QUI MENACE QUI EN CORÉE ?

Publié le par Mahi Ahmed

QUI MENACE QUI EN CORÉE ?

SEPTEMBRE 5, 2017370

 

Par Ramdane Mohand Achour

 

Les politiques occidentaux et leurs porte-voix médiatiques poursuivent sans relâche leur entreprise systématique de diabolisation de la Corée du Nord en réduisant ce petit pays de 25 millions d’habitants à une dictature sanglante dirigée par un fou furieux imprévisible. Ils dénoncent en permanence la « propagande du régime de Pyongyang » et tournent en dérision la télévision nord-coréenne. Pourtant, l’appareil de propagande nord-coréen s’avère bien rudimentaire et chétif en comparaison du puissant et implacable dispositif de formatage occidental qui matraque sans nuance et sans la moindre trace de remord sa propre opinion publique et, à travers ses relais conscients ou inconscients, le reste de l’opinion publique mondiale.

 

Nos lecteurs ne sont bien évidemment pas obligés de nous croire sur parole, mais ceux d’entre eux qui entendent se faire une idée un tant soit peu objective de l’ampleur des mensonges déversés à longueur d’années par les médias occidentaux peuvent découvrir un autre visage de ce pays en consultant une excellente vidéo amateur1 réalisée par un jeune algérien sans a priori politique ou idéologique qui a pris le temps de se rendre en Corée du Nord pour se faire sa propre idée.

 

Son reportage malmène nombre d’idées reçues implantées méthodiquement dans notre subconscient par la « presse libre » des « grandes démocraties ». Certes, la Corée du Nord n’est pas un paradis, mais ce n’est certainement pas l’enfer stigmatisé par la propagande impérialiste. Décrit comme un peuple famélique, triste et terrorisé, on découvre dans ce reportage des habitants en bonne santé, joyeux et actifs. Un peuple qui travaille, étudie et qui compte sur ses propres forces. Dans les avenues extrêmement propres de la capitale, on aperçoit des habitants traverser une rue alors que le feu est au vert sans déceler dans leur attitude la moindre trace de crainte à l’égard de la policière qui règle la circulation. Ne risquent-ils pas, pourtant, d’être interpelés, emprisonnés ou expédiés dans des camps de travail, torturés et condamnés sans jugement par la dernière « dictature communiste » du monde… avec celle de Cuba ?

 

Présentant le dernier ouvrage2 d’une spécialiste de la Corée du Nord, le journal français La Croix qui peut difficilement être accusé de complaisance à l’endroit du régime de Pyongyang, écrit : « C’est cette forteresse obscure que Juliette Morillot, coréanologue respectée, et Dorian Malovic, chef de la rubrique Asie à La Croix, ont choisi d’éclairer. Leur regard explore au fil des pages sept thèmes (histoire, politique, géopolitique, droits de l’homme, économie, société et culture, propagande), comme la lumière d’une lampe torche qui balaierait lentement les pièces d’une maison oubliée. Sous leur plume, le pays s’anime, la population prend chair, grâce à de nombreux témoignages, et une certaine réalité apparaît, différente de celle véhiculée par des clichés occidentaux souvent méprisants. »3

 

Ni fous ni paranoïaques

 

Toutes les contre-vérités déversées par les médias occidentaux à propos de la Corée du Nord ont pour but de décrédibiliser son régime, de le diaboliser à outrance afin de préparer l’opinion publique internationale à la prochaine guerre que le « Monde libre » sera contraint de livrer à cet « Etat voyou » pour sauver l’Humanité. Le scénario utilisé tour à tour en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie ou au Venezuela… se trouve ainsi convoqué une nouvelle fois afin de justifier une prochaine aventure militaire contre un pays qui, indépendamment de la nature de son régime politique, refuse de s’aligner sur l’ordre mondial dominé par une poignée de puissances (G7) autoproclamées « communauté internationale ». Ne dit-on pas que quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage ?

 

Juliette Morillot affirme pourtant que les dirigeants nord-coréens ne sont ni fous ni paranoïaques et qu’ils disposent du soutien de la majorité de leur peuple. Remettant les choses en perspective, la chercheuse rappelle utilement un détail passé, semble-t-il, inaperçu aux yeux des médias du « Monde libre », à savoir que la Corée du Nord fait face, depuis la fin de la guerre qui a déchiré la péninsule coréenne de 1950 à 1953, à une réelle et puissante menace militaire.

 

La pauvre petite Corée du Sud, menacée par l’ogre communiste du Nord, à l’instar du pauvre petit Etat d’Israël menacé par les « méchants terroristes du Hamas » de Gaza, dispose ainsi d’une armée de près de 700 000 hommes et d’un budget militaire d’un montant de 29 milliards de dollars en 2010. Séoul dispose en outre d’un véritable  complexe militaro-industriel composé, entre autres, des géants Daewoo, Hyundai, Korea Aerospace Industries, Samsung… Il ne s’agit pas d’une armée de novices puisque plus de 325 000 de ses membres furent déployés au Sud-Vietnam entre 1965 et 1973 pour soutenir le régime fantoche protégé par les USA. Cette armée a également participé à l’agression de l’Irak entre 2003 et 2008 avec un contingent de 25 000 soldats. A l’armée d’active s’ajoute une force de réserviste comptant 4 500 000 hommes.

 

Le pays du « Matin calme » peut également compter sur la présence de 30 000 soldats américains déployés sur son sol. Washington vient par ailleurs d’installer une base de missiles antimissiles THAAD de longue portée susceptibles de menacer la Chine. Celle-ci s’ajoute aux bases déjà existantes dans ce pays.

 

Les Etats-Unis déploient également une armada dans les océans Pacifique et Indien, la VIIème flotte. Donald Trump vient de dérouter un porte-avion et sa flottille pour les positionner au large de la péninsule coréenne. Les Etats-Unis disposent également d’une base militaire dans leur colonie de l’île de Guam où sont stationnés officiellement près de 7 000 soldats, des sous-marins, des navires de surface et une base aérienne capable d’accueillir des B 52 et des chasseurs. Au Japon, les Américains disposent de cinq bases militaires fortes de 50 000 soldats dont la moitié sur l’ile d’Okinawa.

 

Allié des Etats-Unis et de la Corée du Sud, le Japon, pays prétendument pacifiste dispose d’une armée d’active de 260 000 soldats. Le pays du « Soleil levant » possède également la sixième flotte militaire du monde, dont quatre porte-hélicoptères. Tokyo cherche même à se doter de l’arme nucléaire.

 

Il faut savoir par ailleurs que la guerre de Corée ne fut pas sanctionnée par un accord de paix. Les deux Corée sont donc toujours en état de guerre technique. Enfin, et face à une puissance coloniale et impérialiste, les Etats-Unis en l’occurrence, qui n’a pas hésité à jeter deux bombes atomiques sur deux villes japonaises (Hiroshima et Nagasaki) en 1945 et ce, alors même que le Japon s’apprêtait à capituler, les dirigeants nord-coréens font œuvre d’un salutaire et rationnel sens de la sécurité en tentant de se doter de l’arme nucléaire ! Comment leur peuple pourrait-il ne pas partager l’inquiétude de ses dirigeants et leur volonté de se préserver d’une éventuelle agression américaine ?

 

Comme l’explique un autre spécialiste français de l’Asie du Nord-Est : « Dire qu’on peut rayer la Corée du Nord de la carte, c’est légitimer son programme nucléaire »4. Le Président russe est allé dans le même sens en expliquant que les Nord-Coréens ne renonceront pas à leur programme [nucléaire] s’ils ne se sentent pas en sécurité. Vladimir Poutine a dénoncé l’option militaire en prévenant que « s’engager dans une hystérie militaire n’a aucun sens, c’est un chemin qui mène à l’impasse ».

 

 

 

Un Algérien en Corée du Nord.

Juliette Morillot, Dorian Malovic :  La Corée du Nord en 100 questions. Editions Tallandier. Paris, 2016.

Jean-Cristophe Ploquin : « La Corée du Nord en 100 questions », entrebâiller une porte. La Croix.

Antoine Bondaz : « Dire qu’on peut rayer la Corée du Nord de la carte, c’est légitimer son programme nucléaire ». Le Monde du 4 septembre 2017.

 

 

url :http://librealgerie.info/2017/09/05/qui-menace-qui-en-coree/

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article