même temps, nous ne pensons pas que l’on puisse se contenter de montrer du doigt cette « reconversion intellectuelle des élites ». Le mal est beaucoup plus profond, dans la mesure où l’idéologie néolibérale non seulement touche une grande partie des classes populaires et intellectuelles, notamment les jeunes, mais est alimentée par la crise de l’étatisme et de la structure délégataire des partis politiques.

68

Si le triptyque du PCG a échoué, n’est-ce pas d’abord, en effet, parce qu’il ne fut pas réellement approprié par les masses populaires, tenues à distance des enjeux de gestion par des syndicats et des partis politiques peu préparés à intervenir dans les stratégies industrielles et financières ? La « colère » des sidérurgistes lorrains contre la « trahison des politiques » (les émeutes de Longwy) ne doit pas faire oublier le fossé énorme qui se révéla entre les propositions alternatives élaborées par les « experts » de la CGT et de la CFDT et leur faible écho parmi les sidérurgistes pourtant massivement syndiqués.

69

La « reconquête de l’hégémonie » par la gauche ne passe-t-elle pas par la prise en compte de cette double médiation entre l’élaboration des politiques publiques et la masse des citoyens ? La crédibilité des propositions alternatives, au plus près du terrain mais cohérentes avec une stratégie globale destinée à l’espace monde, passe par la mobilisation effective des salariés et par leur intervention directe dans les enjeux de gestion, bien au-delà des seuls élus et dirigeants.

Notes

[1]

Sociologue. Dernier ouvrage paru : Mutations sociales et Représentations politiques, Fondation Gabriel Péri, Paris, 2006.

[2]

M. Hardt, A. Negri, Empire, Exils, Paris, 2000 ; Multitude, La Découverte, Paris, 2004.

[3]

Tony Blair et Anthony Giddens, La Troisième Voie, Le Seuil, Paris, 2002 ; mais surtout Giddens, Be yond Left And Right, Verso, Londres, 1994.

[4]

J. Sapir, L’Économie mobilisée, La Découverte, Paris, 1994.

[5]

Lénine, « Sur l’infantilisme de gauche », Œuvres complètes, t. 27, Éditions sociales, 1961, p. 356-357.

[6]

C. Bettelheim, La Transition vers l’économie socialiste, Maspero, Paris, 1968 ; Les Luttes de classe en URSS, 3 vol., Le Seuil, Paris, 1974.

[7]

« Indices » : objectifs quantitatifs (indicateurs physiques en quantités agrégées) du plan soviétique, centralisé et normatif. Cf. G. Roland, Économie politique du système soviétique, L’Harmattan, Paris, 1989.

[8]

Les Luttes de classe en URSS, op. cit.

[9]

Et aujourd’hui chinoise ?

[10]

E. Chiapello, K. Medjad, « Une privatisation inédite de la norme : le cas de la politique comptable européenne », Sociologie du travail, janvier-mars 2007, n° 1, p. 46-64.

[11]

Domenico Losurdo, Gramsci. Du libéralisme au « communisme critique », Syllepse, Paris, 2006.

[12]

La législation de fabrique, l’accumulation primitive, les formes précapitalistes, la coopération…

[13]

Gramsci, Notes sur Machiavel (1932-1933), in François Ricci, Gramsci dans le texte, Éditions sociales, Paris, 1975, p. 489-504 (« Analyses des situations » « Rapports de forces »).

[14]

Voir sur ce point l’ouvrage de Stephen Bouquin, La Valse des écrous. Travail, capital et action collective dans l’industrie automobile (1970-2004), postface de Pierre Cours-Salies, Syllepse, Paris, 2006.

[15]

Lors des premières élections des administrateurs des caisses de Sécurité sociale en 1947, la CGT obtient près de 60 % des voix.

[16]

Cf. J. Lojkine, Le Tabou de la gestion, chap. 1, Éd. de l’Atelier, Paris, 1996 ; Entreprise et Société, PUF, Paris, 1998.

[17]

Cf. J.-P. Durand, La Chaîne invisible, Le Seuil, Paris, 2005.

[18]

Stephen Bouquin, op. cit.

[19]

Cf. Lilian Mathieu, Comment lutter ? Sociologie et Mouvements sociaux, Éd. Textuel, Paris, 2004.

[20]

« L’économie de l’immatériel », rapport au ministère de l’Économie et des Finances, la Documentation française, décembre 2006.

[21]

Sur le rapport Jouyet-Lévy, nous renvoyons à l’excellente présentation par Pierre Musso dans le dossier de L’Humanité du 22 mai 2007.

[22]

Cf. J. Lojkine, Le Marxisme, l’État et la question urbaine, PUF, Paris, 1976.

[23]

Pour la CGT, après 1945, mais pas dans les années 1930 où la méfiance à l’égard de la gestion, même sociale, prédomine (Michel Dreyfus, La CGT, Éd. Complexe).

[24]

Cf. J. Lojkine, Entreprise et Société, PUF, Paris, 1998.

[25]

Michel Burnier, Fiat : Conseils ouvriers et syndicats, Les Éditions ouvrières, Paris, 1980.

[26]

Cf. Stephen Lash, John Urry, The End Of Organised Capitalism, Madison, University of Wisconsin Press, 1994.Voir l’article fondamental de Catherine Bidou, « À propos de la service class », Revue française de sociologie, 41-4, 2000, p. 777-796.

[27]

Privatisation de tout ou partie du service public, à l’instar du découpage de la SNCF en deux secteurs : un non rentable qui reste dans le giron du public, celui des infrastructures ferroviaires, et un rentable, donc privatisable, celui de la gestion du réseau.

[28]

Cf. son interview p. 161.

[29]

Voir par exemple par ces deux auteurs : « Les noces du risque et de la politique », Esprit, n° 109, 2000.

[30]

Il y eut aussi, au début du xxe siècle, dans le sillage des saint–simoniens, une tendance dans le mouvement ouvrier à fonder beaucoup d’espoir pour la gestion de la société future dans l’usage des prévisions statistiques. Cf. Jean Lojkine, Le Tabou, op. cit.

[31]

Rémi Lefebvre, « Le Parti socialiste et les catégories populaires. Quelques hypothèses pour l’analyse d’un divorce consommé », Recherche socialiste, 19 juin 2002 ; et plus récemment, avec Frédéric Sawicki, « Le peuple des socialistes. Ressorts sociaux et partisans d’une invisibilisation », in Frédérique Matonti (dir.), La Démobilisation politique, La Dispute, Paris, 2005.

[32]

Cf. Henri Rey, La Gauche et les classes populaires, La Découverte, Paris, 2004.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article