Noureddine Bouderba, expert en politiques sociales / «Comment peut-on dire que moins de 9% de la population constitue un fardeau pour l’Etat ? »

Publié le par Mahi Ahmed

Noureddine Bouderba, expert en politiques sociales / «Comment peut-on dire que moins de 9% de la population constitue un fardeau pour l’Etat ? » Spécial

Écrit par Aghilas Sadi

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Dans cet entretien, l’expert en politique sociale Noureddine Bouderba demande au Directeur général de la Caisse nationale de retraites (CNR) de dire toute la vérité sur le dossier des retraites en Algérie et de faire le bilan sur la révision des conditions de départ en retraite décidées en 2016. Il accuse ce dernier de ne pas avancer les causes réelles qui ont conduit au déficit de la caisse qu’il dirige.

 

Reporters : Le Directeur général de la Caisse nationale de retraites, Slimane Melouka, a estimé que le déficit de la Caisse dépassera les 600 milliards de dinars en 2019, quelle lecture faites-vous de cette déclaration ?

Noureddine Bouderba : Je me rappelle que c’est lui-même qui avait déclaré, en 2016, qu’avec la suppression de la retraite anticipée et celle sans condition d’âge, la CNR retrouvera son équilibre financier en 2020. Et voilà que maintenant, il nous annonce la catastrophe. Le déficit de la CNR était de 300 milliards de dinars en 2016, c’est-à-dire avant la suppression de la retraite anticipée et celle sans condition d’âge, avant de passer à 600 milliards de dinars en 2019. Il a doublé au lieu de baisser. Cela montre clairement que tous les arguments annoncés tout au long de l’année 2016, pour justifier la suppression de la retraite avant 60 ans, sont infondés. Au contraire, les résultats de cette suppression sont contraires aux attentes exprimées par les différents responsables de l’Etat. Le Directeur général de la CNR doit dire toute la vérité sur les raisons du déficit de cette caisse. Le déficit de la Caisse nationale de retraites n’est pas une fatalité.


La faiblesse du nombre de cotisants par rapport aux nombres de pensionnés est présentée comme la raison principale de ce déficit, qu’en pensez-vous ?

Contrairement à ce qui se dit, cet élément est loin d’être la cause du déficit de la CNR. Selon les chiffres de l’ONS, la masse salariale en Algérie est de l’ordre de 5 500 milliards de dinars par an. Si on prend le taux de cotisation à la sécurité sociale, qui est de 34,5% du salaire, on aura un chiffre qui couvre largement les dépenses de la CNR et dégage même des montants à placer dans les réserves. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que le ratio annoncé de 5 cotisants pour un seul retraité est un mensonge. Le ratio réel est de l’ordre 2,8% cotisants pour un seul retraité. D’autres facteurs sont à l’origine du déséquilibre financier de cette caisse.


Quels sont ces facteurs ?

Je cite en premier lieu la suppression de la retraite anticipée et celle sans condition d’âge. L’annonce de cette disposition a provoqué 200 000 départs supplémentaires en retraite, ce qui signifie une perte de 200 000 cotisants et l’octroi de 200 000 pensions de retraite supplémentaires à la moyenne annuelle ordinaire. A cela, s’ajoute le dossier des enfants de chouhada et des éléments de la garde communale. L’Etat a racheté les années de cotisation qui manquaient pour cette catégorie pour avoir une retraite, mais il n’a pas pris en charge les pensions avant l’âge de la retraite. La CNR n’a pas à prendre en charge les dépenses qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de ses missions. La revalorisation annuelle des salaires entre 2010 et 2014 est un autre élément qui a fait augmenter les charges de la CNR. Là, je vise les grosses pensions de retraite qui ont bénéficié de hausses importantes. Nous avons un autre problème lié au non-paiement des cotisations à la Sécurité sociale. Ce problème ne concerne pas seulement le secteur privé. Vous savez, même le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale ne paye pas ses cotisations à la Cnas. La Cour des comptes a signalé ça dans ses rapports. Il y a également la sous-déclaration et la non-déclaration des salariés par les employeurs privés.


Selon des observateurs, la médiatisation excessive du déficit de la CNR n’est qu’une préparation de l’opinion publique à des mesures drastiques qui toucheront le système des retraites en Algérie, qu’en dites-vous ?

Là encore, je dois préciser que la catégorie des retraités en Algérie ne représente nullement un fardeau difficile à supporter. Les Algériens âgés de 60 et plus représentent moins de 9% de la population globale contre une moyenne européenne entre 28 et 30%. Comment peut-on dire que moins de 9% de la population constitue un fardeau pour l’Etat ? Je dois rappeler que les dépenses de la Caisse nationale des retraites représentent 5 à 6% PIB contre 14% en France et 16% en Italie. Il n’y a aucune raison pour penser à faire des économies au détriment du bien-être des retraités d’autant plus que les responsables n’évoquent jamais les retraites des hauts cadres de l’Etat financées directement du budget lorsqu’ils parlent de dossier de la retraite en Algérie. C’est incorrect de ne pas communiquer sur les retraites des hauts cadres de l’Etat.


Comment faire alors pour revenir à l’équilibre financier de la CNR ?

En Espagne, on a créé une taxe sur les transactions bancaires pour financer les retraites. Idem pour le Portugal, qui a créé une taxe sur les transactions immobilières pour aider les retraités. Les responsables sont là pour trouver des solutions et non pour annoncer des catastrophes. Aussi, il faut arrêter de demander à la CNR de prendre en charge des dépenses qui n’entrent pas dans le cadre de ses missions.<

 

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