La modernité du Manifeste communiste

Publié le par Mahi Ahmed

La modernité du Manifeste communiste

Philosophes, historien ou cinéaste, des intellectuels nous disent leurs raisons de lire et méditer aujourd'hui le texte rédigé par Marx et Engels il y a 160 ans, dont l'Humanité publie une nouvelle édition.

 

Il y a plus de cent soixante ans, au début de l'année 1848,

à la demande de la Ligue des communistes de Londres, modeste organisation qui deviendra la cellule mère des futurs partis ouvriers socialistes, Karl Marx et Friedrich Engels signent une proclamation publiée initialement à quelques milliers d'exemplaires qui expose « à la face du monde entier » les « conceptions », les « buts » et les « tendances » des communistes de nationalités diverses qui s'étaient réunis l'année précédente à Londres en congrès. Le Manifeste du parti communiste devait devenir, comme l'a rappelé l'historien britannique Eric Hobsbawn, le texte politique le plus influent depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. D'une actualité mordante en pleine crise du capitalisme mondialisé, il brille toujours au patrimoine combatif de l'humanité. En hommage à cet anniversaire, et avec la contribution de chercheurs et de philosophes dont nous publions ci-dessous des extraits de leurs contributions, l'Humanité en publie une nouvelle édition (*) . « Relire ce texte, souligne le directeur du journal Patrick Le Hyaric, est un plaisir, celui de renoueur avec un souffle d'émancipation, une confiance en l'avenir de l'humanité. »

 

La pureté du cristal

Roger Martelli, historien

« Le Manifeste a la pureté du cristal. En quelques pages fulgurantes, deux jeunes Allemands y analysent le capitalisme et appellent à son dépassement. Ne nous y trompons pas : ce capitalisme qu'ils évoquent n'est pas le leur mais... le nôtre. L'ère du capitalisme dominant et de l'universalité marchande qu'ils annoncent n'est pas celle du milieu du XIXe siècle, mais celle de la mondialisation actuelle.. En imposant les normes de l'accumulation des marchandises et des profits, par la généralisation d'une concurrence libre et non faussée, le capitalisme sépare et oppose les êtres, déchire les équilibres sociaux, altère les rapports durables des hommes et de la nature. Le réalisme est aujourd'hui du côté de sa subversion, de la promotion d'autres finalités, d'autres normes, d'autres méthodes pour « faire société ». Une révolution est nécessaire pour remettre sur pied ce qui marche sur la tête, pour placer, au coeur de toute dynamique sociale, le développement des capacités humaines et non le règne aliénant des choses. »

 

Un geste de dévoilement radical

Cynthia Fleury, philosophe

« Une simple relecture des préfaces anglaise, allemande, italienne, russe... et l'on se croit incidemment transporté au XXIe siècle : la spéculation capitaliste et la propriété foncière bourgeoise continuent toujours de se développer fiévreusement... Et, à tout coin du texte, on craint de voir surgir le spectre de l'hypercapitalisme financier, du "return on equity", des stock-options et des parachutes dorés, sans parler des ventes à la découpe ! Si la pensée de Marx est révolutionnaire, c'est moins parce qu'elle est violente que copernicienne : elle est un geste de dévoilement théorique radical, une déconstruction des systèmes civilisationnels. Un geste qui saura aussi - en légitimant une doctrine - légitimer aussi une classe sociale. Les "pauvres" cessent d'être les égarés du système. Ensemble, ils vont constituer l'élément déstructurant restructurant de l'histoire. Le vrai ressort historique. Le capital peut bien encapsuler l'histoire, le conflit social lui rouvrira les voies de la liberté. »

 

Un espace pour l'intervention humaine

Bernard Vasseur, philosophe

« D'où vient ce sentiment irrépressible que ces mots, pourtant anciens, disent les secousses et les tensions de notre monde ? À cela plusieurs raisons. La première est que ce texte ne nous laisse pas le nez collé sur l'événement mais qu'il nous ouvre au grand vent de l'histoire et fait sortir notre époque de celles qui l'ont précédée. La deuxième est qu'il nous confronte à une pensée, et non à une fable (la bourgeoisie n'y est pas "le mal", qui écrase "les pauvres", mais une classe dont le "rôle hautement révolutionnaire" se transforme en son contraire par une "ruse de l'histoire" ; le communisme n'y est pas un idéal généreux, mais "l'expression générale d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" ;). La troisième raison est que ce manifeste politique ouvre un espace à l'intervention humaine et s'oppose frontalement à "l'économisme", c'est-à-dire à l'économie installée en référence maîtresse et réponse à tout : argent, marchandise, croissance, emploi, concurrence, finance, "libre entreprise" et impuissance d'État. »¨

 

Isabelle Garo, philosophe

« Si la modernité du Manifeste existe, elle ne consiste pas en une actualité immédiate, qui autoriserait les analogies historiques, toujours trompeuses, mais dans un combat continué, qui ne date pas d'hier et doit garder la mémoire de ses victoires comme de ses échecs. C'est son ancrage dans un moment historique déterminé qui est la condition de son actualité, celle d'une prise de parti et de la relance d'un projet de sortie du capitalisme par la voie émancipatrice. La défaite de 1848 conduira Marx à reprendre et à corriger son analyse passée. Évoluant alors en direction d'une saisie bien plus attentive au rôle des idées et des idéologues, à la nécessité du bris de l'appareil d'État, à la remise en cause de la nécessité d'une phase bourgeoise, Marx sera son propre et premier critique, envisageant ce texte comme une étape historique et théorique, comme intervention à sans cesse réactualiser, qui soumet la construction théorique à la tâche de transformation du présent. »

 

La critique décisive d'une société

Yvon Quiniou, philosophe

« Le Manifeste du parti communiste est un bon exemple de l'actualité d'une pensée politique que l'on déclare dépassée sans raison valable. Même si un certain nombre de concepts scientifiques font défaut qui ne seront forgés que dans le Capital (comme le mécanisme de la plus-value), son analyse dit déjà l'essentiel : le capitalisme repose sur l'exploitation du travailleur, l'ouvrier est donc réduit à sa force de travail dont il faut seulement payer la reproduction, le travail productif est déshumanisant, la propriété privée de l'économie impose sa loi à l'ensemble des activités humaines et noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste », etc. Il faut cesser d'appréhender [le Manifeste] comme un document historique qui ne nous interpellerait pas. Il faut au contraire y voir une critique décisive d'une société qui est toujours là, dont l'inhumanité demeure, mais dont les tares, sans cesser d'être vécues par les hommes, sont masquées par l'idéologie dominante, qui reste, comme autrefois, celle de la classe dominante. »

 

Un nouveau mouvement politique

Ken Loach, cinéaste,

(traduction Michel Muller)

 

« La première chose à dire à propos du Manifeste est : lisez-le ! Nombre de ses déclarations s'appliquent autant aujourd'hui qu'au moment où il a été écrit. L'exigence incessante de main-d'oeuvre toujours moins chère et la recherche par le capital des placements les moins coûteux ont provoqué une instabilité planétaire que Marx et Engels ne pouvaient qu'imaginer. La politique étrangère agressive des États-Unis a conduit à des guerres illégales pour imposer la suprématie US. Deux questions se font jour : la classe ouvrière est-elle toujours une classe révolutionnaire et comment pourra-t-elle prendre conscience de son potentiel ?

 

Je suggère de répondre "oui" à la première question. Aussi éclatés, désorganisés et vulnérables que des groupes de travailleurs peuvent l'être, ils ont toujours le pouvoir d'interrompre le système.

 

La seconde question est le rocher sur lequel les mouvements socialistes se sont brisés depuis a rédaction du Manifeste. Celle des choix politiques de direction de la classe ouvrière. Nous avons désespérément besoin d'un nouveau mouvement politique. »

 

(*) Avec l'aimable autorisation des Éditions sociales.

 

La modernité du Manifeste communiste

Philosophes, historien ou cinéaste, des intellectuels nous disent leurs raisons de lire et méditer aujourd'hui le texte rédigé par Marx et Engels il y a 160 ans, dont l'Humanité publie une nouvelle édition.

 

Il y a plus de cent soixante ans, au début de l'année 1848,

à la demande de la Ligue des communistes de Londres, modeste organisation qui deviendra la cellule mère des futurs partis ouvriers socialistes, Karl Marx et Friedrich Engels signent une proclamation publiée initialement à quelques milliers d'exemplaires qui expose « à la face du monde entier » les « conceptions », les « buts » et les « tendances » des communistes de nationalités diverses qui s'étaient réunis l'année précédente à Londres en congrès. Le Manifeste du parti communiste devait devenir, comme l'a rappelé l'historien britannique Eric Hobsbawn, le texte politique le plus influent depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. D'une actualité mordante en pleine crise du capitalisme mondialisé, il brille toujours au patrimoine combatif de l'humanité. En hommage à cet anniversaire, et avec la contribution de chercheurs et de philosophes dont nous publions ci-dessous des extraits de leurs contributions, l'Humanité en publie une nouvelle édition (*) . « Relire ce texte, souligne le directeur du journal Patrick Le Hyaric, est un plaisir, celui de renoueur avec un souffle d'émancipation, une confiance en l'avenir de l'humanité. »

 

La pureté du cristal

Roger Martelli, historien

« Le Manifeste a la pureté du cristal. En quelques pages fulgurantes, deux jeunes Allemands y analysent le capitalisme et appellent à son dépassement. Ne nous y trompons pas : ce capitalisme qu'ils évoquent n'est pas le leur mais... le nôtre. L'ère du capitalisme dominant et de l'universalité marchande qu'ils annoncent n'est pas celle du milieu du XIXe siècle, mais celle de la mondialisation actuelle.. En imposant les normes de l'accumulation des marchandises et des profits, par la généralisation d'une concurrence libre et non faussée, le capitalisme sépare et oppose les êtres, déchire les équilibres sociaux, altère les rapports durables des hommes et de la nature. Le réalisme est aujourd'hui du côté de sa subversion, de la promotion d'autres finalités, d'autres normes, d'autres méthodes pour « faire société ». Une révolution est nécessaire pour remettre sur pied ce qui marche sur la tête, pour placer, au coeur de toute dynamique sociale, le développement des capacités humaines et non le règne aliénant des choses. »

 

Un geste de dévoilement radical

Cynthia Fleury, philosophe

« Une simple relecture des préfaces anglaise, allemande, italienne, russe... et l'on se croit incidemment transporté au XXIe siècle : la spéculation capitaliste et la propriété foncière bourgeoise continuent toujours de se développer fiévreusement... Et, à tout coin du texte, on craint de voir surgir le spectre de l'hypercapitalisme financier, du "return on equity", des stock-options et des parachutes dorés, sans parler des ventes à la découpe ! Si la pensée de Marx est révolutionnaire, c'est moins parce qu'elle est violente que copernicienne : elle est un geste de dévoilement théorique radical, une déconstruction des systèmes civilisationnels. Un geste qui saura aussi - en légitimant une doctrine - légitimer aussi une classe sociale. Les "pauvres" cessent d'être les égarés du système. Ensemble, ils vont constituer l'élément déstructurant restructurant de l'histoire. Le vrai ressort historique. Le capital peut bien encapsuler l'histoire, le conflit social lui rouvrira les voies de la liberté. »

 

Un espace pour l'intervention humaine

Bernard Vasseur, philosophe

« D'où vient ce sentiment irrépressible que ces mots, pourtant anciens, disent les secousses et les tensions de notre monde ? À cela plusieurs raisons. La première est que ce texte ne nous laisse pas le nez collé sur l'événement mais qu'il nous ouvre au grand vent de l'histoire et fait sortir notre époque de celles qui l'ont précédée. La deuxième est qu'il nous confronte à une pensée, et non à une fable (la bourgeoisie n'y est pas "le mal", qui écrase "les pauvres", mais une classe dont le "rôle hautement révolutionnaire" se transforme en son contraire par une "ruse de l'histoire" ; le communisme n'y est pas un idéal généreux, mais "l'expression générale d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" ;). La troisième raison est que ce manifeste politique ouvre un espace à l'intervention humaine et s'oppose frontalement à "l'économisme", c'est-à-dire à l'économie installée en référence maîtresse et réponse à tout : argent, marchandise, croissance, emploi, concurrence, finance, "libre entreprise" et impuissance d'État. »¨

 

Isabelle Garo, philosophe

« Si la modernité du Manifeste existe, elle ne consiste pas en une actualité immédiate, qui autoriserait les analogies historiques, toujours trompeuses, mais dans un combat continué, qui ne date pas d'hier et doit garder la mémoire de ses victoires comme de ses échecs. C'est son ancrage dans un moment historique déterminé qui est la condition de son actualité, celle d'une prise de parti et de la relance d'un projet de sortie du capitalisme par la voie émancipatrice. La défaite de 1848 conduira Marx à reprendre et à corriger son analyse passée. Évoluant alors en direction d'une saisie bien plus attentive au rôle des idées et des idéologues, à la nécessité du bris de l'appareil d'État, à la remise en cause de la nécessité d'une phase bourgeoise, Marx sera son propre et premier critique, envisageant ce texte comme une étape historique et théorique, comme intervention à sans cesse réactualiser, qui soumet la construction théorique à la tâche de transformation du présent. »

 

La critique décisive d'une société

Yvon Quiniou, philosophe

« Le Manifeste du parti communiste est un bon exemple de l'actualité d'une pensée politique que l'on déclare dépassée sans raison valable. Même si un certain nombre de concepts scientifiques font défaut qui ne seront forgés que dans le Capital (comme le mécanisme de la plus-value), son analyse dit déjà l'essentiel : le capitalisme repose sur l'exploitation du travailleur, l'ouvrier est donc réduit à sa force de travail dont il faut seulement payer la reproduction, le travail productif est déshumanisant, la propriété privée de l'économie impose sa loi à l'ensemble des activités humaines et noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste », etc. Il faut cesser d'appréhender [le Manifeste] comme un document historique qui ne nous interpellerait pas. Il faut au contraire y voir une critique décisive d'une société qui est toujours là, dont l'inhumanité demeure, mais dont les tares, sans cesser d'être vécues par les hommes, sont masquées par l'idéologie dominante, qui reste, comme autrefois, celle de la classe dominante. »

 

Un nouveau mouvement politique

Ken Loach, cinéaste,

(traduction Michel Muller)

 

« La première chose à dire à propos du Manifeste est : lisez-le ! Nombre de ses déclarations s'appliquent autant aujourd'hui qu'au moment où il a été écrit. L'exigence incessante de main-d'oeuvre toujours moins chère et la recherche par le capital des placements les moins coûteux ont provoqué une instabilité planétaire que Marx et Engels ne pouvaient qu'imaginer. La politique étrangère agressive des États-Unis a conduit à des guerres illégales pour imposer la suprématie US. Deux questions se font jour : la classe ouvrière est-elle toujours une classe révolutionnaire et comment pourra-t-elle prendre conscience de son potentiel ?

 

Je suggère de répondre "oui" à la première question. Aussi éclatés, désorganisés et vulnérables que des groupes de travailleurs peuvent l'être, ils ont toujours le pouvoir d'interrompre le système.

 

La seconde question est le rocher sur lequel les mouvements socialistes se sont brisés depuis a rédaction du Manifeste. Celle des choix politiques de direction de la classe ouvrière. Nous avons désespérément besoin d'un nouveau mouvement politique. »

 

(*) Avec l'aimable autorisation des Éditions sociales.

 

 

La modernité du Manifeste communiste

Philosophes, historien ou cinéaste, des intellectuels nous disent leurs raisons de lire et méditer aujourd'hui le texte rédigé par Marx et Engels il y a 160 ans, dont l'Humanité publie une nouvelle édition.

 

Il y a plus de cent soixante ans, au début de l'année 1848,

à la demande de la Ligue des communistes de Londres, modeste organisation qui deviendra la cellule mère des futurs partis ouvriers socialistes, Karl Marx et Friedrich Engels signent une proclamation publiée initialement à quelques milliers d'exemplaires qui expose « à la face du monde entier » les « conceptions », les « buts » et les « tendances » des communistes de nationalités diverses qui s'étaient réunis l'année précédente à Londres en congrès. Le Manifeste du parti communiste devait devenir, comme l'a rappelé l'historien britannique Eric Hobsbawn, le texte politique le plus influent depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. D'une actualité mordante en pleine crise du capitalisme mondialisé, il brille toujours au patrimoine combatif de l'humanité. En hommage à cet anniversaire, et avec la contribution de chercheurs et de philosophes dont nous publions ci-dessous des extraits de leurs contributions, l'Humanité en publie une nouvelle édition (*) . « Relire ce texte, souligne le directeur du journal Patrick Le Hyaric, est un plaisir, celui de renoueur avec un souffle d'émancipation, une confiance en l'avenir de l'humanité. »

 

La pureté du cristal

Roger Martelli, historien

« Le Manifeste a la pureté du cristal. En quelques pages fulgurantes, deux jeunes Allemands y analysent le capitalisme et appellent à son dépassement. Ne nous y trompons pas : ce capitalisme qu'ils évoquent n'est pas le leur mais... le nôtre. L'ère du capitalisme dominant et de l'universalité marchande qu'ils annoncent n'est pas celle du milieu du XIXe siècle, mais celle de la mondialisation actuelle.. En imposant les normes de l'accumulation des marchandises et des profits, par la généralisation d'une concurrence libre et non faussée, le capitalisme sépare et oppose les êtres, déchire les équilibres sociaux, altère les rapports durables des hommes et de la nature. Le réalisme est aujourd'hui du côté de sa subversion, de la promotion d'autres finalités, d'autres normes, d'autres méthodes pour « faire société ». Une révolution est nécessaire pour remettre sur pied ce qui marche sur la tête, pour placer, au coeur de toute dynamique sociale, le développement des capacités humaines et non le règne aliénant des choses. »

 

Un geste de dévoilement radical

Cynthia Fleury, philosophe

« Une simple relecture des préfaces anglaise, allemande, italienne, russe... et l'on se croit incidemment transporté au XXIe siècle : la spéculation capitaliste et la propriété foncière bourgeoise continuent toujours de se développer fiévreusement... Et, à tout coin du texte, on craint de voir surgir le spectre de l'hypercapitalisme financier, du "return on equity", des stock-options et des parachutes dorés, sans parler des ventes à la découpe ! Si la pensée de Marx est révolutionnaire, c'est moins parce qu'elle est violente que copernicienne : elle est un geste de dévoilement théorique radical, une déconstruction des systèmes civilisationnels. Un geste qui saura aussi - en légitimant une doctrine - légitimer aussi une classe sociale. Les "pauvres" cessent d'être les égarés du système. Ensemble, ils vont constituer l'élément déstructurant restructurant de l'histoire. Le vrai ressort historique. Le capital peut bien encapsuler l'histoire, le conflit social lui rouvrira les voies de la liberté. »

 

Un espace pour l'intervention humaine

Bernard Vasseur, philosophe

« D'où vient ce sentiment irrépressible que ces mots, pourtant anciens, disent les secousses et les tensions de notre monde ? À cela plusieurs raisons. La première est que ce texte ne nous laisse pas le nez collé sur l'événement mais qu'il nous ouvre au grand vent de l'histoire et fait sortir notre époque de celles qui l'ont précédée. La deuxième est qu'il nous confronte à une pensée, et non à une fable (la bourgeoisie n'y est pas "le mal", qui écrase "les pauvres", mais une classe dont le "rôle hautement révolutionnaire" se transforme en son contraire par une "ruse de l'histoire" ; le communisme n'y est pas un idéal généreux, mais "l'expression générale d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" ;). La troisième raison est que ce manifeste politique ouvre un espace à l'intervention humaine et s'oppose frontalement à "l'économisme", c'est-à-dire à l'économie installée en référence maîtresse et réponse à tout : argent, marchandise, croissance, emploi, concurrence, finance, "libre entreprise" et impuissance d'État. »¨

 

Isabelle Garo, philosophe

« Si la modernité du Manifeste existe, elle ne consiste pas en une actualité immédiate, qui autoriserait les analogies historiques, toujours trompeuses, mais dans un combat continué, qui ne date pas d'hier et doit garder la mémoire de ses victoires comme de ses échecs. C'est son ancrage dans un moment historique déterminé qui est la condition de son actualité, celle d'une prise de parti et de la relance d'un projet de sortie du capitalisme par la voie émancipatrice. La défaite de 1848 conduira Marx à reprendre et à corriger son analyse passée. Évoluant alors en direction d'une saisie bien plus attentive au rôle des idées et des idéologues, à la nécessité du bris de l'appareil d'État, à la remise en cause de la nécessité d'une phase bourgeoise, Marx sera son propre et premier critique, envisageant ce texte comme une étape historique et théorique, comme intervention à sans cesse réactualiser, qui soumet la construction théorique à la tâche de transformation du présent. »

 

La critique décisive d'une société

Yvon Quiniou, philosophe

« Le Manifeste du parti communiste est un bon exemple de l'actualité d'une pensée politique que l'on déclare dépassée sans raison valable. Même si un certain nombre de concepts scientifiques font défaut qui ne seront forgés que dans le Capital (comme le mécanisme de la plus-value), son analyse dit déjà l'essentiel : le capitalisme repose sur l'exploitation du travailleur, l'ouvrier est donc réduit à sa force de travail dont il faut seulement payer la reproduction, le travail productif est déshumanisant, la propriété privée de l'économie impose sa loi à l'ensemble des activités humaines et noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste », etc. Il faut cesser d'appréhender [le Manifeste] comme un document historique qui ne nous interpellerait pas. Il faut au contraire y voir une critique décisive d'une société qui est toujours là, dont l'inhumanité demeure, mais dont les tares, sans cesser d'être vécues par les hommes, sont masquées par l'idéologie dominante, qui reste, comme autrefois, celle de la classe dominante. »

 

Un nouveau mouvement politique

Ken Loach, cinéaste,

(traduction Michel Muller)

 

« La première chose à dire à propos du Manifeste est : lisez-le ! Nombre de ses déclarations s'appliquent autant aujourd'hui qu'au moment où il a été écrit. L'exigence incessante de main-d'oeuvre toujours moins chère et la recherche par le capital des placements les moins coûteux ont provoqué une instabilité planétaire que Marx et Engels ne pouvaient qu'imaginer. La politique étrangère agressive des États-Unis a conduit à des guerres illégales pour imposer la suprématie US. Deux questions se font jour : la classe ouvrière est-elle toujours une classe révolutionnaire et comment pourra-t-elle prendre conscience de son potentiel ?

 

Je suggère de répondre "oui" à la première question. Aussi éclatés, désorganisés et vulnérables que des groupes de travailleurs peuvent l'être, ils ont toujours le pouvoir d'interrompre le système.

 

La seconde question est le rocher sur lequel les mouvements socialistes se sont brisés depuis a rédaction du Manifeste. Celle des choix politiques de direction de la classe ouvrière. Nous avons désespérément besoin d'un nouveau mouvement politique. »

 

(*) Avec l'aimable autorisation des Éditions sociales.

 

 

La modernité du Manifeste communiste

Philosophes, historien ou cinéaste, des intellectuels nous disent leurs raisons de lire et méditer aujourd'hui le texte rédigé par Marx et Engels il y a 160 ans, dont l'Humanité publie une nouvelle édition.

 

Il y a plus de cent soixante ans, au début de l'année 1848,

à la demande de la Ligue des communistes de Londres, modeste organisation qui deviendra la cellule mère des futurs partis ouvriers socialistes, Karl Marx et Friedrich Engels signent une proclamation publiée initialement à quelques milliers d'exemplaires qui expose « à la face du monde entier » les « conceptions », les « buts » et les « tendances » des communistes de nationalités diverses qui s'étaient réunis l'année précédente à Londres en congrès. Le Manifeste du parti communiste devait devenir, comme l'a rappelé l'historien britannique Eric Hobsbawn, le texte politique le plus influent depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. D'une actualité mordante en pleine crise du capitalisme mondialisé, il brille toujours au patrimoine combatif de l'humanité. En hommage à cet anniversaire, et avec la contribution de chercheurs et de philosophes dont nous publions ci-dessous des extraits de leurs contributions, l'Humanité en publie une nouvelle édition (*) . « Relire ce texte, souligne le directeur du journal Patrick Le Hyaric, est un plaisir, celui de renoueur avec un souffle d'émancipation, une confiance en l'avenir de l'humanité. »

 

La pureté du cristal

Roger Martelli, historien

« Le Manifeste a la pureté du cristal. En quelques pages fulgurantes, deux jeunes Allemands y analysent le capitalisme et appellent à son dépassement. Ne nous y trompons pas : ce capitalisme qu'ils évoquent n'est pas le leur mais... le nôtre. L'ère du capitalisme dominant et de l'universalité marchande qu'ils annoncent n'est pas celle du milieu du XIXe siècle, mais celle de la mondialisation actuelle.. En imposant les normes de l'accumulation des marchandises et des profits, par la généralisation d'une concurrence libre et non faussée, le capitalisme sépare et oppose les êtres, déchire les équilibres sociaux, altère les rapports durables des hommes et de la nature. Le réalisme est aujourd'hui du côté de sa subversion, de la promotion d'autres finalités, d'autres normes, d'autres méthodes pour « faire société ». Une révolution est nécessaire pour remettre sur pied ce qui marche sur la tête, pour placer, au coeur de toute dynamique sociale, le développement des capacités humaines et non le règne aliénant des choses. »

 

Un geste de dévoilement radical

Cynthia Fleury, philosophe

« Une simple relecture des préfaces anglaise, allemande, italienne, russe... et l'on se croit incidemment transporté au XXIe siècle : la spéculation capitaliste et la propriété foncière bourgeoise continuent toujours de se développer fiévreusement... Et, à tout coin du texte, on craint de voir surgir le spectre de l'hypercapitalisme financier, du "return on equity", des stock-options et des parachutes dorés, sans parler des ventes à la découpe ! Si la pensée de Marx est révolutionnaire, c'est moins parce qu'elle est violente que copernicienne : elle est un geste de dévoilement théorique radical, une déconstruction des systèmes civilisationnels. Un geste qui saura aussi - en légitimant une doctrine - légitimer aussi une classe sociale. Les "pauvres" cessent d'être les égarés du système. Ensemble, ils vont constituer l'élément déstructurant restructurant de l'histoire. Le vrai ressort historique. Le capital peut bien encapsuler l'histoire, le conflit social lui rouvrira les voies de la liberté. »

 

Un espace pour l'intervention humaine

Bernard Vasseur, philosophe

« D'où vient ce sentiment irrépressible que ces mots, pourtant anciens, disent les secousses et les tensions de notre monde ? À cela plusieurs raisons. La première est que ce texte ne nous laisse pas le nez collé sur l'événement mais qu'il nous ouvre au grand vent de l'histoire et fait sortir notre époque de celles qui l'ont précédée. La deuxième est qu'il nous confronte à une pensée, et non à une fable (la bourgeoisie n'y est pas "le mal", qui écrase "les pauvres", mais une classe dont le "rôle hautement révolutionnaire" se transforme en son contraire par une "ruse de l'histoire" ; le communisme n'y est pas un idéal généreux, mais "l'expression générale d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" ;). La troisième raison est que ce manifeste politique ouvre un espace à l'intervention humaine et s'oppose frontalement à "l'économisme", c'est-à-dire à l'économie installée en référence maîtresse et réponse à tout : argent, marchandise, croissance, emploi, concurrence, finance, "libre entreprise" et impuissance d'État. »¨

 

Isabelle Garo, philosophe

« Si la modernité du Manifeste existe, elle ne consiste pas en une actualité immédiate, qui autoriserait les analogies historiques, toujours trompeuses, mais dans un combat continué, qui ne date pas d'hier et doit garder la mémoire de ses victoires comme de ses échecs. C'est son ancrage dans un moment historique déterminé qui est la condition de son actualité, celle d'une prise de parti et de la relance d'un projet de sortie du capitalisme par la voie émancipatrice. La défaite de 1848 conduira Marx à reprendre et à corriger son analyse passée. Évoluant alors en direction d'une saisie bien plus attentive au rôle des idées et des idéologues, à la nécessité du bris de l'appareil d'État, à la remise en cause de la nécessité d'une phase bourgeoise, Marx sera son propre et premier critique, envisageant ce texte comme une étape historique et théorique, comme intervention à sans cesse réactualiser, qui soumet la construction théorique à la tâche de transformation du présent. »

 

La critique décisive d'une société

Yvon Quiniou, philosophe

« Le Manifeste du parti communiste est un bon exemple de l'actualité d'une pensée politique que l'on déclare dépassée sans raison valable. Même si un certain nombre de concepts scientifiques font défaut qui ne seront forgés que dans le Capital (comme le mécanisme de la plus-value), son analyse dit déjà l'essentiel : le capitalisme repose sur l'exploitation du travailleur, l'ouvrier est donc réduit à sa force de travail dont il faut seulement payer la reproduction, le travail productif est déshumanisant, la propriété privée de l'économie impose sa loi à l'ensemble des activités humaines et noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste », etc. Il faut cesser d'appréhender [le Manifeste] comme un document historique qui ne nous interpellerait pas. Il faut au contraire y voir une critique décisive d'une société qui est toujours là, dont l'inhumanité demeure, mais dont les tares, sans cesser d'être vécues par les hommes, sont masquées par l'idéologie dominante, qui reste, comme autrefois, celle de la classe dominante. »

 

Un nouveau mouvement politique

Ken Loach, cinéaste,

(traduction Michel Muller)

 

« La première chose à dire à propos du Manifeste est : lisez-le ! Nombre de ses déclarations s'appliquent autant aujourd'hui qu'au moment où il a été écrit. L'exigence incessante de main-d'oeuvre toujours moins chère et la recherche par le capital des placements les moins coûteux ont provoqué une instabilité planétaire que Marx et Engels ne pouvaient qu'imaginer. La politique étrangère agressive des États-Unis a conduit à des guerres illégales pour imposer la suprématie US. Deux questions se font jour : la classe ouvrière est-elle toujours une classe révolutionnaire et comment pourra-t-elle prendre conscience de son potentiel ?

 

Je suggère de répondre "oui" à la première question. Aussi éclatés, désorganisés et vulnérables que des groupes de travailleurs peuvent l'être, ils ont toujours le pouvoir d'interrompre le système.

 

La seconde question est le rocher sur lequel les mouvements socialistes se sont brisés depuis a rédaction du Manifeste. Celle des choix politiques de direction de la classe ouvrière. Nous avons désespérément besoin d'un nouveau mouvement politique. »

 

(*) Avec l'aimable autorisation des Éditions sociales.

 

 

La modernité du Manifeste communiste

Philosophes, historien ou cinéaste, des intellectuels nous disent leurs raisons de lire et méditer aujourd'hui le texte rédigé par Marx et Engels il y a 160 ans, dont l'Humanité publie une nouvelle édition.

 

Il y a plus de cent soixante ans, au début de l'année 1848,

à la demande de la Ligue des communistes de Londres, modeste organisation qui deviendra la cellule mère des futurs partis ouvriers socialistes, Karl Marx et Friedrich Engels signent une proclamation publiée initialement à quelques milliers d'exemplaires qui expose « à la face du monde entier » les « conceptions », les « buts » et les « tendances » des communistes de nationalités diverses qui s'étaient réunis l'année précédente à Londres en congrès. Le Manifeste du parti communiste devait devenir, comme l'a rappelé l'historien britannique Eric Hobsbawn, le texte politique le plus influent depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. D'une actualité mordante en pleine crise du capitalisme mondialisé, il brille toujours au patrimoine combatif de l'humanité. En hommage à cet anniversaire, et avec la contribution de chercheurs et de philosophes dont nous publions ci-dessous des extraits de leurs contributions, l'Humanité en publie une nouvelle édition (*) . « Relire ce texte, souligne le directeur du journal Patrick Le Hyaric, est un plaisir, celui de renoueur avec un souffle d'émancipation, une confiance en l'avenir de l'humanité. »

 

La pureté du cristal

Roger Martelli, historien

« Le Manifeste a la pureté du cristal. En quelques pages fulgurantes, deux jeunes Allemands y analysent le capitalisme et appellent à son dépassement. Ne nous y trompons pas : ce capitalisme qu'ils évoquent n'est pas le leur mais... le nôtre. L'ère du capitalisme dominant et de l'universalité marchande qu'ils annoncent n'est pas celle du milieu du XIXe siècle, mais celle de la mondialisation actuelle.. En imposant les normes de l'accumulation des marchandises et des profits, par la généralisation d'une concurrence libre et non faussée, le capitalisme sépare et oppose les êtres, déchire les équilibres sociaux, altère les rapports durables des hommes et de la nature. Le réalisme est aujourd'hui du côté de sa subversion, de la promotion d'autres finalités, d'autres normes, d'autres méthodes pour « faire société ». Une révolution est nécessaire pour remettre sur pied ce qui marche sur la tête, pour placer, au coeur de toute dynamique sociale, le développement des capacités humaines et non le règne aliénant des choses. »

 

Un geste de dévoilement radical

Cynthia Fleury, philosophe

« Une simple relecture des préfaces anglaise, allemande, italienne, russe... et l'on se croit incidemment transporté au XXIe siècle : la spéculation capitaliste et la propriété foncière bourgeoise continuent toujours de se développer fiévreusement... Et, à tout coin du texte, on craint de voir surgir le spectre de l'hypercapitalisme financier, du "return on equity", des stock-options et des parachutes dorés, sans parler des ventes à la découpe ! Si la pensée de Marx est révolutionnaire, c'est moins parce qu'elle est violente que copernicienne : elle est un geste de dévoilement théorique radical, une déconstruction des systèmes civilisationnels. Un geste qui saura aussi - en légitimant une doctrine - légitimer aussi une classe sociale. Les "pauvres" cessent d'être les égarés du système. Ensemble, ils vont constituer l'élément déstructurant restructurant de l'histoire. Le vrai ressort historique. Le capital peut bien encapsuler l'histoire, le conflit social lui rouvrira les voies de la liberté. »

 

Un espace pour l'intervention humaine

Bernard Vasseur, philosophe

« D'où vient ce sentiment irrépressible que ces mots, pourtant anciens, disent les secousses et les tensions de notre monde ? À cela plusieurs raisons. La première est que ce texte ne nous laisse pas le nez collé sur l'événement mais qu'il nous ouvre au grand vent de l'histoire et fait sortir notre époque de celles qui l'ont précédée. La deuxième est qu'il nous confronte à une pensée, et non à une fable (la bourgeoisie n'y est pas "le mal", qui écrase "les pauvres", mais une classe dont le "rôle hautement révolutionnaire" se transforme en son contraire par une "ruse de l'histoire" ; le communisme n'y est pas un idéal généreux, mais "l'expression générale d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" ;). La troisième raison est que ce manifeste politique ouvre un espace à l'intervention humaine et s'oppose frontalement à "l'économisme", c'est-à-dire à l'économie installée en référence maîtresse et réponse à tout : argent, marchandise, croissance, emploi, concurrence, finance, "libre entreprise" et impuissance d'État. »¨

 

Isabelle Garo, philosophe

« Si la modernité du Manifeste existe, elle ne consiste pas en une actualité immédiate, qui autoriserait les analogies historiques, toujours trompeuses, mais dans un combat continué, qui ne date pas d'hier et doit garder la mémoire de ses victoires comme de ses échecs. C'est son ancrage dans un moment historique déterminé qui est la condition de son actualité, celle d'une prise de parti et de la relance d'un projet de sortie du capitalisme par la voie émancipatrice. La défaite de 1848 conduira Marx à reprendre et à corriger son analyse passée. Évoluant alors en direction d'une saisie bien plus attentive au rôle des idées et des idéologues, à la nécessité du bris de l'appareil d'État, à la remise en cause de la nécessité d'une phase bourgeoise, Marx sera son propre et premier critique, envisageant ce texte comme une étape historique et théorique, comme intervention à sans cesse réactualiser, qui soumet la construction théorique à la tâche de transformation du présent. »

 

La critique décisive d'une société

Yvon Quiniou, philosophe

« Le Manifeste du parti communiste est un bon exemple de l'actualité d'une pensée politique que l'on déclare dépassée sans raison valable. Même si un certain nombre de concepts scientifiques font défaut qui ne seront forgés que dans le Capital (comme le mécanisme de la plus-value), son analyse dit déjà l'essentiel : le capitalisme repose sur l'exploitation du travailleur, l'ouvrier est donc réduit à sa force de travail dont il faut seulement payer la reproduction, le travail productif est déshumanisant, la propriété privée de l'économie impose sa loi à l'ensemble des activités humaines et noie tout dans « les eaux glacées du calcul égoïste », etc. Il faut cesser d'appréhender [le Manifeste] comme un document historique qui ne nous interpellerait pas. Il faut au contraire y voir une critique décisive d'une société qui est toujours là, dont l'inhumanité demeure, mais dont les tares, sans cesser d'être vécues par les hommes, sont masquées par l'idéologie dominante, qui reste, comme autrefois, celle de la classe dominante. »

 

Un nouveau mouvement politique

Ken Loach, cinéaste,

(traduction Michel Muller)

 

« La première chose à dire à propos du Manifeste est : lisez-le ! Nombre de ses déclarations s'appliquent autant aujourd'hui qu'au moment où il a été écrit. L'exigence incessante de main-d'oeuvre toujours moins chère et la recherche par le capital des placements les moins coûteux ont provoqué une instabilité planétaire que Marx et Engels ne pouvaient qu'imaginer. La politique étrangère agressive des États-Unis a conduit à des guerres illégales pour imposer la suprématie US. Deux questions se font jour : la classe ouvrière est-elle toujours une classe révolutionnaire et comment pourra-t-elle prendre conscience de son potentiel ?

 

Je suggère de répondre "oui" à la première question. Aussi éclatés, désorganisés et vulnérables que des groupes de travailleurs peuvent l'être, ils ont toujours le pouvoir d'interrompre le système.

 

La seconde question est le rocher sur lequel les mouvements socialistes se sont brisés depuis a rédaction du Manifeste. Celle des choix politiques de direction de la classe ouvrière. Nous avons désespérément besoin d'un nouveau mouvement politique. »

 

(*) Avec l'aimable autorisation des Éditions sociales.

 

 

 

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