L'architecture et l'urbanisme, une question de fawda en Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

Remarque préliminaire:

Dans ma contribution portant le titre:"Faire face au défis majeurs auxquels nous sommes confrontés:l'impératif du changement, javais évoqué l'état de nos villes et de nos campagne.Voici une contribution autorisée. bonne lecture

L'architecture et l'urbanisme, une question de fawda en Algérie

par Benkoula Sidi Mohamed El Habib*

«L'architecture est un esprit qui ne peut jamais être satisfait, il est complètement insatiable», KAHN (Louis), Silence et lumière, Editions du Linteau, 1996, p. 137.

Je ne peux que me réjouir à entendre les propos de certains, d'avoir suscité dans les pages du Le Quotidien d'Oran un débat soutenu sur les questions de l'urbanisme et de l'architecture. Même si mes réflexions modestes ne semblent pas avoir particulièrement attiré l'attention des décideurs qui continuent à démolir et à défigurer nos patrimoines (la Salamandre de Mostaganem, la grande mosquée et le théâtre d'Oran), à promouvoir des projets qui ne respectent pas les sites, des projets sans éthique urbaine et architecturale (le futur Palais des Congrès d'Oran), et à ne pas réagir à l'irrespect des particuliers des lois les plus élémentaires de l'urbanisme (constructions de plus en plus hautes dans les quartiers résidentiels comme au Castors ou Point du Jour).

Aussi, je fus très heureux à la lecture de l'excellent article de Mr BENTRIKI (Mahfoud) «A propos de La Salamandre wa berd el hal». L'auteur de cet article, dans un bien meilleur français que le nôtre, aurait voulu que nous précisions, Messieurs SARIANE et moi-même, que ce ne sont pas les Mostaganémois qui ont démoli Mostaganem, mais plutôt les membres de la commission de la Wilaya de Mostaganem qui a commandité l'opération. «Les décideurs viennent encore une fois de «condamner le rêve» en terrassant, sans aucun état d'âme, un patrimoine qui faisait il n'y a pas si longtemps, la particularité et le charme de ce pittoresque village que tout Mostaganémois porte en son cœur, sauf bien sûr les adeptes de l'extrême.».

Comme nous l'avons déjà signifié, tous les problèmes d'architecture et d'urbanisme se posent dans nos villes. Ils sont liés à une gestion chaotique de l'espace urbain qui ne prend pas du tout en compte les particularités du site, et encore moins de l'existant bâti et naturel. Au quotidien, l'espace est massacré. Il ne manque pas un jour où un manœuvre creuse quelque part. Actuellement une bonne partie de la ville d'Oran est concernée par les travaux du tramway. Ils se déroulent dans un désordre total. De nombreux trous ne sont pas signalés, le soir l'éclairage est faible, et dans cette situation devenue presque «NORMALE», les conducteurs sont exposés à des dangers imminents. Pourtant, dans ces conditions graves, où l'Etat ne rend pas honneur à sa propre image, nos autorités n'ont aucun complexe de retirer le permis de conduire. Je trouve que cette mesure est répressive, même si je sais que nos conducteurs, quels que soient leurs âges ont tendance à ne plus respecter aucune règle du code de conduire. Toutefois, quelle règle dans ce pays est encore révérée ? Surtout que les règles chez nous ont plutôt tendance à changer facilement, selon les intérêts plus que les contextes.

En fait, qui est responsable de cet urbanisme de la «fawda» ? J'ai commencé à dire à mon entourage que la fawda, le désordre est génétiquement culturel chez l'Algérien. Personne ne respecte rien quel que soit son niveau d'instruction, sa position sociale, le rôle qu'un tel tient dans la société, tout le monde semble avoir entériné, voire consacré ce désordre au fond de lui-même. Cette fawda comportementale que nos sociologues semblent négliger, gangrène nos milieux urbains et prend des formes diverses.

Le principal, l'idée est la première victime de la rigidité malencontreuse du système algérien défaillant. Une fois j'ai entendu dire un architecte qu'un certain wali, au cours d'une réunion, déclarait qu'il ne voulait pas de la théorie mais de la pratique. Il jugeait que la théorie est une perte de temps.

Ce wali n'a pas compris, comme peut-être la majorité de nos diplômés d'architecture, qu'il ne rend pas du tout service à l'architecture en la privant de ce qui lui est de plus substantiel Ce substrat qui est la théorie. Dans les pays qui se respectent, les responsables de l'urbanisme et de la création architecturale jonglent avec la théorie. Cette dernière fait peur à nos responsables, car elle dévoile, révèle leur inaptitude à se défaire de leurs certitudes empiriques qui n'ont jamais rendu service à nos villes. Van de Velde fut directeur de l'urbanisme, Auguste CHOISY qui n'a jamais construit de sa vie, a cependant rédigé une œuvre éternelle, censée être incontournable pour les architectes du monde entier, «Histoire de l'architecture» où il répertorie l'histoire des techniques de la construction depuis la nuit des temps à son époque.

En architecture et en urbanisme, je ne cesse de constater qu'il ne s'agit pas en Algérie d'une crise des idées, mais plutôt d'un rejet pur et simple des idées. Certains architectes chargés d'idées et dotés d'une sensibilité de fibre artistique, mais qui n'ont jamais bâti, souffrent du dicton qui dit «el mwalfa khir men el telfa», c'est-à-dire que l'on préfère l'objet de l'habitude à celui de l'inconnu. En ce sens, les responsables préfèrent donner des projets aux «Professionnels», c'est-à-dire les architectes des 100 et énième logements, habitués à la recette poteau-poutre qu'ils mélangent à toutes les sauces.

KAHN (Louis), grand architecte et enseignant d'architecture avait horreur des professionnels. Selon KAHN, il est fondamental de distinguer le professionnel qui calcule et économise selon une démarche très techniciste de l'architecte qui se soucie de la captation des intuitions, qui tente de saisir la nature de la demande dans son expression la plus architecturale possible et qui n'hésite pas à faire plus, tant que le beau est inhérent à l'objet en conception. KAHN avait l'inspiration dans le débat avec ses étudiants et ses commanditaires.

De ce fait, un grand architecte comme SILARBI à Oran, homme de position, fin connaisseur de l'architecture et de ses expressions multiples se retrouve du coup sanctionné par les blocages du système. Il excelle dans la création des maisons individuelles, dont l'œuvre profonde reste inconnue et/ou incomprise dans nos milieux d'architectes.

On le taxe d'architecte de la maison, peut-être parce que ne sachant pas qu'à titre d'exemple, le monument très international BOTTA (Mario) architecte déclarait : «J'ai commencé mon apprentissage en travaillant, justement, sur des maisons particulières, et puis j'ai approfondi ma pratique d'architecte dans ce domaine et la question de la maison est restée essentielle pour moi. C'est une espèce de laboratoire propice au surgissement de problématiques plus vastes.» . Cette déclaration résume très bien le parcours d'un Le Corbusier qui ne pouvait être l'urbaniste qu'il fut sans avoir travaillé ses théories d'abord dans ses maisons. MURCUTT (Glenn) doit son prix Pritzker à son œuvre constituée majoritairement de maisons individuelles. La maison est le commencement obligé en architecture. Ce commencement que nos architectes algériens ratent tous les jours.

Toutefois, j'ai l'espoir de croire que les prémices d'un débat sur l'architecture et l'urbanisme commencent à surgir. Seulement pour le propulser il faudra que nos décideurs actuels, qui versent dans les erreurs et les scandales, et qui n'ont pas la verve et la grâce exceptionnelles de Mouloud Kacem Naït Belkacem, prennent l'initiative de nommer aux postes clefs des âmes sensibles, des personnages cultivés qui sont à l'écoute de l'œuvre initiale et de ses effets sur nos sociétés en mutation sociale, économique et politique, pour ne reprendre que les propos de DELUZ (Jean-Jacques) qui a passé toute sa vie d'architecte – urbaniste à tenter de saisir le développement d'Alger.

Il s'agit, aussi, d'impliquer les universitaires dans le cadre de conventions, de contrats dans l'évaluation des projets que l'Etat compte engager, et de cesser de diminuer l'université, parce qu'elle est pour ne reprendre que quelques propos de CHIRAC (Jacques), l'avenir de toute nation. Il ne faut pas hésiter à nommer, en dehors des réseaux d'amitié et du bni3amiss, des universitaires aux postes dont dépendent nos environnements, même s'ils sont récalcitrants, réfractaires, ou contradicteurs des idéologies des dirigeants, pourvu qu'ils assument leurs responsabilités, leurs idées, qu'ils rompent avec la logique de la soumission aux plus forts, et qu'ils aident la création dans toutes ses formes, dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme, à s'exprimer pleinement.



*Architecte - docteur en urbanisme

 

L'architecture et l'urbanisme, une question de fawda en Algérie

par Benkoula Sidi Mohamed El Habib*

«L'architecture est un esprit qui ne peut jamais être satisfait, il est complètement insatiable», KAHN (Louis), Silence et lumière, Editions du Linteau, 1996, p. 137.

Je ne peux que me réjouir à entendre les propos de certains, d'avoir suscité dans les pages du Le Quotidien d'Oran un débat soutenu sur les questions de l'urbanisme et de l'architecture. Même si mes réflexions modestes ne semblent pas avoir particulièrement attiré l'attention des décideurs qui continuent à démolir et à défigurer nos patrimoines (la Salamandre de Mostaganem, la grande mosquée et le théâtre d'Oran), à promouvoir des projets qui ne respectent pas les sites, des projets sans éthique urbaine et architecturale (le futur Palais des Congrès d'Oran), et à ne pas réagir à l'irrespect des particuliers des lois les plus élémentaires de l'urbanisme (constructions de plus en plus hautes dans les quartiers résidentiels comme au Castors ou Point du Jour).

Aussi, je fus très heureux à la lecture de l'excellent article de Mr BENTRIKI (Mahfoud) «A propos de La Salamandre wa berd el hal». L'auteur de cet article, dans un bien meilleur français que le nôtre, aurait voulu que nous précisions, Messieurs SARIANE et moi-même, que ce ne sont pas les Mostaganémois qui ont démoli Mostaganem, mais plutôt les membres de la commission de la Wilaya de Mostaganem qui a commandité l'opération. «Les décideurs viennent encore une fois de «condamner le rêve» en terrassant, sans aucun état d'âme, un patrimoine qui faisait il n'y a pas si longtemps, la particularité et le charme de ce pittoresque village que tout Mostaganémois porte en son cœur, sauf bien sûr les adeptes de l'extrême.».

Comme nous l'avons déjà signifié, tous les problèmes d'architecture et d'urbanisme se posent dans nos villes. Ils sont liés à une gestion chaotique de l'espace urbain qui ne prend pas du tout en compte les particularités du site, et encore moins de l'existant bâti et naturel. Au quotidien, l'espace est massacré. Il ne manque pas un jour où un manœuvre creuse quelque part. Actuellement une bonne partie de la ville d'Oran est concernée par les travaux du tramway. Ils se déroulent dans un désordre total. De nombreux trous ne sont pas signalés, le soir l'éclairage est faible, et dans cette situation devenue presque «NORMALE», les conducteurs sont exposés à des dangers imminents. Pourtant, dans ces conditions graves, où l'Etat ne rend pas honneur à sa propre image, nos autorités n'ont aucun complexe de retirer le permis de conduire. Je trouve que cette mesure est répressive, même si je sais que nos conducteurs, quels que soient leurs âges ont tendance à ne plus respecter aucune règle du code de conduire. Toutefois, quelle règle dans ce pays est encore révérée ? Surtout que les règles chez nous ont plutôt tendance à changer facilement, selon les intérêts plus que les contextes.

En fait, qui est responsable de cet urbanisme de la «fawda» ? J'ai commencé à dire à mon entourage que la fawda, le désordre est génétiquement culturel chez l'Algérien. Personne ne respecte rien quel que soit son niveau d'instruction, sa position sociale, le rôle qu'un tel tient dans la société, tout le monde semble avoir entériné, voire consacré ce désordre au fond de lui-même. Cette fawda comportementale que nos sociologues semblent négliger, gangrène nos milieux urbains et prend des formes diverses.

Le principal, l'idée est la première victime de la rigidité malencontreuse du système algérien défaillant. Une fois j'ai entendu dire un architecte qu'un certain wali, au cours d'une réunion, déclarait qu'il ne voulait pas de la théorie mais de la pratique. Il jugeait que la théorie est une perte de temps.

Ce wali n'a pas compris, comme peut-être la majorité de nos diplômés d'architecture, qu'il ne rend pas du tout service à l'architecture en la privant de ce qui lui est de plus substantiel Ce substrat qui est la théorie. Dans les pays qui se respectent, les responsables de l'urbanisme et de la création architecturale jonglent avec la théorie. Cette dernière fait peur à nos responsables, car elle dévoile, révèle leur inaptitude à se défaire de leurs certitudes empiriques qui n'ont jamais rendu service à nos villes. Van de Velde fut directeur de l'urbanisme, Auguste CHOISY qui n'a jamais construit de sa vie, a cependant rédigé une œuvre éternelle, censée être incontournable pour les architectes du monde entier, «Histoire de l'architecture» où il répertorie l'histoire des techniques de la construction depuis la nuit des temps à son époque.

En architecture et en urbanisme, je ne cesse de constater qu'il ne s'agit pas en Algérie d'une crise des idées, mais plutôt d'un rejet pur et simple des idées. Certains architectes chargés d'idées et dotés d'une sensibilité de fibre artistique, mais qui n'ont jamais bâti, souffrent du dicton qui dit «el mwalfa khir men el telfa», c'est-à-dire que l'on préfère l'objet de l'habitude à celui de l'inconnu. En ce sens, les responsables préfèrent donner des projets aux «Professionnels», c'est-à-dire les architectes des 100 et énième logements, habitués à la recette poteau-poutre qu'ils mélangent à toutes les sauces.

KAHN (Louis), grand architecte et enseignant d'architecture avait horreur des professionnels. Selon KAHN, il est fondamental de distinguer le professionnel qui calcule et économise selon une démarche très techniciste de l'architecte qui se soucie de la captation des intuitions, qui tente de saisir la nature de la demande dans son expression la plus architecturale possible et qui n'hésite pas à faire plus, tant que le beau est inhérent à l'objet en conception. KAHN avait l'inspiration dans le débat avec ses étudiants et ses commanditaires.

De ce fait, un grand architecte comme SILARBI à Oran, homme de position, fin connaisseur de l'architecture et de ses expressions multiples se retrouve du coup sanctionné par les blocages du système. Il excelle dans la création des maisons individuelles, dont l'œuvre profonde reste inconnue et/ou incomprise dans nos milieux d'architectes.

On le taxe d'architecte de la maison, peut-être parce que ne sachant pas qu'à titre d'exemple, le monument très international BOTTA (Mario) architecte déclarait : «J'ai commencé mon apprentissage en travaillant, justement, sur des maisons particulières, et puis j'ai approfondi ma pratique d'architecte dans ce domaine et la question de la maison est restée essentielle pour moi. C'est une espèce de laboratoire propice au surgissement de problématiques plus vastes.» . Cette déclaration résume très bien le parcours d'un Le Corbusier qui ne pouvait être l'urbaniste qu'il fut sans avoir travaillé ses théories d'abord dans ses maisons. MURCUTT (Glenn) doit son prix Pritzker à son œuvre constituée majoritairement de maisons individuelles. La maison est le commencement obligé en architecture. Ce commencement que nos architectes algériens ratent tous les jours.

Toutefois, j'ai l'espoir de croire que les prémices d'un débat sur l'architecture et l'urbanisme commencent à surgir. Seulement pour le propulser il faudra que nos décideurs actuels, qui versent dans les erreurs et les scandales, et qui n'ont pas la verve et la grâce exceptionnelles de Mouloud Kacem Naït Belkacem, prennent l'initiative de nommer aux postes clefs des âmes sensibles, des personnages cultivés qui sont à l'écoute de l'œuvre initiale et de ses effets sur nos sociétés en mutation sociale, économique et politique, pour ne reprendre que les propos de DELUZ (Jean-Jacques) qui a passé toute sa vie d'architecte – urbaniste à tenter de saisir le développement d'Alger.

Il s'agit, aussi, d'impliquer les universitaires dans le cadre de conventions, de contrats dans l'évaluation des projets que l'Etat compte engager, et de cesser de diminuer l'université, parce qu'elle est pour ne reprendre que quelques propos de CHIRAC (Jacques), l'avenir de toute nation. Il ne faut pas hésiter à nommer, en dehors des réseaux d'amitié et du bni3amiss, des universitaires aux postes dont dépendent nos environnements, même s'ils sont récalcitrants, réfractaires, ou contradicteurs des idéologies des dirigeants, pourvu qu'ils assument leurs responsabilités, leurs idées, qu'ils rompent avec la logique de la soumission aux plus forts, et qu'ils aident la création dans toutes ses formes, dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme, à s'exprimer pleinement.



*Architecte - docteur en urbanisme

 

L'architecture et l'urbanisme, une question de fawda en Algérie

par Benkoula Sidi Mohamed El Habib*

«L'architecture est un esprit qui ne peut jamais être satisfait, il est complètement insatiable», KAHN (Louis), Silence et lumière, Editions du Linteau, 1996, p. 137.

Je ne peux que me réjouir à entendre les propos de certains, d'avoir suscité dans les pages du Le Quotidien d'Oran un débat soutenu sur les questions de l'urbanisme et de l'architecture. Même si mes réflexions modestes ne semblent pas avoir particulièrement attiré l'attention des décideurs qui continuent à démolir et à défigurer nos patrimoines (la Salamandre de Mostaganem, la grande mosquée et le théâtre d'Oran), à promouvoir des projets qui ne respectent pas les sites, des projets sans éthique urbaine et architecturale (le futur Palais des Congrès d'Oran), et à ne pas réagir à l'irrespect des particuliers des lois les plus élémentaires de l'urbanisme (constructions de plus en plus hautes dans les quartiers résidentiels comme au Castors ou Point du Jour).

Aussi, je fus très heureux à la lecture de l'excellent article de Mr BENTRIKI (Mahfoud) «A propos de La Salamandre wa berd el hal». L'auteur de cet article, dans un bien meilleur français que le nôtre, aurait voulu que nous précisions, Messieurs SARIANE et moi-même, que ce ne sont pas les Mostaganémois qui ont démoli Mostaganem, mais plutôt les membres de la commission de la Wilaya de Mostaganem qui a commandité l'opération. «Les décideurs viennent encore une fois de «condamner le rêve» en terrassant, sans aucun état d'âme, un patrimoine qui faisait il n'y a pas si longtemps, la particularité et le charme de ce pittoresque village que tout Mostaganémois porte en son cœur, sauf bien sûr les adeptes de l'extrême.».

Comme nous l'avons déjà signifié, tous les problèmes d'architecture et d'urbanisme se posent dans nos villes. Ils sont liés à une gestion chaotique de l'espace urbain qui ne prend pas du tout en compte les particularités du site, et encore moins de l'existant bâti et naturel. Au quotidien, l'espace est massacré. Il ne manque pas un jour où un manœuvre creuse quelque part. Actuellement une bonne partie de la ville d'Oran est concernée par les travaux du tramway. Ils se déroulent dans un désordre total. De nombreux trous ne sont pas signalés, le soir l'éclairage est faible, et dans cette situation devenue presque «NORMALE», les conducteurs sont exposés à des dangers imminents. Pourtant, dans ces conditions graves, où l'Etat ne rend pas honneur à sa propre image, nos autorités n'ont aucun complexe de retirer le permis de conduire. Je trouve que cette mesure est répressive, même si je sais que nos conducteurs, quels que soient leurs âges ont tendance à ne plus respecter aucune règle du code de conduire. Toutefois, quelle règle dans ce pays est encore révérée ? Surtout que les règles chez nous ont plutôt tendance à changer facilement, selon les intérêts plus que les contextes.

En fait, qui est responsable de cet urbanisme de la «fawda» ? J'ai commencé à dire à mon entourage que la fawda, le désordre est génétiquement culturel chez l'Algérien. Personne ne respecte rien quel que soit son niveau d'instruction, sa position sociale, le rôle qu'un tel tient dans la société, tout le monde semble avoir entériné, voire consacré ce désordre au fond de lui-même. Cette fawda comportementale que nos sociologues semblent négliger, gangrène nos milieux urbains et prend des formes diverses.

Le principal, l'idée est la première victime de la rigidité malencontreuse du système algérien défaillant. Une fois j'ai entendu dire un architecte qu'un certain wali, au cours d'une réunion, déclarait qu'il ne voulait pas de la théorie mais de la pratique. Il jugeait que la théorie est une perte de temps.

Ce wali n'a pas compris, comme peut-être la majorité de nos diplômés d'architecture, qu'il ne rend pas du tout service à l'architecture en la privant de ce qui lui est de plus substantiel Ce substrat qui est la théorie. Dans les pays qui se respectent, les responsables de l'urbanisme et de la création architecturale jonglent avec la théorie. Cette dernière fait peur à nos responsables, car elle dévoile, révèle leur inaptitude à se défaire de leurs certitudes empiriques qui n'ont jamais rendu service à nos villes. Van de Velde fut directeur de l'urbanisme, Auguste CHOISY qui n'a jamais construit de sa vie, a cependant rédigé une œuvre éternelle, censée être incontournable pour les architectes du monde entier, «Histoire de l'architecture» où il répertorie l'histoire des techniques de la construction depuis la nuit des temps à son époque.

En architecture et en urbanisme, je ne cesse de constater qu'il ne s'agit pas en Algérie d'une crise des idées, mais plutôt d'un rejet pur et simple des idées. Certains architectes chargés d'idées et dotés d'une sensibilité de fibre artistique, mais qui n'ont jamais bâti, souffrent du dicton qui dit «el mwalfa khir men el telfa», c'est-à-dire que l'on préfère l'objet de l'habitude à celui de l'inconnu. En ce sens, les responsables préfèrent donner des projets aux «Professionnels», c'est-à-dire les architectes des 100 et énième logements, habitués à la recette poteau-poutre qu'ils mélangent à toutes les sauces.

KAHN (Louis), grand architecte et enseignant d'architecture avait horreur des professionnels. Selon KAHN, il est fondamental de distinguer le professionnel qui calcule et économise selon une démarche très techniciste de l'architecte qui se soucie de la captation des intuitions, qui tente de saisir la nature de la demande dans son expression la plus architecturale possible et qui n'hésite pas à faire plus, tant que le beau est inhérent à l'objet en conception. KAHN avait l'inspiration dans le débat avec ses étudiants et ses commanditaires.

De ce fait, un grand architecte comme SILARBI à Oran, homme de position, fin connaisseur de l'architecture et de ses expressions multiples se retrouve du coup sanctionné par les blocages du système. Il excelle dans la création des maisons individuelles, dont l'œuvre profonde reste inconnue et/ou incomprise dans nos milieux d'architectes.

On le taxe d'architecte de la maison, peut-être parce que ne sachant pas qu'à titre d'exemple, le monument très international BOTTA (Mario) architecte déclarait : «J'ai commencé mon apprentissage en travaillant, justement, sur des maisons particulières, et puis j'ai approfondi ma pratique d'architecte dans ce domaine et la question de la maison est restée essentielle pour moi. C'est une espèce de laboratoire propice au surgissement de problématiques plus vastes.» . Cette déclaration résume très bien le parcours d'un Le Corbusier qui ne pouvait être l'urbaniste qu'il fut sans avoir travaillé ses théories d'abord dans ses maisons. MURCUTT (Glenn) doit son prix Pritzker à son œuvre constituée majoritairement de maisons individuelles. La maison est le commencement obligé en architecture. Ce commencement que nos architectes algériens ratent tous les jours.

Toutefois, j'ai l'espoir de croire que les prémices d'un débat sur l'architecture et l'urbanisme commencent à surgir. Seulement pour le propulser il faudra que nos décideurs actuels, qui versent dans les erreurs et les scandales, et qui n'ont pas la verve et la grâce exceptionnelles de Mouloud Kacem Naït Belkacem, prennent l'initiative de nommer aux postes clefs des âmes sensibles, des personnages cultivés qui sont à l'écoute de l'œuvre initiale et de ses effets sur nos sociétés en mutation sociale, économique et politique, pour ne reprendre que les propos de DELUZ (Jean-Jacques) qui a passé toute sa vie d'architecte – urbaniste à tenter de saisir le développement d'Alger.

Il s'agit, aussi, d'impliquer les universitaires dans le cadre de conventions, de contrats dans l'évaluation des projets que l'Etat compte engager, et de cesser de diminuer l'université, parce qu'elle est pour ne reprendre que quelques propos de CHIRAC (Jacques), l'avenir de toute nation. Il ne faut pas hésiter à nommer, en dehors des réseaux d'amitié et du bni3amiss, des universitaires aux postes dont dépendent nos environnements, même s'ils sont récalcitrants, réfractaires, ou contradicteurs des idéologies des dirigeants, pourvu qu'ils assument leurs responsabilités, leurs idées, qu'ils rompent avec la logique de la soumission aux plus forts, et qu'ils aident la création dans toutes ses formes, dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme, à s'exprimer pleinement.



*Architecte - docteur en urbanisme

 

 

Publié dans Economie et société

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