Les partis de l’opposition démocratique

Publié le par Mahi Ahmed

Remarques : Je ne connais pas l'auteur de cet article. Cet article est diffusé pour information et livré un autre point de vue sur l'état des forces politiques dans notre pays

Les partis de l'opposition démocratique

 

Par At-Umezyan H.

 

Réalité, discours et espérance

Il faut arrêter le temps, changer le peuple et entamer une nouvelle manière d'être. Telle est, pour le citoyen algérien déçu et vidé de son optimisme légendaire, l'unique voie de sortie pour que notre pays puisse retrouver la direction du progrès et de l'émancipation.

 

Ce summum de désespoir est loin d'être synonyme de son abdication devant le système qui lui apparaît finissant, bien que résolument accroché à son pouvoir. L'atomisation et la passivité de la société seraient plutôt dues aux reniements et au calquage du fonctionnement des institutions décrié et condamné par tous, par une classe politique qui s'enlise d'année en année dans une « normalisation » effarante. Les autres mouvances (islamiste, conservatrice, arabo-islamiste, clientéliste) étant délétères pour la démocratie, les partis politiques de la mouvance démocratique semblent, quant à eux, incapables de faire leur propre mutation pour dépasser leurs archaïsmes et instaurer en leur sein une véritable démocratie interne qui, faudrait-il le reconnaître, est absente de ces structures devenues de simples appareils sans projection réelle dans la société. Il est pénible en effet pour n'importe quelle plume démocratique de rendre publiques les tares de partis que nous aurions aimés voir ne pas dévier de leur socle démocratique pour jouer sur la corde raide des flancs démocratistes. Ce n'est guère de gaieté de cœur, quoi qu'on dise d'ailleurs, que la responsabilité éthique nous impose d'aborder enfin la réalité peu reluisante du fonctionnement de ces partis démocrates qui, à leur insu ou de gré, n'ont fait que reproduire le schéma du parti unique pour nous retrouver avec un multipartisme décousu et trompeur.

Un multipartisme fait de plusieurs partis uniques en fait. Et pour cause : les exemples sont nombreux d'oppositions ou de différends internes qui aboutissent systématiquement à l'exclusion. Comme au FLN, on ne badine plus avec l'acquiescement dans nos chapelles démocratiques. Il est difficile de retenir l'explication en vogue qui prend systématiquement le raccourci de mettre sur le compte de manipulation du pouvoir qui aurait manipulé ces « oppositions internes » et que la « vigilance du parti » aurait réussi à neutraliser. Si des cas pourraient se retrouver dans ce schéma, c'est loin d'être le cas des cascades de « démissions » ou d'« exclusions » qui ont jalonné la vie, pourtant si courte, de notre opposition démocratique. Leur éloignement toujours grandissant duquotidien du citoyen est, en partie, la résultante de cette saignée. D'autres raisons existent en effet et qui expliquent ce processus d'affaiblissement allant crescendo des partis d'une mouvance démocratique difficilement définissable.

Loin de se vouloir exhaustive, cette approche critique citerait l'absence de l'alternance qui flirte avec le culte de la personnalité. Il n'est pas question ici de remettre en cause la compétence et les valeurs intrinsèques d'un Sadi par exemple, mais de là à monopoliser la présidence de son parti sans alternance durant près de 20 ans, cela n'est pas sans soulever des questions d'éthique et de démocratie réelle et c'est la porte ouverte au scepticisme. Que dire d'un Aït-Ahmed qui, bien qu'établi définitivement en terre helvétique, continue de régner sans partage, en véritable monarque sur son parti et ce, depuis 1963 ! ? Ne pas se poser de questions dans pareilles situations, c'est participer à la consolidation de la culture de l'unanimisme qui est aux antipodes de l'intelligence et donc de la démocratie tout court. L'argument auquel on recourt souvent pour justifier cette anomalie, c'est le « plébiscite souverain des militants de la base qui auraient voté ''unanimement'' pour le même président lors des congrès ». Un peu à la manière du régime algérien qui, depuis 1962, recourt à cet artifice pour expliquer son maintien permanent au pouvoir, les partis de la mouvance démocratique versent dans ce vocabulaire populiste pour expliquer l'indétrônabilité non seulement d'un président du parti mais souvent, même celle de certains membres influents de la direction qui, malgré l'arrivée de nouvelles compétences jeunes, continuent de jouir d'une légitimité tantôt « historique », tantôt « enfant-de-chahidiste, » tantôt carrément « claniste »ou « consanguine » qui sont autant de « qualités » requises pour se voir admis dans le cercle du personnel du pouvoir algérien.

Cette situation a, logiquement, produit l'autre faille qui consiste à voir une partie de la militance, à défaut de pouvoir accéder au poste de responsabilités dans leur propre parti, en raison de la fermeture des voies d'accès ou en raison de leur médiocrité, se recycle dans une carrière d'« élu » ou de « candidat » épiant la moindre élection locale, de préférence à l'APW, au mieux, pour le gros lot, à la députation. Ainsi, il n'est pas difficile de constater l'omniprésence de plusieurs noms sur les mêmes listes lors de toutes les consultations électorales qui ont eu lieu depuis 1989. Cet état de fait peut s'avérer relatif s'agissant des élections municipales mais l'omniprésence de certains noms aux premières loges des listes APW (assemblée départementale) et celles pour les législatives est assez frappante. Pire, certains « recalés » des listes pour la députation se retrouvent recyclés aux premières loges dans les listes APW comme ce fut le cas lors des législatives du 17 mai 2007 et des locales (APC - APW) de novembre de la même année. Avec un système aussi fermé devant les nouvelles compétences qui se retrouvent souvent reléguées, des années durant, au rang d'exécutants, de « colleurs d'affiches » et de « pompiers » quand il s'agit de combler un vide, car n'ayant pour seule arme que leur compétence et la force de leurs convictions idéologiques, on est en droit de se poser des questions, notamment celle qui consiste à dire : n'y aurait-il plus de relève dans les partis de la mouvance démocratique pour recourir, des décennies durant, aux mêmes têtes qui, du reste, n'ont jamais été soumises à l'évaluation de leurs bilans ?

Nous ne pouvons aller plus loin dans notre propos sans noter un exercice politique qui pèche par un manque de crédibilité aux yeux du citoyen-électeur qui se sent de plus en plus floué en ayant accepté de servir d'alibi à la légitimation de mascarades électorales dont le vainqueur est tout désigné parmi les listes issues des partis du pouvoir et de leurs alliés et où viennent s'imbriquer, par intermittence, quelques « députés » issus des partis de la mouvance démocratique dont les motifs de leur démarche participative se résument souvent à la nécessité d'être présent dans l'hémicycle parlementaire pour « porter la voix des plus démunis » au plus haut niveau ! A la question de savoir si cette stratégie ne serait pas en fin de compte l'alibi démocratique que rechercherait le régime et de ce fait, l'option du boycott ne serait-elle pas la mieux appropriée tant que la fraude reste une donne incontournable du jeu électoral algérien et tant que le champ politique et médiatique soit fermé, nos partis démocrates rétorquent systématiquement par cette question qui, loin d'être convaincante, renvoie l'image d'une opposition dépassée et par les événements et par l'ambition toujours grandissante de ses cadres et qui consiste à dire : « boycotter et après ? ». Les citoyens rencontrés ici et là sont loin de partager cette vision des choses ; pis encore, ils disent majoritairement leur colère de voir des partis en qui ils avaient mis tous leurs espoirs devenir de simples appareils qui, au lieu de former des cadres militants qui ne badineront pas avec les idéaux fondamentaux et l'éthique, se sont transformés en ateliers où se négocient les plans de carrière et les promotions via des positionnements privilégiés sur les listes électorales, notamment celles des législatives. Des exceptions existeraient certes, mais noyées dans le tas, elles finissent par renter dans les rangs et se contenter, comme les autres, de se prêter au jeu de « lève la main » pour percevoir un salaire de député dépassant les 30 millions de centimes dont 80% renfloueront le trésor personnel, les 20% restants étant versés à leurs partis.

Il faut rappeler que tout cet argent qui devrait servir au travail du parlementaire, notamment pour l'ouverture, comme cela a été promis lors de la campagne pour les législatives, d'un bureau de proximité dans chaque circonscription à raison d'une permanence par député et par circonscription. Si une telle promesse était tenue, cela générerait logiquement la nécessité de recruter au moins une secrétaire et un assistant parlementaire par député. Le salaire du député serait dans ce cas plus ou moins justifié car outre les salaires de la secrétaire et de l'assistant, voire du loyer, l'ouverture de ces bureaux de proximité rapprocherait le député du citoyen qui aura la possibilité de le solliciter et de lui soumettre ses doléances. Le traitement de ces dossiers et leur prise en charge engendreront forcément des dépenses supplémentaires. Or, de ces permanences, il n'y en a que dalle et ce n'est pas une unique permanence ouverte dans l'enceinte du siège d'un parti politique qui changera quoi que ce soit à cet amer constat. Ceci au moment où 80% de la base militante de ces partis grâce à qui une campagne électorale à eu lieu et des citoyens réticents ont été convaincus d'aller voter pour les futurs députés ou élus APW de leurs partis, vivent dans le dénuement le plus total et dans une indifférence déroutante.

Ainsi, en l'absence de tout mécanisme de contrôle ou de solidarité interne, le militant de base fougueux qui, du jour au lendemain, se retrouvant dans la précarité, est tout bonnement abandonné par ce qu'il a toujours considéré comme « son parti ». Pendant ce temps, les députés et les cadres (sur)rémunérés faussent compagnie à leurs bases et évoluent dans un univers à mille lieues des préoccupations « d'en bas ». Ce phénomène apparu avec les années terrorisme s'est considérablement accru durant ces dernières années à tel point que, dans l'intermède qui sépare deux élections, beaucoup croient qu'ils n'existait plus de multipartisme. Par la force des choses, une idée est venue s'incruster dans les esprits pour se consolider au fil des élections et qui est celle de dire que, n'ayant plus de structures de base opérationnelles en dehors des élections, les partis politiques sont devenus des clubs où accourent les opportunistes de tout poil à l'occasion de chaque consultation électole propulsant à la gestion des collectivités locales (APC) des militants sans culture politique et sans véritable engagement, produisant des gestions décevantes, voire aussi catastrophiques que celle, tant décriée, des représentants du pouvoir (FLN, RND, islamistes). D'où l'apparition de ce sentiment largement partagé ces dernières années qui consiste à dire que « tout le monde estpareil ». Ce sentiment a travaillé en défaveur de l'opposition, puisque repris et amplifié par les canaux du pouvoir, le citoyen a presque succombé puisque, notamment en Kabylie, le FLN est revenu aux affaires dans plusieurs localités. (A suivre)

L'autre revers de la médaille, la véritable militance au niveau de l'opposition démocratique, compétente et convaincue, se retrouve, quant à elle, marginalisée, voire suspectée car décriant ces dysfonctionnements et désignant souvent les responsabilités se situant aussi bien au niveau régional qu'au niveau de la direction nationale. Autre grief porté contre les représentants de la mouvance démocratique au sein de l'APN (Assemblée populaire nationale) est sans nul doute la légitimation de cette participation qui vient d'être ébranlée par deux secousses qui auraient dû constituer de véritables aubaines de rendre à la politique et à l'opposition démocratique ses lettres de noblesse et une crédibilité qui lui fait défaut depuis plusieurs années. L'entrée sociale et politique de cette année est marquée par le passage devant « les représentants du peuple » de la chambre basse et du Sénat, tous présents pour une fois, de la nouvelle loi de finances qui a revu à la hausse les salaires des députés qui atteignent désormais pas moins de 30 millions de centimes au moment où le SNMG est de 12 000 DA.

Les députés issus des partis du pouvoir ou de leurs satellites dans l'opposition comme le PT ou les « indépendants » ayant, sans surprise, soutenu cette loi, les députés démocrates l'ont, quant à eux, certes critiquée et s'étaient « opposés » au moment du vote mais ce que le commun des citoyens et surtout ce qui reste de leur base militante avait espéré voir comme projection concrète de ce « non » démocrate dans l'action politique, n'a hélas pas eu lieu. En effet, l'on se demande bien si on est dans la pratique politique ou dans le profit, sinon, n'importe quel député qui serait mû par un combat pour des idées et des idéaux pour lesquels il a été élu par ses électeurs potentiels ne se serait jamais suffi d'un « non » et puis rien, ou plutôt, nous serions mieux inspirés d'écrire « ne se serait jamais suffi de voter contre la loi de finances et d'accepter de percevoir les sous qu'il a rejetés par le vote ». Etre conséquent avec soi et avec son discours, voilà où réside la crédibilité au regard de l'opinion car, d'aucuns avaient attendu que nos députés convoquent illico une conférence de presse pour annoncer qu'ils refusaient de toucher l'augmentation faramineuse de leur salaire et qu'ils avaient décidé de la verser mensuellement à des associations ou à des citoyens vivants dans la précarité ; ce qui, chaque mois, sera rendu public dans le détail. Voilà une action qui aurait été une réhabilitation du politique et qui aurait réinsufflé de la confiance et de l'espérance chez le citoyen. Voilà une action qui aurait prouvé la bonne foi du « non » des démocrates qui, au final, est apparu aux yeux des citoyens comme une farce mise en scène pour les besoins de la communication, pour ne pas dire pour la consommation médiatique, mais perçue comme une hypocrisie au niveau de la base et des laissés-pour-compte, c'est-à-dire de la plupart des Algériens. Autre aubaine, le coup de force constitutionnel du 12 novembre dernier.

En effet, le veto des démocrates aurait été plus honorable et mieux rentabilisé s'il n'avait pas manqué de cette continuité dans le temps et l'espace. Dans un tel cas de figure, ou on est dans la pratique politique ou on ne l'est pas, et si l'on est dans le premier cas de figure, cela nécessite des prises de position « spectaculaires » à la mesure de la gravité de la situation. Le groupe parlementaire des démocrates aurait marqué de son empreinte l'histoire de la politique algérienne en convoquant au soir du 12 novembre-même une conférence de presse pour annoncer tout bonnement leur retrait définitif d'une Assemblée nationale qui, très mal élue et loin d'être au service du citoyen, venait de prouver qu'elle est un outil de propagande et de répression au service du régime en place. Le choix de nos députés de garder la chaleur de leurs sièges dans l'hémicycle Zighout Youcef et la consistance de leurs privilèges rendent leur vote contre les amendements constitutionnels sans valeur ni portée politique. Pire, il s'est avéré que le régime lui-même en avait besoin comme alibi démocratique et pluraliste à une assemblée « beni oui-ouiste ». Alors, à la question « boycotter et après ? », il n'y a que cette réalité désolante qui saute aux yeux en guise de réponse. Une réalité qui inspire cette autre réponse : « Ne pas boycotter, et après ? ». Quand on n'est pas représenté au niveau des deux chambres en raison de positionnements instinctifs qui pèchent par une absence flagrante de stratégie et de vision cohérentes, ou encore, en raison d'un affaiblissement criant dû aux tiraillements internes qui s'invitent sur la place publique et qui se soldent par des exclusions massives des contestataires, alors la médiocrité se retrouvant aux règnes sur la base d'affinités familiales ou tribales, ce qui est une aberration pour un mouvement d'essence démocratique, produit une nouvelle manière de faire de la politique en recourant systématiquement à un oppositionnisme injurieux puisant dans le vocabulaire ordurier et affichant quand même la prétention de se réclamer unique vraie force de l'opposition !

Cela n'est pas sans s'ajouter à tous les dysfonctionnements qui produisent un effet répugnant chez les citoyens, creusant davantage le fossé, déjà considérable, entre le parti de l'opposition démocratique et la société. En conclusion, l'absence de transparence sur le plan de la comptabilité et des finances des partis de la mouvance démocratique est une réalité indéniable que continuer à la renier ne ferait que renforcer le scepticisme et le doute, partant de faire perdurer le rejet relatif dont ils font l'objet de la part de la société. En effet, bien naïf (ve) celui ou celle, parmi les simples militants, qui prétendra pouvoir jeter un œil sur la comptabilité réelle de nos partis démocrates ou le salaire du député, celui des cadres, les sources de financement, les dépenses, les bilans réels... relèvent encore des sujets tabous qu'on n'aborde jamais dans les grands rassemblements de militants comme les assemblées générales régionales, nationales ou même lors des congrès qui sont souvent de simples cadres d'enregistrement des bilans ficelés à l'avance et qui n'offrent aucune possibilité au militant ou au responsable local d'en vérifier l'authenticité sans provoquer des remous, de la suspicion et la marginalisation.

Ce regard critique n'aura pas les bonnes grâces de ceux qui se complaisent dans l'opacité et c'est tant mieux. Nous ne doutons point cependant que nous n'avions rien fait d'autre que de refléter une réalité bien plus grave que tout le monde, citoyen, militant de base et petit cadre des partis de l'opposition démocratique, connaissent et subissent la mort dans l'âme. Bien malintentionné enfin celui qui conférera à ce texte une volonté délibérée de nuire à notre opposition, car il y en aura même ceux qui crieront à la manipulation. La réalité est têtue et ce texte, dont le contenu a du mal à se faire entendre dans les chapelles partisanes, se veut avant tout une invitation à une halte et à une autocritique sans complaisance pour une redéfinition de cette mouvance et pour réinventer des partis politiques s'inscrivant viscéralement dans une véritable démocratie interne et puisant leur légitimité dans leur exercice politique en parfaite adéquation avec le discours politique. C'est à ce prix et uniquement à ce prix que la maturité politique se produira, que l'adhésion populaire sera possible et qu'enfin les partis de l'opposition démocratique qui auront le devoir de se regrouper dans une famille politique sur la base d'une plate-forme minimale républicaine pourront se présenter en véritable alternative. Nous appelons ce sursaut qualitatif de tous nos vœux.

 

 

Par At-Umezyan H.

 

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