Quand le capitalisme affame la planète

Publié le par Mahi Ahmed

Quand le capitalisme affame la planète

Alimentation . En cinq ans, le nombre d'êtres humains souffrant de la faim dans le monde a progressé de 75 millions. L'envolée des prix des céréales explique cette augmentation.

Dans son rapport sur l'État de l'insécurité alimentaire dans le monde en 2008, l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) fait un bien sombre constat. La faim dans le monde progresse. Au total, 923 millions d'êtres humains en sont victimes. Soit 75 millions de plus que pour la période 2003-2005 pendant laquelle la sous-alimentation a recommencé à croître, après une longue stagnation de près de quinze années. En part de la population mondiale, la tendance est la même. Entre 1992 et 2003, la proportion de personnes souffrant de la faim avait régressé de 20 % à 16 %. Depuis, la courbe s'est inversée. Cette proportion atteint 17 % en 2007.

La région Asie-Pacifique et l'Afrique subsaharienne sont les zones les plus touchées. Elles comptabilisent 89 % des personnes souffrant de la faim. Sur les 75 millions d'êtres humains supplémentaires concernés en 2007, 41 millions vivent en Asie-Pacifique et 24 millions en Afrique subsaharienne. La recrudescence de la faim n'épargne pas pour autant l'Amérique latine et les Caraïbes, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Même si dans ces régions, elle est moindre.

Principal coupable : l'envolée des prix des denrées alimentaires. Selon la FAO, plusieurs facteurs expliquent le phénomène. Certains liés à l'offre. Ainsi les principaux producteurs de céréales (Chine, États-Unis, Inde et Union européenne) ont modifié leur politique agricole, provoquant une diminution des stocks. Le rapport entre les stocks et l'utilisation des céréales à l'échelle mondiale est estimé pour 2007-2008 à 19,4 %. Il était légèrement supérieur à 23 % en 2004-2005. La FAO note que « des stocks en baisse participent à une plus grande volatilité des prix sur les marchés mondiaux en raison des incertitudes quant aux disponibilités en cas de baisse de production ». Or celle-ci a bien eu lieu. En 2005, la production céréalière mondiale a reculé de 3,6 %. En 2006, de 6,9 %. Avant de se rétablir en 2007.

D'autres facteurs comme le prix du pétrole et la spéculation financière sont venus amplifier la hausse des prix. Consécutivement à l'envolée du prix du baril, les prix de l'engrais ont triplé tandis que ceux des transports ont doublé entre 2006 et 2008. Quant à la finance internationale, délaissant les marchés d'actifs traditionnels, elle s'est intéressée aux marchés des dérivés issus des produits agricoles « dans l'espoir d'obtenir de meilleurs rendements ». La FAO note ainsi que les activités boursières en la matière ont doublé ces cinq dernières années et progressé de 30 % au cours des neuf premiers mois de l'année 2007.

Dernière cause expliquant le surenchérissement des denrées alimentaire : la demande croissante en biocarburant a provoqué « la montée en flèche » des cours des produits nécessaires à leur fabrication (sucre, manioc, maïs, oléagineux...).

Les prévisions de la FAO sur l'évolution de la faim dans le monde sont loin d'être optimistes. Bien qu'en baisse, les prix des denrées agricoles ne devraient pas retrouver leur niveau d'avant 2003. Dans un contexte où la population mondiale devrait continuer de croître rapidement pour atteindre probablement les huit milliards d'êtres humains avant la fin du siècle et alors que le réchauffement climatique pourrait impacter sévèrement la production agricole, une nouvelle dégradation de l'état de la sécurité alimentaire est à craindre. D'autant, que la crise économique mondiale devrait freiner sérieusement les exportations des pays les plus pauvres. Les privant ainsi des devises nécessaires à l'importation de produits agricoles, rendue nécessaire par leur dépendance alimentaire.

Pierre-Henri Lab

 

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