LES ENJEUX INTERNATIONAU DE LA GUERRE DITE D’AFGHANISTAN ET NOUS

Publié le par Mahi Ahmed

25.10.01

Les enjeux internationau de la guerre dite d'Afghanistan et nous

Par Mahi Ahmed

Le 11 septembre 2001 a provoqué un point d'inflexion d'une portée qualitative de très long terme dans la stratégie globale américaine et de l'Occident dans son ensemble. L'évolution de la situation internationale, qui prend un contenu et des formes se précisant de jour en jour, aura un impact historiquement sérieux pour chaque pays.

Cet impact doit être repéré et maîtrisé finement au niveau des dynamiques et des facteurs divers qui lui donnent naissance et susceptibles de le transformer. Il doit être modulé favorablement aux intérêts du pays, du progrès et de la paix.

 Il risque sinon de déterminer durablement des formes nouvelles de dépendances nationale et régionale. Nous avons essayé de montrer, dans une contribution publiée dans le Quotidien d'Oran du 18 octobre dernier, certaines lignes de force des réadaptations stratégiques qui s'élaborent à Washington et ailleurs et se mettent en place en même temps. Nous assistons de nouveau à une idéologisation dogmatique de la politique (au sens large). Celle-ci est modulée aux rythmes des impératifs occidentaux de la mondialisation. Ses coûts sont mis en rapport avec les enjeux économiques mondiaux de très long terme et de maîtrise à l'échelle des pays, des régions et des continents des influences occidentales politiques, culturelles et autres.

 Le Congrès américain n'a-t-il pas dégagé promptement une enveloppe de cinquante milliards de dollars au Président Bush (alors qu'il n'en demandait que vingt) pour préparer et déclencher la riposte planétaire aux attaques du terrorisme international contre les symboles de la puissance économique et militaire de l'Occident ?

 Les autres puissances occidentales qui comptent, comme l'Angleterre, l'Allemagne, la France, le Japon, le Canada ou l'Australie, n'ont-elles pas mobilisé leurs forces militaires y compris celles de l'OTAN en les mettant en quelque sorte, pour les besoins de la cause commune, sous commandement américain ? N'ont-elles pas aussi réservé avec diligence des chapitres budgétaires spéciaux liés à ce qu'elles appellent les exigences de sécurité intérieure et extérieure, donnant au concept de sécurité une acception large et surtout idéologique étroite ? Dans son discours devant le Congrès le jeudi 20 septembre 2001, le Président Bush a déclaré: « Toutes les nations dans toutes les régions ont maintenant une décision à prendre, soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes ». Et toute nation qui choisit de ne pas être placée devant une telle alternative binaire, Bush la menace d'être « considérée par les Etats-Unis comme un régime hostile ». Donald Rumsfeld, le secrétaire d'Etat à la Défense américain, lors de son dernier voyage au Moyen-Orient et en Asie pour préparer la guerre, a comparé la guerre déclenchée le 7 octobre 2001, avec tout ce qu'elle suppose comme déploiement de forces militaires et autres à l'échelle de la planète, à la guerre froide, c'est-à-dire une guerre complexe, idéologique d'abord, mais aussi militaire, économique, subversive, etc. ayant comme aire d'intervention le monde entier. Tony Blair, Gerhard Schröder, Jacques Chirac ou le secrétaire général de l'OTAN Robertson considèrent tous que la civilisation occidentale est sérieusement menacée et qu'il convient de la défendre avec tous les moyens à disposition et de prévenir tout ce qui peut mettre en danger les valeurs qui la portent. Jamais auparavant une activité aussi intense de concertation et de coordination occidentale, de nature stratégique et opérationnelle, n'a été déployée que depuis le 11 septembre dernier. En parlant de la nécessaire riposte au terrorisme international et de la guerre déclenchée en Afghanistan, les dirigeants américains parlent « d'une campagne de longue durée... pouvant prendre des formes multiples... et concerner plusieurs pays... ».

 De fait, la lutte contre le terrorisme international est complexe et relève du long terme. Cependant il convient, pour le combattre avec efficacité, d'analyser ses causes profondes et immédiates, les forces sociales et politiques qui y recourent, les ressources humaines, financières et techniques sur lesquelles il s'appuie. Jürgen Habermas, le plus grand philosophe allemand vivant, a dit à ce sujet: « Les sources de la violence existent bien avant le déclenchement de celle-ci. » Mais la forme militaire globalisée et idéologique étroite donnée aux opérations engagées depuis quelques semaines sous la direction des USA par les pays occidentaux, laisse apparaître des enjeux stratégiques de long terme. Ces enjeux interpellent chaque pays. Le Président Bush vient de déclarer à Shanghaï où il assistait à la conférence de l'APEC: « Toutes nouvelles menaces appellent de nouvelles stratégies ». De quoi s'agit-il ? Jan H. Kalicki, politologue, chercheur scientifique au centre international Woodrow Wilson et conseiller pour les questions énergétiques du Président Clinton, écrit dans le Foreign Affairs du 12.10.2001: « Les pays autour de la mer Caspienne - la Russie au nord, le Kazakhstan et le Turkménistan à l'est, l'Iran au sud et l'Azerbaïdjan à l'ouest - disposent de loin des plus grandes réserves mondiales de pétrole et de gaz. Ensemble avec les pays voisins, l'Arménie, la Géorgie, la Turquie, l'Ukraine et l'Ouzbékistan, ils sont en outre pour les USA d'un grand intérêt économique, politique et stratégique. L'OPEP continuera de dominer le marché de l'énergie pendant des décennies encore. Cependant les gisements de pétrole et de gaz du bassin de la Caspienne pourraient contribuer, pour l'avenir, à rendre plus large la base d'approvisionnement énergétique et à garantir sa sécurité».

 Kalicki ajoute: « Dans la région de la Caspienne se trouvent l'allié de l'OTAN, la Turquie, l'ennemi d'hier, la Russie, un Iran turbulent et de jeunes Etats en danger. Dans cette région se croisent les routes de l'Europe de l'Ouest et de l'Extrême- et Moyen-Orient. Cette région s'est transformée en une arène pour le commerce d'armes de destruction de masse, pour les terroristes, pour le trafic de drogue et cela parce que nombre de gouvernements y sont très faibles».

Ainsi apparaît clairement que la maîtrise stratégique, politique, économique et militaire de l'Asie centrale à l'instar de l'Europe centrale ou de la région des Balkans devient un enjeu de premier plan pour les USA et l'Occident. Son intensité et sa sensibilité se sont considérablement accrues avec la féroce manifestation du terrorisme international à New York et Washington le 11 septembre.

 D'un autre côté, l'ordre mondial nouveau sous la direction de l'unique superpuissance, annoncé par Bush père lors de la guerre du Golfe, ne s'est pas installé. Bien au contraire, l'unilatéralisme des dirigeants US effraie et est mis en cause, y compris par les alliés historiques et éprouvés. L'Europe se construit à pas de géant. Elle s'élargit selon un plan élaboré et minutieusement programmé dans le temps et dans l'espace, y compris au sud de la Méditerranée. Elle tisse des relations solides avec la Russie.

 Elle se dote d'institutions et de moyens d'interventions diplomatiques et militaires. L'Europe devient de plus en plus un pôle de l'alliance occidentale fortement compétitif bouleversant les rapports de forces économiques et stratégiques au niveau de la triade. Alors que les USA rentrent dans une phase de récession, l'Europe enregistre encore une croissance positive même si elle est de moindre importance que celle prévue. Le Japon peine à sortir de sa récession continue et désarticule en quelque sorte la stabilité des systèmes, principalement financiers sur lesquels reposent les processus de la mondialisation qui ont été accélérés au cours de la décennie 90.

 La nouvelle économie et les technologies de pointe comme la biotechnologie n'arrivent pas encore à prendre l'élan sur lequel a misé l'économie américaine et qui devait porter l'essor de la mondialisation.

 Le mouvement anti-mondialisation prend de l'ampleur et de la consistance comme on a pu le constater au sommet du G7-G8 de Gênes. L'idéologie néo-libérale qu'on croyait triomphante et guidant les processus de la mondialisation fait face à un rejet mondial de plus en plus concerté et organisé.

 L'Etat nation que cette idéologie voulait détruire au nom d'une vision dogmatique et foncièrement égoïste de la liberté, affirme avec force sa nécessité particulièrement pour les pays du tiers monde.

 De plus, la persistance de foyers de tensions historiques comme celui du Moyen-Orient et de la question palestinienne agissent comme des volcans incontrôlables et susceptibles d'alimenter non seulement le terrorisme international, comme vient de le montrer Ben Laden et son Internationale islamiste, mais aussi une déstabilisation radicale de toute une région dont l'intérêt stratégique, économique et militaire pour les USA et l'Occident n'échappe à personne.

Il apparaît ainsi que l'enjeu de la mise en place et de la stabilisation d'un ordre international nouveau animé et dirigé en premier lieu par les USA et neutralisant des puissances comme la Russie, la Chine ou d'autres dans des mécanismes d'institutions internationales rénovées comme l'ONU, etc., revêt une importance et une urgence soulignées.

 Rien ne sera plus comme avant, dit-on aux USA et dans les pays leaders de l'Occident. L'alliance avec les USA devient le critère principal de l'appréciation des relations internationales. L'idéologisation de la politique internationale à sens unique prend une ampleur inquiétante dans les débats politiques des sphères dirigeantes et dans nombre de médias occidentaux.

 Le recours à la guerre pour le règlement de problèmes politiques, sociaux, culturels ou identitaires devient le moyen privilégié et jugé efficace d'une politique globale et planétaire. L'Afghanistan meurtri des décennies durant en fait aujourd'hui l'expérience.

On s'oriente vers une restructuration internationale de grande ampleur. Seuls les pays y trouveront leurs justes places qui sauront en prendre conscience, maîtriser les dynamiques qui l'animent, mettre au point des stratégies de long terme susceptibles de renforcer les résistances pour imposer un ordre international démocratique plus juste et qui mette les processus de la mondialisation au service d'un développement équilibré visant la satisfaction d'abord des besoins élémentaires de l'humanité.

 L'Algérie de par ses ressources énergétiques qui l'élèvent au rang de pays majeur et de sa situation stratégique exemplaire est sérieusement concernée par les enjeux internationaux actuels. Elle risque d'apparaître comme un maillon faible modelable à merci, parce que déstabilisée par plus d'une décennie de guerre non dite contre un terrorisme islamiste féroce et par un système de pouvoir anachronique

 

 

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