L’absence de Marx dans les pays arabophones

Publié le par Mahi Ahmed

L'absence de Marx dans les pays arabophones

par Mohamed Arkoun

Professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Mohamed Arkoun est professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Je vais évoquer brièvement la présence ou la non présence plutôt de la pensée marxienne dans le monde arabe et musulman.

Pour cela, il faut remonter à 1945. C'est la fin de la guerre et c'est le début des guerres de libération. L'ensemble du tiers-monde, après guerre, était concerné par les luttes de libération des dominations coloniales. C'est un terrain absolument privilégié non pour la pensée marxienne en tant que philosophie, mais pour l'outil politique de combat qu'est l'idéologie communiste. La présence et l'influence de cette idéologie dans l'ensemble du tiers-monde ont été extrêmement importantes entre 1945 et 1970, mais Marx en tant qu'historien de la pensée, Marx comme penseur, comme philosophe n'a pas vraiment existé dans la pensée d'expression arabe de cette période, pour la raison essentielle : la philosophie, la pratique de la pensée philosophique elle-même, avait déjà disparu du champ intellectuel de la pensée arabe, de la pensée d'expression arabe. L'histoire de la philosophie dans cette logosphère, si je peux l'appeler ainsi, a disparu pratiquement depuis le XIIIème siècle. Auparavant, la philosophie était présente, fortement présente même, jusqu'à influencer et donner ses outils - en particulier ceux de l'aristotélisme et du platonisme - à la pensée théologique musulmane entre le VIIIème siècle et de XIIIème siècle. La situation du monde arabe, du point de vue de sa relation à la pensée philosophique, n'a donc pas permis les discussions qui ont eu lieu en Europe, et qui continuent d'avoir lieu encore aujourd'hui.

En 1970 s'opère un tournant. Jusqu'alors, et c'est intéressant à noter, l'Islam n'est pas une référence pour le combat politique. Là est la rupture, et le passage à tout autre chose après les années 70, c'est à dire après la mort de Nasser et, surtout, l'arrivée au pouvoir de Khomeiny en 1979. On commence à parler de « révolution islamique », terme qui se substitue à ce qui fut pendant longtemps l'expression officielle : la « révolution arabe socialiste ». Depuis, dans toutes les évolutions qui se sont opérées, l'Islam a occuppé les scènes idéologique et politique. C'est la rigidité de la révolution dite islamique qui va éliminer, pratiquement, les références qu'on avait dans les années précédentes, ce qu'on a appelé le socialisme et la « révolution socialiste ».

En conséquence, dans l'état actuel des choses, on ne peut résolument pas dire qu'il y ait une quelconque actualité de la pensée de Marx. Et, par-delà Marx et ce qu'il représente, c'est toute la pensée occidentale et le rapport à cette pensée qui ont été mis en cause après l'installation de l'Islam comme référence essentielle des combats politiques.

Les conditions des systèmes éducatifs après les indépendances et jusqu'à nos jours, ainsi que l'intervention de l'Islam comme outil idéologique politique ont empêché le développement de l'enseignement des sciences de l'Homme et de la société, et a fortiori de la recherche dans ce domaine, qui aurait pu renouveler, en référence à Marx, la connaissance de tout ce qui passe dans ces sociétés. Mais force est de constater qu'il y a eu une panne de la pensée dans ce monde-là.

 

L'absence de Marx dans les pays arabophones

par Mohamed Arkoun

Professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Mohamed Arkoun est professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Je vais évoquer brièvement la présence ou la non présence plutôt de la pensée marxienne dans le monde arabe et musulman.

Pour cela, il faut remonter à 1945. C'est la fin de la guerre et c'est le début des guerres de libération. L'ensemble du tiers-monde, après guerre, était concerné par les luttes de libération des dominations coloniales. C'est un terrain absolument privilégié non pour la pensée marxienne en tant que philosophie, mais pour l'outil politique de combat qu'est l'idéologie communiste. La présence et l'influence de cette idéologie dans l'ensemble du tiers-monde ont été extrêmement importantes entre 1945 et 1970, mais Marx en tant qu'historien de la pensée, Marx comme penseur, comme philosophe n'a pas vraiment existé dans la pensée d'expression arabe de cette période, pour la raison essentielle : la philosophie, la pratique de la pensée philosophique elle-même, avait déjà disparu du champ intellectuel de la pensée arabe, de la pensée d'expression arabe. L'histoire de la philosophie dans cette logosphère, si je peux l'appeler ainsi, a disparu pratiquement depuis le XIIIème siècle. Auparavant, la philosophie était présente, fortement présente même, jusqu'à influencer et donner ses outils - en particulier ceux de l'aristotélisme et du platonisme - à la pensée théologique musulmane entre le VIIIème siècle et de XIIIème siècle. La situation du monde arabe, du point de vue de sa relation à la pensée philosophique, n'a donc pas permis les discussions qui ont eu lieu en Europe, et qui continuent d'avoir lieu encore aujourd'hui.

En 1970 s'opère un tournant. Jusqu'alors, et c'est intéressant à noter, l'Islam n'est pas une référence pour le combat politique. Là est la rupture, et le passage à tout autre chose après les années 70, c'est à dire après la mort de Nasser et, surtout, l'arrivée au pouvoir de Khomeiny en 1979. On commence à parler de « révolution islamique », terme qui se substitue à ce qui fut pendant longtemps l'expression officielle : la « révolution arabe socialiste ». Depuis, dans toutes les évolutions qui se sont opérées, l'Islam a occuppé les scènes idéologique et politique. C'est la rigidité de la révolution dite islamique qui va éliminer, pratiquement, les références qu'on avait dans les années précédentes, ce qu'on a appelé le socialisme et la « révolution socialiste ».

En conséquence, dans l'état actuel des choses, on ne peut résolument pas dire qu'il y ait une quelconque actualité de la pensée de Marx. Et, par-delà Marx et ce qu'il représente, c'est toute la pensée occidentale et le rapport à cette pensée qui ont été mis en cause après l'installation de l'Islam comme référence essentielle des combats politiques.

Les conditions des systèmes éducatifs après les indépendances et jusqu'à nos jours, ainsi que l'intervention de l'Islam comme outil idéologique politique ont empêché le développement de l'enseignement des sciences de l'Homme et de la société, et a fortiori de la recherche dans ce domaine, qui aurait pu renouveler, en référence à Marx, la connaissance de tout ce qui passe dans ces sociétés. Mais force est de constater qu'il y a eu une panne de la pensée dans ce monde-là.

 

L'absence de Marx dans les pays arabophones

par Mohamed Arkoun

Professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Mohamed Arkoun est professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Je vais évoquer brièvement la présence ou la non présence plutôt de la pensée marxienne dans le monde arabe et musulman.

Pour cela, il faut remonter à 1945. C'est la fin de la guerre et c'est le début des guerres de libération. L'ensemble du tiers-monde, après guerre, était concerné par les luttes de libération des dominations coloniales. C'est un terrain absolument privilégié non pour la pensée marxienne en tant que philosophie, mais pour l'outil politique de combat qu'est l'idéologie communiste. La présence et l'influence de cette idéologie dans l'ensemble du tiers-monde ont été extrêmement importantes entre 1945 et 1970, mais Marx en tant qu'historien de la pensée, Marx comme penseur, comme philosophe n'a pas vraiment existé dans la pensée d'expression arabe de cette période, pour la raison essentielle : la philosophie, la pratique de la pensée philosophique elle-même, avait déjà disparu du champ intellectuel de la pensée arabe, de la pensée d'expression arabe. L'histoire de la philosophie dans cette logosphère, si je peux l'appeler ainsi, a disparu pratiquement depuis le XIIIème siècle. Auparavant, la philosophie était présente, fortement présente même, jusqu'à influencer et donner ses outils - en particulier ceux de l'aristotélisme et du platonisme - à la pensée théologique musulmane entre le VIIIème siècle et de XIIIème siècle. La situation du monde arabe, du point de vue de sa relation à la pensée philosophique, n'a donc pas permis les discussions qui ont eu lieu en Europe, et qui continuent d'avoir lieu encore aujourd'hui.

En 1970 s'opère un tournant. Jusqu'alors, et c'est intéressant à noter, l'Islam n'est pas une référence pour le combat politique. Là est la rupture, et le passage à tout autre chose après les années 70, c'est à dire après la mort de Nasser et, surtout, l'arrivée au pouvoir de Khomeiny en 1979. On commence à parler de « révolution islamique », terme qui se substitue à ce qui fut pendant longtemps l'expression officielle : la « révolution arabe socialiste ». Depuis, dans toutes les évolutions qui se sont opérées, l'Islam a occuppé les scènes idéologique et politique. C'est la rigidité de la révolution dite islamique qui va éliminer, pratiquement, les références qu'on avait dans les années précédentes, ce qu'on a appelé le socialisme et la « révolution socialiste ».

En conséquence, dans l'état actuel des choses, on ne peut résolument pas dire qu'il y ait une quelconque actualité de la pensée de Marx. Et, par-delà Marx et ce qu'il représente, c'est toute la pensée occidentale et le rapport à cette pensée qui ont été mis en cause après l'installation de l'Islam comme référence essentielle des combats politiques.

Les conditions des systèmes éducatifs après les indépendances et jusqu'à nos jours, ainsi que l'intervention de l'Islam comme outil idéologique politique ont empêché le développement de l'enseignement des sciences de l'Homme et de la société, et a fortiori de la recherche dans ce domaine, qui aurait pu renouveler, en référence à Marx, la connaissance de tout ce qui passe dans ces sociétés. Mais force est de constater qu'il y a eu une panne de la pensée dans ce monde-là.

 

L'absence de Marx dans les pays arabophones

par Mohamed Arkoun

Professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Mohamed Arkoun est professeur émérite d'Islamologie à la Sorbonne.

Je vais évoquer brièvement la présence ou la non présence plutôt de la pensée marxienne dans le monde arabe et musulman.

Pour cela, il faut remonter à 1945. C'est la fin de la guerre et c'est le début des guerres de libération. L'ensemble du tiers-monde, après guerre, était concerné par les luttes de libération des dominations coloniales. C'est un terrain absolument privilégié non pour la pensée marxienne en tant que philosophie, mais pour l'outil politique de combat qu'est l'idéologie communiste. La présence et l'influence de cette idéologie dans l'ensemble du tiers-monde ont été extrêmement importantes entre 1945 et 1970, mais Marx en tant qu'historien de la pensée, Marx comme penseur, comme philosophe n'a pas vraiment existé dans la pensée d'expression arabe de cette période, pour la raison essentielle : la philosophie, la pratique de la pensée philosophique elle-même, avait déjà disparu du champ intellectuel de la pensée arabe, de la pensée d'expression arabe. L'histoire de la philosophie dans cette logosphère, si je peux l'appeler ainsi, a disparu pratiquement depuis le XIIIème siècle. Auparavant, la philosophie était présente, fortement présente même, jusqu'à influencer et donner ses outils - en particulier ceux de l'aristotélisme et du platonisme - à la pensée théologique musulmane entre le VIIIème siècle et de XIIIème siècle. La situation du monde arabe, du point de vue de sa relation à la pensée philosophique, n'a donc pas permis les discussions qui ont eu lieu en Europe, et qui continuent d'avoir lieu encore aujourd'hui.

En 1970 s'opère un tournant. Jusqu'alors, et c'est intéressant à noter, l'Islam n'est pas une référence pour le combat politique. Là est la rupture, et le passage à tout autre chose après les années 70, c'est à dire après la mort de Nasser et, surtout, l'arrivée au pouvoir de Khomeiny en 1979. On commence à parler de « révolution islamique », terme qui se substitue à ce qui fut pendant longtemps l'expression officielle : la « révolution arabe socialiste ». Depuis, dans toutes les évolutions qui se sont opérées, l'Islam a occuppé les scènes idéologique et politique. C'est la rigidité de la révolution dite islamique qui va éliminer, pratiquement, les références qu'on avait dans les années précédentes, ce qu'on a appelé le socialisme et la « révolution socialiste ».

En conséquence, dans l'état actuel des choses, on ne peut résolument pas dire qu'il y ait une quelconque actualité de la pensée de Marx. Et, par-delà Marx et ce qu'il représente, c'est toute la pensée occidentale et le rapport à cette pensée qui ont été mis en cause après l'installation de l'Islam comme référence essentielle des combats politiques.

Les conditions des systèmes éducatifs après les indépendances et jusqu'à nos jours, ainsi que l'intervention de l'Islam comme outil idéologique politique ont empêché le développement de l'enseignement des sciences de l'Homme et de la société, et a fortiori de la recherche dans ce domaine, qui aurait pu renouveler, en référence à Marx, la connaissance de tout ce qui passe dans ces sociétés. Mais force est de constater qu'il y a eu une panne de la pensée dans ce monde-là.

 

 

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