LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGERIE

Publié le par Mahi Ahmed

SYNDICATS, PARTIS, ETATS
A
- ALGERIE
LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT
EN ALGÉRIE
À TRAVERS L'APPLICATION DE
L'ARTICLE 120 DES STATUTS DU FLN

Par Taleb Bendiab Abderrahim

Première partie

Le choix du parti unique en Algérie a été adopté à l'unanimité par tous les membres qui composaient le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) à Tripoli en mai-juin 1962. Le principe est énoncé dans le texte qu'on a appelé par la suite le «Programme de Tripoli ». Nous extrayons le passage suivant: « Pour réaliser les objectifs de la révolution démocratique et populaire, il faut un parti de masse puissant et conscient... Fondé sur l'unité idéologique politique et organique des forces révolutionnaires qu'il groupe en son sein, le Parti doit faire autour de lui l'union de toutes les couches sociales de la nation pour réaliser les objectifs de la Révolution » (1). Depuis, ce choix a été confirmé par les différents textes de la révolution algérienne: Charte d'Alger (16-21 vril 1964), Charte nationale (juin 1976); VP Congrès du parti du FLN (27-31 jaiwier
1979)... La première et la deuxième constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire institutionnalise ce choix. La seconde constitution adoptée par référendum en novembre 1976 stipule dans son article 94 que: «le système institutionnel algérien repose sur le principe du parti unique »; et dans l'article qui suit, il est précisé que : « le Front de Libération Nationale est le parti unique du pays » (2).
Ce choix du parti unique s'est maintenu malgré toutes les crises que le pays n traversées depuis 1962. Elles ont été nombreuses (éloignement de pratiquement
(1) Front de Libération Nationale, Projet de programme pour la réalisation de la révolution démocratique, populaire (adopté à l'unanimité par le CNRA à Tripoli en juin 1962). Alger, Imp. Ech-Chaab.
(2) Front de Libération Nationale, Ccrn8titution. Alger, ENAP.

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toute l'ancienne équipe qui composait le GPRA en 1962; crise du 19 juin 1965, de décembre 1967, de l'été 1974.,.) (3). Au cours de toute cette période le parti du FLN a été en perpétuelle « structuration et, restructuration ». Sa transformation en un parti d'avant-garde, conformément aux contenus des différentes chartes citées précédemment, s'est révélée comme étant une tâche très difficile. Nous pouvons lire dans la Charte d'Aiger le voeu suivant: «Il [le FLN] doit être un parti d'avant-garde profondément lié aux masses tirant toute sa force de cette liaison, mû par des impératifs de la Révolution socialiste et l'intransigeance vis-à-vis de ses ennemis » (4). Ce voeu se retrouve formulé à peu près de la même façon douze années plus tard dans le texte de la Charte Nationale où il est dit que: « le Front de Libération nationale est un parti d'avant-garde. C'est l'organisation de tous les éléments conscients, tendus vers la réalisation d'un même but, la poursuite d'une même action, et dont l'objectif ultime est le triomphe du socialisme » (5). Il y a donc une difficulté de lier la théorie à la pratique. Les raisons sont liées à l'histoire même de ce parti. Le Front de Libération Nationale s'est constitué le 1 novembre 1954. Il s'est assigné la tâche exclusive de faire recouvrir au pays son indépendance nationale. Pour la realisation de cet objectif il a ete fait appel a la « mobilisation de toutes les énergies et de toutes les ressources nationales » (6). Malgré tout la guerre a duré plus de sept années. Ce fut en plus une guerre violente. Il en a résulté un décalage profond entre le mot d'ordre avancé -. l'indépendance du pays - et la mobilisation populaire qui s'en est suivie. Dans un de ses discours, l'ancien Président Boumediène avait relevé: « le caractère limité des objectifs du 1er novembre 1954 » (7). Les différentes crises-quç les appareils du FLN-ALN ont connues au cours de cette guerre proviennent essentiellement de ce décalage (8). Le programme de Tripoii y fait reference en faisant une autocritique « Le FLN qui, au début de l'action insurrectionnelle du 1er novembre 1954 avait envisagé la lutte armée sous le seul angle de la libération nationale, n'a pu prévoir tout ce que la guerre qui s en suivrait aurait comme implications et developpements de natures diverses dans la conscience populaire et la société algérienne en général » (9). Cette autocritique n'n pas été suffisante. Le FLN n'a pas pu, après l'Indépendance, prondre le projet de la construction du socialisme contenu dans les différents textes de la révolution algérienne. Pour la vie propre du parti il s'en est suivi la conséquence suivante: le Front de Libération Nationale a été incapable avec l'ensemble de ses orgaiies - Bureau politique, Comité central - et avec son mode de fonctionnement, le centralisme démocratique, de résoudre toutes les crises politiques que le pays a connues. Il les a plutôt subies.
(3) Voir Jean-Claude VATIN et Jean LSCA, L'Algérie politique institutions et régime. Paris, FNSP, 1975.
(4) Front de Libération nationale, La Charte d'Alger (ensemble des textes adoptés par le premier congrès du Parti du Front de Libération Nationale du 16 au 2i avril 1964). Alger, Imp. Nationale, p. 107.
(5) Front de Libération Nationale, Charte Nationale, 1976. Alger, ENAP, p. 45.
(6)
André MANDOUZE, La Révolution algérienne par 1e8 textes. Paris, Maspéro, 1961, p. 239 à 243.
(7) Interventlo du Président Boumèdiene à la Conférence nationale de I'UGTA, octobre 1968 (notes personnelles).
(8) Mohamed HARBI, Le FLN Mirage et réalité. Paris, ed. Jeune Afrique, 1980.
(9) Front de Libération Nationale, Projet de prograni,ne.... p. 16.

 

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L'intervention de l'armée a toujours été décisive pour régler les différends qui apparaissaient au niveau des appareils de l'Etat: crise de l'été 1962; celle de juin 1965; de décembre1967... Dans le discours du Président Boumediène cité précédemment, celui-ci a essayé de justifier l'intervention de l'armée dans la crise de juin 1965: « il n'a pas été possible, dit-il, de trouver une solution à la crise de juin 1965 dans le cadre des institutions légales. C'est pour cela que nous avons choisi les méthodes révolutionnaires » (10). C'est un consensus -acquis au- sein de l'armée qui a permis en 1979 l'élection de Chadli Benjeddid à la présidence de la République. Tous ces compromis trouvés à l'extérieur du FLN se traduisent d'une part par la réaffirmation du parti unique, et d'autre part par la restructuration de celui-ci. Le FLN restructuré est alors chargé d'une reprise en main des organisations de masse et ceci en conformité avec le compromis réalisé au sein de l'équipe dirigeante. Nous allons donc étudier un des moments de cette crise à travers l'application de l'article 120 des statuts du parti du FLN adopté au cours de son congrès extraordinaire (juin 1980). Cet article stipule que : « le parti du Front de Libération Nationale joue un rôle d'impulsion, d'orienton et de contrôle vis-à-vis des organisations de masse, - sans se substituer à elles ou affaiblir leurs capacités d'initiative. Ne peut assumer des responsabilités au sein des organisations de masse que celui qui est -militant structuré au sein du parti. Le Comité central arrêtera les étapes d'application de ce dernier principe » (11).
Pourquoi l'article 120? Comment a-t-il été appliqué? Quelles peuvent être les implications? Pour pouvoir répondre nous ferons un très bref rappel historique des rapports FLN-UQTA (12). - -
I. - RAPPEL HISTORIQUE
Le mouvement syndical algérien a toujours subi dans le passé, pendant la période coloniale - l'influence du parti communiste algérien (13). Nombre de militants responsables à différents niveaux du mouvement syndical étaient des adhérents de ce parti. Il s'en est suivi une - compétition très forte entre les nationalistes et les communistes pour la conquête des masses ouvrières. Dans cette lutte la stratégie des nationalistes visait un double objectif: limiter et réduire l'audience des communistes et ensuite évacuer toute référence à la lutte des classes du fait de leur vision unitaire de la société algérienne. Sur cette conception des syndicats et des implications qui pouvaient en découler, le témoignage de M'Hamed Yazid sur cette époque est encore d'actualité: le problème des syndicats, dit-il, était posé sous son aspect négatif. Non pas sous
l'aspect de construction d'une force pour la lutte de libération, mais la constitution d'une force pour liquider les syndicats contrôlés par les communis (10 Intervention du Président Boumediène... (notes personnelles).
(11) Ministère de l'Information et de la Culture, Dossiers documentaires. Congrès extraordinaire du Front de Libération Nationale (15-19 juin 1980).
- (12) François WEISS, Pratique et action syndicales en Algé rie. Paris, Cujas, 1970. -
(13) Jacques CHOUKROUN, Le syndicalisme et la question nationale en Algérie (1926-1954). Paris, DES, 1969. -

 

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tes» (14). Cependant, les militants communistes adhérents au syndicat n'étaient pas les seuls à être victilnes des exclusives pratiquées par le cour4nt hégémo- nique du MTLD représenté l'époque par les centralistes (15). Les autres syndicalistes appartenant à ce parti, mais qu ne partageaient pas la conception unanimiste de la société algérienne défendue par les centr4listes du MTLD. avaient été victimes de ce sectarisme. Cette politique étroite devait progressivement entrainer le départ ou la désaffection de militants ouvriers désabusés ou déçus par la politique défendue par leur parti. NOUS citerons ,une nouvelle fois le témoignage de M'Harned Yazid : «plus on allait de l'avant de 1947 à, 1953 : plus on voyait la participation des ouvriers et des paysans diminuer, et la partiç p4tion des intellectuels et des petits bourgeois augmenter» (16). L'appel du 1 novembre 1954, et la créatiofl de l'Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) qui s'en est suivie le 24 février 1956 on renversé totalement le rapport des forces l'intérieur des syndicats. Désormais ce sont les couches petites bourgeoises avec leurs conceptions hégémoniques très étroites qui vont dominer la vie politique du pays (17). Mohamed Harbi qui bien étudié les appareils du FLN - il y était - écrit à ce sujet: « on sait que le PPA s donne comme une émanation du peuple algérien. La volonté de monopoliser sa représentation est au centre de son idéologie. La conséquence politique de cette conception est que le PPA est seul à détenir la vérité., Tout ce qui lui est extérieur f4vorise les ennemis du peuple... Cette revendicatjon ouverte à l'hégémonie sur les autres formations nationalistes doit aboutir à terme à les faire disparaître » (18). Cette conception hégémonique de la vie politique du pays s'est retrouvée dans les textes issus du Congrès de la Soumam - 20 août 1956: une partie des attaques est dirigée alors contre les communistes et le syndicat UGSA. Le Congrès de la Soumam dénon,..e: «la passivité générale du mouvement ouvrier organisé» et l'« apathie des cadres syndicaux de l'UGSA attendant les bras croisés les directives de Paris » (19).
La crise politique de l'été 1962 a permis à l'UGTA de se frayer une voie en vue de défendre son autonomie vis-à-vis du Bureau politique du FLN nouvellement nstall, L'accord du 20 décembre 1962 signé entre le FLN et I'UGTA lui reconnait cette autonomie: « les travailleurs élisent démocratiquement leurs responsables en dehors de la présence de toute personne étrangère au syndicat » et le fajt que « les syndicats, unions locales, unions réipnales et fédérations reçoivent leurs directives directement de 14 centrale ». Le parti s'engage de son côté à n'admettre « auçune mesure importante portant atteinte à la liberté d'action et d'expression des militants syndicalistes dans le cadre 4ç
(14) Témoignage de M'Hamed YAZID cité par H. HAllal, Aux origines du FL.M Paris. Bourges, 1975, p. 151.
(15) Mohamed HARBI, Aux origines...
(16) In M. HARI3I..., op. cité. Ce témoignage est corroboré par plusieurs autres interviews que nous avons recueillis auprès des anciens syndicalistes comme Merad Bgchir, Rachid Ijali Bey, Mustapha Saadoun, Belaid Khelifa, Hannouz, Khitman, Lakhdar Kaïdi.
(17) Interview de Mohamed Tegnia paru dans Algé rie Actualité. Semne du 12 au 18 mai 1983.
(18) Mohamed HARBI, Messali HAut et la vérité historique (in: Les mémoires de Messali Hadj. p. 30530G).
(19) Congrès de la Soumam, 20 août 1956. Extrait de la plate-foc.

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activités syndicales de leur organisation » (20). Cet accord ne fut jamais appliqué. Il a été violé pour la première fois au 1 Congrèsde l'UGTA (février 1963): « le Congrès est ouvertement manipulé: la salle est envahie par des éléments extérieurs, les membres du secrétariat sont écartés et une direction parachutée plus complaisante est « élue » (21). Çe coup de force se traduit par une perte de crédibilité de l'UGTA et en particulier de son secrétariat national et de la commission exécutive. Pourtant ce processus de contrôle de toute la structure syndicale qui devait découler de ce coup de force est en partie remis en cause. Les raisons en sont multiples. Les luttes pour le contrôle de l'appareil de l'Etat s'aiguisent et s'approfondissent. Ce qui rste de la crise de l'été se transforme en « wilayisme ». Mohamed Khider est éliminé de son poste de secrétaire général du FLN. Ferhat Abbas démissionne de la présidence dç l'Assemblée Constituante. L'étape de la révolution nationale et démocratique - telle qu'elle est définie par le Programme de Tripoli - connait un début d'application (politique antiimpérialiste plus prononcée, nationalisation des terres de la colonisatin et des biens vacants, textes sur l'autogestion...). Le mouvement social qui se développe à l'époque, en particulier le mouvement des grèves (1963-1964) (22) réalise sa jonction avec lps représentants progressistes de l'appareil du FLN. Tout cet ensemble d'< acquis », de transformations sociales et politiques ont été théorisées dans les thèses adoptées au 1er Congrès du FLN (1964). Le jje Congrès de l'UGTA (mars 196)se tient alors dans des conditions favorables. Le secrétariat national issu de ce deuxième congrès est le résultat de véritables négociations qui ont eu lieu entre le Bureau Politique du FLN et les représentants des syndicats. Ce compromis qui sauvegarde pour l'essentiel l'autonomie syndicale est accueilli avec enthousiasme pa les congressistes (23). Mais une nouvelle fois tout est remis en cause par le Coup d'Etat du 19 juin 1965. Le Secrétariat de l'UGTA approuve « du bout des lèvres» le nouveau régime qui vient de s'installer. Les affrontements avec le pouvoir se développent (afa.ire Norcolor, Boutiba...). Le journal de la centrale syndicale est à plusieurs reprises saisi (24). Mais fondamentalement c'est le problème de l'autonomie de l'UGTA qui est reposé. Le rapport du secrétariat ntional de l'UGTA présenté à la commission exécutive le 21 et i2 mars 1966 note avec beaucoup d'amertume et d'humour les différentes phases traversées par 1'UGTA dans ses rapports avec le FLN. Nous extrayons de ce rapport le passage suivant: « depuis l'accord realise en decembre 1962 les choses ont evolue cette evolution se manifestant toujours dans le meme sens e est a dire Parti UGTA Nous avons connu toutes
les formules : -
- l'UGTA organisation nationale est avec le Parti,
- 1 UGTA oganisation nationale est derriere le Parti
- 1 UGTA organisation nationale est du Parti
- 1 UGTA organisation nation.le est dans le Parti
(20) François WEISS, op. cit.
(21) DSRSA, L'Algérie en débat. Lettes et développement. Ouvrage collectif, Paris,Maspéro, 1981,
p.63.
(22) François WEISS, op. cil.
(23) Franços WEISS, op Cii..
(24) Français WEISS, op. cit,

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Maintenant nous sommes dans le Parti qui comprend l'organique et les ON. Il faut avouer à notre corps défendant que les seuls rapports que nous avons eus avec le Secrétariat exécutif ne le furent qu'à l'occasion de rappels à l'ordre, de restrictions, d'interdits» (25).
La tentative du coup d'Etat avorté de Tahar Zbiri en décembre 1967 entraîne un réajustement de l'appareil du parti. Celui-ci est restructuré. Le Secrétariat exécutif est dissous. Kaïd Ahmed est nommé responsable du parti. Il est chargé de la reprise en main des organisations de masse. Le FLN prend alors directement en charge la préparation du 111e Congrès national de l'UGTA. Il installe une ((commission nationale de préparation» les 26-27 octobre 1968. La résolution finale adoptée à l'issue des travaux de cette commission déclare:
((en remettant au parti créateur de l'UGTA le soin de préparer et de convoquer le troisième congrès, il est donc parfaitement normal et conforme à la légalité révolutionnaire que ce congrès, appelé à se dérouler dans un contexte nouveau, se tienne selon les méthodes nouvelles que le Parti qui assume le rôle dirigeant est en droit d'apprécier» (26). Des mesures administratives - déplacement de fonctionnaires - sont prises contre les récalcitrants de cette mise au pas de I'UGTA. Désormais la place du syndicat est fixée et ordonnée par le responsable du Parti comme l'indique cette circulaire du 30 octobre 1968 émanant de Kaïd Ahmed: <(le discours d'orientation fait par moi-même au nom du parti et des instances responsables situent désormais la place du syndicat, l'importance à lui accorder et plus expressément le rôle et le sens responsable des dirigeants syndicaux à tous les niveaux qui doivent obligatoirement et sans compromis et sans marchandage, être entièrement soumis aux règles statutaires du Parti dans son esprit... Autrement dit ni l'unicité de l'UGTA, encore moins celle du Parti ne devront être remises en cause » (27). Le J1JC Congrès de l'UGTA qui s'est tenu entre le 5 et le 9 mai 1969 a été totalement contrôlé par le parti: depuis la désignation à la base des congressistes jusqu'à l'4 élection» du nouveau secrétariat. Le IV5 Congrès de l'UGTA (1974) n'a pas apporté de profondes modifications quant aux méthodes avec lesquelles on installe le Secrétariat élu ».
Le courant hégémonique du parti du FLN' respbnsable à cette époque de la reprise en main «de l'UGTA en profite pour introduire de profondes modifications dans les statuts de la centrale (vélléité de suppression des fédérations, séparation des ouvriers agricoles de l'UGTA pour. les rattacher à I'UNPA, tentative d'introduire le principe de la retenue à la source - c'est-à-dire sur la fiche de paie -i-- du prix de la cotisation syndicale (28).'
Cet aperçu historique nous éclaire sur la nature et la forme des rapports qui ont toujours existé entre le parti du FLN et l'UGTA. Il y a eu toujours subordination du syndicat par rapport au parti. L'application de l'article 120, n est donc pas une procedure nouvelle Elle continue les precedentes mais avec des données sociales et politiques nouvelles.
(25) François WEJSS, op. cit.
(26) Résolution de politique générale adoptée par la conférence de cadres des 26-27 octobre 1968.
(27) Circulaire du responsable du Parti, Kaïd Ahmed, 30 octobre 1968.
(28) Les statuts de l'UGTA changent pratiquement à chaque congrès. Une analyse de ces textes nous aidera beaucoup à comprèndre comment s'opère l'opération de cgntrôle du syndicat.

 

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II. - POURQUOI L'APPLICATION DE L'ARTICLE 120?
Les raisons sont multiples
A) APPARITION ET ÉMERGENCE D'UNE CLASSE OUVRIÈRE
En 1980 la population totale de l'Algérie a doublé par rapport à ce qu'elle a été en 1960: elle a été multipliée par deux fois et demi par rapport à 1954 (tableau 1). Ce fort accroissement démograhique et la politique d'industrialisation intensive menée depuis une vingtaine d'années ont eu deux effets immédiats.
TABLEAU 1 (29)

- Très fort exode rural:
Le nombre d'habitants résidant dans les agglomérations urbaines a été multiplié par 4 par rapport à 1960; et par 5 par rapport à 1954 (tableau 1). Cet accroissement rapide de la population urbaine a engendré des tensions très fortes sur la société. Des besoins sociaux nouveaux naissent et se éveloppent (logement, transport, soins médicaux, scolarisation des enfants, politique des loisirs, etc.).
- Politique d'industrialisation:
Le nombre de salariés, tous secteurs confondus plafonne aujourd'hui autour de 3 000 000. Il a été multiplié par 6 par rapport à 1954 (tableau 2). Quant au prolétariat, celui qui est lié directement à la production industrielle, son chiffre a été multiplié par 12. -
TABLEAU 2 (30)

(29) Pour la réalisation de ces tableaux, nous nous sommes appuyés sur les « Annuaires statistiques s. Pour les chiffres d'avant 1962 nous avons évacué les données sur les populations européennes.
(30) Gouvernement général de l'Algérie, Siatisdques industrielles de l'Algérie établies en 1951. A notre connaissance cette statistique est encore inédite. Noue avons évacué les données sur la main-d'oeuvre européenne.

 

 

1954

1960

1979

Population totale de l'Algérie

8 470 000

8 850 000

17 860 000

Population urbaine

1 624 000

2 070 000

7 400 000

Pourcentage

19,17 %

2,14 %

41 %

 

   

1954

1979

Populatio

n salariée

445 600

2 400 000

Ouvriers

industriels

32 500

400 000

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