LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGERIE

Publié le par Mahi Ahmed

Deuxième partie

190
A. TALEB

Avec l'accroissement du nombre d'ouvriers liés àla production industrielle, s'est accru également le niveau de la concentration. La constitution d'un puissant sectçur d'Etat, a permis la création de très grandes unités industrielles avec l'acquisition plus ou moins bien assimilée d'une technologie de pointe. Toute une hiérarchie d'ouvriers: du technicien supérieur jusqu'au manoeuvre s'est donc constituée. En plus ce prolétariat qui se constitue connait depuis ces dernières années une stabilité plus grande. La mobilité de la main-d'oeuvre regresse. La concurrence devant l'emploi devient plus forte. Nous utiliserons comme point d'appui pour cette hypothèse les données qui nous sont fournies par le complexe sidérurgique d'El Hadjar (tableau 3).
TABLEAU 3 (31)

Ce prolétariat qui se constitue progressivement, voit en même temps ses problèmes sociaux s'accroître. Il est amené à intervenir de plus en plus sur le terrain des luttes sociales avec un fort accroissement des grèves (tableau 4). Il introduit donc au sein de la société algérienne des formes modernes de lutte.
TABLEAU 4(32)

L'émergence de ce prolétariat sur le plan quantitatif et sur le plan des luttes ont inquiété les couches petites bourgeoises toujours largement dominantes au sein des appareils de l'Etat. Ces couches ont donc senti la nécessité de contenir l'émergence sur le plan politique de cette nouvelle classe ouvrière. Ils ont voulu imposer leur hégémonie par la mise en appliçation de l'article 120.
B) TRANSFORMATIONS POLITIQUES
Depuis 1971 des mesures allant dans le sens de l'orientation socialiste ont été prises par le pouvoir (nationalisation des hydrocarbures, mise en application de la révolution agraire, de la gestion socialiste des entreprises, institutionnalisation du monopole de l'Etat sur le commerce extérieur, etC.). Cet ensemble de
(3t) Situation de travail et des travailleurs du complexe sidér9rgique d'El Hadjar.
(32) La presse algérienne publie de temps à autre des statistiques sur les grèves; nous les avons regroupées.

 

Années

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Taux d'absentéisme

9,40%

10,21 %

9,10%

11,9%

12,82%

7,18%

Taux de rotation

18 %

14,52%

15%

12,12%

8,10%

5,59%

 

 

1976

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Conflits et malaises

475

1147

553

1 334

1 562

1 215

1 169

Grèves

190

521

323

696,

922

819

790

Pourcentages grèves/ conflits

40%

45,4%

58,5%

52,5%

59%

67,3 %

67,8%

 

 

LES RAPPORTS PARTI.SYNDICAT EN ALGRIE 191
mesures s'est traduit par l'élimination ou la marginalisation de certains hommes politiques (élimination de Kaïd Ahmed, crise de l'été 1974...). La charte nationale adoptée par référendum en juin 1976 confirme l'orientation à gauche du pouvoir. En plus, cette charte prend en considération l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option socialiste. Il est écrit dans le paragraphe consacré au « parti d'avant-garde et les militants» que « seuls ceux qui combattent inlassablement pour le triomphe de l'option socialiste définie dans la Charte, qui sont convaincus de la justesse des idées du FLN et s'engagent à les mettre en pratique, qui se consacrent pleinement à la luttepour la réalisation de ses idéaux, peuvent être membres du Parti » (33). La charte nationale devient désormais un des points d'appui des luttes politiques qui se développent dans le pays. Le mouvement social prend de l'extension, en particulier les grèves (tableau 4) (34). Une nouvelle fois, comme en 1963-1964, le mouvement social très fort dans le pays réalise sa convergence avec le courant progressiste du FLN. L'orientation socialiste s'approfondit avec tous ses aspects contradictoires. Le parti est restructuré. Mohamed Salah Yahyaoui est installé en novembre 1977 comme responsable exécutif chargé de l'appareil du parti. Il a pour tâche immédiate de préparer les congrès des organisations de masse. Pour I'UGTA, il commence par repousser la date du V Congrès dont les initiateurs voulaient, à 1'orgine faire, un congrès des cadres syndicaux. Le parti du FLN décide d'élargir le nombre de congressistes et de procéder, à des élections à la base. J. V Congrès de l'UGTA qui s'est tenu en mars 1978, s'il n'a pas coupé totalement avec les méthodes anciennes pour la désignation du nouveau secrétariat, introduit cependant des innovations. En effet, en application du contenu de la charte nationale, la direction du FLN prend en considération, pour la mise en place de la nouvelle commission exécutive, l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option. socialiste. Le nouveau compromis, avec toutes ses limites, favorise le développement de la vie syndicale grâce à une audience plus grande de 1'UGTA.
Tout cet ensemble de mesures avait de quoi inquiéter plusieurs forces politiques opposées pour différentes raisons à cette nouvelle stratégie. Il se réalise une convergence d'intérêts en vue de bloquer ce nouveau processus. L'émergence de ce prolétariat sur le plan économique, social et politique suscite des inquiétudes. Parmi les forces sociales et politiques qui avaient à cette époque intérêt à un affaiblissement de 1'UGTA nous citerons:
- La bourgeoisie nationale:
Cette catégorie n'a pas ses représentants au pouvoir. Il est donc difficile de pouvoir démontrer que la bourgeoisie, ationa1e ait pu jouer un rôle direct dans la mise en application de l'article 120. Mais depuis 1971, elle s'est pratiquement installée dans l'oppositioB (exemple la déclaratior 4e Eenkhedda,
(33) Front de Libération Nationale, Charte Nationale... -
(34) Paul BALTA et Claudine RULLEAU, L'Algérie des Algériens vingt ans après. Paris, Ed.
Ouvrières, 1981.

192 A. TALEB
TABLEAU 5
1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975
Entreprise 1 12 59 50 80 12 1 4 3 2
de Ferhat Abbas) (35). En plus le tableau ci-joint (tableau 5), des agréments accordés par la « Commission nationale des investissements » nous éclaire sur le comportement de cette, couche sociale vis-à-vis du pouvoir (36). Il y s une chute rapide des investissements à partir de 1971. La bourgeoisie nationale s'inquiète des orientations prises par le pouvoir. Elle n'a plus confiance. La plus-value est désormais thésaurisée dans la constructon de villas somptueuses édifiées dans les banlieues des grandes agglomérations. Certaines de ces «villas » sont estimées à plusieurs centaines de millions. Ces « investissements sont également orientés vers la bijouterie selon le correspondant du quotidien « El Moudjahid » Constantine «des sommes considérables évaluées à environ cinq milliards ont été «englouties)> dans le commerce de l'or et de l'argent » et le nombre de bijoutiers toujours dans la ville de Constantine est passé: « d'une quarantaine environ.., à plus de deux cents » (37).
Cette catégorie sociale avait donc intérêt à bloquer cette orientation nouvelle du régime en affaiblissant l'organisation des travailleurs,
- La bourgeoisie bireaucratique:
La constitution d'un puissant secteur d'état lié pour l'essentiel au marché capitaliste et l'absence de vie démocratique dans le pays depuis 1962 ont engendré la formation de cette bourgeoisie bureaucratique. L'autorité de cette catégorie sociale a commencé à être remise en cause par la mise en application de la gestion socialiste des entreprises, et d'autres lois sociales favorables aux travailleurs. En plus la consolidation du mouvement syndical risquait de remettre en cause leur pratique négative dans la gestion des affaires de l'Etat (corruption, népotisme, détournement des biens de l'Etat).
Cette catégorie sociale qui avait ses représentants au pouvoir a oeuvré directement dans la mise en application de l'article 120.
- Les carriéristes des appareils de l'Etat et du parti:
Depuis 1968 et peut-être même avant s'est constituée toute une armée de permanents qui s'est accrochée aux appareils de l'Etat, du parti et de l'UGTA. En effet, il est rare de voir un élu syndical, ayant atteint un niveau national de responsabilité, revenir une fois son mandat achevé à son poste de travail originel. Les différentes forces politiques qui composent le pouvoir arrivent toujours à les recycler dans' les appareils de l'Etat et du parti du FLN; ou au moins à leur
(35) Marnfeste signé par F. Abbas, Benkhedda, Lahouel, Kheirredine et distribué à la presse internationale à Alger en avril 1976.
(36) Nous remercions M'Walid Laagam qui a bien voulu nous communiquer ces chiffres. Ceux.si seront publiés plus détaillés dans sa thèse d'Etat qui eSt en c)iafltier.
(37) E! Moudjahid, 26 décembre 1977.

 

, LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGÊRJE 193
faire obtenir des promotions dans leur entreprise d'origine. Toute cette armée de « permanents » tente par tous les moyens d'obtenir une promotion encore plus élevée. De toutes les façons ils essaient au moins de se maintenir au pouvoir en dépit de toutes les conjonctures politiques contradictoires. La poussée démocratique qui avait commencé è s'exercer dans les syndicats 1s a dérangés. Ils ont oeuvré avec une çonviction profonde pour tenter de bloquer ce renouveau syndical. Ils ont été les principaux artisans de l'application de l'article 120..
- Le courant religieux intégriste
L'évolution rapide de la société algérienne - très fort exode rural et désintégration de la famille - s'est traduite paradoxalement par un retour de l'idéologie conservatrice. Il en est résulté un décalage entre les contraintes du vécu, et la conscience des gens. Dans cette société en transition, le courant « frères musulmans > a pu acquérir facilement une audience. Il a combattu avec violence les orientations contenues dans la Charte Nationale. Cependant il a dirigé l'essentiel de ses attaques contre le mouvement des jeunes (UNJA), et celui des étudiants. Les différents incidents créés par « les frères musulmans » ont été un des points d'appui qui ont permis à certaines forces politiques d'agir pour s'opposer à ces orientations nouvelles du régime.
Toutes ces forces ont donc conjugué leurs efforts pour essayer d'affaiblir
le Syndicat é partir de l'application de l'article 120. Dans leur travail de masse
- en particulier dans les syndicats - ils vont intervenir pour grossir le danger
« communiste ».
III. - COMMENT A ÉTÉ APPLIQUÉ L'ARTICLE 120?
La période de transition qui a suivi la mort du Président Boumediène s'est faite autour des deux mots d'ordre suivants: continuité et respect de la légalité constitutionnelle. Mais très rapidement des divergences politiques sont apparues à l'intérieur du Bureau politique du parti du FLN. Cette crise a été réglée au cours de la troisième session du Comité central (3-4-5 mai 1980) qui octroie les pleins pouvoirs au Secrétaire général: « le Comité central constate que certains organes et structures existants souffrent d'absence de coordination et des chevauchements des attributions plus particulièrement au niveau de l'instance exécutive du Comité central. A cet effet le Comité central - soutient avec force les mesures qui seront prises par le Secrétaire général dans le cadre des attributions qui lui sont assignées pour le renforcement des structures du parti et des organes de l'Etat, et procéder aux changements et aux réajustements qu'il considère nécessaires pour mettre en place les structures et choisir ceux qui sont aptes à la responsabilité; selon le principe de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut » (38), Chadli Bendjeddid en profite pour « restructurer » le parti du FLN. Il remanie le Bureau politique à deux reprises; en plus de la composition
(38) Résolution organique adoptée par la e du CC du parti du FLN (El Moudjahid. 15 mai 1980).

194 A. TALEB
originelle issue du ive Congrès du parti; U procède en même temps à la nomination par décret de Mohamed Cherif Mssadia comme responsable du Secrétariat permanent du Comité central (39). 11 a été promu par la suite membre
du Bureau politique.
Le Congrès extraordinaire du parti du FLN qui s'est tenu en juin 1980 avait à son ordre du jour la présentation et la discussion du Plan quinquennal (1980-84). Dans le débat général, les congressistes qui ont eu la possibilité de prendre la parole ont orienté l'essentiel de leurs interventions sur une attaque contre les « idéologies importées ». Certains courants progressistes du pays sont accusés d'être à l'origine des grèves et conflits sociaux (tableau 4). On les accuse également de complicité avec les manifestants de Grande et Petite Kabylie (40). Ce congrès adopte les nouveaux statuts du parti du FLN dont l'article 120. La quatrième session du Comité central qui s'est tenue le 27-29 décembre 1980 décide dans une résolution adoptée à l'unanimité des membres l'application immédiate de l'article 120 avec des modalités de mise en application' très aggravantes (circulaire du 4 fevner 1981)
Les premieres mesures commencent a ete prises suivant trois dlrectl9ns
a) Au cours du renouvellement des diffrentes structures de 1'UGTA dQnt le mandat était arrivé à son terme. Le atteintes à la démocratie et aux libres choix des travailleurs sont signalées un peu partout, travers tout le pays, au secretariat national de 1 UGTA par 1 envoi de lettres ouvertes de motions de pétitions, etc. Certaines autorités locales du parti du FLN imposent, en effet, aux travailleurs la liste des candidats pour lesquels ils devaient voter. Ces cas se sont produits en particulier au cours du renouvellement des Congrès des Unions territoriales. d'A1er Nord (qui eng1oe le périmètre de Bab-el-Oued jusqu'à Baïnem); de l'Union territoriale d'Oran Nord dont plus du tiers ont quitté la salle du congrès pour protester contre ces pratiques; à Tiaret, à l'Union territoriale de Drean e Annaba etc C est le cas aussi de pratiquement tous les congres de renouvellement des unions de Wilaya mais la ou la resistance a ete la plus forte ce fut a Alger Oran Tiaret Annaba Le congres de renouvellement de 1 Union de Wilaya de Batna a dure 6 heures'
b) Ces taines autorites locales du parti du FLN procedent un peu partout à travers toit le pays à la 4issolution des différentes structures de 1'UGTA qui s'opposaient à l'application lie l'rtlcle 120. C'et le cas de plusieurs sections syndicales, et d'un certain n9rnbre d'unions rritpria1es ou communales (exemplç Union territoriale de Boufarik, Union communale du 1 mai à Alger, celle de Tiaret, d'El-Hadjar à Annaba, etc.). ,
c) La direction centrale du. parti du FLN entame une. opération de renouvellement lies différents, secrétariats des fédér?tions.. L)øuze secrétaires
(39) A notre cpnnaissance c'est la prem(è'e fois quun haut responsable du parti est nospmépar, décret paru au Journal Officiel.
(40) En mars-avril 1980 les régions de la Petite et Grande Kabylie ont été secouées par des manifestations populaires. L'intervention violente et provocatrice de la police les ont faites dégénérer en emeutes. Beaucoup plus qu'une manifestation d'un régionalisme, ce mouvement était plutôt le résultat d'un « ras le bol social ». D'autres manifestations du même genre se sont déroulées par la suite dans d'autres régions du pays (Guelma, Skikda, Biskra, Saida, Oran..,).

 

 

 

Deuxième partie

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A. TALEB

Avec l'accroissement du nombre d'ouvriers liés àla production industrielle, s'est accru également le niveau de la concentration. La constitution d'un puissant sectçur d'Etat, a permis la création de très grandes unités industrielles avec l'acquisition plus ou moins bien assimilée d'une technologie de pointe. Toute une hiérarchie d'ouvriers: du technicien supérieur jusqu'au manoeuvre s'est donc constituée. En plus ce prolétariat qui se constitue connait depuis ces dernières années une stabilité plus grande. La mobilité de la main-d'oeuvre regresse. La concurrence devant l'emploi devient plus forte. Nous utiliserons comme point d'appui pour cette hypothèse les données qui nous sont fournies par le complexe sidérurgique d'El Hadjar (tableau 3).
TABLEAU 3 (31)

Ce prolétariat qui se constitue progressivement, voit en même temps ses problèmes sociaux s'accroître. Il est amené à intervenir de plus en plus sur le terrain des luttes sociales avec un fort accroissement des grèves (tableau 4). Il introduit donc au sein de la société algérienne des formes modernes de lutte.
TABLEAU 4(32)

L'émergence de ce prolétariat sur le plan quantitatif et sur le plan des luttes ont inquiété les couches petites bourgeoises toujours largement dominantes au sein des appareils de l'Etat. Ces couches ont donc senti la nécessité de contenir l'émergence sur le plan politique de cette nouvelle classe ouvrière. Ils ont voulu imposer leur hégémonie par la mise en appliçation de l'article 120.
B) TRANSFORMATIONS POLITIQUES
Depuis 1971 des mesures allant dans le sens de l'orientation socialiste ont été prises par le pouvoir (nationalisation des hydrocarbures, mise en application de la révolution agraire, de la gestion socialiste des entreprises, institutionnalisation du monopole de l'Etat sur le commerce extérieur, etC.). Cet ensemble de
(3t) Situation de travail et des travailleurs du complexe sidér9rgique d'El Hadjar.
(32) La presse algérienne publie de temps à autre des statistiques sur les grèves; nous les avons regroupées.

 

Années

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Taux d'absentéisme

9,40%

10,21 %

9,10%

11,9%

12,82%

7,18%

Taux de rotation

18 %

14,52%

15%

12,12%

8,10%

5,59%

 

 

1976

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Conflits et malaises

475

1147

553

1 334

1 562

1 215

1 169

Grèves

190

521

323

696,

922

819

790

Pourcentages grèves/ conflits

40%

45,4%

58,5%

52,5%

59%

67,3 %

67,8%

 

 

LES RAPPORTS PARTI.SYNDICAT EN ALGRIE 191
mesures s'est traduit par l'élimination ou la marginalisation de certains hommes politiques (élimination de Kaïd Ahmed, crise de l'été 1974...). La charte nationale adoptée par référendum en juin 1976 confirme l'orientation à gauche du pouvoir. En plus, cette charte prend en considération l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option socialiste. Il est écrit dans le paragraphe consacré au « parti d'avant-garde et les militants» que « seuls ceux qui combattent inlassablement pour le triomphe de l'option socialiste définie dans la Charte, qui sont convaincus de la justesse des idées du FLN et s'engagent à les mettre en pratique, qui se consacrent pleinement à la luttepour la réalisation de ses idéaux, peuvent être membres du Parti » (33). La charte nationale devient désormais un des points d'appui des luttes politiques qui se développent dans le pays. Le mouvement social prend de l'extension, en particulier les grèves (tableau 4) (34). Une nouvelle fois, comme en 1963-1964, le mouvement social très fort dans le pays réalise sa convergence avec le courant progressiste du FLN. L'orientation socialiste s'approfondit avec tous ses aspects contradictoires. Le parti est restructuré. Mohamed Salah Yahyaoui est installé en novembre 1977 comme responsable exécutif chargé de l'appareil du parti. Il a pour tâche immédiate de préparer les congrès des organisations de masse. Pour I'UGTA, il commence par repousser la date du V Congrès dont les initiateurs voulaient, à 1'orgine faire, un congrès des cadres syndicaux. Le parti du FLN décide d'élargir le nombre de congressistes et de procéder, à des élections à la base. J. V Congrès de l'UGTA qui s'est tenu en mars 1978, s'il n'a pas coupé totalement avec les méthodes anciennes pour la désignation du nouveau secrétariat, introduit cependant des innovations. En effet, en application du contenu de la charte nationale, la direction du FLN prend en considération, pour la mise en place de la nouvelle commission exécutive, l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option. socialiste. Le nouveau compromis, avec toutes ses limites, favorise le développement de la vie syndicale grâce à une audience plus grande de 1'UGTA.
Tout cet ensemble de mesures avait de quoi inquiéter plusieurs forces politiques opposées pour différentes raisons à cette nouvelle stratégie. Il se réalise une convergence d'intérêts en vue de bloquer ce nouveau processus. L'émergence de ce prolétariat sur le plan économique, social et politique suscite des inquiétudes. Parmi les forces sociales et politiques qui avaient à cette époque intérêt à un affaiblissement de 1'UGTA nous citerons:
- La bourgeoisie nationale:
Cette catégorie n'a pas ses représentants au pouvoir. Il est donc difficile de pouvoir démontrer que la bourgeoisie, ationa1e ait pu jouer un rôle direct dans la mise en application de l'article 120. Mais depuis 1971, elle s'est pratiquement installée dans l'oppositioB (exemple la déclaratior 4e Eenkhedda,
(33) Front de Libération Nationale, Charte Nationale... -
(34) Paul BALTA et Claudine RULLEAU, L'Algérie des Algériens vingt ans après. Paris, Ed.
Ouvrières, 1981.

192 A. TALEB
TABLEAU 5
1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975
Entreprise 1 12 59 50 80 12 1 4 3 2
de Ferhat Abbas) (35). En plus le tableau ci-joint (tableau 5), des agréments accordés par la « Commission nationale des investissements » nous éclaire sur le comportement de cette, couche sociale vis-à-vis du pouvoir (36). Il y s une chute rapide des investissements à partir de 1971. La bourgeoisie nationale s'inquiète des orientations prises par le pouvoir. Elle n'a plus confiance. La plus-value est désormais thésaurisée dans la constructon de villas somptueuses édifiées dans les banlieues des grandes agglomérations. Certaines de ces «villas » sont estimées à plusieurs centaines de millions. Ces « investissements sont également orientés vers la bijouterie selon le correspondant du quotidien « El Moudjahid » Constantine «des sommes considérables évaluées à environ cinq milliards ont été «englouties)> dans le commerce de l'or et de l'argent » et le nombre de bijoutiers toujours dans la ville de Constantine est passé: « d'une quarantaine environ.., à plus de deux cents » (37).
Cette catégorie sociale avait donc intérêt à bloquer cette orientation nouvelle du régime en affaiblissant l'organisation des travailleurs,
- La bourgeoisie bireaucratique:
La constitution d'un puissant secteur d'état lié pour l'essentiel au marché capitaliste et l'absence de vie démocratique dans le pays depuis 1962 ont engendré la formation de cette bourgeoisie bureaucratique. L'autorité de cette catégorie sociale a commencé à être remise en cause par la mise en application de la gestion socialiste des entreprises, et d'autres lois sociales favorables aux travailleurs. En plus la consolidation du mouvement syndical risquait de remettre en cause leur pratique négative dans la gestion des affaires de l'Etat (corruption, népotisme, détournement des biens de l'Etat).
Cette catégorie sociale qui avait ses représentants au pouvoir a oeuvré directement dans la mise en application de l'article 120.
- Les carriéristes des appareils de l'Etat et du parti:
Depuis 1968 et peut-être même avant s'est constituée toute une armée de permanents qui s'est accrochée aux appareils de l'Etat, du parti et de l'UGTA. En effet, il est rare de voir un élu syndical, ayant atteint un niveau national de responsabilité, revenir une fois son mandat achevé à son poste de travail originel. Les différentes forces politiques qui composent le pouvoir arrivent toujours à les recycler dans' les appareils de l'Etat et du parti du FLN; ou au moins à leur
(35) Marnfeste signé par F. Abbas, Benkhedda, Lahouel, Kheirredine et distribué à la presse internationale à Alger en avril 1976.
(36) Nous remercions M'Walid Laagam qui a bien voulu nous communiquer ces chiffres. Ceux.si seront publiés plus détaillés dans sa thèse d'Etat qui eSt en c)iafltier.
(37) E! Moudjahid, 26 décembre 1977.

 

, LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGÊRJE 193
faire obtenir des promotions dans leur entreprise d'origine. Toute cette armée de « permanents » tente par tous les moyens d'obtenir une promotion encore plus élevée. De toutes les façons ils essaient au moins de se maintenir au pouvoir en dépit de toutes les conjonctures politiques contradictoires. La poussée démocratique qui avait commencé è s'exercer dans les syndicats 1s a dérangés. Ils ont oeuvré avec une çonviction profonde pour tenter de bloquer ce renouveau syndical. Ils ont été les principaux artisans de l'application de l'article 120..
- Le courant religieux intégriste
L'évolution rapide de la société algérienne - très fort exode rural et désintégration de la famille - s'est traduite paradoxalement par un retour de l'idéologie conservatrice. Il en est résulté un décalage entre les contraintes du vécu, et la conscience des gens. Dans cette société en transition, le courant « frères musulmans > a pu acquérir facilement une audience. Il a combattu avec violence les orientations contenues dans la Charte Nationale. Cependant il a dirigé l'essentiel de ses attaques contre le mouvement des jeunes (UNJA), et celui des étudiants. Les différents incidents créés par « les frères musulmans » ont été un des points d'appui qui ont permis à certaines forces politiques d'agir pour s'opposer à ces orientations nouvelles du régime.
Toutes ces forces ont donc conjugué leurs efforts pour essayer d'affaiblir
le Syndicat é partir de l'application de l'article 120. Dans leur travail de masse
- en particulier dans les syndicats - ils vont intervenir pour grossir le danger
« communiste ».
III. - COMMENT A ÉTÉ APPLIQUÉ L'ARTICLE 120?
La période de transition qui a suivi la mort du Président Boumediène s'est faite autour des deux mots d'ordre suivants: continuité et respect de la légalité constitutionnelle. Mais très rapidement des divergences politiques sont apparues à l'intérieur du Bureau politique du parti du FLN. Cette crise a été réglée au cours de la troisième session du Comité central (3-4-5 mai 1980) qui octroie les pleins pouvoirs au Secrétaire général: « le Comité central constate que certains organes et structures existants souffrent d'absence de coordination et des chevauchements des attributions plus particulièrement au niveau de l'instance exécutive du Comité central. A cet effet le Comité central - soutient avec force les mesures qui seront prises par le Secrétaire général dans le cadre des attributions qui lui sont assignées pour le renforcement des structures du parti et des organes de l'Etat, et procéder aux changements et aux réajustements qu'il considère nécessaires pour mettre en place les structures et choisir ceux qui sont aptes à la responsabilité; selon le principe de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut » (38), Chadli Bendjeddid en profite pour « restructurer » le parti du FLN. Il remanie le Bureau politique à deux reprises; en plus de la composition
(38) Résolution organique adoptée par la e du CC du parti du FLN (El Moudjahid. 15 mai 1980).

194 A. TALEB
originelle issue du ive Congrès du parti; U procède en même temps à la nomination par décret de Mohamed Cherif Mssadia comme responsable du Secrétariat permanent du Comité central (39). 11 a été promu par la suite membre
du Bureau politique.
Le Congrès extraordinaire du parti du FLN qui s'est tenu en juin 1980 avait à son ordre du jour la présentation et la discussion du Plan quinquennal (1980-84). Dans le débat général, les congressistes qui ont eu la possibilité de prendre la parole ont orienté l'essentiel de leurs interventions sur une attaque contre les « idéologies importées ». Certains courants progressistes du pays sont accusés d'être à l'origine des grèves et conflits sociaux (tableau 4). On les accuse également de complicité avec les manifestants de Grande et Petite Kabylie (40). Ce congrès adopte les nouveaux statuts du parti du FLN dont l'article 120. La quatrième session du Comité central qui s'est tenue le 27-29 décembre 1980 décide dans une résolution adoptée à l'unanimité des membres l'application immédiate de l'article 120 avec des modalités de mise en application' très aggravantes (circulaire du 4 fevner 1981)
Les premieres mesures commencent a ete prises suivant trois dlrectl9ns
a) Au cours du renouvellement des diffrentes structures de 1'UGTA dQnt le mandat était arrivé à son terme. Le atteintes à la démocratie et aux libres choix des travailleurs sont signalées un peu partout, travers tout le pays, au secretariat national de 1 UGTA par 1 envoi de lettres ouvertes de motions de pétitions, etc. Certaines autorités locales du parti du FLN imposent, en effet, aux travailleurs la liste des candidats pour lesquels ils devaient voter. Ces cas se sont produits en particulier au cours du renouvellement des Congrès des Unions territoriales. d'A1er Nord (qui eng1oe le périmètre de Bab-el-Oued jusqu'à Baïnem); de l'Union territoriale d'Oran Nord dont plus du tiers ont quitté la salle du congrès pour protester contre ces pratiques; à Tiaret, à l'Union territoriale de Drean e Annaba etc C est le cas aussi de pratiquement tous les congres de renouvellement des unions de Wilaya mais la ou la resistance a ete la plus forte ce fut a Alger Oran Tiaret Annaba Le congres de renouvellement de 1 Union de Wilaya de Batna a dure 6 heures'
b) Ces taines autorites locales du parti du FLN procedent un peu partout à travers toit le pays à la 4issolution des différentes structures de 1'UGTA qui s'opposaient à l'application lie l'rtlcle 120. C'et le cas de plusieurs sections syndicales, et d'un certain n9rnbre d'unions rritpria1es ou communales (exemplç Union territoriale de Boufarik, Union communale du 1 mai à Alger, celle de Tiaret, d'El-Hadjar à Annaba, etc.). ,
c) La direction centrale du. parti du FLN entame une. opération de renouvellement lies différents, secrétariats des fédér?tions.. L)øuze secrétaires
(39) A notre cpnnaissance c'est la prem(è'e fois quun haut responsable du parti est nospmépar, décret paru au Journal Officiel.
(40) En mars-avril 1980 les régions de la Petite et Grande Kabylie ont été secouées par des manifestations populaires. L'intervention violente et provocatrice de la police les ont faites dégénérer en emeutes. Beaucoup plus qu'une manifestation d'un régionalisme, ce mouvement était plutôt le résultat d'un « ras le bol social ». D'autres manifestations du même genre se sont déroulées par la suite dans d'autres régions du pays (Guelma, Skikda, Biskra, Saida, Oran..,).

 

 

 

Deuxième partie

190
A. TALEB

Avec l'accroissement du nombre d'ouvriers liés àla production industrielle, s'est accru également le niveau de la concentration. La constitution d'un puissant sectçur d'Etat, a permis la création de très grandes unités industrielles avec l'acquisition plus ou moins bien assimilée d'une technologie de pointe. Toute une hiérarchie d'ouvriers: du technicien supérieur jusqu'au manoeuvre s'est donc constituée. En plus ce prolétariat qui se constitue connait depuis ces dernières années une stabilité plus grande. La mobilité de la main-d'oeuvre regresse. La concurrence devant l'emploi devient plus forte. Nous utiliserons comme point d'appui pour cette hypothèse les données qui nous sont fournies par le complexe sidérurgique d'El Hadjar (tableau 3).
TABLEAU 3 (31)

Ce prolétariat qui se constitue progressivement, voit en même temps ses problèmes sociaux s'accroître. Il est amené à intervenir de plus en plus sur le terrain des luttes sociales avec un fort accroissement des grèves (tableau 4). Il introduit donc au sein de la société algérienne des formes modernes de lutte.
TABLEAU 4(32)

L'émergence de ce prolétariat sur le plan quantitatif et sur le plan des luttes ont inquiété les couches petites bourgeoises toujours largement dominantes au sein des appareils de l'Etat. Ces couches ont donc senti la nécessité de contenir l'émergence sur le plan politique de cette nouvelle classe ouvrière. Ils ont voulu imposer leur hégémonie par la mise en appliçation de l'article 120.
B) TRANSFORMATIONS POLITIQUES
Depuis 1971 des mesures allant dans le sens de l'orientation socialiste ont été prises par le pouvoir (nationalisation des hydrocarbures, mise en application de la révolution agraire, de la gestion socialiste des entreprises, institutionnalisation du monopole de l'Etat sur le commerce extérieur, etC.). Cet ensemble de
(3t) Situation de travail et des travailleurs du complexe sidér9rgique d'El Hadjar.
(32) La presse algérienne publie de temps à autre des statistiques sur les grèves; nous les avons regroupées.

 

Années

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Taux d'absentéisme

9,40%

10,21 %

9,10%

11,9%

12,82%

7,18%

Taux de rotation

18 %

14,52%

15%

12,12%

8,10%

5,59%

 

 

1976

1977

1978

1979

1980

1981

1982

Conflits et malaises

475

1147

553

1 334

1 562

1 215

1 169

Grèves

190

521

323

696,

922

819

790

Pourcentages grèves/ conflits

40%

45,4%

58,5%

52,5%

59%

67,3 %

67,8%

 

 

LES RAPPORTS PARTI.SYNDICAT EN ALGRIE 191
mesures s'est traduit par l'élimination ou la marginalisation de certains hommes politiques (élimination de Kaïd Ahmed, crise de l'été 1974...). La charte nationale adoptée par référendum en juin 1976 confirme l'orientation à gauche du pouvoir. En plus, cette charte prend en considération l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option socialiste. Il est écrit dans le paragraphe consacré au « parti d'avant-garde et les militants» que « seuls ceux qui combattent inlassablement pour le triomphe de l'option socialiste définie dans la Charte, qui sont convaincus de la justesse des idées du FLN et s'engagent à les mettre en pratique, qui se consacrent pleinement à la luttepour la réalisation de ses idéaux, peuvent être membres du Parti » (33). La charte nationale devient désormais un des points d'appui des luttes politiques qui se développent dans le pays. Le mouvement social prend de l'extension, en particulier les grèves (tableau 4) (34). Une nouvelle fois, comme en 1963-1964, le mouvement social très fort dans le pays réalise sa convergence avec le courant progressiste du FLN. L'orientation socialiste s'approfondit avec tous ses aspects contradictoires. Le parti est restructuré. Mohamed Salah Yahyaoui est installé en novembre 1977 comme responsable exécutif chargé de l'appareil du parti. Il a pour tâche immédiate de préparer les congrès des organisations de masse. Pour I'UGTA, il commence par repousser la date du V Congrès dont les initiateurs voulaient, à 1'orgine faire, un congrès des cadres syndicaux. Le parti du FLN décide d'élargir le nombre de congressistes et de procéder, à des élections à la base. J. V Congrès de l'UGTA qui s'est tenu en mars 1978, s'il n'a pas coupé totalement avec les méthodes anciennes pour la désignation du nouveau secrétariat, introduit cependant des innovations. En effet, en application du contenu de la charte nationale, la direction du FLN prend en considération, pour la mise en place de la nouvelle commission exécutive, l'existence dans le pays d'autres courants politiques favorables à l'option. socialiste. Le nouveau compromis, avec toutes ses limites, favorise le développement de la vie syndicale grâce à une audience plus grande de 1'UGTA.
Tout cet ensemble de mesures avait de quoi inquiéter plusieurs forces politiques opposées pour différentes raisons à cette nouvelle stratégie. Il se réalise une convergence d'intérêts en vue de bloquer ce nouveau processus. L'émergence de ce prolétariat sur le plan économique, social et politique suscite des inquiétudes. Parmi les forces sociales et politiques qui avaient à cette époque intérêt à un affaiblissement de 1'UGTA nous citerons:
- La bourgeoisie nationale:
Cette catégorie n'a pas ses représentants au pouvoir. Il est donc difficile de pouvoir démontrer que la bourgeoisie, ationa1e ait pu jouer un rôle direct dans la mise en application de l'article 120. Mais depuis 1971, elle s'est pratiquement installée dans l'oppositioB (exemple la déclaratior 4e Eenkhedda,
(33) Front de Libération Nationale, Charte Nationale... -
(34) Paul BALTA et Claudine RULLEAU, L'Algérie des Algériens vingt ans après. Paris, Ed.
Ouvrières, 1981.

192 A. TALEB
TABLEAU 5
1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975
Entreprise 1 12 59 50 80 12 1 4 3 2
de Ferhat Abbas) (35). En plus le tableau ci-joint (tableau 5), des agréments accordés par la « Commission nationale des investissements » nous éclaire sur le comportement de cette, couche sociale vis-à-vis du pouvoir (36). Il y s une chute rapide des investissements à partir de 1971. La bourgeoisie nationale s'inquiète des orientations prises par le pouvoir. Elle n'a plus confiance. La plus-value est désormais thésaurisée dans la constructon de villas somptueuses édifiées dans les banlieues des grandes agglomérations. Certaines de ces «villas » sont estimées à plusieurs centaines de millions. Ces « investissements sont également orientés vers la bijouterie selon le correspondant du quotidien « El Moudjahid » Constantine «des sommes considérables évaluées à environ cinq milliards ont été «englouties)> dans le commerce de l'or et de l'argent » et le nombre de bijoutiers toujours dans la ville de Constantine est passé: « d'une quarantaine environ.., à plus de deux cents » (37).
Cette catégorie sociale avait donc intérêt à bloquer cette orientation nouvelle du régime en affaiblissant l'organisation des travailleurs,
- La bourgeoisie bireaucratique:
La constitution d'un puissant secteur d'état lié pour l'essentiel au marché capitaliste et l'absence de vie démocratique dans le pays depuis 1962 ont engendré la formation de cette bourgeoisie bureaucratique. L'autorité de cette catégorie sociale a commencé à être remise en cause par la mise en application de la gestion socialiste des entreprises, et d'autres lois sociales favorables aux travailleurs. En plus la consolidation du mouvement syndical risquait de remettre en cause leur pratique négative dans la gestion des affaires de l'Etat (corruption, népotisme, détournement des biens de l'Etat).
Cette catégorie sociale qui avait ses représentants au pouvoir a oeuvré directement dans la mise en application de l'article 120.
- Les carriéristes des appareils de l'Etat et du parti:
Depuis 1968 et peut-être même avant s'est constituée toute une armée de permanents qui s'est accrochée aux appareils de l'Etat, du parti et de l'UGTA. En effet, il est rare de voir un élu syndical, ayant atteint un niveau national de responsabilité, revenir une fois son mandat achevé à son poste de travail originel. Les différentes forces politiques qui composent le pouvoir arrivent toujours à les recycler dans' les appareils de l'Etat et du parti du FLN; ou au moins à leur
(35) Marnfeste signé par F. Abbas, Benkhedda, Lahouel, Kheirredine et distribué à la presse internationale à Alger en avril 1976.
(36) Nous remercions M'Walid Laagam qui a bien voulu nous communiquer ces chiffres. Ceux.si seront publiés plus détaillés dans sa thèse d'Etat qui eSt en c)iafltier.
(37) E! Moudjahid, 26 décembre 1977.

 

, LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGÊRJE 193
faire obtenir des promotions dans leur entreprise d'origine. Toute cette armée de « permanents » tente par tous les moyens d'obtenir une promotion encore plus élevée. De toutes les façons ils essaient au moins de se maintenir au pouvoir en dépit de toutes les conjonctures politiques contradictoires. La poussée démocratique qui avait commencé è s'exercer dans les syndicats 1s a dérangés. Ils ont oeuvré avec une çonviction profonde pour tenter de bloquer ce renouveau syndical. Ils ont été les principaux artisans de l'application de l'article 120..
- Le courant religieux intégriste
L'évolution rapide de la société algérienne - très fort exode rural et désintégration de la famille - s'est traduite paradoxalement par un retour de l'idéologie conservatrice. Il en est résulté un décalage entre les contraintes du vécu, et la conscience des gens. Dans cette société en transition, le courant « frères musulmans > a pu acquérir facilement une audience. Il a combattu avec violence les orientations contenues dans la Charte Nationale. Cependant il a dirigé l'essentiel de ses attaques contre le mouvement des jeunes (UNJA), et celui des étudiants. Les différents incidents créés par « les frères musulmans » ont été un des points d'appui qui ont permis à certaines forces politiques d'agir pour s'opposer à ces orientations nouvelles du régime.
Toutes ces forces ont donc conjugué leurs efforts pour essayer d'affaiblir
le Syndicat é partir de l'application de l'article 120. Dans leur travail de masse
- en particulier dans les syndicats - ils vont intervenir pour grossir le danger
« communiste ».
III. - COMMENT A ÉTÉ APPLIQUÉ L'ARTICLE 120?
La période de transition qui a suivi la mort du Président Boumediène s'est faite autour des deux mots d'ordre suivants: continuité et respect de la légalité constitutionnelle. Mais très rapidement des divergences politiques sont apparues à l'intérieur du Bureau politique du parti du FLN. Cette crise a été réglée au cours de la troisième session du Comité central (3-4-5 mai 1980) qui octroie les pleins pouvoirs au Secrétaire général: « le Comité central constate que certains organes et structures existants souffrent d'absence de coordination et des chevauchements des attributions plus particulièrement au niveau de l'instance exécutive du Comité central. A cet effet le Comité central - soutient avec force les mesures qui seront prises par le Secrétaire général dans le cadre des attributions qui lui sont assignées pour le renforcement des structures du parti et des organes de l'Etat, et procéder aux changements et aux réajustements qu'il considère nécessaires pour mettre en place les structures et choisir ceux qui sont aptes à la responsabilité; selon le principe de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut » (38), Chadli Bendjeddid en profite pour « restructurer » le parti du FLN. Il remanie le Bureau politique à deux reprises; en plus de la composition
(38) Résolution organique adoptée par la e du CC du parti du FLN (El Moudjahid. 15 mai 1980).

194 A. TALEB
originelle issue du ive Congrès du parti; U procède en même temps à la nomination par décret de Mohamed Cherif Mssadia comme responsable du Secrétariat permanent du Comité central (39). 11 a été promu par la suite membre
du Bureau politique.
Le Congrès extraordinaire du parti du FLN qui s'est tenu en juin 1980 avait à son ordre du jour la présentation et la discussion du Plan quinquennal (1980-84). Dans le débat général, les congressistes qui ont eu la possibilité de prendre la parole ont orienté l'essentiel de leurs interventions sur une attaque contre les « idéologies importées ». Certains courants progressistes du pays sont accusés d'être à l'origine des grèves et conflits sociaux (tableau 4). On les accuse également de complicité avec les manifestants de Grande et Petite Kabylie (40). Ce congrès adopte les nouveaux statuts du parti du FLN dont l'article 120. La quatrième session du Comité central qui s'est tenue le 27-29 décembre 1980 décide dans une résolution adoptée à l'unanimité des membres l'application immédiate de l'article 120 avec des modalités de mise en application' très aggravantes (circulaire du 4 fevner 1981)
Les premieres mesures commencent a ete prises suivant trois dlrectl9ns
a) Au cours du renouvellement des diffrentes structures de 1'UGTA dQnt le mandat était arrivé à son terme. Le atteintes à la démocratie et aux libres choix des travailleurs sont signalées un peu partout, travers tout le pays, au secretariat national de 1 UGTA par 1 envoi de lettres ouvertes de motions de pétitions, etc. Certaines autorités locales du parti du FLN imposent, en effet, aux travailleurs la liste des candidats pour lesquels ils devaient voter. Ces cas se sont produits en particulier au cours du renouvellement des Congrès des Unions territoriales. d'A1er Nord (qui eng1oe le périmètre de Bab-el-Oued jusqu'à Baïnem); de l'Union territoriale d'Oran Nord dont plus du tiers ont quitté la salle du congrès pour protester contre ces pratiques; à Tiaret, à l'Union territoriale de Drean e Annaba etc C est le cas aussi de pratiquement tous les congres de renouvellement des unions de Wilaya mais la ou la resistance a ete la plus forte ce fut a Alger Oran Tiaret Annaba Le congres de renouvellement de 1 Union de Wilaya de Batna a dure 6 heures'
b) Ces taines autorites locales du parti du FLN procedent un peu partout à travers toit le pays à la 4issolution des différentes structures de 1'UGTA qui s'opposaient à l'application lie l'rtlcle 120. C'et le cas de plusieurs sections syndicales, et d'un certain n9rnbre d'unions rritpria1es ou communales (exemplç Union territoriale de Boufarik, Union communale du 1 mai à Alger, celle de Tiaret, d'El-Hadjar à Annaba, etc.). ,
c) La direction centrale du. parti du FLN entame une. opération de renouvellement lies différents, secrétariats des fédér?tions.. L)øuze secrétaires
(39) A notre cpnnaissance c'est la prem(è'e fois quun haut responsable du parti est nospmépar, décret paru au Journal Officiel.
(40) En mars-avril 1980 les régions de la Petite et Grande Kabylie ont été secouées par des manifestations populaires. L'intervention violente et provocatrice de la police les ont faites dégénérer en emeutes. Beaucoup plus qu'une manifestation d'un régionalisme, ce mouvement était plutôt le résultat d'un « ras le bol social ». D'autres manifestations du même genre se sont déroulées par la suite dans d'autres régions du pays (Guelma, Skikda, Biskra, Saida, Oran..,).

 

 

 

 

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