En signe de solidarité avec la joggeuse des Sablettes, et les joggeuses de toute l’Algérie !

Publié le par Mahi Ahmed

En signe de solidarité avec la joggeuse des Sablettes, et les joggeuses de toute l’Algérie !

 

L’agression dont fut victime la jeune femme qui courait aux Sablettes, nous replonge dans les années 1990. Dans une chronique que publiait l’hebdomadaire La Semaine, pour ne pas le nommer, je rendais hommage à une immense sportive nationale, qui venait de remporter le 1500 m aux mondiaux d’athlétisme de Tokyo, en août 1991, et qui fut l’objet d’une campagne de haine d’une rare violence, portée et massifiée dans la rue et les mosquées, avant et après la course de cette championne-courage, par les foules chauffées à blanc par l’idéologie liberticide et mortifère de l’islam politique.

Hassiba Boulmerka, fut la première algérienne et africaine victorieuse aux mondiaux d'athlétisme à Tokyo en 1991, sur 1500 m, puis championne olympique en 1992, la toute première dans l'histoire du pays. Quel symbole, la première médaille d'or olympique de l'Algérie fut gagnée par une  femme!

 Pour mémoire, Hassiba Boulmerka est l’auteur de cette inoubliable réplique : Aussi vrai qu'il est impossible de se rendre à la mosquée en short, il est impossible de courir en hidjab.

 

 

Voici, en signe de solidarité avec la sportive agressée durant son jogging aux Sablettes par un voyou de la régression islamiste, puis humiliée par des agents d’un service de sécurité, quelques extraits de la chronique Com’média Bis, dont le titre était : Images. Hommage.

 

Image d’espoir : lueur ou plutôt luciole d’espoir. Image d’un corps qui gagne. Les dogmes et les interdits avaient tout prévu, sauf que des jambes, une tête et un cœur de femme pouvaient se fondre et se confondre à l’hymne et à l’emblème. Reviennent du même coup, à bride abattue, les images du corps comme lieu et espace de tous les pouvoirs d’interdiction, de sa mortifère moralisation, de son contrôle social fondé sur la ségrégation et la séparation.

Image tévé : dans une précédente chronique, j’affirmais que l’image tévé pouvait misérabiliser ou ennoblir nos vies, nos regards. Ce que les images de Tokyo ont fait pour les femmes et la démocratie relève de L’ENNOBLISSEMENT DÉMOCRATIQUE, qu’aucun discours officiel ou partisan ne sera capable de réaliser avant longtemps. Fulgurantes, simultanées ces images toujours renouvelées ont fait resurgir les possibles. Plurielles en une, elles ont éclaté comme une grenade de mille graines rouges délicieuses à la gueule des idées archaïques, de la culture de la mort et de la régression ?

Image : image qui gagne des années soleils sur l’obscurantisme, les ténèbres, l’espace de quelques enjambées et d’un regard douloureux et heureux. Une femme a gagné à Tokyo le droit d’être première d’abord chez elle. Corps indomptable. Image longue, belle, fuselée comme l’effort de Yasmina Azzizi. Ces images qui gagnent fouettent les imaginaires. Est-il exagéré de dire qu’avec l’image audio-visuelle, les champs de l’imaginaire et de la représentation sont illimités ? Mais quel imaginaire ? Quelle représentation ? Silhouettée par l’image tévé Hassiba Boulmerka a été, à son corps défendant, l’expression d’une représentation et d’un imaginaire en rupture avec l’oppression et la domination.

Parcours victorieux de l’individualité et de la subjectivité. Moment nodal de libération. Il sera difficile d’empêcher les femmes de courir… et de gagner.

Hommage à ces images, hommages à ces femmes qui gagnent avec leur corps et leur tête.

Mais il ne suffit pas de dire Hassiba, Yasmina pour oublier Mouina, Orqiya, Malika, Rym, Meriem, F’tima, F’dila, Djazia, Tahra,  Zahra, Abassia, Hada, Habiba, Khedoudj, Ghita, Aziza, joueuses de luth, lutteuses, danseuses de zendali, chanteuses de liberté, travailleuses, coureuses de 1500 mètres..

Vous toutes qui connaissez vos chansons, vos poèmes, vos vers[1], nous vous respectons et vous aimons.

Levons-nous, saluons-les, dansons pour elles, car elles entrouvrent les chemins du courage et de l’espoir, comme « la main ouvre la plaine ».

Smaïl Hadj Ali

La Semaine, septembre 1991

 

 

[1] Il s’agit d’un extrait d’El Harraz.

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