Amimer, fils du peuple et maitre du Chaabi

Publié le par Mahi Ahmed

Amimer, fils du peuple et maitre du Chaabi

Par Marwan Andaloussi

 

 

 

Quand l’occasion se présente, le peuple ne la rate pas, il parle et sa voix porte. La dernière manifestation de cette éloquence de masse a eu lieu le premier décembre lors de l’enterrement du très regretté Amar Ezzahi.

Ce jour là, le peuple a donc parlé en montrant tout ce qu’il possède de plus élevé dans sa tradition et ses usages. La dignité, la sensibilité et la sobriété. Et la conscience émue d’une perte d’importance.

Ces funérailles spectaculaires par la ferveur ainsi que la dimension de la procession qui a accompagné l’artiste au cimetière d’El-Kettar a montré l’attachement de la population aux personnalités valeureuses, à tous ceux qui, dans le respect et la sincérité, renvoient une belle image du peuple.

 

Cet événement a montré aussi, même si cela n’a pas été relevé, que le Châabi est toujours vivant malgré une déculturation forcenée.

 

 

Rarement la disparition d’un artiste aura autant marqué les esprits et provoqué une telle émotion. Les témoignages, d’une frappante sincérité, relayés par les réseaux sociaux affirment unanimement la bonté, la générosité et l’humilité du défunt.

Et comme pour appuyer les propos, d’innombrables photos ont circulé sur le web, montrant l’artiste en bleu de Chine – le fameux « Shanghai », cher aux Algérois de la vieille école – prenant la pose à côté de jeunes, d’enfants et de vieillards anonymes. Illustration de la simplicité et de l’accessibilité totale d’Amar Ezzahi, les images ont le plus souvent pour cadre le quartier de la rampe Louni-Arezki (ex rampe Vallée), un café populaire ou la devanture d’une épicerie.

Quel artiste ou quel personnage public pourrait se targuer d’un tel amour du peuple ?

 

Désintéressé, le succès ne lui est jamais monté à la tête et il n’avait que mépris pour les honneurs et les reconnaissances officielles. Amar Ezzahi détonnait, par sa vaste culture et l’élégance de son maintien, avec le milieu artistique commun qui occupe les plateaux de télévision.

 

 

Un astre du chaabi

Amar Ezzahi se tenait loin des lumières artificielles. Pourtant il était brillant et rayonnait. Homme au verbe rare et pourtant ses paroles circulaient inlassablement parmi ses admirateurs.

Il réservait son verbe à son art. En écoutant l’admirable interprète d’Al Harraz, ce poème envoutant, on entreprend un long et émouvant voyage intérieur. Une pérégrination intime, au plus profond des sentiments, dans le chagrin, les tourments, la beauté et l’infinie poésie de la passion amoureuse.

 

Ezzahi, avec une force d’évocation peu commune, transporte aussi dans le temps. Par sa voix au timbre clair, juste et posée, chantant des textes bouleversants, le public partait à la découverte du continent disparu des sociétés ancestrales. La noble et altière culture d’un passé révolu renaissait l’espace d’une soirée ou d’un enregistrement à travers des narrations d’épisodes héroïques ou indignes, d’histoires d’amour et de trahison, de passions légendaires et désespérées.

 

 

Sa voix exceptionnellement douce avait le pouvoir de susciter la mélancolie et la joie. Amar Ezzahi, en magicien du cœur, incitait à la méditation ou provoquait l’allégresse d’un public toujours très attentif.

Quand il exécutait une des touchiates andalouse au goût d’éternité, l’artiste avait ce pouvoir de suspendre le temps et le débarrasser des contingences de la vie quotidienne, de l’existence souvent difficile de son public populaire.

Ezzahi s’est distingué dans le monde du chaabi en s’affranchissant du style imposé par l’immense El Hadj M’hamedAl Anka, il s’est faufilé subtilement hors du cadre pour créer son propre style. De ce point de vue, sa réussite est incontestable car Amimer, ainsi que le nommait affectueusement son public, ne chantait pas seulement les qasidas, il semblait les vivre. Il était habité par la poésie.

 

Durant plus d’un demi-siècle et en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire de l’Algérie, Amar Ezzahi, en créateur de beauté et homme de haute culture, a contribué généreusement à la préservation et à la transmission d’un patrimoine d’une richesse incalculable.

 

 

Il ne sera pas oublié.

Allah yerham lechyakh al faizin lahbar.

 

https://youtu.be/_SYWvJaG9iU

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