L’URSS EN CRISE : LE MOUVEMENT RÉEL DE L’HISTOIRE

Publié le par Mahi Ahmed

Remarques préliminaires

 

Je viens de trouver dans les quelques archives que j’ai pu rassembler, le manuscrit d’un canevas pour un exposé que j’avais fait au siège du PAGS juste après le coup d’Etat du 19 août 1991 en URSS. C’était certes un exposé travaillé mais qui ne disposait pas d’un recul suffisant pour une analyse plus fine pour donner une indication sur les voies de la  lutte. Mais cet exposé donne une idée, du moins en ce qui me concerne, du niveau de notre réflexion d’alors. Il donne aussi une idée de la profondeur de la crise du PAGS ainsi que de la nature de cette crise qui n’était pas liée seulement à l’analyse de l’islamisme politique ou de la nature du système de pouvoir en place etc.

Je vous le livre pour information et peut-être pour en débattre.

 

 

L’URSS EN CRISE : LE MOUVEMENT RÉEL DE L’HISTOIRE

 Août 1991

Mahi Ahmed

 

  1. Le coup d’état  du 19 Août 1991 en URSS et son échec trois jours après constituent un fait historique majeur. Celui-ci prend la forme d’un séisme de très forte intensité qui ébranle profondément l’histoire moderne de l’humanité et dont les contres-coups sont difficilement mesurables et encore moins maîtrisables. Il est donc légitime que nos interrogations et nos inquiétudes soient nombreuses et sensibles. Cela est vrai pour tous les hommes attachés à la paix, à la démocratie et au progrès. Cela est encore plus aigu pour ceux des générations d’hier et d’aujourd’hui, qui voient de façons diverses, dans la concrétisation de l’idéal socialiste, l’alternative la plus humaine et la plus juste.
  2. On ne dira jamais assez, on ne finira jamais d’étudier, que l’histoire est l’œuvre infiniment complexe des hommes. L’expérience, la pratique politique et sociale moderne montre au fil des dernières sept décennies en particulier, que l’histoire n’aime pas être forcée par des actions mécaniques et administratives, décidées arbitrairement, sans s’appuyer sur une « analyse approfondie et concrète de situations concrètes » L’histoire a pris à chaque fois qu’elle a été heurtée, de cette manière, dans son mouvement réel, une sévère revanche, après des temps plus ou moins longs, pour essayer de retrouver, souvent au détriment du progrès général des sociétés, la stabilité de son rythme ( ex 1953, 1956,1968 etc.).
  3. C’est pourquoi la situation nouvelle créée en URSS par le coup d’état et son échec rapide, exige réflexion et études rigoureuses sur les :
  • Les causes immédiates et profondes,
  • Les conséquences internes et externes,
  • Les voies à explorer rapidement, pour que l’URSS, le pays de la révolution d’octobre 1917 qui a tant compté et doit compter encore pour toutes les forces de la paix, de la démocratie et du progrès à travers le monde, puisse surmonter pacifiquement cette crise et marcher à pas sûrs vers les transformations démocratiques multiformes et multisectorielles initiées par la Peréstroïka.
  1. La situation nouvelle créée en URSS met l’URSS et monde d’une façon générale, par un mouvement profond de basculement, dans une situation historique, une « étape historique » pour ainsi dire, nouvelle. La force de ce mouvement de basculement provoque, de fait, une rupture historique avec le type de système idéologique, politique, social, culturel (dont l’étude scientifique exigera beaucoup de temps) qui a dominé et imprégné, des décennies durant, la société soviétique, les pays du camp socialiste, le mouvement communiste et ouvrier international et qui a marqué fortement les relations internationales.
  2. Ce mouvement profond de basculement ne relève pas du spontané, d’un cours anarchique de l’histoire. Il était porté, mais avec une autre qualité et un autre caractère par le processus de la peréstroika. Il a reçu une autre qualité et un autre caractère, un rythme plus accéléré avec le coup d’Etat du 19 août 1991 et l’échec de ce coup d’Etat. Si la péréstroika s’efforçait, avec plus ou moins de succès, de créer les conditions objectives et subjectives, théoriques et pratiques de la transition pour le dépassement du système ancien, en développant la démocratie, la liberté, la transparence, c'est-à-dire en libérant les forces capables de devenir sa base sociale de soutien et en contenant tout à la fois les forces conservatrices et les forces radicales et centrifuges mises en mouvement par elle,la situation nouvelle créée met un terme à une telle transition  et provoque maintenant la rupture radicale avec les forces conservatrices et le système qu’elles portent.
  3. La crise actuelle de l’URSS, les ruptures qui s’y opèrent, par leur profondeur et associées aux développements internationaux de ces dernières années, prennent             la qualité d’expérience historique vérifiant les limites et les avancées de la théorie révolutionnaire basée sur la pensée marxiste et la pensée léniniste. Elle   pose en terme aigu le retard pris par cette théorie pour :
  • Maîtiser les réalités nouvelles de notre monde,
  • Y inscrire le mouvement révolutionnaire de notre époque en déterminant le fond et la forme( le caractère) généraux qui doivent le porter,
  • Prendre en charge tous les acquis théoriques et pratiques de la civilisation universelle moderne et être partie intégrante , même différenciée, de cette dernière.

Cette crise et ces ruptures ébranlent fortement les consciences et les certitudes établies, mais vérifient la verdeur multiple de l’arbre de la vie et développent les exigences de rigueur continue au mouvement continu de la théorie révolutionnaire qui met au centre de ses préoccupation l’homme réel, la société réelle et l’humanité réelle et opère un divorce  radical avec les visions utopiques et la stagnation, sources de régression et d’échecs.

 

  1. La crise actuelle de l’URSS a mis en évidence le mouvement profond engagé par la péréstroika. Les tenants de l’idéologie bourgeoise stagnante parlent de la fin du communisme, du socialisme, de la victoire du libéralisme et l’extension de ce dernier vers les pays anciennement socialistes. Ils parlent de la mise en place d’un ordre mondial nouveau dominé par eux. C’est vouloir cacher le soleil avec un tamis , comme on dit chez nous. Le vingtième siècle a été le siècle des guerres impérialistes les plus meurtrières. Il a été aussi celui des révolutions, principalement celle d’octobre 1917 et de tout ce qu’elle induit comme transformations dans le sens de la libération et de l’émancipation des peuples. Le capitalisme lui-même s’est transformé. Il s’est transformé sous la pression de l’aiguisement des contradictions entre le capital et le travail, de la lutte des travailleurs et des peuples du mouvement de libération nationale et de l’existence du système socialiste. Les acquis sociaux arrachés au capitalisme n’ont jamais été aussi importants en quantité et en qualité. Les pays qui se sont engagés dans la voie de la construction du socialisme ont édifié une base et des superstructures énormes pour la réalisation du progrès général de leurs sociétés : base économique, potentiel intellectuel, scientifique et technique, acquis sociaux et culturels. Telle est la réalité.

La peréstroika a été engagée à partir de la prise de conscience :

  • Des réalités nouvelles de notre monde à l’ère du nucléaire et de l’espace, à l’ère de la mortalité de l’humanité en tant que telle, mais aussi à l’ère du développement vertigineux des sciences et de techniques.
  • Du constat des limites et des goulots d’étranglements rencontrés dans l’édification du socialisme

 

Elle a été engagée pour mettre l’édification du socialisme sur les rails de la marche réelle de l’histoire, de l’histoire produit des hommes en mouvement et pour les hommes en tant que finalité. Elle a voulu intégrer le socialisme le socialisme dans l’effort gigantesque, non exempt d’âpres luttes, déployé pour le développement et le progrès de la civilisation universelle. Elle réalisé pour cela la condition sine qua-non , l’orientation vers la stabilisation de la paix mondiale et le désarmement. Ainsi l’axe général, l’orientation principale des luttes futures seront ceux pour le progrès et la justice sociale les plus élevés, les relations internationales les plus démocratiques et les plus équilibrées. L’idéologie porteuse du progrès et de la justice sociale, approfondie, collant aux réalités nouvelles et à leurs développements, sera la plus conquérante et mettra à mal l’idéologie réactionnaire et impérialiste.

 

8. Les forces de la démocratie réelle, du progrès et du socialisme sont mis devant des responsabilités et des tâches historiques nouvelles qu’il s’agit de déterminer et de maîtriser concrètement. Parmi ces tâches :

  • La maîtrise des réalités mondiales nouvelles ;
  • La détermination de l’évolution universelle de notre époque ;
  • La détermination des étapes historiques selon chaque pays ;
  • Comment faire avancer le progrès général de la société, progrès indispensable à une avancée vers plus de justice sociale et vers le socialisme ?  quel ordre de priorité ?
  • De quel type de parti ont besoin les masses pour la réalisation de ces tâches ? etc.

 

 

 

 

 

 

 

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