Menaces sur les libertés syndicales

Publié le par Mahi Ahmed

Menaces sur les libertés syndicales

Par Ammar Belhimer

L’Indice CSI des droits dans le monde pour l’année 2016 témoigne d’un affaiblissement des droits des travailleurs dans la plupart des régions pour la troisième année consécutive.

«La pire année en termes d’atteintes à la liberté d’expression et à la démocratie», a précisé cette organisation syndicale, ce jeudi 9 juin. L’Indice CSI des droits dans le monde classe 141 pays à la lumière de 97 indicateurs reconnus au niveau international en vue de déterminer où les droits des travailleurs/euses sont mieux protégés, tant dans la loi que dans la pratique. Il établit un classement à cinq étages : 5+ (les droits ne sont pas garantis du fait de l’absence de l’État de droit: 10 pays, dont le Burundi, la Palestine et la Syrie), 5 (les droits ne sont pas garantis : 25 pays, dont le Belarus, la Chine et le Nigeria), 4 (violation systématique des droits : 30 pays, dont la Pologne et les États-Unis), 3 (violations régulières des droits: 41 pays, dont l’Australie et Israël), 2 (violations réitérées des droits Afrique du Sud : 22 pays, dont l’Irlande et le Japon) et 1 (violations des droits sporadiques : 13 pays, dont l’Allemagne et l’Uruguay).

L’Algérie est sévèrement classée au niveau 5.

A l’opposé, au niveau 1 figurent l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark.

«Les pays auxquels le classement 5 est attribué sont ceux où la situation des travailleurs et travailleuses est la pire. Si la législation peut stipuler certains droits, les travailleurs n’y ont pas accès dans les faits et sont par conséquent exposés à des régimes autocratiques et à des pratiques du travail iniques», précisent les auteurs du rapport. Le Top 10 des pires pays au monde pour les travailleurs et les travailleuses réunirait le Belarus, la Chine, la Colombie, le Cambodge, le Guatemala, l’Inde, l’Iran, le Qatar, la Turquie et les Émirats arabes unis. Dans l’ensemble, la tendance générale est plutôt aux restrictions à la liberté d’expression et de réunion, notamment les graves atteintes dans certains pays, qui ont augmenté de 22%, et seraient pratiquées dans 50 pays sur les 141 faisant l’objet de l’enquête.

Les principales conclusions du rapport sont les suivantes :

• 82 pays excluent les travailleurs/euses de la législation du travail.

• Dans plus de deux tiers des pays, les travailleurs/euses ne bénéficient pas du droit de grève.

• Plus de la moitié des pays privent une partie ou l’ensemble des travailleurs/euses de la négociation collective.

• Sur les 141 pays, le nombre de pays qui refusent ou limitent la liberté d’expression et de réunion a augmenté, passant de 41 à 50, auxquels viennent s’ajouter l’Algérie, le Cameroun, les États-Unis et le Pakistan.

• Sur les 141 pays, le nombre de pays où les travailleurs/euses font l’objet de violence physique et de menaces a augmenté de 44% (passant de 36 à 52), dont la Colombie, l’Égypte, le Guatemala, l’Indonésie et l’Ukraine.

• Des syndicalistes ont été assassinés dans au moins 11 pays, notamment au Chili, en Colombie, en Égypte, au Salvador, au Guatemala, au Honduras, en Iran, au Mexique, au Pérou, en Afrique du Sud et en Turquie. Ce qui fait dire à Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI : «Nous sommes confrontés au rétrécissement de l’espace démocratique et à une augmentation de l’insécurité, de la crainte et de l’intimidation des travailleurs et des travailleuses. L’escalade des atteintes aux droits, même dans les démocraties, notamment les propositions du gouvernement de la Finlande et la nouvelle loi sur les syndicats au Royaume-Uni, révèle une tendance alarmante pour les travailleurs et leur famille.»

Aucune région n’échappe à cette dégradation. A commencer par l’Europe, berceau du syndicalisme et des Lumières. Ici, «malgré l’échec manifeste des politiques d’austérité, de nombreux gouvernements européens continuent de porter atteinte aux droits des travailleurs».

Pour l’Algérie, le rapport s’attarde sur «la répression des actions de protestation des enseignants contractuels».

«Le 21 mars 2016 à Alger, un sit-in des enseignants contractuels devant le ministère de l’Éducation a été violemment dispersé par les forces de l’ordre. Ils répondaient à l’appel du Comité des enseignants contractuels et vacataires. Ceux-ci n’ont de cesse depuis plusieurs années de réclamer leur titularisation alors qu’ils sont parfois en poste depuis 10, voire 15 ans. Les manifestants qui refusaient d’être délogés ont été frappés.»

Il rapporte que «plusieurs syndicalistes et militants des droits humains arrêtés à la Maison des syndicats à Bab Ezzouar, le 6 février 2016, sur décision du wali d’Alger, pour empêcher la tenue d’une réunion dont l’objectif était de discuter de la situation sociale, économique et politique du pays».

Il est, par ailleurs, signalé une «répression incessante des mouvements sociaux dans le secteur industriel», comme par exemple lors d’une grève d’ArcelorMittal pipes et tubes Algérie (AMPTA), où deux responsables syndicaux ont été suspendus puis licenciés pour «incitation à la violence et appel à la poursuite d’un mouvement de grève illégal».

«À l’occasion d’une grève entamée le 1er mai à Oran, deux militants syndicaux (UGTA) ont été licenciés par la direction de la Société d’exploitation des tramways d’Algérie (Setram) liée au groupe français de la RATP. Le mouvement s’est ensuite étendu à Alger et à Constantine et a entraîné le licenciement d’un troisième syndicaliste dans la capitale», relève encore le rapport. Aussi, est-il encore relevé, «en contradiction avec la législation nationale en matière de droits du travail ou encore des dispositions de l’accord-cadre mondial sur la responsabilité sociale du groupe PSA, sa direction a licencié un des représentants des travailleurs».

Selon la CSI, les choses ne vont pas mieux du côté du secteur public : «En octobre, la direction de l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) a suspendu neuf travailleurs dont quatre syndicalistes (UGTA) lors d’une action de protestation. Le 1er décembre, lors d’une action de protestation à la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) dans la zone industrielle de Rouiba, les forces anti-émeutes ont réprimé les manifestants, blessant plusieurs d’entre eux et arrêtant durant plusieurs heures douze travailleurs dont un syndicaliste. Suite à la mise en place à la mi-novembre d’un syndicat (UGTA) à la SNC Bapiva, l’entreprise en charge du chantier du téléphérique de Tizi-Ouzou, la direction a licencié trois responsables syndicaux.»

L’outrance manifeste de la critique de la CSI à l’endroit d’un pays qui enregistre les plus lourds transferts sociaux pour maintenir la paix sociale ou pour alimenter un populisme hérité du mouvement national est certainement imputable à l’indigence de l’action de l’UGTA à l’international face à des jeunes syndicats indépendants plus actifs et plus motivés.

A. B.

http://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/survey_ra_2016_fr.pdf

L’indice csi des droits dans le monde www.ituc-csi.org

L’Indice CSI des droits dans le monde 2016. Les pires pays du monde pour les travailleurs et les travailleuses.

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/06/21/article.php?sid=198106&cid=8

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