L’immaturité politique de Hamas

Publié le par Mahi Ahmed

L’immaturité politique de Hamas

Haidar Eid - The Electronic Intifada

 

publié le mercredi 12 août 2009.

 

Quand Hamas, de manière inattendue, a gagné les élections parlementaires de 2006 en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, le message de plus du tiers de la population palestinienne vivant dans ces territoires fut clair : plus de mascarade de « processus de paix »- avec son interminable slogan de « solution à deux états » qui ne s’est jamais matérialisé, et plus de miettes offertes aux classes dirigeantes ONGisées et Osloïsées (dans les années suivant les accords d’Oslo de 1993, le financement des O.N.G. – organisations non-gouvernementales – a été un des principaux moyens des gouvernements étrangers pour influencer, coopter et neutraliser la politique palestinienne. Ce processus d’Osloïsation a rendu certaines organisations palestiniennes plus loyales envers leurs financeurs qu’envers leurs principes).

Beaucoup de ceux qui ont mis Hamas au pouvoir n’étaient pas en vérité des supporters de l’organisation, mais plutôt des Palestiniens mécontents cherchant un changement et une réforme après que 13 ans de négociations futiles aient fait un dommage énorme à la cause palestinienne et l’aient changé d’une lutte de libération soutenue par des millions de gens dans le monde en une dispute entre « deux parties égales », deux pays luttant pour des arrangements frontaliers.

Indiscutablement, la victoire électorale de Hamas renversa complètement l’équation et fut considéré comme un coup porté à la doctrine Bush au Moyen-Orient. Le prix payé par les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza fut extrêmement élevé. Pas à cause de leur soutien pour Hamas, mais plutôt à cause de leur choix de mettre fin à la mascarade du « processus de paix ». S’il y avait eu une autre force politique palestinienne en laquelle faire confiance pour lutter contre le résultat des accords d’Oslo de manière conséquente, elle aurait pu avoir une chance. Mais en 2006, la gauche était déjà passée par le processus d’ONGisation et Osloïsation qui, en s’accordant avec l’aile droite qui contrôlait déjà l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), la met à la droite de Hamas.

Hamas par conséquent gagna les élections parce qu’on attendait de lui à tort ou à raison de rectifier les erreurs historiques faites par la direction officielle – avant tout de défendre le droit au retour des réfugiés, et de mettre fin à la solution non réalisée des deux Etats. Un siège mortel, hermétique, fut imposé sur les Palestiniens de Gaza dès le résultat des élections connu, suivi par de nombreuses tentatives pour déstabiliser la situation par une tentative de coup d’état soutenu par les USA, culminant dans la guerre génocidaire de 22 jours d’Israël sur Gaza.

La dernière guerre fut un tsunami politique destiné à créer un sens de la défaite parmi les Palestiniens, et le sentiment qu’ils sont confrontés à un pouvoir métaphysique qui ne peut jamais être vaincu. Le message était que leur choix d’un pouvoir politique anti-Oslo n’était pas seulement une erreur politique, mais aussi une erreur existentielle, une erreur qui changerait aussi leur futur ; dès lors, le ciblage calculé des enfants et des familles. Plus de 90 % des victimes du massacre furent des civils, d’après les grandes organisations de droits humains. Toutefois, aucun des objectifs déclarés de massacres ne fut atteint : Hamas est toujours au pouvoir et la résilience des Palestiniens de Gaza est plus forte que jamais. Israël a échoué à faire d’eux une peuple vaincu.

Hamas a rassemblé des dizaines de milliers de ses supporters dans des célébrations de la « victoire historique sur l’entité sioniste ». Ses porte-parole ont répété encore et encore que sur la base de cette victoire historique, il n’y aurait pas de retour au siège précédant le massacre et que la réalité sur le terrain « nécessitait » maintenant de nouvelles étapes. Le peuple palestinien, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, l’exil et la Palestine de 1948 (la partie de la Palestine sur laquelle Israël fut déclaré en 1948), avait aussi de grandes espérances. À juste titre, on attendait de Gaza 2009 qu’il soit le Sharpeville de la Palestine, un virage dans l’histoire de la lutte palestinienne contre la politique israélienne d’occupation, de colonisation et apartheid.

Cette victoire historique contre l’agression d’Israël demandait une direction visionnaire, avec une stratégie de libération claire divorçant complètement des accords d’Oslo et de la solution trompeuse des deux prisons. Au lieu de construire sur cette victoire et sur le soutien international répandu dans les rues d’Istanbul, de Londres, d’Amman, de Caracas, de Johannesburg et même de Mascate – pour ne citer que quelques villes – la direction du mouvement de résistance palestinien, y compris Hamas, accourut au Caire pour ce qui s’est avéré des cycles interminables et futiles de dialogue pour l’unité nationale. Bien sûr, personne n’est contre les efforts sérieux pour l’unité nationale, mais chacun sait à l’évidence que l’ABC d’une direction, particulièrement d’une direction élue, est d’être avec les masses. Le siège, qui jusqu’à présent a conduit à la mort de plus de 400 personnes très malades (par manque de médicaments ou de possibilité de sortir suivre un traitement), aurait dû être exposé comme l’obstacle qui empêche les leaders de la résistance d’avoir un dialogue national, parce qu’eux, les leaders, ne peuvent pas et ne devraient pas quitter leur peuple assiégé et traumatisé et se déplacer librement hors de Gaza. Ceci aurait dû être une condition. Si un quelconque dignitaire arabe voulait avoir une discussion avec les dirigeants victorieux, il ou elle aurait dû être invité à Gaza. On aurait espéré que la direction de Gaza agisse de manière victorieuse ; qu’elle attende dans Gaza pendant au moins un mois après la fin du massacre et qu’elle indique clairement qu’elle soutiendrait tout signe de soutien et de solidarité réelle tandis qu’elle restait avec son peuple à Gaza. Ceci, hélas, ne s’est pas produit. Ce fut une étape dans ce que j’appelle « l’avortement de la victoire ». Au lieu de venir avec un programme alternatif à celui de l’Autorité Palestinienne, et de toutes les organisations qui y appartiennent, et au lieu de construire sur la solidarité montante, sans précédent, avec les Palestiniens de Gaza, la direction de Hamas, dans des déclarations faites par ses leaders – et encore plus – dans des lettres envoyées au président des USA, a commencé à réinventer la roue ! Je me limiterai à deux exemples importants : le flirt de Hamas avec l’administration de Barack Obama et son approbation de la solution des deux prisons.

Après le discours très commenté du président US Barack Obama du Caire au monde musulman, dans lequel il n’a rien eu de substantiel à dire sur les droits fondamentaux du peuple palestinien, le Dr. Ahmed Yousef, un proche conseiller du premier ministre Palestinien Ismaïl Haniyeh, dans une interview à Al-Jazeera international, fut très enthousiaste sur le discours qui fut, d’après lui, semblable au discours de Martin Luther King « I Have a Dream » ! Deux nuits plus tard, et sur la télévision de Hamas’ Al-Aqsa, l’ex porte-parole du premier gouvernement Hamas argumenta, et je dirais avec conviction, que le discours d’Obama était une indication claire du changement prenant place dans l’administration US et que « nous » devons profiter de la « diversité » au sein de l’establishment américain ! Ceci, bien sûr, vint après que Hamas ait envoyé une lettre à Obama que le sénateur John Kerry, qui a visité Gaza il y a quelques mois, a refusé de transmettre.

Ne pas réussir à comprendre que l’élection d’Obama ne représente pas un changement radical dans la politique moyen-orientale étasunienne, c’est un signe, pour le moins qu’on puisse dire, d’immaturité politique. La « diversité » dans l’establishment U. S., c’est comme la différence entre le Likoud et le parti travailliste en Israël. Obama représente toujours le parti démocrate, qui est une partie de l’establishment américain. La victoire d’Obama aux élections présidentielles, par conséquent, n’a pas produit de changement dans la nature de l’impérialisme américain. À l’évidence, Hamas a acheté la fiction apportée avec l’élection d’Obama et son « sérieux » dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Hamas ne parvient pas à voir que sur le fond, ce qu’offre Obama n’est pas différent de ce que George W. Bush et, avant lui, Bill Clinton proposaient. Dans son discours, Obama a dit très clairement que les liens USA-Israël étaient « incassables », avant cela, il a été plus que clair en annonçant que « Jérusalem restera la capitale de l’État juif ». Pour l’administration Obama, la sécurité d’Israël reste la question, qui finalement marginalise toute la question de la Palestine. Le siège israélo-américain imposé sur Gaza serait levé immédiatement si Obama en décidait ainsi. En fait les USA ne sont pas seulement complices mais aussi participants dans les crimes de guerre et dans les crimes contre l’humanité commis contre les Palestiniens de Gaza. Tout étudiant débutant en sciences politiques, sans même dire tout enfant dans les rues de Gaza, vous le dirait.

Le second exemple, plus important, d’immaturité politique de Hamas, c’est son acceptation de la solution déjà morte de deux états. Dans une conférence de presse conjointe avec l’ancien président US Jimmy Carter, le Premier Ministre palestinien Ismaïl Haniyeh a dit que Hamas accepte un état limité seulement à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, les zones occupées par Israël en 1967, avec Jérusalem pour capitale. C’est ironique, pour ne pas dire bizarre, car tous politiciens palestiniens savent que la solution en deux Etats a été rendue impossible par la colonisation israélienne de la Cisjordanie, par le pillage de Gaza, par la construction du mur d’apartheid, et par l’expansion de ce qu’ils appellent « le plus grand Jérusalem ». Depuis 1967, les USA ont soutenu et soutiennent toujours Israël dans la création de conditions qui ont rendu la solution en deux Etats impossible, irréalisable et injuste.

Avec un haut dirigeant de Hamas réitérant ce qui a déjà été dit par le chef de son bureau politique, Khaled Meshal, on peut conclure que ceci est le commencement d’un processus de détérioration – même d’Osloïsation – pas seulement en rhétorique, mais aussi en fait. Le peuple palestinien, ce n’est pas seulement ceux qui vivent en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il y a 6 millions de réfugiés qui pour l’immense majorité attendent le retour dans leurs villes et villages en accord avec la résolution 194 de l’ONU, et 1,4 million de Palestiniens citoyens d’Israël qui ont un statut de troisième classe. La lutte palestinienne n’est pas pour un État indépendant dans les frontières de 1967, mais plutôt pour la libération – libération pour tous les habitants de la terre historique de Palestine. Accepter l’illusion qu’on appelle un État indépendant dans les frontières de 1967, c’est, en réalité, accepter une solution raciste par excellence. En lançant sa guerre génocidaire contre Gaza, Israël a visé la solution en deux prisons à la tête, il y a par conséquent un besoin pressant d’un programme alternatif qui adresse la question palestinienne comme une question de démocratie, d’égalité, de droits humains, et au final, de libération de l’occupation, de la colonisation et de l’Apartheid. Hamas, malheureusement, est tombé dans la trappe d’Oslo et de sa fétichisation d’un statut étatique au détriment des droits palestiniens fondamentaux. Évidemment, on peut penser que la crise sérieuse en Palestine provient de la nature du système politique déformé créé par les accords d’Oslo et par leurs prétentions à établir la fondation d’une solution par deux états. En participant aux élections de janvier 2006, la plupart des organisations politiques de Palestine, y compris Hamas, ont témoigné d’une acceptation implicite de la nouvelle réalité politique créée par les accords d’Oslo et par conséquent de la solution par deux états. Mais, ironiquement, Hamas prétendait, au contraire, que son objectif était de mettre fin à Oslo. À la fin des années 1980, le mouvement national palestinien a accepté la solution par deux états, puis reconnu Israël. C’est le même mouvement de résistance qui dans les années 1960, à émergé pour libérer la Palestine du Jourdain à la Méditerranée. Des négociations en coulisses, finalement, ont conduit aux fameux accords d’Oslo, qui ont ouvert la voie à la transformation de la cause palestinienne en une opération caritative. A présent, Hamas réinvente la roue. Pas étonnant qu’on ait un sentiment de déjà-vu.

Mohamed Hasanein Heikal and Azmi Bishara, deux intellectuels influents du monde arabe, ont critiqué de nombreuses fois Hamas pour son manque d’exposition au monde extérieur. Ce monde ne comprend pas seulement les USA, l’Iran et les régimes officiels arabes. C’est un monde qui inclut aussi les mêmes organisations de la société civile qui ont fait pression sur leur gouvernement dans les années 1980 pour boycotter le régime d’apartheid en Afrique du Sud ; il comprend les étudiants qui ont occupé leurs campus dans une tentative pour faire pression sur leurs administrateurs pour désinvestir des compagnies qui ont des liens avec l’apartheid israélien ; il comprend les étudiants de Hampshire College, le syndicat University and College de Grande Bretagne, le Scottish Trade Union Council, la fédération Sud Africaine Cosatu, and d’autres au Venezuela, en Bolivie et au-delà. Il contient le comité national palestinien du BDS (boycott, désinvestissement et sanctions). La lutte n’est pas seulement une lutte armée, elle contient aussi d’autres piliers, des piliers qui mettent l’accent sur l’importance de la solidarité internationale et de la mobilisation de masse plutôt que de placer ses espoirs et sa foi dans Barak Obama et son administration.

Gaza 2009 – la persévérance politique que les gens ont montré en réaction à la guerre génocidaire d’Israël – a prouvé que le peuple palestinien est bien en avance sur ses leaders !

Haidar est un commentateur politique indépendant.

source :

http://electronicintifada.net/v2/article10620.shtml

 

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