Qu’aurait dit Rosa ? Socialisme et démocratie

Publié le par Mahi Ahmed

Qu’aurait dit Rosa ?
Socialisme et démocratie

par Michael Brie

Docteur en philosophie et professeur, vice-président de la Fondation Rosa-Luxemburg.

Le texte présenté ici est sa contribution à la conférence de la Fondation Rosa-Luxemburg le 4 mars 2006. Il a été publié dans la revue de la Fondation, UTOPIEkreativ, n° 189/190, de juillet-août 2006. Traduit de l’allemand par Marie-Odile Motte (CIR sarl, Paris)

Plus d’une décennie et demie après l’éclatement de la RDA et l’effondrement du socialisme d’État en Europe, après toute une série de guerres impérialistes, à commencer par celle du Golfe en 1991, avec en arrière-plan le passage d’un capitalisme d’État prospère à la Ford à un capitalisme ultra-libéral, la gauche internationale se voit confrontée, en Europe et en Allemagne, à trois conflits fondamentaux : lutte interne pour la suprématie des classes dirigeantes et des élites ; un néolibéralisme économique autoritaire et une politique d’organisation multilatérale, socio-libérale ou sociale-démocrate instaurée par le capitalisme des marchés financiers, orientée vers des normes démocratiques.

La radicalisation du néolibéralisme ou l’échec de l’avènement de la social-démocratie moderne suscitent un retour à la barbarie et à une domination ouverte bafouant tous les droits fondamentaux, considérant la guerre comme une issue normale.

Parallèlement, la gauche elle-même est redevenue un défi à relever. Le progrès du débat social mondial, les mouvements sociaux de masse des personnes concernées, menacées ou touchées par le chômage, les bas salaires et la précarisation, les sans-patrie, sans-abri, sans-papiers, ceux auxquels l’accès à l’eau, la santé et la culture est interdit ou supprimé, les victimes de la guerre et de la dictature de la terreur, mettent en question la légitimité du néolibéralisme, du capitalisme des marchés financiers et de l’impérialisme. À partir d’une situation d’impuissance et d’une position défensive se dessinent les possibilités d’un pouvoir d’organisation qui leur est propre et de réelle transformation.

Mais c’est précisément à ce stade qu’éclatent les conflits internes de la gauche, et que se présentent des alternatives qui exigent qu’elle en débatte si elle veut montrer ce qu’elle est et pour quel autre monde elle combat. Le temps de la démagogie et des déclarations abstraites est révolu. Les discussions sur les questions de l’organisation, des rapports entre les partis, des mouvements, des syndicats, des participations au gouvernement, des rapports à l’État, à la violence, aux droits de l’homme, s’amorce dans toute son ampleur. Le résultat de ces discussions dépendra de manière décisive de la culture de la gauche, de la manière dont elle se perçoit. Le risque est très grand que ses anciens schismes se répètent dans ces nouvelles conditions et rendent impossible un refus de la barbarie, le renversement de l’hégémonie néolibéraliste, la mise en place d’une stratégie de transformation qui prenne le pas sur le capitalisme des marchés financiers et puisse vaincre la domination de l’économie et de la société par la condamnation du capital. Que nous a légué Rosa Luxemburg que nous ne devons jamais oublier ? Que nous aurait-elle dit ?

Ne pas désapprendre d’apprendre ! On en revient à la tâche que Rosa Luxemburg a définie dès 1915, à l’heure de la pire défaite des forces socialistes : « [...] nous ne sommes pas perdus et nous vaincrons si nous ne désapprenons pas d’apprendre [1Rosa Luxemburg, Die Krise der Sozialdemokratie, Œuvres complètes, tome IV, p. 63] ». Mais ce processus d’apprentissage n’est pas aisé. Comme l’écrit Rosa dans « La brochure de Junius » : « L’autocritique sans ménagement, rigoureuse, l’autocritique qui va au fond des choses, est l’air et la lumière qui font vivre le mouvement prolétarien [2Ibid., p. 63.]. » Cette autocritique n’est subordonnée ni aux opportunités d’obtenir facilement une majorité, ni aux compromis dictés par la corruption. Elle ne se satisfait pas d’une passion pour l’harmonie et d’un équilibre facile des contraires, car c’est là le terreau sur lequel le mouvement socialiste a commencé à pourrir et pourrait retourner à la pourriture.

Une telle autocritique exige deux conditions : premièrement le respect de la dignité, de l’intégrité personnelle de l’autre, des autres, et deuxièmement la protection de « ceux qui pensent et qui ressentent différemment dans leurs propres rangs [3Rosa Luxemburg, Gegen der Franktireurkrieg, Ibid., tome IV, p. 7.] ». Si ceux qui pensent autrement sont exclus par la diffamation et la dénonciation - dont les formes essentielles sont l’imputation à tort de motifs condamnables ou la désignation comme « ennemi », comme mal absolu ; si leur droit à l’exposé autonome, indépendant de leurs opinions et le droit indispensable afin d’instruire de ces opinions (interdiction des fractions) ne sont pas pris en compte, penser autrement est impossible.

Mais puisque la pensée n’est pas possible sans une réflexion sur la différence et dans la différence, si la répression d’une pensée différente est avant tout celle de la pensée en tant qu’activité publique, c’est la destruction de l’espace public, la négation de la démocratie. D’où également la remarque désespérée de Rosa contre ses camarades russes trois ans plus tard : « La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autre-ment [4Rosa Luxemburg, Zur russischen Revolution (La Révolution russe), Ibid., p. 359.]. » Et elle ajoute cette justification : « Non pas par fanatisme de la “justice”, mais parce que tout ce qu’il y a d’instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la “liberté” devient un privilège. [5Ibid.] »

La répression durable de la liberté de penser autrement est la fin du socialisme comme mouvement de libération des préjugés, d’émancipation et de délivrance. Contre cette suppression des conditions fondamentales de la démocratie politique, Rosa oppose « la seule source vivante d’où peuvent sortir les moyens de corriger les insuffisances congénitales des institutions sociales, à savoir la vie politique active, libre, énergique de larges masses populaires [6Ibid., p. 365 et suivante.] ». Les États qui répriment cette démocratie politique en empêchant durablement toute dissidence ouverte se sont prononcés, comme déjà Lénine et Trotski, « en faveur de la dictature d’une poignée de personnes ». Pour Rosa Luxemburg, malgré sa sympathie pour les objectifs sociaux des bolcheviks, un tel régime est une « dictature bourgeoise ». Dans sa prison, elle écrivit que la démocratie bourgeoise et ce type de dictature étaient « les deux pôles opposés, aussi éloignés l’un que l’autre de la véritable politique sociale [7Ibid., p. 362.] ».

Ni selon Rosa, ni selon le programme en vigueur du Parti, on ne peut décrire l’État cubain comme « socialiste » sans émettre les réserves les plus expresses et les plus essentielles. Cela peut sembler un désaveu douloureux de son histoire, de sa solidarité avec une révolution populaire, du combat contre l’impérialisme américain et sa politique d’embargo, mais l’absence de socialisme est préférable au fait d’exposer publiquement ces contradictions. La leçon que nous devons, là encore, en tirer est qu’il faut défendre, même dans la douleur, l’élan libérateur d’un socialisme démocratique qui emplit « la douce enveloppe de l’égalité et de la liberté » du « contenu social » de la justice, car c’est la condition sine qua non pour être crédible et puissant.

Le seul fait de fixer des objectifs sociaux, même s’ils sont essentiels au début pour de nombreuses sociétés européennes sous le régime du socialisme d’État, ne suffit pas encore à créer un véritable socialisme, mais seulement une dictature à orientation socialiste au nom du peuple. Les convictions socialistes qui se laissent enfermer dans la prison de la sujétion à un parti unique qui n’admet pas de contestataires dans ses propres rangs, quelque encourageantes, admirables et honorables qu’elles soient, ne forment pas pour autant une société socialiste. Et inversement, la liberté et l’égalité formelles sont, certes, une condition préalable du socialisme, mais n’en sont pas la substance. En pratique, ceci signifie également la collaboration la plus étroite et la plus grande solidarité avec les socialistes cubains là où nos objectifs pratiques se rejoignent, mais en insistant fermement sur les différences avec ce qu’est vraiment le socialisme et la manière dont il convient de résoudre les contradictions politiques. Cela exige également des mesures réelles et concrètes garantissant la sauvegarde des libertés politiques de ceux qui pensent autrement, et la libération des prisonniers coupables de « délit d’opinion » (Amnesty International).

Au-delà de toutes les opportunités tactiques, des états d’âme et des opinions (il nous est difficile d’imaginer à quelle pression était exposée la social-démocratie allemande face à l’exaltation guerrière de l’écrasante majorité des Allemands), le critère essentiel des décisions politiques est le programme de chaque organisation. Rosa Luxemburg ne laisse planer aucun doute à cet égard. Elle écrit : « Et aucun groupe d’une centaine de camarades, qu’il s’agisse d’une assemblée locale, d’une association de consommateurs ou d’un groupe parlementaire, n’a le droit, au sein d’un parti démocratique comme la social-démocratie, d’obliger l’individu à trahir le parti. La discipline de l’ensemble du parti, plus précisément vis-à-vis de son programme, passe avant toute discipline corporative et peut seule fonder les droits de cette dernière tout comme elle en constitue la frontière naturelle [8Rosa Luxemburg, Parteidisziplin (La Discipline de parti), Ibid., p. 16.]. » Lorsqu’une position adoptée par l’un des organes d’un parti s’écarte elle-même du programme de ce parti, on ne peut pas en conclure pour autant que d’autres opinions déviantes ne reflètent pas la position du parti.

Ce n’est que par rapport au programme d’un parti que l’on peut mesurer si une décision individuelle correspond ou non à la position de l’organisation. Et il est clair que, à partir d’un seul et même programme, différentes décisions peuvent être prises sur de très nombreuses questions concrètes, car le programme ne fait que formuler des critères mais n’anticipe pas les décisions concrètes, et ne le peut d’ailleurs pas. Et les décisions prises à la majorité ne briment pas les minorités tant qu’elles peuvent être justifiées du point de vue du programme. Toute autre manière de faire marquerait la fin de la pluralité au sein d’un parti.

Herman Klenner, membre du forum marxiste du PDS, proposa d’inclure le paragraphe suivant dans le programme du parti : « Une société socialiste telle que celle à laquelle nous aspirons garantit dans l’unité des droits politiques, sociaux et culturels le droit à l’autodétermination de tous les hommes et de tous les peuples. C’est une société dans laquelle la domination du profit est supprimée. Elle fonde une démocratie qui s’étend aux relations politiques, économiques, écologiques et culturelles. Elle exige la subordination des modes de production, de répartition et de consommation au principe de permettre à tous les citoyens et citoyennes de mener une existence indépendante et solidaire. Ce qui implique le changement d’orientation de la croissance économique et du progrès technique et scientifique, la préservation de l’environnement naturel, l’unité de l’État de droit et de l’État social, la solidarité nationale et la solidarité avec les pays étrangers ainsi qu’un ordre mondial garantissant la paix, la justice et la prospérité. » Cette proposition a été adoptée [9Dans le programme du parti on peut également lire : « La liberté est le point de référence de la politique socialiste. L’égalité est, pour cette politique, la mesure de la participation aux fruits fondamentaux de la liberté. La liberté sans l’égalité est une exploitation et reste réservée aux puissants. L’égalité sans la liberté est la répression. La liberté, l’égalité et la solidarité forment les composantes de la justice. La justice exige que les libertés fondamentales que les groupes sociaux revendiquent pour eux puissent devenir les libertés de tous les autres. La liberté n’est pas à atteindre comme une possession égoïste, mais comme une action solidaire. C’est ainsi que nous définissons les valeurs socialistes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord dans nos programmes de 1990 et 1993. C’est sur ces valeurs que nous fondons notre politique. »].

De ce point de vue, la résolution de la direction du Linkspartei-PDS qui qualifie sans réserve Cuba de socialiste est totalement contraire à l’esprit et à la lettre du programme en vigueur du parti ; ce n’est donc pas un hasard que la plate-forme communiste du PDS, qui a refusé son accord à ce programme, salue pratiquement sans réserve cette résolution. Elle ne lui fait qu’une critique limitée : « La direction du parti aurait été bien avisée, après l’offense faite aux camarades cubains par André Brie, Helmut Markov et Gabi Zim-mer, de renoncer à prendre à nouveau ses distances vis-à-vis de Cuba suite au rappel à l’ordre sur la question des droits de l’homme. La direction aurait également été bien inspirée de traiter avec largeur d’esprit la critique susmentionnée. Passons. L’aspect décisif de la décision du 27 février 2006 est le fait qu’elle est conforme à l’opinion de la base du parti [10Voir http://sozialisten.de/partei/strukt...]. »

Radical, mais non extrémiste La politique des partis de gauche et des partis socialistes doit se radicaliser à l’égard des menaces croissantes contre les fondements de la civilisation humaine. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Mais que signifie la radicalité ? Marx, le point de référence constant de Rosa Luxemburg avec Lassalle, qu’elle admirait pour sa hardiesse et sa fermeté politiques, définit la radicalité comme « saisir le fait à la racine ». Et Marx ajoute : « Mais la racine pour l’homme est l’homme lui-même. » Et par conséquent « la radicalisation de la théorie allemande » aboutit à « nous enseigner que l’homme est l’être suprême pour l’homme, ce qui entraîne donc l’impératif catégorique de supprimer toutes les circonstances qui dégradent, asservissent, ignorent et méprisent l’homme [11Karl Marx, Zur Kritik der hegelschen Rechtsphilosophie (Critique de la Philosophie du droit de Hegel), MEW, tome I, p. 385.]. »

Dans son ouvrage Was will der Spartakusbund ? (Que veut la ligue spartakiste ?), Rosa Luxemburg n’a pas seulement dit que la Ligue spartakiste n’était prête à prendre le pouvoir « que par la volonté claire et sans équivoque de la grande majorité des masses prolétariennes » et « si ces masses approuvent consciemment ses vues, les buts et les méthodes de lutte de la Ligue spartakiste [12Rosa Luxemburg, Was will der Spartakusbund ?, op. cit., tome IV, p. 450.] », elle s’est désolidarisée sans équivoque, dans le droit fil de son ouvrage Zur russischen Revolution (La Révolution russe), des méthodes bolcheviks pratiquées après janvier 1918 en Russie, sans pour autant nommer les bolcheviks : « Dans les révolutions bourgeoises, l’effusion de sang, la terreur, le crime politique étaient des armes indispensables entre les mains des classes montantes. La révolution prolétarienne n’a nul besoin de la terreur pour réaliser ses objectifs. Elle hait et abhorre l’assassinat. Elle n’a pas besoin de recourir à ces moyens de lutte parce qu’elle ne combat pas des individus, mais des institutions, parce qu’elle n’entre pas dans l’arène avec des illusions naïves qui, déçues, entraîneraient une vengeance sanglante. Ce n’est pas la tentative désespérée d’une minorité pour modeler par la force le monde selon son idéal, c’est l’action de la grande masse des millions d’hommes qui composent le peuple, appelés à remplir leur mission historique et à faire de la nécessité histor ique une réalité [13Ibid., p. 445.]. » C’est le pouvoir d’une assemblée radicalement démocratique, et non la dictature d’un parti et de sa direction, qui doit s’opposer à la résistance à la contre-révolution. Elle écrivait : « L’idée de Radek [14Karl Radek, dirigeant bolchevik, (1885-1939).], par exemple, de “massacrer la bourgeoisie”, ou ne serait-ce qu’une menace dans ce sens, est une idiotie summo grado, cela ne ferait que compromettre le socialisme, rien de plus. »

La radicalité de la gauche ne se mesure ni à la violence du langage, ni même au nombre de morts, ni à la rapidité avec laquelle se modifient les rapports sociaux, mais au fait que la politique socialiste apporte ou non une contribution concrète à l’élimination des rapports d’exploitation, de répression et d’interdiction. Chaque pas accompli en pratique vers cet objectif est aussi un progrès au plan humain et radical. La politique de la gauche est donc mise au défi d’accomplir cette tâche en fonction des possibilités données et avec les forces disponibles, totales et universelles, par l’application homogène des droits de l’homme sur le plan politique, social et culturel.

Ainsi, la radicalité se différencie de l’extrémisme par le fait qu’elle subordonne les moyens aux finalités humaines, alors que l’extrémisme, dans son mépris de la démocratie et de « la référence aux droits de l’homme », qui ne feraient que le détourner des choses véritablement importantes, place les moyens, la lutte contre l’ennemi, l’application d’un autre ordre politique et économique, au-dessus du droit des hommes à la vie et à l’autodétermination. Les extrémistes sont ceux qui estiment que les autres, en raison de leurs idées, des expressions non violentes de leurs opinions, de leur origine ou de leur naissance, ont moins le droit de vivre qu’eux-mêmes et leurs amis politiques. L’extrémisme est le contraire le plus profond et le plus direct d’un radicalisme socialiste. Le régime de l’extrémisme est la dictature, qu’elle soit de droite ou de gauche, le régime du radicalisme socialiste est une démocratie sociale. Pour cette radicalité de la gauche, l’histoire a développé une série de critères. Le premier est la préférence pour des méthodes pacifiques et démocratiques. La rupture des bolcheviks avec la politique socialiste n’a pas été le putsch armé d’octobre 1917, qui n’a fait que peu de victimes, a mis fin à l’agonie du gouvernement provisoire et s’appuyait sur une majorité de gauche dans les assemblées librement élues, mais la dissolution de l’assemblée constituante de Russie par l’intervention de la police en janvier 1918. Le porte-parole des bolcheviks, Nikolaï Boukharine, déclara à la tribune de cette assemblée « la lutte à mort contre la République bourgeoise parlementaire ». Cet événement a également mis fin à l’ère des parlements démocratiques, qui, à compter de cette date, n’ont plus été élus librement. L’interdiction des partis politiques, même de ceux qui avaient soutenu le soulèvement d’octobre, a suivi presque immédiatement. Ainsi furent anéanties les possibilités d’un règlement pacifique et légal des conflits internes, de sorte que les seules alternatives qui restaient étaient la guerre civile ou la soumission à la dictature bolchevique. Ce conflit a coûté la vie à 10 millions de personnes.

Le dilemme entre les espoirs et les attentes suscitées par l’avènement d’un nouvel ordre économique et gouvernemental socialiste, et les dangers d’instauration d’une dictature qu’il recelait, fut rapidement résolu par les bolcheviks, avec à l’arrière-plan d’une part les expériences du tsarisme, la guerre impérialiste et la constitution de forces contre-révolutionnaires, et d’autre part, une compréhension de la révolution qui voyait purement et simplement dans la phase du « règne de la terreur » instauré par les jacobins au plus fort de la Révolution française l’essence de la révolu-tion [15Extrait des notes sténographiques de la séance de l’assemblée constituante des 5 et 6 janvier 1918, dans : « Die Russische Revolution 1917 Wegweiser oder Stackgasse ? » (« La révolution russe de 1917, défricheur ou voie sans issue ? ») publiées, dirigées, commentées et traduites par Wladislaw Hedeler, Horst Schützler, Sonja Striegnitz, Berlin, Karl Dietz Verlag, 1997, p. 414.]. Mais contrairement aux jacobins, les bolcheviks ne se sont pas soumis au vote de l’assemblée élue par le peuple ; ils l’ont dissoute.

Sous leurs formes historiques antérieures, la tyrannie et la dictature [16Hermann Klenner Marxismus und Menschenrechte. Studien zur Rechtsphilosophie (Marxisme et Droits de l’homme. Études de la philosophie du droit), Berlin,Akademie-Verlag, 1982, p. 410.] ont souvent eu des aspects fortement progressistes, comme par exemple sous Peisistratos (607 à 528 avant notre ère) qui a favorisé principalement les intérêts des petits propriétaires terriens d’Athènes, renforçant ainsi les tendances égalitaires de la société. Indépendamment de cette idée, leur caractéristique propre est la domination d’un seul individu, en dehors de celui qui s’empare historiquement du pouvoir ou qui l’obtient par la volonté d’autres procédures dérivées (vote, nomination, etc.). Dans ce sens-là Lénine n’était pas un tyran. Son pouvoir reposait sur la dictature d’un parti qui l’avait régulièrement élu jusqu’à sa mort. En interdisant les fractions, le Xe Congrès du Parti a rendu impossible la formation libre des opinions au sein du Parti bolchevik et au plus tard au début des années 30, Staline avait établi sa tyrannie personnelle.

Le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies le 10 décembre 1948 commence par ces mots très clairs : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde, Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression... [17Dans le sens historique initial que lui donnaient les Romains, la dictature était l’état de siège limité dans le temps au sein duquel les organes constitutifs essentiels remettaient intégralement leur pouvoir entre les mains d’un seul : « La notion de dictateur (d’un mot latin signifiant celui qui parle, qui ordonne) désigne à l’origine une fonction politique de l’ancienne Rome. Dans les moments de crise particulière les autorités politiques suprêmes de la République, les consuls, nommaient un dictateur avec l’accord du Sénat. Celui-ci disposait du pouvoir illimité sur l’État et l’armée (summus imperium). Tous les autres magistrats étaient sous ses ordres. Son gouvernement ne durait que six mois.Après résignation de sa fonction, il ne pouvait être accusé d’aucun délit (contrairement à tous les autres magistrats républicains). » http://de.wikipedia.org/wiki/diktator.] »

L’attentat perpétré contre Lénine par la gauche socialiste révolutionnaire était la conséquence inéluctable de la répression des formes d’expression démocratiques - c’était une tentative de meurtre du tyran. Et le meurtre du tyran est le seul qui soit légitime du point de vue de la démocratie, puisque c’est le tyran qui se déclare maître de la vie et de la mort et dispose de l’existence d’autrui en bafouant les conditions de l’État de droit. En même temps, il prive tous les autres hommes de la possibilité d’ôter sans violence à l’homme, qui est aussi le tyran, le pouvoir de tuer d’autres personnes. Puisqu’il s’agit de vie et de mort, ce n’est souvent que par la mort que s’achève le règne du tyran. La démocratie, en revanche, protège aussi la vie de ceux qui professent des positions démocratiques, car ils ne soutiennent ces positions que pendant un certain temps et leur opinion dépend du fait qu’ils soient ou non nommés ou démis par les citoyens et citoyennes ou leurs représentants élus. En outre, leurs pouvoirs sont limités, la vie et la liberté des individus ne dépendent pas du bon plaisir du souverain. Mais c’est précisément pour cette raison que, si la démocratie veut appliquer ses exigences, elle doit être une démocratie sociale.

Le deuxième critère signant la naissance d’un socialisme radical est la disposition préréflexive de la transformation de la société et l’indivisibilité des droits de l’homme. Il est clair que chaque transformation d’une société part toujours des circonstances existantes, et que celles qui vont à l’encontre de l’exercice universel des droits politiques, sociaux et culturels de l’homme ne peuvent être surmontées que progressivement. Dans le même temps, il est incompatible avec une politique de socialisme démocratique que cette progressivité entraîne la non-application durable des droits fondamentaux les plus élémentaires dans un quelconque domaine, car de ce fait les hommes perdent les conditions indispensables à une vie digne. L’exclusion du logement, du travail, des soins, de la formation est inacceptable pour des élections libres, et l’accès à ces droits ne légitime pas la suppression durable du droit à la libre parole.

Il peut s’avérer nécessaire, après les bouleversements révolutionnaires qui ont mis fin à un régime tyran-nique, de laisser passer deux, voire quatre ans, avant que les conditions d’élections libres soient réunies. Il est important que le processus soit organisé dans la légalité alors que l’état d’urgence est totalement levé. Mais si cet état dure ou même devient une norme de la constitution, et qu’un Parti, ou sa direction, revendique le gouvernement pour lui de manière antidémocratique, il est illégitime du point de vue du socialisme de Rosa Luxemburg.

De ce point de vue toutefois, toute démocratie qui n’est pas sociale est également illégitime. Mais pour cela, elle doit être liée à « des interventions énergiques, résolues, dans les droits acquis et les rapports économiques de la société bourgeoise [18Rosa Luxemburg, Zur russischen Revolution, op. cit., p. 363.] », faisant ainsi valoir les intérêts de la classe ouvrière et de la grande majorité de la population vis-à-vis des privilèges de classe des capitalistes. Selon Rosa Luxemburg, alors que dans le capitalisme, indépendamment du régime politique, l’intérêt des détenteurs du capital domine finalement tous les autres et exerce une dictature de fait, dans le socialisme l’égalité et la liberté du système de la propriété doivent dominer, mais précisément comme l’œuvre de la majorité, résultant de « la participation active des masses », « sous leur influence directe » et « soumise au contrôle de l’opinion publique [19Ibid., p. 363 et suivante.] ».

Il a toujours existé au sein de la gauche un courant qui, pour réaliser les objectifs sociaux (mise en place d’une hiérarchie précise de la propriété, réalisation de l’égalité sociale, redistribution aux plus démunis), était prêt à restreindre la liberté politique voire à la supprimer complètement. Cette tendance à un autoritarisme social, qui peut se transformer en une dictature auto-proclamée, s’est réellement manifestée au cours de l’histoire. Et cette dictature s’est ensuite de nouveau transformée, dans certaines conditions, en un régime totalitaire détruisant les hommes au nom du socialisme. Le socialisme démocratique, qui, dans cette optique, est en effet aussi éloigné d’une démocratie libérale que d’un autoritarisme à orientation sociale, aspire à placer au premier rang des priorités tant l’augmentation des possibilités de participer à des décisions démocratiques que la création de rapports de propriété favorisant la production et la répartition équitable des biens qui seules permettent de respecter les droits de l’homme et de mettre à la première place les biens conditionnant la liberté. Donc, pas de luxe, mais l’eau, le pain, la culture et la santé ; pas de villas, mais des logements, pas de marges bénéficiaires exorbitantes pour les actionnaires ni de scandaleux émoluments des managers, mais un salaire suffisant pour tous. Au système d’impuissance démocratique du néolibéralisme, dans lequel ni les questions de propriété ni les questions de répartition n’entraînent davantage de dispositions démocratiques, et qui fait dépendre la garantie des services publics de base du remboursement des dettes et du respect de la libre concurrence avec les oligopoles internationaux, le socialisme démocratique oppose la démocratisation de la décision concernant la situation économique et sociale et le renforcement de la solidarité de la communauté sociale. C’est en cela, et rien d’autre, que consiste la lutte pour une démocratie sociale [20C’est une illustration de l’ironie tragique de l’histoire que de nombreux partis aient conservé cette dénomination de « sociaux-démocrates » alors qu’ils sont, en fait, devenus des partis capitalistes coupés du social.].

Dans le programme du PDS on peut lire : « Toutes les formes de propriété, coopérative, collective, privée, publique et autres, qui favorisent les conditions de vie naturelles, sociales et culturelles et facilitent l’accès aux conditions fondamentales de la vie humaine doivent être encouragées, et celles qui minent et détruisent les conditions de vie fondamentales et en barrent l’accès ou le rendent plus difficile doivent être réprimées et supprimées. Nous tenons fermement à la possibilité prévue par la Constitution de faire du sol, des ressources naturelles et des moyens de production des biens communs, et de les gérer en communauté ou sous d’autres formes d’économie collective, et sommes d’accord pour réaliser cette possibilité, si la majorité des citoyens et des citoyennes l’estime favorable à la justice sociale et à la mise à disposition efficace des biens sociaux fondamentaux. Nous voulons abolir le dictat de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et du Fonds monétaire international (FMI) sur les conditions cadres de l’économie et arrêter la privatisation des services publics et des connaissances. » Contrairement à ce que pensent beaucoup de mouvements de gauche, la démocratie et le socialisme se fondent sur la primauté des droits politiques de l’homme. Tant que les biens et les conditions qui garantissent les droits sociaux et culturels de l’homme sont au service d’un système non démocratique, il n’y a pas de droit, mais des gratifications et des concessions dépendant du bon vouloir et des intérêts des puissants, qui peuvent aussi les retirer ou les accorder de manière arbitraire. Cette primauté des droits politiques ne relativise pas les droits sociaux et culturels de l’homme, mais en fait des droits inaliénables, car seule la préservation des droits politiques permet de mener la lutte démocratique pour une hiérarchie de la propriété conforme aux droits de l’homme, et de garantir la possibilité d’un véritable engagement social sans crainte pour sa vie.

Inégalité de pouvoir Un socialisme radical ne considère pas les hommes comme des abstractions, mais comme des individus concrets, uniques, vulnérables, mortels, sensibles et raisonnables. Au cœur des très graves événements de novembre 1918, l’ardente révolutionnaire Rosa Luxemburg, elle-même justement très marquée par plusieurs années de prison, écrivait : « Le sang a coulé [...] à flots pendant les quatre années d’assassinat du peuple par les impérialistes. Désormais, chaque goutte de cette précieuse sève doit être conservée avec respect dans une coupe de cristal. La plus violente des énergies révolutionnaires et l’humanité la plus généreuse - telle est la véritable inspiration socialiste. Un monde doit être détruit mais toutes les larmes versées, même essuyées, sont une accusation, et tout homme pressé d’accomplir des actions importantes qui, par simple inattention, écrase un pauvre ver, commet un délit [21Rosa Luxemburg, Eine Ehrenpflicht (Un Devoir d’honneur), op. cit., tome IV, p. 406.]. » Elle nommait l’abolition de la peine de mort un « devoir d’honneur » de la Révolution. De telles paroles ont été rares dans le mouvement communiste. Ces mots enjoignent à la politique socialiste de ne pas confondre dans un contraste antagoniste la fin et le moyen, l’objectif et la voie, et d’adopter le point de vue des faibles. Ils ont été écrits à peine quelques semaines avant que les bouchers de la social-démocratie de droite soient lâchés sur la Berlin rouge, « frappent son chef à mort » et assassinent également Rosa Luxemburg. Comme l’a avoué plus tard l’un des coupables, « les événements de cette soirée ont été une folie. Nous nous étions entre-tués pendant quatre ans, un de plus ou un de moins n’avait plus d’impor-tance [22Elisabeth Hannover-Drück, Heinrich Hannover (Hrsg = éditeur), « Der Mord an Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht. Dokumentation eines politischen Verbrechens » (L’Assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebk-necht. Dossier d’un crime politique), Suhrkampf Verlag, 1979, p. 139.] ». Paul Levi, désespéré, commença son oraison funèbre de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg par ces mots : « C’est comme si la terre était assoiffée de sang. Elle a bu du sang pendant quatre ans. Sang pour sang [23Paul Levi, « Karl Liebknecht und Rosa Luxemburg zum Gedächt-nis » (« En mémoire de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg »), discours prononcé lors de la cérémonie commémorative du 2 février 1919 à la Lehrervereinhaus de Berlin, p. 3.]. »

La gauche n’est à gauche que lorsqu’elle se place du point de vue de ceux qui sont opprimés, exploités, exilés, privés de leur dignité. De ce point de vue, ses revendications s’adressent avant tout à ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique, intellectuel et militaire ; elle lutte d’abord pour un changement du comportement de ces forces ou pour leur répression, et finalement pour la suppression de ce pouvoir excessif. Cette lutte concerne également le rapport d’une gauche socialiste démocratique avec Cuba.

Le blocus américain qui a suivi le décret du gouvernement révolutionnaire de Cuba sur la propriété (nationalisation d’une série de grandes entreprises américaines et de gros propriétaires terriens cubains) empiète sur le droit légitime de chaque État d’organiser la hiérarchie de la propriété selon ses intérêts propres. Il en est résulté au cours des décennies une guerre déclarée de la part des États-Unis, avec des moyens militaires, des services secrets. La principale critique des violations des droits souverains de Cuba et des droits des Cubains qui en résultent vise donc en premier lieu les États-Unis.

Mais, comme l’a rappelé Christoph Spehr lors d’un débat, il existe un autre équilibre des forces, que la gauche ne peut plus ignorer au motif qu’il semble avoir peu d’importance dans les relations politiques internationales ; c’est celui qui existe entre le dirigeant de Cuba et sa population, et surtout avec ceux qui professent des idées dissidentes sur l’organisation de la politique et de la propriété à Cuba.

Au cours des dernières années une série de lois ont été promulguées à Cuba, qui interdisent notamment :

  • de donner à des médias américains ou appartenant à d’autres pays étrangers des interviews critiquant l’ordre économique, social ou politique ;
  • de communiquer avec des organisations humanitaires internationales ;
  • de se constituer en groupes non reconnus par les autorités cubaines ou soupçonnés d’activités contre-révolutionnaires [24Amnesty International.].

Toutes sont des lois que nous connaissions en RDA, en Union soviétique et autres États socialistes. Il n’y a là aucune différence fondamentale. Or, chaque État a sans aucun doute le droit de se protéger contre les ingérences étrangères, mais tant que les droits de libre expression des opinions, de rassemblement et d’association ne sont pas garantis ; tant que les citoyennes et citoyens ne peuvent pas eux-mêmes disposer des ressources destinées à garantir ces droits, tant que dans leur propre pays aucun État de droit ne prémunit contre la violation de ces droits, la suppression de tout contact avec l’extérieur n’aboutit qu’à faire pencher davantage l’équilibre des forces en faveur du gouvernement, qui voit augmenter sa marge de manœuvre pour une politique de persécution des masses. Du point de vue du programme du PDS, cette politique ne peut être qualifiée de « socialiste ».

Un parti qui, après 1989, s’est investi dans la réhabilitation des dissidents de RDA, dont le président du groupe parlementaire, avec un courage immense, a prôné la liberté d’expression dès la fin des années 70 dans l’affaire Bahro, ne peut et ne doit pas se taire quand d’autres États utilisent les mêmes moyens pour instaurer une persécution semblable de ceux qui pensent autrement. Il ne s’agit même pas de violations isolées des droits de l’homme, mais d’une abrogation structurelle durable de tous les droits essentiels à la liberté politique. Dans ce cas, quand elle ne porte pas sur les droits sociaux fondamentaux, la restriction du droit à la liberté de ceux qui pensent autrement signifie surtout l’interdiction directe de la libre-pensée pour chaque citoyen et citoyenne.

Qu’aurait dit Rosa ? J’ai formulé trois réponses possibles. Elle nous encourage à ne pas nous contenter d’une réponse simpliste aux contradictions complexes de notre temps, à ne pas nous réfugier dans le confort des définitions communes, à exiger l’essence initiale du socialisme, l’égalité et la liberté de tous et de chacun, à ne jamais oublier la solidarité avec tous ceux qui en sont exclus. Pour Rosa Luxemburg, la lutte pour le socialisme était d’abord une lutte contre la barbarie. Le socialisme était la condition indispensable pour éviter de sombrer dans la barbarie. Même au plus fort de cette barbarie, elle-même n’aurait jamais toléré d’en utiliser les moyens.

Rosa Luxemburg était socialiste, parce que c’était une humaniste radicale. C’est là le legs qu’elle laisse à tant d’autres de ses contemporains socialistes. Subsiste également pour les socialistes d’aujourd’hui ce que disait Walter Jens : « L’humanité dans notre société se mesurera à la manière dont nous honorerons l’héritage de Rosa Luxemburg. »

[1] Rosa Luxemburg, Die Krise der Sozialdemokratie, Œuvres complètes, tome IV, p. 63

[2] Ibid., p. 63.

[3] Rosa Luxemburg, Gegen der Franktireurkrieg, Ibid., tome IV, p. 7.

[4] Rosa Luxemburg, Zur russischen Revolution (La Révolution russe), Ibid., p. 359.

[5] Ibid.

[6] Ibid., p. 365 et suivante.

[7] Ibid., p. 362.

[8] Rosa Luxemburg, Parteidisziplin (La Discipline de parti), Ibid., p. 16.

[9] Dans le programme du parti on peut également lire : « La liberté est le point de référence de la politique socialiste. L’égalité est, pour cette politique, la mesure de la participation aux fruits fondamentaux de la liberté. La liberté sans l’égalité est une exploitation et reste réservée aux puissants. L’égalité sans la liberté est la répression. La liberté, l’égalité et la solidarité forment les composantes de la justice. La justice exige que les libertés fondamentales que les groupes sociaux revendiquent pour eux puissent devenir les libertés de tous les autres. La liberté n’est pas à atteindre comme une possession égoïste, mais comme une action solidaire. C’est ainsi que nous définissons les valeurs socialistes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord dans nos programmes de 1990 et 1993. C’est sur ces valeurs que nous fondons notre politique. »

[10] Voir http://sozialisten.de/partei/strukt...

[11] Karl Marx, Zur Kritik der hegelschen Rechtsphilosophie (Critique de la Philosophie du droit de Hegel), MEW, tome I, p. 385.

[12] Rosa Luxemburg, Was will der Spartakusbund ?, op. cit., tome IV, p. 450.

[13] Ibid., p. 445.

[14] Karl Radek, dirigeant bolchevik, (1885-1939).

[15] Extrait des notes sténographiques de la séance de l’assemblée constituante des 5 et 6 janvier 1918, dans : « Die Russische Revolution 1917 Wegweiser oder Stackgasse ? » (« La révolution russe de 1917, défricheur ou voie sans issue ? ») publiées, dirigées, commentées et traduites par Wladislaw Hedeler, Horst Schützler, Sonja Striegnitz, Berlin, Karl Dietz Verlag, 1997, p. 414.

[16] Hermann Klenner Marxismus und Menschenrechte. Studien zur Rechtsphilosophie (Marxisme et Droits de l’homme. Études de la philosophie du droit), Berlin,Akademie-Verlag, 1982, p. 410.

[17] Dans le sens historique initial que lui donnaient les Romains, la dictature était l’état de siège limité dans le temps au sein duquel les organes constitutifs essentiels remettaient intégralement leur pouvoir entre les mains d’un seul : « La notion de dictateur (d’un mot latin signifiant celui qui parle, qui ordonne) désigne à l’origine une fonction politique de l’ancienne Rome. Dans les moments de crise particulière les autorités politiques suprêmes de la République, les consuls, nommaient un dictateur avec l’accord du Sénat. Celui-ci disposait du pouvoir illimité sur l’État et l’armée (summus imperium). Tous les autres magistrats étaient sous ses ordres. Son gouvernement ne durait que six mois.Après résignation de sa fonction, il ne pouvait être accusé d’aucun délit (contrairement à tous les autres magistrats républicains). » http://de.wikipedia.org/wiki/diktator.

[18] Rosa Luxemburg, Zur russischen Revolution, op. cit., p. 363.

[19] Ibid., p. 363 et suivante.

[20] C’est une illustration de l’ironie tragique de l’histoire que de nombreux partis aient conservé cette dénomination de « sociaux-démocrates » alors qu’ils sont, en fait, devenus des partis capitalistes coupés du social.

[21] Rosa Luxemburg, Eine Ehrenpflicht (Un Devoir d’honneur), op. cit., tome IV, p. 406.

[22] Elisabeth Hannover-Drück, Heinrich Hannover (Hrsg = éditeur), « Der Mord an Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht. Dokumentation eines politischen Verbrechens » (L’Assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebk-necht. Dossier d’un crime politique), Suhrkampf Verlag, 1979, p. 139.

[23] Paul Levi, « Karl Liebknecht und Rosa Luxemburg zum Gedächt-nis » (« En mémoire de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg »), discours prononcé lors de la cérémonie commémorative du 2 février 1919 à la Lehrervereinhaus de Berlin, p. 3.

[24] Amnesty International.

 

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