LA CONJONCTURE ÈCONOMIQUE MONDIALE

Publié le par Mahi Ahmed

06.08.01

 

LA CONJONCTURE ÈCONOMIQUE MONDIALE

 ET NOUS

 

Par Mahi Ahmed*

 

Certaines tendances de la conjoncture internationale imposent , à cause de la gravité des dangers potentiels qu'elles recèlent pour nous et les autres peuples du monde , qu'on les examine de plus prés . De telles tendances entretiennent un rapport direct et interactif avec les orientations qui sont à la base du cours actuel de la mondialisation et de la gestion du rapport de forces mondial . Parmi celles-ci :

  • Ø Les fluctuations et perturbations qu'enregistrent les experts et les institutions internationales spécialisées , au niveau des secteurs de pointe qui devaient être le moteur du développement continu de la productivité et de la croissance économique mondiale , ne peuvent nous laisser indifférents .
  • Ø De même la précision progressive de la nouvelle politique américaine nous interpelle . Celle-ci exprime tout à la fois une distanciation par rapport à la philosophie du partenariat international développé par l'ex Président Clinton et sa secrétaire d'Etat Madeleine Albright d'une part et d'autre part par une orientation hégémonique musclée et subtile fondée sur une compréhension étroite de l'intérêt de l'Amérique . La loi sur la politique énergétique qui vient de passer au congrès et qui fortifie les vues néo-libérales et hégémoniques de l'administration Bush est application concrète des orientations du G7 de Gênes .En autorisant l'exploitation pétrolière de l'Alaska ,malgré le danger que cela représente pour les systèmes écologiques , l'objectif poursuivi est clairement affirmé: se passer pendant soixante-dix ans du pétrole irakien . L'incidence d'une telle décision qui s'ajoute à celles touchant la diversification de l'offre énergétique , l'amélioration du rendement énergétique ,le développement des infrastructures énergétiques , sur les marchés pétroliers , sur l'OPEP ,sur notre développement est évidente .

Dans une précédente contribution publiée par le Quotidien d'Oran les 2 , 4et 5 Août 2001 et portant le titre « LE G7-G8 DE GÊNES , LA MONDIALISATION ET NOUS » ,nous écrivions ce qui suit : « . Ni les dirigeants américains ni ceux du G7 ne veulent reconnaître que la conjoncture économique actuelle fait apparaître un mal structurel inhérent à la nature néo-libérable du modèle de développement qu'on veut imposer , sous le couvert des impératifs de la mondialisation  , à  tous les pays du monde . L'approche macroéconomique mondiale basée sur le stricte et rigoureux respect des exigences imposant l'ajustement des économies nationales ou régionales au marché  , débouchent infailliblement sur le développement des déséquilibres structurels au niveau des fondamentaux,  notamment des balances de paiements . De tels déséquilibres structurels sont la cause du développement du chômage, des réductions dans les systèmes sociaux et de solidarité ,de la dévaluation des monnaies , de l'endettement etc L'approche macroéconomique mondiale néo-libérale est de fait une tentative persévérante , à caractère géostratégique , visant à construire d'une façon volontariste , avec tout le poids et les ressorts du rapport de forces mondial qui prévaut ,la cohérence de l'environnement international dont ont besoins les processus actuels de la mondialisation économique . »

Des économistes américains de renom entrevoient un danger de récession économique mondiale .Ils évaluent la probabilité d'une telle récession à 40%.Ils craignent que la crise économique actuelle aux USA ne soit renforcée par des effets de contamination internationaux . Stephen Roach , l'économiste en chef de la banque d'investissement Morgan Stanley Dean Witter affirme même : « Selon nos calculs l'économie mondiale est en récession » . Allen Sinai du centre de décision économique du Washington Post avertit : «  Si les dynamiques actuelles sont livrées à elles-mêmes ,nous sommes menacés par un cycle infernal ». La banque fédérale américaine elle aussi a signalé les risques internationaux dans la mesure où la croissance recule , pour la première fois depuis le début des années 90 , en même dans toutes les régions du monde . On définit en général , dans les pays industrialisés , une récession comme conséquence d' une croissance négative deux trimestres consécutifs durant .Ainsi la croissance est passée par exemple en France de 2,5% au dernier trimestre 2000 à moins de 2 % au premier trimestres 2001,aux Pays-Bas de 2,4% à 1,2% et en Allemagne de 3% à moins de 2% . Si les avis entre les spécialistes semblent être partagés sur la nature de la crise économique actuelle , ils sont d'accord pour dire que l'économie mondiale risque de passer par un seuil critique  si la croissance ne dépasse pas les 1,5% .Or pour les USA comme dans la zone Euro les économistes s'attendent à une croissance entre 2% et 1,5% alors que pour le Japon elle sera  plus réduite . Les instituts spécialisés et les politiques occidentaux imputent ce recul de la croissance et les perturbations observées au niveau de l'économie mondiale aux facteurs suivants :

  • q la hausse du prix du pétrole qui a freiné les dynamiques de la demande et des investissements,
  • q l'inflation provoquée par des politiques monétaires inadéquates , comme pour la zone Euro , la baisse du taux de change de l'Euro entraînant la hausse des prix ,
  • q le ralentissement sensible du commerce extérieur causé par une réduction notoire de la demande mondiale,
  • q la crise de croissance aux USA qui jouent un rôle entraînant au niveau des dynamiques de la mondialisation .

Mais la raison essentielle doit être recherchée dans la spéculation financière internationale ,dans les politiques monétaristes qui s'y adaptent et dans les mauvaises prévisions se rapportant au développement de ce que l'on a appelé « la nouvelle économie » . La croissance de la demande ,aux USA,  dans les pays développés mais aussi dans ceux des pays où le virus des activités boursières et de la manipulation de fonds financiers a largement pris , relève plus de la gestion d'une épargne virtuelle volatile au gré des spéculateurs professionnels et de leurs objectifs stratégiques que d'une accumulation réelle . Ce n'est pas un hasard si les secteurs touchés séquentiellement par la crise sont ceux des branches des technologies de pointes de l'information et des télécommunications comme la construction d'ordinateurs , de mobiles téléphoniques et de télécommunications , d'équipements de télécommunications ainsi que l'industrie des puces électroniques .Ce sont ces secteurs qui devaient participer  ,avec une capacité de recherche et de développement continuellement renforcée visant à maximiser en permanence l'efficience , à édifier le socle porteur de la nouvelle économie fondée sur l'internet . Cette nouvelle économie animée et de plus en plus intégrée par des logiciels complexes , sans être tout á fait en mesure de remplacer  l'économie réelle , devait révolutionner cette dernière et la réduire à ce qui est incompressible, particulièrement au niveau des systèmes de production .Elle devait être la source d'une nouvelle culture digitalisée découlant et pénétrant l'ensemble des sphères de la vie . C'est une telle vision de l'évolution du futur qui , sans tenir le plus grand compte du mouvement réel des sociétés et de l'humanité dans son ensemble , et qui s'appuyait sur les expériences historiques liées au progrès techniques et technologiques particulièrement durant la longue histoire de la révolution industrielle et du développement du capitalisme , qui a mené les grandes firmes multinaltionales comme les Start-ups encouragées par des analystes financiers , des consultants en management et en marketing stratégique sans scrupules , à s'engager dans des investissements colossaux dans des secteurs déclarés d'avenir et prometteurs . De tels investissements étaient sensés produire une croissance mirobolante et des gains importants . Mais les finances nécessaires à ces investissements représentaient en quelque sorte des placements d'actionnaires dont les actions sont gérés par des banques ou des fonds spécialisés . La valeur boursière ressortissant de l'aléatoire et des dynamiques de la spéculation fait à son tour , selon les prévisions de la météo boursière , le bonheur ou le malheur des entreprises et surtout des petits actionnaires .

Certains secteurs de la nouvelle économie ,comme la distribution en ligne ou les Start-Ups de logiciels orientés vers l'internet , par exemple , font face à une demande en recul significatif  , mettant de nombreuses entreprises évoluant soit dans les sphères de l'économie virtuelle ou dans les branches des NTIC , dans des situations d'insolvabilité , à cause aussi de leur cotation en bourse . Nombre de Start-Ups qui faisaient le renom de technopoles américaines ou autres ont déposés leurs bilans et nombre d'actionnaires ont perdu  du fait de la dépréciation de leurs actions des sommes effarantes en très peu de temps .Des centaines de milliers de pertes d'emplois ont été enregistrées non seulement chez les Start-Ups mais aussi dans les secteurs de l'industrie High-Tech principalement la construction d'ordinateurs ,de portables téléphoniques , des équipements de télécommunications et de productions de puces électroniques (ex : Siemens , Philips , Alcatel Motorola ou Lucent qui ont licencié respectivement 15.000 , 10.000 , 16.000 , 30.000 et 26.000 travailleurs et cadres .)

Cette conjoncture économique mondiale qui fait apparaître des signes d'une récession à caractère structurel grave et qui menace de désarticuler les économies et le développement de pays et de régions entières , pose en termes aigus , la nécessité d'orienter les modèles et les choix de développement nationaux dans des directions susceptibles d'assurer une croissance continue en satisfaisant de plus en plus les besoins des différentes catégories sociales et susceptibles aussi de  résister aux contre-coups des évolutions négatives dans les pays développés . Une insertion porteuse dans l'économie globalisée actuelle ne signifie pas nécessairement l'obligation de s'intégrer dans les visions stratégiques et dans les programmes restructurants au niveau des procès technologiques , des branches , des filières et des produits d'avenir des grandes firmes multinationales .Une telle insertion est d'abord celle qui procède d'une démarche persévérante ,adaptée en permanence en fonction des évolutions lourdes des environnements ,qui fortifie les savoirs et savoir-faire et rend efficients et fructueux nos avantages comparatifs et concurrentiels sans cesse élargis .

Cette conjoncture mondiale doit faire comprendre aux responsables ,aux entrepreneurs et à tous les intervenants directs ou indirects sur les champs de notre économie nationale qu'il n ' y a de réformes et de  restructuration économiques viables ,de mise à niveau et de compétitivité de nos entreprises gagnantes , de partenariats encourageants et solides  s'ils ne découlent pas  de visions globales et sectorielles fondées sur la maîtrise des environnements et sur une clarté sans cesse alimentée par le savoir et l'expérience , de notre modèle de développement et si la portée des conditions intérieures et extérieures qui doivent favoriser nos succès n'est pas en permanence repérée , maîtrisée et surtout traduite en objectifs à réaliser .La vision stratégique n'est pas un rêve . Elle doit être concrète dans la définition des lignes de forces devant  permettre à notre Etat et à nos entrepreneurs de mieux préciser les objectifs stratégiques et opérationnels de notre développement . Elle requiert savoirs et compétences . Chaque jour qui passe est un pas de plus que nous faisons vers l'arrière du fait de cette situation trouble et dangereuse , sciemment entretenue par les forces du populisme et de l'archaisme . Ce n'est que dans la démocratie , le progrès social et la modernité que peut s'inscrire notre modèle de développement et toutes forces qui tirent vers l'arrière ,qui s'agitent avec fortes connivences actuellement , qui se cramponnent , sous couvert de préservation de « nos constantes » ou de notre identité à des visions archaiques pour mieux cacher leur ignorance et leur fermeture et qui veulent empêcher les générations d'aujourd'hui et de demain de vivre leur temps et de forger leur avenir et celui de leurs enfants , doivent connaître leurs limites .Les luttes dont sont l'objet aujourd'hui notre système éducatif et de formation relèvent de cet impératif . L'école , l'université ,la recherche scientifique et appliquée sont les centres où se dispensent ,s'accumulent et se développent les savoirs et les savoir-faire qui sont le capital le plus décisif de tout développement de l'avenir .Aucune tergiversation et aucun compromis quant à l'orientation fondamentale que doivent recevoir ces domaines et qui doit reposer sur la science et la rationalité , ne sont possibles . Il y va impérativement du présent et de l'avenir de notre société et de notre pays .

 

 

* Dr.Ing.

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