La negation de soi et des autres par le feu

Publié le par Mahi Ahmed

La negation de soi et des autres par le feu

par M. Abdou Benabbou

Y a-t-il un acte plus terrible et plus atroce que la destruction de soi par le feu ? Un homme s'est immolé à Sidi Bel Abbès par le feu. Son cadavre calciné démontre bien une manière d'en finir qui n'a rien d'un coup de semonce provisoire ou d'une alerte passagère au sujet d'une revendication insatisfaite ou encore d'une forme de chantage pour obtenir quoi que ce soit.

 Des conditions de vie précaires en seraient la cause. Ce laconique euphémisme renvoie à un vocabulaire que nous avons fini par apprendre, malgré l'indolence qui nous inonde et une lâcheté politique et sociale qui n'a d'égal que notre cynisme irresponsable. Des messages comme celui-ci, nous les culbutons tous les jours, à chaque coin de rue et sur le parterre quotidien de nos faits et gestes.

 En terminer ainsi est la forme radicale d'un désespoir et d'une haine de soi. Elle est plus que la négation de soi et celle des autres. En s'immolant par le feu jusqu'à transformer son corps calciné, c'est surtout nous qu'il rend poussière parce que incapables d'assumer et d'assurer une indépendance à laquelle tout un peuple a cru.

 Le geste est trop lourd de sens pour n'entrevoir à travers lui qu'un moment de folie de la part d'un homme démoli par le sort et dont le destin serait un simple sujet d'analyse psychiatrique. Le modèle dans son horreur et dans l'indignation qu'il suscite est un mauvais poème dans son genre qui dessine les larges frontières du drame d'une société désintégrée.

 Une affaire de logement ? Nous savons qu'il y a bien plus que cela dans cet acte de désespérance totale, et cette revendication est bien puérile car nous savons aussi que cette recherche n'est que le toit d'un iceberg colossal.

 Quand un peuple se suicide en choisissant les méthodes les plus extrêmes, c'est qu'il y a là une forme de déchéance qui va au-delà d'une révolte contre les hommes et même contre le Tout-Puissant et cet immense sacrilège convoque encore et encore les sempiternelles questions.

 Quand le roc devient poussière, est-il encore permis d'espérer qu'il retrouve sa forme et sa carrure initiales ? Et l'immolation par le feu de Sidi Bel Abbès n'est-elle pas aussi celle de notre conscience ?

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5125042

Publié dans Economie et société

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